Londres – 17 juillet 2013 – The Photographers’ Gallery – FreshFaced+Wild Eyed

The Photographers’ Gallery (16-18 Ramillies St – M° Oxford Circus) est un passage obligé pour un petit séjour à Londres. Les expos que j’ai vues le 17 juillet sont déjà closes et d’ailleurs la galerie est fermée et rouvre le 2 aout 2013.

Je suis allé voir Daniel Naudé pour «Animal Farm», une superbe galerie de portraits d’animaux réalisés en Afrique du sud, d’une grande noblesse (exposée en bas dans la section éditions et livres) et puis surtout pour FreshFaced+Wild Eyed. Un petit livret en noir et blanc explique la motivation de chaque travail tout en donnant rapidement le parcours académique de chacun (le jour où on verra ça en France, et gratuit, il tombera du caramel mou). Les 22 auteurs retenus (parmi plus de 300) ont été invités également à indiquer ce qui, selon eux, fait une bonne photo: la collection de 17 courtes vidéos se trouve ici (en anglais).

Kristin Hoell montrait 6 petits carrés noir et blanc avec des vagues et parfois un type à peine visible, comme dans un film décomposé en quelques plans. La série s’appelle « drowning », on suppose que c’est ce qui arrive au type…

Italo Morales montrait des vidéos et des diapos et un livre sur la vie des jeunes à Sarajevo tirées de sa série « overnight generation ». Julian Bonnin se plçait à l’opposé avec un travail cérébral montrant un plan fixe de check point en Palestine qui fait partie d’un projet plus vaste « Too Much Time On Our Hands ».

On revient à une approche plus orientée vers le photoreportage avec Tina Remiz et ses modestes formats couleur, souvent des portraits avec un curieux cadre en bois pour sa série « krievi », nom donné auxrusses en lettoni. Il y a un livret aussi avec les photos. C’est un sujet bien connu que celui de la minorité russe dans les pays blates.

Andrei Nacu « In the Forsaken Garden Time is a Thief » exposait 5 petits formats couleur, des portraits, des intérieurs modestes. Le reste de son travail, visible sur son site web,montre une oeuvre marquée d’une profonde humanité, très sensible et touchante.

Anastasia Shpilko (série « Between the Black and White Clouds ») choisit deux villages de part et d’autre de la frontière entre la Biélorussie et la Lithuanie pour réaliser quelques portraits et montrer des intérieurs décrépis.

Tania Olive présente d’ordinaires portraits carrés de jeunes femmes à la maison. Naturellement on ne voit pas qu’elles sont toutes lesbiennes (série « dyke of our time ») ce qui doit être le message. Joanne Mullin restent dans les intérieurs personnels mais dépouillés de toute présence humaine, bien qu’on en devine la trace. La série « refuge » ne montre des foyers ordinaires mais un refuge destinés aux femmes et à leurs enfants à la recherche d’un abri en Irlande du Nord. C’est intriguant et cela met un peu mal à l’aise de voir ces tentatives de mettre des touches « personnelles » dans un environnement qui ne l’est pas, quelque chose de triste et dérisoire donc de touchant.

Sunil Shah sa lance dans un projet à la fois plus personnel et intellectuel puisqu’il tente avec de vieux noir et blanc anciens, un diasec couleur et d’autres choses de reconstruire un passé qu’il n’a pas vraiment connu (il avait 3 ans) en Ouganda. Ses parents et lui ont été expulsés (comme une bonne partie de la minorité indienne) en 72 peu après le coup d’état d’Idi Amin Dada. Ceci dit, sans le livret d’accompagnement, il faut bien avouer que la série aurait été plus qu’énigmatique. Je passe sur les 3 noir et blanc étranges de Nicolas Feldmeyer qui demeurent mystérieux même avec quelques explications. On retrouve Jinkyun Ahn que j’avais vu lors de la dernière Brighton Photo Fringe (encore un billet en retard) pour son projet consacré à ses parents (illustration ci-dessous).

Daniel Mayrit avec ses images dans le genre de Googlestreet (série suburban scenes) évoque pour moi le travail de Jon Rafman que j’avais vu en octobre 2012 à la Saatchi Gallery à Londres (encore un billet en retard). On peut le rapprocher aussi de ce qui avait été montré à Arles (dont Rafman) aux ateliers lors de la grotesque édition 2011 (billet ici). Lorna Evans nous ressert avec un certain talent la classique nuit qui fait peur avec des images inquiétantes de nuit dans la nature avec pourtant, au fond, pas de quoi s’alarmer: des yeux qui brillent, des ombres. Un  signe peut-être du divorce entre la nature et l’homme qui ne la comprend plus.

Je passe rapidement sur Jolanta Dolewska avec 3 grands noir et blanc d’un tribunal désert, des images assez mystérieuses finalement aux cadrages bizarres. Basil Al-Rawi (série facade) montrait des palissades grises dont deux décorées,  reliques de projets immobiliers abandonnés à différents stades à la suite de la crise en Irlande. Cela peut faire penser, par le thème au moins, à Anthony Haughey, billet ici et d’ailleurs Basil a fait une autre série sur le même sujet qui se rapproche encore davantage par sa forme du travail d’Anthony.

Guillaume Bourieau montrait de petits carrés punaisés au mur de studios en vrac. Son site web est totalement raté: j’espère que c’est un exercice de style.

Bronia Stewart exposait 12 diasec qu’on croirait sortis d’un backstage de porno mais ce n’est pas tout à fait ça: ça a été réalisé dans les studios d’une chaîne pour adulte basée à Londres (série Babe Station).

Harry Mitchell livre aussi un reportage, sur le Caire et ses événements, un sujet rebattu cette année abordé cette fois un peu en « off » avec pas mal de portraits et des tons clairs, un peu loin des violences.

Iris Brember avec ses 6 petits formats couleur de pellicule ou de tirages dans leurs pochettes posés sur un miroir, nous fait un (gros) clin d’oeil photographique et c’est sur ce regard interrogateur posé sur lui-même que se termine l’exposition photographique.

Encore une superbe exposition, gratuite mais les dons sont bienvenus. J’en suis revenu avec quelques magazines comme chaque fois.