PhotoMonth 2011- East London – 2ème jour

Il était toujours difficile de trouver la perle rare lors du 2ème jour à Londres à l’occasion du PhotoMonth. Ainsi, j’ai trouvé portes closes pour voir le travail de Bill Jackson où seuls trois tirages étaient visible en vitrine mais son site est pas mal fait (ici).

Pour le reste, j’ai retrouvé avec plaisir l’Oxford House (à deux pas de Bethnal Green, la rue, sur Derbyshire Street) déjà vue en 2009 avec cette fois comme sujet « control ». C’est visible jusqu’au 29 octobre 2011. Les 9 photographes ont travillé sur ce sujet sous la houlette de Dewi Lewis (éditeur notamment de Simon Norfolk qu’on a revu à Arles en 2011 – billet ici). Le groupe dispose d’un site web où on peut voir les œuvres (par ici).

Ann-marie Conlon a travaillé le portrait d’un épileptique lourdement atteint, dans son quotidien assez pénible entre abattement et médicaments. Un rapportage en petit format couleur finalement assez dur même si rien de tragique n’est montré explicitement. Clare Danek a choisi aussi le portrait mais de façon peut-être plus posée, plus intellectuelle avec un noir et blanc intimiste pour un homme qui a fait vœu de silence pour un an, mais qui écrit beaucoup. Son intérieur, ses papiers, sont montrés comme substitut à la parole. Sian Gouldstone est à mon avis un peu hors sujet avec ses « interruptions », petites choses intrigantes vues dans l’espace public comme une de empreinte de feuille sur une bande blanche par terre. Peter Mearns utilise le vocabulaire du photojournalisme avec ses images illustrant le contrôle en Chine, avec pas mal de textes à lire attentivement: recensement, intérieur modeste avec portrait de Mao, œuvres contemporaines en galerie qui semblent « relâchées » , enfant unique, armé, autant d’illustrations du propos.

Son voisin Garry Cook opère dans un registre plus léger que ses compères et c’est aussi bien. Avec woman and alcohol, tout est dit, on peut être une femme jeune ou moins jeune et boire en soirée, en tout à Liverpool. Cette série (à 100 GBP le tirage je crois) m’a fait penser à une des expos vues cet été 2011 à Dublin là-aussi sur les (jeunes) femmes de Liverpool (par Debbie Castro – évidemment je suis en retard, les expos de Dublin n’ont pas encore donné lieu à des billets). Décidément je crois qu’il faut aller à Liverpool pour voir ;-) Petra Stridfeldt est mi-figue mi-raisin avec ses visages cachés derrière des objets divers, images ludiques que le texte permet de décoder différemment puisqu’il s’agit à chaque fois d’une sorte de « pensée écologique » d’un auteur (215 GBP unframed 15ex.). Formellement, le travail ressemble à une image vue à Dublin encore mais en 2010, celle de Rich Lambe (billet ici).

Au niveau en dessous, pas très éclairé et où régnait une chaleur torride, Gemma Thorpe (série in between days) montre des jeunes sans abri mais pas encore clodos à Sheffield. C’est pas gagné. Pablo Allison s’éloigne de cette veine photojournalisme pour un travaiol plus intellectuel, quoi que… En effet, avec sa série schools, des portraits d’écoles (certaines ne sont pas loin d’ailleurs à Londres), on voit bien des choses, d’abord une certaine misère dans les quartiers où ses pas l’ont conduit, la diversité religieuse aussi (avec des écoles juives ou orthodoxes), l’évolution aussi d’une société vers plus de violence avec des écoles parfois plus proches de la prison et du parloir que de la porte vers l’instruction (avec cameras et grilles). Ça commence par une typologie et ça se finit comme un constat social dur. Enfin Dave Rawlinson livre des vues de gens dans la ville mais les images sont délibérément floues, vraiment trop floues.

In between était présenté à la cafétéria du lieu avec Roxana Allison (quelques images personnelles prises à Berlin – mais cela aurait pu être ailleurs), Barbara Balmer (qui documente la vie de Bill qui a des problèmes de mémoire) et Tony Byrne (la vie quotidienne d’une membre d’Amnesty international tirée de sa série activist) et je n’ai pas vu voir le travail de Susana Sanroman car une minette prenait un café juste devant…

Enfin, bref, une exposition sans prétention qui se laisse voir.

A la suite de cela direction Barbican (au 1-3 Dufferin Street) pour voir Peaches & Cream chez Dream space (l’exposition a fermé le 19 octobre). En fait il s’agit d’un concours récompensé d’une publication en couverture d’un roman et d’un contrat de 3 ans.  Millennium Images et la galerie Crane Kalman Brighton forment le jury. Une galerie est visible ici. Le vainqueur est Richard Tuschman, Daniel Evans et Brendan Baker ont reçu le prix des jeunes diplômés. En relisant mes notes je constate avec dépit que je n’ai pas vu les œuvres de Alan Powdrill  et surtout Lydia Panas (dont je connais le travail) qui étaient tous les deux annoncés: en fin de compte je ne retrouve pas le 1er dans la galerie sur le web et pour la seconde a priori elle ne montrait qu’une image :( Pour ceux que j’ai vu ‘ »en vrai », j’ai eu une impression très favorable.

Luke Pajak montrait de minuscules photos couleur un peu délavées comme des sous-verre intimistes. Laura Stevens réalise des diasec de couples dans des intérieurs sombres où quelques objets seulement sont vraiment éclairés dans une atmosphère de film et d’attente. Roberta Murray proposait une seule image, celle d’une grange dans un beau paysage de chaumes, avec de belles proportions sols – ciel. Judith Lyons explorait le sillon maintes fois creusés du carré noir et blanc à motifs géométriques inspirés par la nature (des fleurs probablement si l’on en croit son site). Richard Tuschman opte pour le romantisme du flou et des couleurs mordorées appliquées à des jeunes femmes (350 GBP 15ex.).  Dans des bureaux et dans le couloir on trouvait Nicholas Wiesnet avec 3 tirages d’éleveurs africains, Neil Craver avec des femmes nues sous l’eau, un grand classique mais avec des couleurs étonnantes. Zoe Plummer montrait d’adorable petits formats couleurs où des personnages seuls dans la nuit porte une tête de lapin ou de chèvre (200 GBP 10ex.). Enfin, Brendan Baker et Daniel Evans montraient des images noir et blanc, soit dénués du moindre intérêt soit d’un surréalisme intriguant.

J’ai mis les prix volontairement pour illustrer le décalage que l’on observe avec certains vendeurs de « posters » qui tirent à plusieurs centaines d’exemplaires (tirages dits « limités » !) des photos d’illustres inconnus et tentent de les vendre en galerie ou sur le web (ou les deux) à plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’euros.

Pour finir la journée, départ pour New Cross et Goldsmiths (University of London). Ce Collège compte, parmi ses alumni, Damien Hirst, Sam Taylor-Wood, Lucien Freud, Bridget Riley ou Gary Hume: il a donné naissance aux YBA et compte 20 nominés au Turner Prize si l’on en croit une encyclopédie en ligne. L’exposition commençait le 19 soit deux jours plus tard mais pour une fois, coup de chance, les œuvres étaient déjà accrochées.  Il s’agit de portraits couleurs lumineux de transplantés. Rien de larmoyant là-dedans mais l’on se surprend à chercher asse bêtement des signes de l’opération: il n’y en a pas et c’est peut-être le message. Deux portraits toutefois font le lien avec l’opération car les vêtements (d’une association) et les médailles (d’une compétition sportive dédiée) renvoient à ce thème mais c’est tout. L’exposition se poursuit jusqu’au 19 novembre. L’auteur, Laura Cuch, est persévérante car, en même temps que Trans,  elle travaille sur deux autres thèmes, Sleepless (sur des gens qui dorment très peu) et  No Ma (sur des femmes qui ne seront jamais mères) pour former une trilogie. Ce ne sont pas des sujets faciles.