PhotoEspaña 2011 – Teatro Fernan Gomez

Cet article aurait dû être le premier car c’était la 1ère exposition de PhotoEspaña 2011 que je voyais l’été dernier. Elle se tenait au Teatro Fernan Gomez, site souterrain immense et climatisé qui est le plus important, par la taille et la qualité, de PhotoEspaña. Un coin librairie permettait à ceux qui le souhaitent d’acheter les publications éditées lors de ce PhotoEspaña ainsi que des livres et revues consacrées à la photographie. Il est interdit d’y photographier et même l’usage d’un smartphone pour prendre des notes est suspect et vous vaut une visite d’un garde-chiourme mais c’est là un bien petit désagrément au regard de l’excellence de l’accrochage, gratuit rappelons-le.

Mona Hatoum, artiste contemporaine célèbre représentée par la prestigieuse White Cube à Londres (sa page ici) montrait un miroir sérigraphié « you are still here ». Presque en face se tenaient des pièces plus photographiques et traditionnelles de Dayanita Singh qui ordinairement fait plutôt des livres. ici, il s’agit de formats carrés en noir et blanc, des intérieurs, des bibliothèques avec des photographies, un lit, l’intérieur de maisons de personnages célèbres (Gandhi, Neru). Jérôme Fortin (site web HS) montre un portrait constitué de petites carrés qu’on peut bouger. Pedro Lemebel, un artiste chilien qui a fait son coming out, affichait le portrait noir et blanc d’un homme maquillé avec du son en prime (en espagnol). Jarbas Lopes exposait un immense portrait (plusieurs mètres de haut) tissé à l’aide de bande de photographies, c’est la première fois que je vois ça.  Luc Foster Diop n’est dans le tricotage mais dans le LCD avec son visage immobile où seuls les yeux s’animent (parfois). Rémy Zaugg nous renvoie comme Mona Hatoum à nous-mêmes avec un « ich » en blanc répété sur 5 fonds de plus en plus foncés, une technique que l’artiste suisse a appliquée à d’autres textes brefs (moi je te vois, not here, etc). Et la boucle est ainsi bouclée.

Retour à la photographie avec Jose Iraola (série tv memory) avec 5 grandes images colorées où l’on peine à reconnaitre des visages, flous et filés.Liliana Porter montrait un diasec au fond fond uni avec petit jouet en forme de personnage perdu,  tout seul, ou sa tête seulement, ou se regardant dans un miroir. Finalement ,passé l’aspect mignon (jouet, sujet sympathique, couleurs pastel, etc) ça fait un peu peur cette histoire. L’artiste a réalise une multitude de photographie en utilisant ce mécanisme. Jorge Ribalta s’éloigne des jolies couleurs qui font un peu peur pour miser sur une galerie de portraits minuscules en noir et blanc de Dark Vador à Quasimodo en passant par Frankenstein.


Simryn Gill remporte la palme du projet le plus original avec 6 portraits noir et blanc où chaque modèle porte autour du cou un collier fait de la traduction d’un livre. Le Colectivo mr montre lui des indiens d’Amérique du Sud en tenue locale posant dans des musées occidentaux. Dans une salle un peu isolée et dans un recoin, 18 écrans LCD sonorisés disposés en arc de cercle montraient, cadrés en gros plan, le visage de gens se masturbant, un travail de Laurence Olney et Richard Lawrence. Chez Jeanette Chavez, le visage en LCD est plus calme, rien ne bouge, sauf les larmes qui coulent, finalement. Pas de tristesse chez Libia Posada et pourtant, ses portrait de femmes, en tenue grand siècle, sobre noir et dentelles, avec cadre doré,  nous montrent des femmes martyrisées au visage tuméfié.

On revient à des choses plus légères avec Jorge Brantmayer (trois noir et blanc successifs de 3 types arrosés de peintures), Hans-Peter Feldmann (série une livre de fraises – de petites photos de fraises sur fond blanc) et Liliana Angulo (mosaïques de 9 portraits de faux noirs grimés faisant pitre avec une veste de même tissu que le mur et la nappe de la table).

Ananke Asseff montrait un portrait de pied en Diasec taille réelle d’une femme tenant un pistolet. Je passe sur la blogueuse Yoani Sanchez et le dispositif proposé pour passer à Cristina Lucas dont les grandes scènes, dignes de tableaux, transposées à notre époque et sous forme féminines, sont saisissantes (le furher, l’anarchie, les fascistes). Nancy Burson pratique la surimpression de visages, hommes et femmes, des « composites » noir et blanc. Arrivé à ce stade de la visite, c’est toutefois Marta Soul dont j’avais vu le travail sur le web auparavant qui m’a marqué: ses jeunes femmes seules dans appartements vides, d’une élégance surannée, près d’une fenêtre, l’air pensives et incertaines amènent le regardeur à s’interroger sur leur sort, en l’espèce celui de réfugiées.


Je passe rapidement sur Kan Xuan avec sa vidéo de l’artiste gueulant dans le métro et sur les photos de  Dulce Pinzon (vue à Arles – billet ici) pour passer à Quinceaneros, un projet de Gisele Victoria Gomez exposé dans une salle toute rose avec photomontages kitsch, reportages et  interviews de jeunes cubaines et de leurs proches célébrant le quince (les quinze ans). Il y avait aussi un panneau avec un historique du quince qui valait la peine, depuis les grands-mères jusqu’à maintenant.

Stephanie Sinclair nous ramène à moins joyeux avec une immolation en Afghanistan (on devine un visage sous un voile) et Shadi Ghadirian (entrevue à Paris déjà – billet ici) avec my press photo n’est pas moins terrifiante avec des images noir et blanc très dures où le visage du protagoniste est masqué par un portrait d’identité ancien.

Dans la dernière ligne droite se succèdent Shilpa Gupta avec de grands tirages suspendus (militaire avec 4 bras cachant yeux et bouche ou formant pistolet), Eugenio Dittborn (je n’ai rien compris de ses airmail paintings), Luis Camnitzer (petites compositions encadrées avec miroir, this is a mirror, you are a written sentence) et enfin Juan Downey (un indien yanomami noir et blanc tenant une vieille camera).

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