Conférence HCB 27 septembre 2013

Je suis allé à la conférence sur la Mission DATAR, à la Fondation HCB,  il y a quelques jours, le Jeudi 26 septembre. La conférence, gratuite, d’une durée de 1H30 était instructive et animée: c’est une  expérience à reconduire, selon les thèmes traités évidemment. Le présent billet est une tentative de rendre compte des échanges. Pour ceux qui ont raté cette séance, où qui souhaitent un éclairage plus approfondi sur la mission France territoire liquide (FTL), le BAL offre une session mercredi 16 octobre 2013 (je serai en cours du soir à l’Ecole du Louvre donc dommage).

La Mission DATAR fête ses 30 ans avec deux ouvrages à paraitre et un site web. « France territoire liquide » (FTL) est une initiative privée parrainée par la DATAR qui marche sur les traces de la Mission. La mission de la DATAR a été créée en 83, la campagne photographique a commencé en 84 avec 15 puis 30 photographes qui ont produit 1285 tirages d’ici à 1989.

Bernard Latarjet (patron de la Mission) : la période était un moment charnière de la transformation du territoire avec notamment la fin de l’exode rural et de la croissance urbaine de l’après-guerre, le déclin de certaines activités (mines, sidérurgie), le développement du tourisme de masse et de nouvelles activités de service (avec les hypers par exemple). Il y a alors une bascule doublée d’une prise de conscience en interne d’une approche « technocratique » où le paysage n’est pas « visible ».

Le besoin s’est faire sentir d’une nouvelle syntaxe. Le paysage est une invention de l’Art. La perte de qualité observée conduit à choisir des artistes. Avant la Mission, la photographie est surtout aérienne et technique, ce n’est pas une représentation. Il s’agit de recréer une représentation portée par une « culture ». Un paysage c’est un ensemble de représentations, pas seulement un élément automatique. L’interview de quelques français à l’époque, face à un paysage, montrait que les gens ne décrivaient pas ce qu’ils voyaient mais évoquaient un paysage passé, leurs souvenirs, des éléments cachés, etc.

Raphaële Bertho (historienne de la photographie) : la Mission est au croisement de deux histoires ; celle de la photographie et celle de l’aménagement du territoire fondée surtout sur des vues aériennes bien qu’il existe toutefois des vues piétonnes mais peu valorisées et uniquement à visée documentaire.

B.L. : Avant la Mission il ya avait quand même eu la mission héliographique en France et la FSA aux États-Unis où des documentaristes… qui étaient des artistes, avaient œuvré.

R.B. : La Mission intervient à une époque où l’histoire de la photographie est en train de se faire. La mission héliographique était oubliée et ressortait des limbes dans les années 80, situation un peu différente du fonds de la FSA.

B.L. : Le choix des photographes a porté sur des artistes n’ayant jamais photographié, des photographes connus ou non. Il n’y avait pas de destination imposée mais une sélection sur projets et des allers-retours avec la DATAR qui ont pu conduire à modifier certains projets ou à les abandonner.

FTL : La Mission était un sujet de discussion et la Mission a suscité des vocations : la question s’est posée de savoir pourquoi il n’existait plu de projet comparable.

R.B. : La Mission est perçue comme une sorte de monument maintenant mais à l’époque c’était davantage un laboratoire et une expérience avec des noms peu connus.

B.L. : il faut ajouter que c’était un labo aussi pour des questions très terre à terre comme le domaine juridique et la conservation… Le photographe faisait son travail seul après validation mais il ne s’agissait pas d’une totale « carte blanche » et la DATAR a pu jouer aussi un rôle de facilitateur notamment logistique.

B.L. : Le choix des auteurs s’est fait de façon empirique et le passage de 15 à 30 faisait suite à une satisfaction quant aux résultats plus qu’à un souhait d’exhaustivité.

B.L. : il n’y a quasiment pas de portraits dans les travaux car on ne voulait pas de « paysage décor ».

R.B. : dans les années 80 il y a un 1er désengagement de la photographie de presse en Europe et aux États-Unis et la possibilité de créer hors du photoreportage est apparue. A ce moment là ré-émerge une photo d’Art, à la chambre, un « lent regard » comme dit Basilico.

F.T.L. : Le principe du collectif est de passer de la représentation à la perception, d’insister sur la relation intime entre le photographe et son paysage.

B.L. : L’accueil du travail de la Mission a été positif, les commanditaires ont été surpris, il ya eu des échanges et les équipes ont découvert qu’il y avait une dimension culturelle dans une Direction technique (la DATAR). Du coup, l’idée a germé dans d’autres Ministères et celui de la Culture a été un peu vexé.

R.B. : il y a deux dynamiques dans la Mission DATAR. D’abord une sorte de pédagogie de la commande publique, la publication se pré sentant finalement comme un « manuel » pour conduire une mission avec même des modèles de plan. Ensuite, l’envie de faire modèle et de fait d’autres pays vont lancer des missions comparables.

B.L. : Envie de faire modèle mais en soi la production de la Mission a été peu montrée et surtout il n’y a pas eu d’exposition de référence, synthétique, même si des choses ont été vues « en train de se faire ». Et puis quand la DATAR a eu fini, c’était aux musées (notamment) d’agir, ce qui n’a pas été fait. La DATAR n’est pas un musée et n’a pas d’espaces d’exposition.

R.B. : … et pourtant la couverture média a été importante, ce qui montre l’écart entre renommée et visibilité !

B.L. : … et les livres ont été vite épuisés et pas réédités.

R.B. : … oui, la BNF a numérisé le fonds mais c’est tout, la visibilité est réduite.

RUFFIN : depuis juin 2013 toutes les images sont visibles en ligne de même que les documents sur l’histoire de la mission, les archives administratives, etc. En 2013 on célèbre à la fois les 30 ans de la Mission et les 50 ans de la DATAR. Ce qui a conduit à s’interroger sur la résurrection d’un Mission finalement abandonnée face au risque de décevoir. Finalement, le site web a été retenu pour relayer la Mission historique au lieu d’un remake. Pour autant, il existe aussi une charnière en 2013 qui pouvait motiver une démarche photographique : les gens sont plus mobiles, la révolution numérique ajoute un espace immatériel et de nouvelles dynamiques se font jour.

Frédéric Delangle (F.D./FTL) : le projet FTL a mûri un an puis les 4 initiateurs ont décidé de fonctionner en auto-commande donc sans commanditaire et sans financement et au départ sans directeur artistique (DA). Finalement, un DA britannique (d’une certaine façon « vierge ») a été retenu. La règle est que chacun des 30/40 photographes ne montre pas son travail aux autres.

FTL : notre nom est en effet bizarre et il n’intéresse pas seulement aux territoires aquatiques ;) En fait il n’y a guère que la DATAR qui a compris de quoi il s’agissait et d’une certaine manière les cartes de la DATAR qui repoussent les frontières physiques pour des territoires en mouvements sont « liquides ». Le terme a été bien reçu par la DATAR. Il existe des passages entre la photographie et les territoires en mouvements. FTL n’est pas sociologue et ne cherche pas à « représenter » : il s’agit de miser sur des situations et une approche « laboratoire ».

F.D./FTL : dans le projet il s’agit de photographier Paris en noir et blanc et d’y faire ajouter des éléments colorés par des indiens

Patrick Messina (FTL) : volontairement, toutes les zones ne sont pas couvertes et en particulier il existe peu de photographies de ville et comme d’habitude je photographie la ville, cette fois j’ai choisi autre chose, la Bretagne, et pourquoi il existe de l’attachement ?

Cédric Delsaux (FTL) : l’idée c’est de percevoir le réel via la fiction (cf. série StarWars) et cette fois le choix s’est porté sur le Pays de Gex (dont j’ignore tout) mais où s’est déroulé il y a 18 ans l’histoire d’un faux médecin prétendu chercheur à l’OMS (ndlr : il s’agit de l’affaire Romand). J’ai été hanté par cette histoire et j’ai mené ce projet pendant 2 ans.

B.L. : en écoutant FTL, je retiens la nécessité du DA sur un projet. La mission FSA s’est par exemple très mal passée jusqu’à la destruction de certains négatifs. A la DATAR, il n’y avait pas d’expérience de DA Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un DA dans une commande publique ?

FTL : le rôle du DA est de négocier, il intervient tous les mois ou tous les deux mois et prend chaque photographe en tête à tête. C’est une nécessité pour avoir du recul sur un projet et trancher au besoin.

R.B. : de 1988 à 2005, sur la mission Transmanche, il existe une idée de « commande négociée » et quand la mission est longue, le DA est toujours très présent.

FTL : la mission est par et pour les photographes, il y a besoin d’un DA pour se mettre d’accord mais c’est une sorte de DA invité et on peut imaginer d’autres photographes, un autre DA, ou un autre DA avec les mêmes photographes.

FTL : il y a le souhait d’une double exposition FTL/DATAR mais pour commencer il sortira un livre FTL en 2014 au Seuil, un site web et une expo FTL.

Publicités

MEP – Sebastião Salgado

Après un accrochage désastreux, la MEP se décide à faire appel à une valeur sûre (et ancienne) en la personne de Sebastião Salgado qui fort opportunément publie un monumental ouvrage ces jours-ci, baptisé Génésis. Je n’avais jamais vu encore une file de moutons aussi longue aux portes de la MEP, sans doute le Figaro ou Télérama ont encore sévi. Toujours est-il que muni de mon abonnement j’ai pu doubler la file en un clin d’oeil mais hélàs je n’ai pas pu faire disparaître les encombrants visiteurs déjà présents dans les salles passablement encombrées en ce samedi après-midi.

Je suis retourné quelques jours plus tard et il y avait toujours foule, en revanche il n’y avait pas d’attroupement devant les Kuikuro de Carlos Fausto (une peuplade qui vit toute nue) et moins encore devant à Gotscho, « film » oubliable.

A cette légère entorse près, la MEP fait donc dans le solo show comme on dit en bon français, ce qui est rare, et ce sont donc exceptionnellement tous les étages de la MEP qui sont conscré à Salgado ainsi que la cave par laquelle on commence la visite. Au départ, on est un peu inquiet au vu de cartels écolo-scolaires mais la qualité des images l’emporte sur le discours. Salagado montre l’Amazonie, la vie des habitants premiers, la Papouasie et les visages parés, d’étonnats modes de vie dignes des chasseurs-cueilleurs que furent nos ancêtres. Une petite salle publi-promotionnelle porte sur la fondation de Salgado et ses réalisations, dont on aurait pu se passer. Dans les autres étages, la visite de la planète se poursuit bien sûr sur les terres de Salgado, parcourant les registres du portraitiste, du photo-journaliste, du paysagiste et du photographe animalier avec un égal talent. On reste absorbé devant ses images noir et blanc sans défaut. Plus loin, Salgado nous emmène vers les pôles et les déserts américains, là-encore sont talent naturaliste n’est pas pris en défaut. Les commentaires présents à côté de chaque photographie sont descriptifs et, là-aussi c’est rare, bilingues français anglais, ce qui ravira les nombreux touristes de passage à Paris.

Cette exposition montre la Terre et ses habitants, il n’y a rien de neuf là-dedans puisque Salgado s’est attaché à montré ce qui est demeuré intact depuis des millénaires mais il n’est pas interdit de jouir du spectacle et l’exposition de la MEP y invite assurément. Jusqu’au 5 janvier 2014.

Galerie Esther Woerdehoff – Prix photographique PHPA

C’était le grand retour à Paris la semaine dernière avec, outre RTR, un passage rapide chez Esther Woerdehoff à l’occasion de l’accrochage « Prix photographique PHPA ». Ursula Kraft (qu’on connait – ici) exposait quelques tirages tandis que ses petits camarades n’avaient droit qu’à une seule photo chacun ce qui rend difficile de percer le potentiel de chaque auteur. De courts textes rédigés par les auteurs complètent l’exposition.

La vainqueur est Daphné Rocou et les perdants sont Juliette Bates (qui a toutefois un lot de consolation et dont la série sleepy houses par exemple vaut le coup), Cécile Henryon (allez donc voir son site, ça vaut le coup auusi), Aurore Valade (qu’on connait – ici), Samuel Hense, Laurent Lafolie, Tilby Vattard (déjà vu – ici), Baptiste de Ville d’AvrayEmmanuelle Brisson (encore un site à visiter avec un semainier coloré à découvrir), Bénédicte Hébert, Arnaud Chambon et Nathalie Déposé.

Enfin c’est une expo avec pas grand chose à voir mais qui fait découvrir des auteurs de qualité que pour ma part j’gnorais totalement donc c’est à voir et c’est jusqu’au 28 septembre 2013.

PS: Si la porte dans la rue est fermée, il faut sonner et si l’autre porte est aussi fermée il faut resonner: je ne sais pas ce qui passe mais maintenant ce n’est plus ouvert à tous les vents comme par le passé.

RTR – Am i beautiful

Première visite depuis longtemps chez RTR et découverte de son nouveau (pour moi) lieu d’exposition (rue Volta). Passage rapide pour une exposition qui n’associe pas oeuvres/titre et auteur/ prix: il faut donc se pencher sur un papier pour voir qui fait quoi puis au besoin demander le prix ce qui n’est pas commode du tout. Fait exception à ce principe déplaisant un accrochage très dense de photographes « historiques » de la galerie cantonnés tout au fond. On y découvre à l’occasion que l’inflation des prix est digne de la République de Weimar. Au sous-sol est reconstitué un intérieur mal éclairé que l’on suppose moscovite à la belle époque communiste mais la finalité de l’opération m’a un peu échappée.

Pour en revenir à l’expostion proprement dite, les tirages sont un peu perdus sur de trop grands murs et il n’est pas grand chose de neuf sous le soleil finalement puisqu’on retrouve l’artificiellement coûteux Dou, Margo Ovcharenko (ici) et Dasha Yastrebova (ici). Quelques nouveautés néanmoins fleurissent avec Maria Yastrebova (19 ans seulement,j’ignore si elle est de la famille de la précédente), Sonia et Mark Whitesnow et Tina Chevalier.

C’est jusqu’au 2 novembre 2013.

MEP – 15 septembre 2013 – Encore à oublier

Traditionnelle visite la semaine dernière pour le dernier jour de l’accrochage estival à la MEP et en même temps renouvellement de ma carte d’abonné. Et comme souvent en 2013, nouvelle déception.

Antonio Biasiucci et Mimmo Paladino occupaient plusieurs salles, le 1er avec ses photos en noir et blanc, le second parfois avec ses scultpures associées. L’association ne marchait pas en rasion d’un manque presque total de mise en scène et quand le photographe présentaient ses images seules, elles étaient bien seules. Ferrante Ferranti avec  ses noir et blanc classiques, ses photos de sculptures et d’intérieurs de monastères, ses extérieurs de ruines suscitait plus le sommail que l’emmerveillement tandis que l’autre salle avec de la street photographie à Tunis et surtout des couleurs étincellantes de croyants indiens et de sculptures de christ évoquaient plus Géo que les cimaises de la MEP. Il fallait bien vite aussi les photos de Costa Gavras qui montraient les photos de ses postes et de ses voyages, désastre limité à un demi-étage fort heureusement. La fin n’étaient guère meilleure avec Serge Aboukrat dont les extraits de sa collection se limlitaient essentiellement à des « clichés verre » (qui semblaient des gravures) et une trop longue serie de Halsman.

Mercredi prochain, le nouvel accrochage fera la part belle à Salgado, ce qui n’est pas révolutionnaire mais garantit au moins la qualité du spectacle.