Jeu de Paume – Arbus

Le Jeu de Paume livre chaque année une ou deux expositions de photographies le plus souvent « patrimoniales » à savoir provenant de grands noms tout ce qu’il y a de plus classiques même si à l’époque ils ont pu surprendre ou choquer. L’exposition Arbus n’échappe pas à la règle, cette photographe faisant incontestablement partie du Panthéon comme en témoigne l’abondance d’ouvrages critiques, la multitude d’expositions et sa présence dans les musées les plus prestigieux. En conséquence, sur Arbus, il suffit de lire un livre. Pour autant, si lire sa vie et décoder ses images dans des livres est envisageable, voire ses photographies en vrai reste quand même très souhaitable.

Le Jeu de Paume a choisi des images nues, dépourvues de tout appareil critique et au final les 200 clichés présentés, s’ils font date par leur volume, ne resteront pas dans les annales pour ce qui est de l’accrochage. Par ailleurs, faute de quotas ou de réservation, dès ce matin à l’ouverture, une file d’attente était formée à l’extérieur, tout à fait symbolique puisqu’il ne jugulait en rien la cohue qui régnait dans le bâtiment spécialement dans la première salle où le flot de badauds s’accumulaient tel du bétail devant ses mangeoires avant de défiler sagement devant chaque clichés comme un mouton bien élevé. Dans la mesure où l’accrochage est presque aléatoire (des embryons de séries apparaissent ici où là mais ce n’est pas clair) j’ai fait le choix de traverser les salles en diagonales profitant des « trous » créés dans la file pour regarder les images sans jouer des coudes.

Le plus frappant dans l’exposition est son volume qui permet de dépasser les clichés iconiques bien connus, quoi qu’ils soient aussi présents: il en résulte une image moins tranchée du travail d’Arbus qui ne s’est pas « contenté » de photographier des marginaux. J’ai revu pas mal de tirages que j’avais vus il  y a peu à la Tate Modern qui expose aussi Arbus en ce moment avec des ambitions moindre mais gratuitement, avec des cartels explicatifs et des solutions pour prendre en charge les enfants (qui s’ennuient, s’agitent et braillent au Jeu de Paume faute de s’occuper du jeune public).

Cette exposition fait partie de celle que tout amateur se doit de voir en se disant qu’il sera un peu déçu, et c’est le cas. L’absence d’information sur le contexte des travaux ( qui sont rarement des vintages d’ailleurs) est vraiment pénible et même si le panneau géant à l’entrée l’indique clairement, on ne peut difficilement accepter d’une institution qu’elle se défausse de son rôle pédagogique à ce point: s’afficher comme n’ayant pas travaillé ne justifie pas la paresse.

Les deux salles qui terminent l’exposition se prétendent des cabinets d’études mais la 1ère se contente pour l’essentiel d’afficher une chronologie ornementée (dont la version en anglais occupe un espace égal à la version française) de quelques vestiges des affaires d’Arbus: je ne vois guère l’intérêt de lire une biographie sommaire sur les murs d ‘une salle de musée en jouant des coudes.  Quant à la 2ème salle d’étude, et c’est par cela qu’on achève la visite, elle est consacrée de manière assez curieuse aux techniques d’Arbus avec des appareils photos (pas les siens de surcroit – ce sont seulement des modèles identiques) sous verre, quelques planches-contacts et de nombreux livres à consulter. J’aurais de loin préféré que le contenu de ces deux salles soient répartis de manière pertinente parmi les tirages et doublés d’éléments critiques.

Un bilan mi-figue mi-raisin marqué par le désordre et la foule qui ne rend pas justice aux photographies exposées.

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