PhotoMonth 2011- East London – 5ème jour

Pour le 5ème jour à Londres dans le cadre du PhotoMonth dans le East End, c’était le 20 octobre, le programme est centré sur la Tate Modern mais en fin d’après-midi, petit passage chez James Hyman. Cette galerie est située dans l’entresol sur Saville Row à deux pas de Picadilly, Fortnum & Mason et Pâtisserie Valérie. Des vues colorées par Anna Fox, en grand voire très grand format, d’anglais moyens jouant, peut-être l’occasion pour les millionnaires du coin de voir à quoi ressemble le peuple. A noter que dans cette galerie on ne dit pas bonjour au visiteur en jeans et sweat: on se croirait à Paris (enfin presque, car dans le quartier le salaire minimum ne doit pas être de 1000 € par mois mais de 1000 £ par jour). Trois tirages un peu égarés de Lynne Cohen figuraient dans une salle annexe.

Retour à la Tate Modern où j’étais seulement passé vite fait en 2009 en rentrant de Brighton (je n’ai pas encore publié mes billets là-dessus). Le site, chacun le connait, est un ancien site industriel et on y pénètre via un gigantesque plan incliné tandis qu’au-dessus le plafond semble sans limite. La Tate Modern est pourvue de plusieurs restaurants: un panoramique bondé (Tate Modern Restaurant), un plus modeste où l’on mange néanmoins très correctement (Café 2 que j’avais testé en 2009 et qui a été récompensé – ce n’est pas excessif comme prix) et une cafétéria (Espresso Bar) plutôt pour des sandwiches (que j’ai testé cette année – c’est fameux et pas cher). On y trouve aussi deux librairies qui vendent également des gadgets. L’accès au musée est gratuit sauf pour quelques expositions temporaires.

La Tate Modern avait conçu un parcours dédié à la photographie d’ailleurs affiché sur les portes. On commence au niveau 3 avec Diane Arbus. L’exposition, si elle ne peut rivaliser avec celle de la MEP quant au volume, est en revanche bien documentée et les lieux bien plus aérés que le Jeu de Paume où on s’entasse. Certains clichés sont visibles des deux côtés de la Manche. Il y a 7 photos sans titre de la fin de sa carrière (femmes en sorcières, groupes de vieux, etc) tirées en partie de sa série consacrée aux hôpitaux en 1969 et parues dans un livre posthume (Arbus s’est suicidée en 1971) puis la plus grande salle montre la série « from a box of 10 photograph » (dont les fameuses jumelles et l’homme aux bigoudis) et 27 clichés divers de la période 61-63 (avaleur de sabre, lady, homme tatoue, etc),  le fameux »child with a toy hand grenade » et aussi la « house on the hill » (62), un de ses rares travaux à ne pas être consacré au portrait. On découvre aussi une fille et un couple d’ados, sujets ordinaires auxquels on n’est pas forcément accoutumés dans l’œuvre de Arbus. La dernière (petite) salle montre 3 photos de 1961 (femmes et hommes sans têtes, homme tatoué) ainsi que Susan Sontag et son fils et un auto-portrait enceinte de 1945, ces trois dernières oeuvres sont visibles entre autres au jeu de paume. C’est terminé depuis le 7 novembre 2011.

Au niveau 4, c’est Taryn Simon. L’exposition A Living Man Declared Dead and Other Chapters dure jusqu’au 2 janvier 2012. Si Taryn est moins connue que Arbus, elle n’en n’est pas moins, déjà, connue et reconnue, exposée dans les institutions les plus prestigieuses. En France, c’est peut-être les Rencontres d’Arles qui ont contribué à faire connaitre son travail (billet ici). La salle est immense et 18 oeuvres sont exposées, toutes sur le même modèle à savoir trois grands panneaux présentant une histoire (marquante et triste), un des panneaux étant composés d’une multitude de petits portraits. On découvre ainsi le mort vivant en Inde, les lapins en Australie, le guérisseur au Kenya, les kumari au Népal, l’orphelinat en Ukraine, les albinos en Tanzanie, etc. C’est très impressionnant. Réalisé en plusieurs années, sur toute la planète, ce travail est à la fois un travail de reportage et un travail artistique par la forme spécifique qu’il revêt, il constitue une dénonciation puissante de dysfonctionnements multiples de nos sociétés, un thème que Taryn avait déjà abordé par le passé. A défaut de pouvoir ramener des restes humaines ou des lapins, certaines photographies qui constituent ses panneaux sont comme des copies, isolées et uniques, des objets réels, l’ensemble formant une sorte d’installation strictement photographique. C’est un travail parmi ceux que j’apprécie, avec une forme innovante et un véritable discours engagé et compréhensible, pas de simples images, et un véritable investissement physique. Un travail qui devrait mortifier, je l’espère, les « artistes » champions des 5 ou 6 des images énigmatiques (ou des flous et grains en noir et blanc ou des photographies de nombrils décadrés, etc) accrochées sur le mur blanc de trop de galeries. Voila, avec Taryn Simon, de la photographie contemporaine comme on en voit hélas bien peu.

Au niveau 5, trois expositions de photographie se déroulent en même temps. D’abord, une collective, avec New documentary forms. Au rendez-vous on trouve Mitch Epstein (série american power – centrale nucléaire, cheminée, etc) et Luc Delahaye (3 photos immenses en  format 16/9, Palestine, Afganistan et Bagdad (palestine hotel – celui qui accueille la presse). La salle suivante est consacrée à 70 tirages noir et blanc sélectionnés par Akram Zaatari dans la production du studio de Hashem el Madani, une sorte de Keita libanais dont la production couvre les 40 à 70. Guy Tillim montrait les élections au Congo en 2006, foule en liesse et émeute, des images que je crois bien avoir déjà vues et on finissait avec une salle dont un mur était presque couvert de photos, celles de Boris Mikhailov pour sa série red (68-75, 76 photos) tandis que lui faisait face son autre série, at dusk (debut 90s, 13 photos bleutées, ciel plombé,  vues à Arles en 2009 – billet ici). C’est visible jusqu’au 31 mars 2012.

Avant de rejoindre la suite, je me suis baladé dans le musée et j’ai vu notamment la toile brulée de Henk Peeters et ça m’a fait penser à Chris McCaw (billet ici).

Toujours au niveau 5 mais dans la salle 4, on pouvait voir « japanese and bahaus », une très petite sélection à réserver pour les experts de la photographie japonaise des années 30 (Shikanosuke Yagaki, Fusao Hori, Ryukichi Shibuya, Iwao Yamawaki, Kiyohiko Komura). Un peu plus loin (salle 10)  c’est un peu le même style avec « architecture ans power » où se côtoient photographie et installations et peintures.  Pour la photographies, quelques (rares) pièces de Gunther Forg (deux deux grand formats noir et blanc de bâtiment de camp de vacances) et Guy Tillim à nouveau pour un  court extrait de sa série avenue Patrice Lumumba (que j’avais déjà vue au Luxembourg – billet ici).

En redescendant, deux bouquins parcourus: Portraits in series : a century of photographs chez Kerber Verlag et Why Photography Matters as Art as Never Before par Michael Fried chez Yale University Press.

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