V&A – Réouverture de la galerie de photographie

Lors de mon dernier séjour à Londres, en octobre 2011 (je crois), le V&A renouvelait l’accrochage de la galerie de photographie qui rouvrait … deux jours après mon départ. Du coup, samedi dernier,  de passage à l’autre, il était temps de rattraper ce loupé. La galerie ne paie pas de mine, au fond d’un couloir, à l’étage qui abrite la bibliothèque (depuis le tunnel d’accès, c’est le 1er escalier au fond à droite). Le Telegraph a fait un excellent article très bien illustré et documenté qui reprend d’ailleurs une partie des textes présents sur place car dans les musées anglis il y a toujours d’intéressantes explications.

L’accrochage ne se lit pas en suivant le mur mais en passant d’un mur à l’autre, ce qui n’est commode (surtout si on ne s’en est pas rendu compte de suite…); il suit plus ou moins la chronologie mais propose néanmoins des thèmes au lieu d’un déroulement totalement linéaire. On commence par le thème  « discovery » avec des daguerréotypes, dont un de Monsieur de Ste croix qui passe pour l’un des plus anciens de Grande-Bretagne et le plus ancien du musée. Ensuite  se succèdent Claudet, Crawshay, Turner et Belitski, le travail de  ce dernier étant un don du Prince Albert en 1855 (le Albert du Victoria and Albert Museum justement) puis vient un cyanotype de Atkins. On remarque aussi les squelettes de Fenton (photographe du British Museum entre autres activités) datés de 1855, celui d’un humain et celui d’un grand singe présentant une morsure de lion bien visible. Ensuite il s’agit de Turner puis de Le Gray avec une saisissante photographie marine où un petit bateau semble perdu dans l’océan sous un ciel immense (the brig – 1856). Le musée a mis en ligne un excellent travail sur ce photographe français, une fois encore une belle leçon est donnée aux musées français (payants, élitistes, et pour tout dire un peu fainéants). On apprend dans cet article, entre autres choses, que plus de 800 tirages ont été vendus par Murray & Heath dans les deux mois qui ont suivis la commercialisation ce tirage ! Je passe rapidement sur Lady hawarden (1864) et Edward Fox (deux arbres destinés aux étudiants en Art – 1865) pour aborder Howlett et son très moderne portrait de l’ingénieur Brunel posant devant une chaine géante du navire transatlantique the great eastern (1857).

Dans la section « Documents, records and travel » on découvre des travaux anonymes (portraits d’indiens par exemple), l’Alhambra vue par Clifford, les petits métiers de la rue à Londres par Thomson (4 photos) et bien sûr Muybridge. La section suivante, Facts and focus, est un peu plus étoffée et oppose Straight photography et pictorialisme. On voit le travail de Benjamin Stone, d’Atget, une locomotive de Stieglitz et le portrait de Stieglitz par Heinrich Kuhn et aussi l’intérieur d’une cathédrale par Evans (1898) et une prostituée nue à Storyville (le quartier dévolu à cette activité pendant 20 ans jusqu’en 1917) à la Nouvelle-Orleans (1911). La brève section « In focus: Cartier-Bresson » montre 6 photos dont 6 photos dont 2 à Marseilles (sic) et le fameux « derrière la gare Saint Lazare »

La section « After the war:personal vision » laisse la place comme son nom l’indique à des auteurs plus récents qui sont malheureusement à peine survolés faute de place: Irving penn (en 1948), Max Scheler (instant de vie de Helena Rubinstein), Edgerton avec sa couronne de de goutes de lait (en couleur), Aaron Suskind, John Deakin (un portrait de Bacon), Bill Brandt (un nu déformé), Roger Mayne (street photography), Henri Callahan (4 photos de 1952, des mères et leur enfant, toutes petites dans le paysage), Seydou Keita, Frank, Frielander (autoportrait dans une vitrine) et Arbus (les jumelles).

La section « modernism » réunit WalkerEevans, Fred Zinnemann (New York), Curtis Moffat (pour sa célèbre libellule réalisée sans appareil), Man Ray (Llee Miller en maillot), El Lissitzky (autoportrait et montage), Marianne Breslauer et à nouveau Stieglitz.

Un autre « In focus » était consacré à Julia Margaret Cameron avec 9 tirages extraordinaires de naturel et de fraicheur dont on rappellera qu’elle fut exposée en 1865 au V&A pour l’unique fois de son vivant dans un musée.

Au milieu de la salle on découvrait des livres et des tirages aussi, de Fenton, de Murray (fabuleux triptyque du Taj Mahal de  1855), livres de Carrick et Kate e. Cough (collage notamment de cartes a jouer curieusement sur-réalistes dès 1870), des vues diverses de 1865 genre cartes postales de Francis Fith and co (une grosse compagnie spécialisée de l’époque), une photo de l’expedition Scott au pole par Ponting (un glacier percé), un ouvrage de Emerson (1886), Cecil Beaton montrant sa soeur en star (1928), Ansel adams (éblouissant paysage naturel américain de 1942) et pour finir quelques livres récents de Shomei Tomatsu (66), Kertesz (45) et Ed rusha (66).

C’est une salle de grande valeur, surtout pour la période primitive et les clichés de Cameron, qui vaut le déplacement rien que pour cela.

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