Grid 2012 – Harbour Hall, Cruquiusweg

Cet article est le dernier article consacré à Grid 2012 à Amsterdam et c’est le plus long car il porte sur le site principal, Harbour Hall (sur Cruquiusweg 67), un hangar vilain au bord d’une route relativement passante (et bruyante). Assez curieusement, les auteurs sont présentés généralement par continent et par pays. Le volume exposé est considérable, comparable à deux ateliers à Arles, pour donner un ordre de grandeur, bien que le lieu ne soit pas gigantesque car tout est très serré. Du coup on a un peu de mal à suivre et à savoir ce qui est montré. En revanche, plus sur le fond, la sélection des auteurs est d’une grande qualité et couvre la création contemporaine du monde entier ce qui est proprement extraordinaire: parcourir ensuite, tranquilement, les sites web des auteurs présentés est une source inépuisable de satisfactions. On ne peut que regretter une fois encore les conditions précaires d’exposition: une telle sélection aurait gagné à être répartie sur 2 ou 3 sites plus « intimes » au centre d’Amsterdam au lieu d’être réunie en un tas dans un entrepôt excentré.

Cesar Lopez (Mexique) montrait des objets de décoration et aussi des silouettes d’animaux en carton installés dans des immeubles en démolition.  Code (magazine), un magazine de mode masculine présentait 3 photos de tout un tas d’auteurs: Iain McKell (son livre, The new gypsies, a retenu l’attention), Karen Rosetzsky, Robin de Puy, Francois Coquerel, Tribble&Mancenido, Jussi Puikonen, Ben Rayner, Marco Scozzaro et enfin Benni Valsson. Ce qui intéressant ici c’est moins les photos exposées finalement, que les travaux montrés sur les sites web de chacun, qui souvent savent s’écarter du « simple » travail de commande de mode pour créer des univers plus personnels, des séries comptant une histoire, des arrêts sur image sur des moments de vie. Autre entorse à la logique des « pavillons nationaux », quelques images dédiées à la lomographie avec, me semble-t-il, des photos d’amateurs que je mentionnerais pas ici.

On rejoint l’Europe de l’est avec Suzanna Darni (Russie) pour commencer et ses 8 étranges photos noir et blanc ou les humains semblent des fourmis suivant des traces sur un sol gelé. Une autre série montre une ville visible dans des reflets uniquement. Arnis Balcus (Lettonie), déjà vu à Liège (billet ici) mais avec ici une autre série, de grand formats en couleur de « revival » d’ex urss, un gamin seul devant un verre de lait, un soldat en uniforme, des adultes en tenue d’écolière jouant à l’élastique, etc. Une série un brin décalée voir étrange. Inese Baranovska (Lettonie) exposait des étudiantes à Ilgas manor, un lieu abandonné et jamais réhabilité, des lieux et des portraits dans ce manoir décrépi. Dimitar Solakov (Bulgarie) montrait un sous-bois, des détails de ville, etc. Nous revenons en europe de l’ouest par la Suisse avec les curieuses minuscules vidéos d’Augustin Rebetez. Nous arrivons ensuite en Espagne mais les auturs présentés, dans le cadre des « encubrimientos » de l’Institut Cervantes, nous les avions déjà vus à Madrid donc passons et allons directement au Royaume-Uni en compagnie de Matthew Murray qui fait du Parr, à la recherche du détail qui tue et c’est excellent !

Ensuite, on repart à l’est, au Monténégro, avec 5 « expériences » mais manque de chance on ne sait pas qui fait quoi entre Natalija Vujosevic, Igor Rakcevik, Irena Lagator, Lena Nikcevic et Jovan Mrvaljevic. On voit une vidéo en boucle de hullahoop, un costume transparent, des images au fond de boites, des diptyque pile de livres et texte reprenant les titres (ah si, ça c’est d’Irena Lagator, je l’ai vu sur son site web et ce n’est pas mal). On poursuit beaucoup plus loin vers l’est avec Israel dont les photographes ne sont pas très souvent exposés en France: le choix ici est de se concentrer sur la Naggar school of art. On voit ainsi Soli Fordi (portraits d’hommes en noir et blanc), Yael Brandt (tipe couche sur la rive, la met monte, video), Asaf Elboher (3 hommes posant devant des affaires en vrac). Une vidéo en panne nous privait de quelques noms comme ailleurs d’ailleurs sur le site mais on pouvait voir celle de Nevet Yitzhak. Micha Bar-am, Meir Vigodar et Eldad Rafaeli montraient des une de journaux, des manifs en format poster en noir et blanc. Or Tessema montrait une fille assise, genoux tachés. Micha Simhon misait sur des portaits de musiciens traditionnels en action, sur fond noir. Gaston Zvi Ickowicz fermait le ban avec des passants pressés en grand format traversant une sorte de friche.

Avec la Lithuanie on aborde le travail assez obscur de Darius Vaicekauskas (des photos noir et blanc en bandes horizontales déformées) et celui de Gytis Skudžinskas (multitude de petites photos sur fond de plan schématique). On arrive ainsi au fond du hangar vers le « stand » de Blurb et les travaux de Arno Roncada (des maisons) et Milcho Manchevski (assemblage de photos en strips dont l’intérêt m’a paru nul). Le « stand » Getty montrait le travail de Jason Andrew sur Katrina, un peu comme on le voit sur Tchernobyl, celui de Benjamin Lowy (billet ici) avec des afghans tout sourire photographiés en Iphone, celui de Charles Ommanney sur la présidentielle us de 2012 en noir et blanc et enfin celui de Jasper White avec de belles maisons dévastees à Tunis en grand format couleur.

Ensuite on revanait à une approche géographique avec l’Indonésie, pays totalement absent habituellement de la photographie contemporaine. Manque de chance, aucun des auteurs n’a de site web (on je n’ai pas toruvé), tant pis donc pour Suryo Wibowo, Andi Ari Setiadi, Adhi Wicaksono,Prasetyo Utomo, Fanny Fajarianti  et Abdul Aziz. Même chose pour les Philipines avec Steve Tiroma.

La Hongrie était rprésentée par Matyas Misetics (nuit en ville avec personnages figés peu éclairés) et l’Azerbaijan par Ilkin Huseynov et ces scènes de mariage tandis que la Tchéquie faisait honneur au travail de Evzen Sobek avec des photos de nuit de lieux désert vus comme en plein jour, une photo très « clean ». Pour l’Irlande c’était les lieux brumeux en carré de Eoin o’Connail et pour le Royaume-Uni ceux de Roderick Buchanan (comméroration du massacre de Glencoe et réunion de loyalistes en Ecosse).

On s’approche de la fin avec le Maroc (Leila Alaoui, Houda Kabbaj, Saad Tazi, Khalil Nemmaoui, et Zinneb Andress Arraki) et bien sûr les Pays-Bas on on peine à distinguer qui fait quoi (Luuk Wilmering, Jaap Scheeren, Anouk Kruithof, Lotte Reinmann, Isabelle Wenzel, Pim Leunen, Laura van Rijs). La Colombie exposait de minuscules et très nombreux 3×3 par Alejandro Martinez.

Le Danemark se distingue avec une série superbe consacrée aux intérieurs rénovés du palais d’Amalienborg avec d’extraordinaires des peintures contemporaines partout, comme quoi on peut être roi et moderne, encore maintenant. Un travail de Torben Eskerod et Roberto Fortuna visible sur Vogue Allemagne (ici).

En résumé, une exposition trop longue dans un lieu inadapté qui gâche un peu le plaisir de regarder une sélection d’une très grande qualité, diverse, fraiche et contemporaine comme on aimerait en voir à Paris.

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