BIP 2012 – Liège – MAMAC

La visite au Mamac clôture ce cycle d’articles consacrés à BIP 2012 à Liège et c’est, de loin, le plus gros morceau. Contrairement à l’édition 2010, une sélection de vidéos est regroupée dans les sous-sols, il n’en sera pas fait état ici.

L’exposition commence par des scènes de théâtre vides et noires, de grands carrés, habités par des jeux de lumière et œuvre de Rhona Bitner hélàs perturbés de reflets gênants. Je passe sur Douglas Gordon et ses photos de stars de ciné partiellement brulées collées sur des miroirs, travail vu à Arles dans une plus large extension (billet ici) ainsi que sur Antonio Caballero également déjà vu mais à Paris (billet ici). En regardant bien, en hauteur, on voyait aussi 3 tirages de Pierre et Gilles que j’ai déjà vu en long et en large au Jeu de Paume en 2007 (même si je ne tenais pas de blog à ce moment là). Autre auteur connu et que j’affectionne spécialement, Erwin Olaf dans de grands formats mats splendides avec une séries des plus classiques, Grief (on en avait vu d’autres en 2009 – billet ici).

L’exposition  se poursuivait avec Roland Fischer et de superbes portraits de très grand format de moines et moniales, sur fond neutre, vêtus de noir et blanc. Arnis Balcus est le préposé à la photo crado, avec des filles à poil en style crado, tout un mur recouvert de tirages divers et quelques tirages isolés, du Nan Goldin soft (no sex, no drug). A noter quand même que Arnis sait faire autre chose en matière de photo (tant mieux). A côté de cela, Eric Rondepierre affichait 6 tirages énigmatiques (on a l’habitude – billet ici) comme de vieilles photos qui auraient fondues.

Patrick Carpentier montrait divers polas, un peu égarés sur un grand mur blanc. Jason Lazarus en revanche est venu avec un vrai concept et c’est intéressant, au moins dans la démarche. Too hard to keep est un projet consistant à collecter des photos que les propriétaires ne peuvent se résoudre à jeter mais qu’ils ne veulent surtout pas garder. Elles sont épinglées au mur, parfois côté pile à la demanbde  de leur propriétaire. Au cas où, une urne était à disposition lors de l’expo.

Avec Chrystel Mukeba, jeune photographe fraîchement diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, on revient à du plus classique avec une série (partiellement exposée) consacrée à sa grand-mère, son corps, ses objets, des photos calmes, intime et douces, respectueuses et attentionnées. Chris Verene, dont le nom ne m’est pas inconnu, traite du sujet familial également: couleurs pétantes, souvent des portraits « à la maison », toujours légendées dans la photo. En fin de compte, un petit schéma montre que c’est sa famille et c’est gratiné, entre obèses et pouilleux pour la plupart.

Elina Brotherus aborde aussi la famille mais à sa façon en faisant la part belle, toujours, aux autoportraits, de dos bien sûr, selon son habitude, mais pas seulement, et avec des travaux que je ne connaissais pas. Parmi ces derniers, 3 grands autoportraits avec les vêtements de ses parents, très impressionnants mais aussi des « autoportraits de mariage et de divorce ». Également visible, une série titrée love bites, série de portraits de couple mettant l’auteur en scène dans des situations intimes et, enfin, une longue série quasi cinématographique de très petits formats présentés en vitrine de la naissance du 4ème bébé de sa sœur. On avait dans l’intervalle retrouvé le travail d’Elina dans sa patrie d’origine en Finlande, à Helsinki à l’occasion de la BPH sur laquelle on reviendra bientôt. Jean Claude Delalande (qu’on se souvient avoir vu il y a quelques années déjà – billet ici) explorait lui aussi et comme toujours l’autoportrait mais cette fois il s’agit d’autoportraits familiaux dans le quotidien le plus trivial ou un peu bizarre, avec l’éternel visage impassible d’un Buster Keaton contemporain.

Dans un salle au sous-sol; on trouvait Daniel Buetti avec son travail si particulier obtenus en écrivant sur une photographie noir et blanc de jeune femme à l’aide de petits trous qui sont éclairés avec une lightbox (exemple ci-dessous en provenance de sa gallerie, Aeroplastics).

On voyait les photographies de famille vintage de Moira Ricci déjà vues à Arles (billet ici) ont dont l’intérêt m’échappe toujours autant. Capitaine Lonchamps (interview ici) repeignait un personnage sur des stills d’un film de 1932 avec un peu de neige sur fond noir, une technique qui est sa marque de fabrique. Hum ? Enfin, on termine ce volet « recyclage » de clichés, avec Willy del Zoppo exposait quant à lui des albums sous vitrine et des tirage de photos anciennes mises en situation.

De retour à la surface, la visite continuait avec Thomas Chable avec moult tirages noir et blanc de petit format parfois comme des planches contact évoquant une vie de famille un peu bohème avec plein d’enfants et de vie. En face, un cube permettait de projetter la Ballad of sexual dependency de Nan Goldin (vue à Arles – billet ici).

Jh Engstrom occupait l’espace habituellement dévolu à son style, à savoir un grand mur de 3m de haut, tapissé des photos habituelles de l’auteur, vu et revu à de nombreuses reprises (dont à Arles – billet ici): au programme, pas mal de sexe en petits formats noir et aussi une césarienne et deux nouveaux-nés (garçon et fille) en grand format couleur avec les placentas sanglants.

Sybille Fendt dont je connais le travail pour l’avoir vu ailleurs (à Berlin peut-être), conte en images le dernier voyage d’un vieux couple où madame souffre de la maladie d’Alzheimer. Rien  de larmoyant là-dedans, pas d’images tragiques mais on voit quand même ici et là, dans le regard de la vieille dame que quelque chose ne tourne pas rond. Pasd mal d’émotion retenue  dans cette série. Toujours de la douceur chez Sarah Mei Herman qui nous montre de jeunes « couples », enfants ou ados, garçon et fille, bien sage, un extrait de sa série first loves.

L’univers adolescent est aussi la spécialité de Michelle Sank dont j’avais vu le travail à la FIAC à Paris et dont je regrette qu’aucune galerie ne s’occupe en France (comme pour Elina Brotherus du reste, j’ai acheté à Londres une de ses oeuvres). On pouvait voir à Liège à la fois la série young carer (des portraits d’ados en plein air mais pas n’importe lesquels, des adolescent qui sont soutien de famille) et into the arms of babes (de très jeunes mamans avec leur bébé, parfois avec le père – l’Angleterre détient le record européen de maternités précoces). De l’amour, de la tendresse mais aussi un brin de tristesse dans cette dernière série réalisée dans des intérieurs très modestes.

Et on termine avec la vieillesse mais une vieillesse émouvante dynamique et rigolote telle que vue par la jeune Miyoko Ihara qui échappe à la niaiserie avec un sujet qui pourrait faire pitié par sa manque d’originalité mais dont le traitement est tout bonnement remarquable de trouvailles: une veille dame (sa grand-mère en fait, 85 ans) et son (gros) chat blanc (Fukumaru), à la campagne.

Francois-Xavier Courrèges fermait le bal avec un film montrant deux inséparables sur un fil sur fond vert: ça finit mal.

Une exposition au sommet de ce que l’on peut attendre, voilà ce que nos amis de la BIP 2012 donnaient à voir au MAMAC, un juste équilibre entre une multitudes de courants contemporains, peu d’explications mais pas d’abandon non plus du regardeur, rien de prétentieux, des jeunes pousses et des talents plus confirmés, une exposition comme on aimerait en voir plus souvent (en France si possible) !