ArtBrussels 2009 – Les galeries étrangères – Partie 3

Je continue le parcours sur les galeries de ArtBrussels 2009 qui montraient de la photo.

Galerie 5213 (ici et Berlin) montrait Cyril de Commarque (une décharge et la mer) et Henrik Stromberg. La galerie Olivari-Veys (ici et Bruxelles) montrait Samuel Buckman avec sa chaise a bascule face à la mer (1 800 euro) et sa boite à lettres condamnée à 700 euros. Museum 52 (Londres et ici) montrait Christoph Dettmeier et ses ruines modernes. Annex 14 (Berne et ici)  montrait un tas de linge de Kristof van Gestel. Maes et matthys (ici et à Anvers) montrait Vaast Colson et sa série chouchou.

Conrads (ici et Düsseldorf) montrait des travaux un peu plus intéressants avec Mounir Fatmi (un coran, une bible et une torah reliés)  et de petits formats (60*90) de Beat Struli.

 

Mais la vraie découverte (pour moi) c’est la galerie Rodolphe Janssen (ici et Bruxelles) qui montrait de nombreuses photos dont Helen van Meen, Sieff, Weston,Elgort, Araki, Woodman, Torbjorn Rodland, Sam Samore et Esko Manikko.

Il y avait, pour Rodland, la photo ci-dessous à 2 500 euros, issue de sa fameuse série « nudists », assez tentante.


Anniversaire – Nobuyoshi Araki – 25 mai 1940

Nobuyoshi Araki est né le 25 mai 1940, il a donc aujourd’hui 69 ans.

Araki étudie la photographie et le cinéma à l’Université de Chiba et s’oriente vers la photographie dès 1964 avec une série sur les enfants. En 1970, il photographie des sexes féminins en gros plan et, en 1971 il publie un livre montrant les scènes du quotidien de son voyage de noces, scènes d’amour comprises. Araki photographie en permanence son existence, produisant ainsi des séries considérables et de multiples ouvrages (plus de 300 en 40 ans de carrière). Il est connu pour ses nombreuses photographies de femmes nues et notamment de femmes ligotées ainsi que de fleurs. Il a produit de très nombreux polaroïds.

Galerie Rabouan Moussion – Mary Sue : Mary goes round

La Galerie Rabouan Moussion (ici et 121 rue vieille du temple) montre Mary Sue pour son exposition Mary goes round. C’est visible jusqu’au 23 mai.

L’artiste, qui entretient le mystère dans son CV, travaille toujours la même thématique, comme son nom l’indique, d’un certain « idéal » féminin mâtiné de dérision et de détresse (jusqu’au suicide, avec sa série Mary Sue Suicide, non visible à la galerie).

Cela nous vaut de voir un personnage féminin de collégienne digne de manga (babies, socquettes, petites culottes blanches, jupe courte à damier, nattes,etc) s’adonner à l’usage immodéré des chevaux de bois, lesquels sont également plus proches de Mon petit Poney (le monde féérique d’Hasbro destiné aux petites filles) que du manège 1900.

Mais à y regarder de plus près, tant la vidéo que les photographies et les sculptures de poneys de manège sont un brin inquiétantes : il y a de l’humour dans la mise en scène et le traitement joyeusement coloré des scènes mais aussi de l’inquiétude. Mary Sue tire au pistolet dans sa vidéo entre manège et rodéo, les photographies sont réellement percées (!) comme si des balles les avaient traversées et les petits poneys sont comme empalés sur la tige qui sert à les animer dans un manège.

Finalement, il y a une étrange tension entre l’apparence éminemment « kawaï » des oeuvres (couleurs et formes) et leur « fonction ».

Le reste de l’espace de la galerie est consacré à une série plus ancienne de Mary Sue, consacrée au jeu des élastiques des petites filles dans un traitement mélangeant babies, minijupes (cela doit être une obsession) et élastiques colorés emmêlés comme des entraves sur des jambes nues : une des photos, non exposée mais visible sur le site va plus loin et plus clairement en montrant une Mary Sue en plein bondage « à la Araki » où les cordes sont remplacées par des élastiques.

Coïncidence ou pas, la galerie représente aussi Oleg Kulik qui aime à s’exhiber en chien dans ses performances et en photo, n’hésitant pas à mordre le public (parait-il). Une de ses photos avait d’ailleurs été embarquée par la police lors d’un récent accrochage (à la FIAC).

Au final, je reste plutôt dubitatif face à la tiède perversité de Mary Sue, qui me semble un peu facile et décorative. Une excellente critique est lisible ici à qui je dois l’illustration ci-dessus.

On trouvera en prime à l’étage de la galerie, deux photos de Erwin Olaf, de sa dernière série qui fait peur, paradoxalement appelée Paradise portraits (ici) et qui sont dignes des portraits du Joker joué par Nicholson.

En tout état de cause, l’exo est à voir.

Rencontres de la photographie d’Arles – Cloitre Saint-Trophime

A côté du Palais de l’Archevêché se trouve le Cloitre Saint Trophime, tous deux accessibles depuis la place de la République où se trouvent aussi un bel obélisque, la Mairie d’Arles et l’Eglise Sainte Anne.

Ce cloitre peut valoir à lui seul la visite, en dehors des Rencontres.

Dans la « Salle des tapisseries » est exposé une sorte de « work in progress » où, essentiellement sur des tables, sont éparpillés les documents qui servent de support de création à Lacroix (c’est ce que je crois avoir compris). Je n’ai pas du tout accroché face à cet amoncellement, sans commentaire, de coupures de presse, de photos de sources multiples. Manifestement, je n’étais pas le seul dans cette situation.

Peut-être s’agissait-il là de faire, toutes proportions gardées, quelque chose qui ressemble à l’Atelier Brancusi ou à l’Atelier Giacometti ? Quoi qu’il en soit, tout cela semblait mort, la poussière tombée sur les photos et la lumière sépulcrale du lieu n’arrangeant rien. On tombait aussi tomber sur de belles photos de Sieff et de Lindbergh qui semblaient se trouver là par hasard et ne raccordaient nullement avec l’ambiance « travaux de recherche créative ». Bref, pas terrible.

Sur un palier, on trouve le travail de Jérome Puch qui se résume à se photographier lui-même à l’aide d’un Polaroïd (tenu à bout de bras) en compagnie d’un jeune mannequin de sexe féminin. Concrètement, un grand tableau était couverts de Polas. On est content pour lui.

Mais est-ce bien à Arles qu’il faut présenter cela ? La question est ouverte. Si la réponse est positive, il faudra ouvrir à Arles en 2009 une section « Flicker » où on pourra admirer « mes vacances à la plage », « mes animaux domestiques », etc. Bref.

Certes, je n’ignore pas que les photos les plus modestes, tant dans les sujets que dans les moyens (Araki utilise le Polaroïd à profusion) ont leur place sur les cimaises. Certes, la série est un moyen essentiel de la photographie , l’accumulation est utilisée par les artistes au moins depuis Arman et la répétition d’une « procédure » est aussi un moyen (en photo, on peut penser à Noah Kalina). je n’ignore pas non plus qu’il est de bon ton de montrer des Polaroïds depuis que la firme a annoncé qu’elle mettait fin à la production de ses films. Mais bon…

Heureusement, le cloitre expose des œuvres d’un tout autre calibre mais si, là aussi, le fossé est sérieux entre Keterina Jebb et Richard Avedon.

Katerina Jebb présente des photographie de grand format comme des gisants : « des vues de dessus » grandeur réelle de mannequins éthérées dans des vêtements extraordinaires. Il y a peu d’œuvres présentées, 5 ou 6 peut-être mais cela vaut le coup. Je n’avais jamais encore vu, pour ma part, de travail de ce genre. Des formats plus petits sont présentés au Musée Réattu.

Richard Avedon est aussi présent au Cloitre (portfolio ici) et là, on change de dimension. Le photographe (décédé en 2004) est connu et reconnu, il a publié de nombreux ouvrages, fait l’objet d’un appareil critique non négligeable.

Je me bornerai à souligner que:

  • Le lieu est parfaitement en adéquation avec le thème (la mode et la beauté mais aussi la mort et la désolation – les lieux ne sont pas très « riants »),
  • Les tirages sont d’une grande qualité, et exempts de tout reflet,
  • Plusieurs exemplaires du New-Yorker, où sont parus les travaux, sont présentés ce qui permet de faire le lien entre les deux supports : il se trouve que le tirage grand format fonctionne aussi bien sinon mieux que dans le magazine
  • Cette exposition trouve à mes yeux un écho dans une autre exposition, sur le site des Ateliers, consacrée aux natures mortes (et plus précisément, pour une bonne part, au genre des memento mori) de Guido Mocafico dont le travail ne peut hélas vraiment pas être restitué sur un site web et qui a suscité peu de réactions (à part là, et là-aussi).