Vienne – Mois de la photographie 2012 – Jour 2 – Kunst Haus Wien

Le séjour se poursuit à Vienne à l’occasion du mois de la photographie 2012 avec un passage éclair chez WestLicht (Westbahnstraße 40) où je m’étais cassé le nez la veille, pour y voir en vrai les oeuvres dispersées lors d’une vente aux enchères que j’avais parcourue à distance déjà sur mon PC. Une occasion de voir de belles pièces gratuitement sans toutefois y découvrir de raretés. Un peu loin dans le même quartier je suis allé chez Galerie Raum mit Licht (Kaiserstraße 32) pour y découvrir le travail énigmatique de Anita Witek, exposé jusqu’au 15 décembre dernier, et surtout pour y voir le travail des petits jeunes de la Schule Friedl Kubelka (si j’ai bien compris). Autant la 1ère salle était surchauffée, autant le cabanon qui accueillait le travaux des jeunes (un ou deux seulement par personne) était glacial et, après quelques recherches sur le web je n’ai trouvé que peu de sites web de ces photographes et aucun avec un projet artistique à part celui de Laurent Nostitz. En gros, j’aurais mieux fait de rester au chaud à déguster une part de Sacher Torte.

Le (très) gros morceau de la journée c’était le Kunst Haus Wien (Untere Weißgerberstraße 13) avec une exposition hautement recommandable qui dure jusqu’au 13 janvier 2013.  Le site est un peu loin de tout et j’ai failli ne pas entrer au vu du thème et puis, finalement, si, et je ne regrette pas, bien que le sujet soit un peu étrange: le Photomaton ou, plus exactement, « Foto-Automaten-Kunst ». Avec l’incontournable Clément Chéroux, le Musée de l’Elysée et le Kunst Haus Wien comme curateurs on ne pouvait pas être déçu. L’entrée est payante (10 €) mais ça les vaut (300 travaux, 60 artistes), avec une traduction intégrale en anglais et un vrai travail intelligent de curateurs, remarquable.

L’exposition est à l’avant-dernier étage du musée et commence avec des photos publicitaires de photomaton datées de 64 et de 92, des vignettes de morceaux de cabine par Jan Wenzel, une typologie de rideaux de photomaton juxtaposés verticalement comme des rideaux de théâtre par Naomi Leibowitz et puis aussi un appareil baptisé Le maton, un drôle d’objet pour produire de petites photos en bandes pour amateurs, dont on voit aussi des tirages vers 1930.

Steve Pippin s’expose dans un auitoportrait réalisé dans la rue en détournant un photomaton pour en faire un pinhole. Svetlana Khachaturova sort aussi le photomaton de son usage en utilisant un miroir qui reflète l’extérieur de l’appareil et dissimule largement l’artiste. Je passe sur Bruno Richard et Franco Vaccari dont l’inévitable pornographie se devait de figurer. Nakki Goranin dont le livre sur le sujet est une référence a collecté des clichés de photomaton aux États-Unis et ici il s’agit d’une série de baisers, pas toujours très chastes. Dans les années 80, le rideau a été raccourci de moitié afin d’éviter des débordements devant l’objectif.

Viennent ensuite les expérimentateurs comme Arnulf Rainer (du mouvement actionniste viennois, en 69) et bien sûr les surréalistes qui voient dans la photo automatique le pendant de l’écriture automatique si bien qu’on voit ainsi, très sages pour la plupart, Yves Tanguy vers 1929, Max Ernst, Queneau, Eluard, Aragon et Breton. Au passage on apprend que le 1er photomaton à Paris a été installé en 1928 (la marque quant à elle est née en 1936).

Certains artistes ont réalisés des expériences comme Daniel Minnick qui dégrade les bandes qui deviennent ainsi abstraites ou Franco Vaccari qui invite les visiteurs de la biennale de Venise 72 à laisser une trace photographique de leur visite sur les murs. On n’échappe pas non plus à Wharhol et on termine l’étage avec un curieux mélange de Purikura (des photos très kawaï, sous vitrine), d’autoportraits avec célébrités des années 30 à 50 par Willy Michel, le travail de mémoire de Amanda Tetrault où la photo permet d’essayer de sauver ce qui reste de la personnalité fissurée de son père et le travail de Lorna Simpson qui mène un travail sur le statut de la femme noire américaine depuis les années 80 (avec ici de multiples photos encadrées souvent tachées).

A l’étage, l’exposition se poursuit avec « la bande » (ça rend mieux en anglais: the strip) car en fat l’exposition est structurés en thèmes avec 4 ou 5 artistes à chaque fois. Jan Wenzel (vu à l’étage du dessous) nous bluffe avec ses scènes réalisées par juxtaposition de clichés et quand on le voit faire on voit bien la difficulté du processus (il fut être motivé car avec un bon logiciel c’est facile comme tout). On voit ensuite Jared Bark puis Jeff Grostern qui est le fils du créateur du photomaton canadien et qu’on voit donc vieillir sur 36 ans… Dans une veine plus joueuse on retrouve Topor avec un Topormaton dan Charlie mensuel, comme une BD avec du texte. Raynal Pellicer anime 4 images en boucle sur de petits écrans LCD. Jean Michel Alberola forme le mot « rien » en 4 clichés. On reste dans le conceptuel avec Michel Salsman qui expose une longue série où il ajoute a chaque fois un de ses portraits au précédent pour former un visage composite de lui-même. Alain Baczynsky s’est rendu chez son psy et a fait une photo pour résumer l’entretien soit 242 en tout; quelques unes sont exposées (certains sur l’envers pour lire le commentaire). On ne coupe pas à Cindy Sherman. Susan Hiller montre des agrandissements avec des gribouillis. Gillian Wearing penche aussi pour le grand format où elle se transforme en un membre de sa famille, ici elle se montre à 40 ans comme si elle en avait 17 (en provenance du site de sa galeriste, Maureen Paley).

Sabine Delafon exposait une partie des 700 clichés d’elle-même, ici il s’agissait d’avis de recherche … d’elle-même dans de nombreuses langues. On reste dans le conceptuel avec encore des autoportraits mais cette fois les yeux barrés de fils de couture rouge (du vrai fil) par Anita Cruz-Eberhard. Jurgen Klauke fait lui aussi dans l’autoportrait avec 12 grands clichés noir et blanc dont certains identiques mais tous munis d’un titre surimprimé (artiste, soldat, etc). Je  passe sur David Wojnarowicz et sa série en masque de Rimbaud (vu à Arles – ici). Tomoko Sawada se déguise aussi en 100 personnages exposés sur les 400 qu’elle a réalisé d’elle même, une sorte de Sherman japonaise.

Dans une veine plus militante, Michael Fent reconstitue des photos d’identité d’immigrés, trouvées sur la plage et Mathieu Pernot nous sert une fois encore des photos de gosses dans une critique de l’enregistrement des tziganes (vu à Arles ici). Je passe sur Ruff bien mal servi avec une pauvre photo pour évoquer Anne Deleporte et son accumulation de détourages de photos empilées.

On termine avec l’incontournable série de photos trouvées, avec livre (et vidéo du livre dont on tourne les pages) pour Michel Folco et Joachim Schmid (vu à Arles ici) et sans livre pour Dick Jewel dont les photos sont simplement réunies dans de grands cadres.