Galerie Baudoin-Lebon – Neige / collection hiémale

La galerie Baudoin-Lebon (38 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie et ici) présentait jusqu’à samedi dernier une exposition collective, Neige (ou collection hiémale, je n’ai pas bien suivi); la prochaine prend le relais dès le 5 février 2011 (jour de vernissage).

Je passe sur les oeuvres graphiques pour rester sur la photographie qui m’a laissée un peu dubitatif: ce n’est pas facile les expositions collectives car cela fait souvent peu de place pour chacun et au final le propos de chaque auteur est rarement  n’est pas toujours clair.

Il y  avait Grégoire Eloy avec notamment une photo que je me souviens avoir vue à Lille en 2009  (les traces dans la neige – billet ici), Mat Hennek, Anne-Marie Filaire (avec de très petits formats contrairement à la fois précédente – billet ici), Lise Broyer (déjà vue en détail chez VU’ – billet ici),  Patrick Bailly-Maitre-Grand, Shim Moon-Seup, Walter Niedermayr (avec 9 plans colorés de montagne avec remontées mécaniques), Mathieu Bernard-Reymond (c’est pas mal ça, la neige en solo d’un côté avec un type seul perdu au milieu de rien et puis en contrepoint une foule compacte sur un glacier – sur son site, voir Disparitions). Je finis avec Thomas Humery qui était dans une petite pièce avec des paysage, de vraies assiettes et des portraits et ça se passe en Autriche, à Chamonix et en Finlande et c’est plutôt sympathique, frais et calme. Son site montre quantité de ses travaux et se regarde avec plaisir.

 

Galerie Baudoin Lebon – Witkin et Rimoux

Nous poursuivons aujourd’hui le récit de notre promenade d’hier à Paris en exploration d’expositions de photographies. Après VU’, L MD et Paris-Beijing, c’est au tour de Baudoin Lebon (ici et 38 Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie).

Au sous-sol il y a comme des paravents colorés dont certains, si on s’approche on s’en rend compte, sont faits de films photographiques retravaillés, oeuvres de Patrick Rimoux. L’essentiel de l’espace reste consacré à Joel-Peter Witkin, pour un travail toujours dérangeant avec peut-être moins de monstres humains et plus de mises en scènes avec souvent des textes (en anglais ou en espagnol), des découpes parfois étranges de ses tirages et même des dessins.

L’œuvre de Witkin est difficilement classable, intrigante, bizarre, souvent dérangeante et fortement sexualisée, parfois violente et morbide. C’est la première fois que je voyais autant d’œuvres de cet artiste que j’avais déjà vu aux Transphotographiques et plus récemment à Strasbourg.

Le site de la galerie propose un large éventail de son travail ici mais l’illustration de l’exposition provient du site de Edelman.

C’est évidemment à voir, jusqu’au 19 juin 2010,  et cela reste déconseillé aux plus jeunes et aux âmes sensibles.

Jeu de Paume – Lisette Model

Il ne faut jamais rater une expo au Jeu de Paume, sur la place de la Concorde (et ici aussi). On est parfois un peu déçu au regard du prix du ticket mais, dans tous les cas, même si cela ne plait pas toujours, c’est toujours de niveau relevé. Et dimanche dernier, en même temps que la MEP et que la BNF, je suis allé faire un saut place de la Concorde pour y voir l’exposition consacrée à Lisette Model (c’est jusqu’au 6 juin). On pouvait compter les visiteurs sur les doigts des deux mains.

Le travail de Lisette Model (1901-1983) est montré au travers de 120 tirages (dont certains viennent de chez Baudoin-Lebon – les illustrations de ce billet proviennent de son site web, ici). Ces tirages, souvent vintage, couvrent les années 30, 40 et 50, époque où elle se tournera vers l’enseignement (elle comptera Diane Arbus parmi ses élèves).

Ses clichés les plus fameux sont vraisemblablement ceux réalisés à Nice sur la promenade des anglais (vers 1933-1938): des vieilles et des vieux friqués avachis dans leur siège, vaguement méprisants, prenant le soleil. Cette série s’inscrit dans un ensemble consacré à Nice et fait suite, en ouverture de l’exposition, à des tranches de vies à Paris, souvent des pauvres dans les rues. De fait, l’une et l’autre série montrent l’espèce humaine sous un jour peu favorable, avec une prédilections pour les gros, les grosses, les moches, les vieux.

Deux séries en revanche échappent à la malédictions des laids: running legs (qui date de 1940-1941) qui montre, vu depuis le raz du sol, des jambes et souliers dans les rues grouillantes de New-Yorks et reflections qui se situe dans la même ville, un peu plus tard (1939-1945) et nous montre des reflets dans les vitrines. Ce dernier thème, d’ailleurs, a été traité et retraité depuis, à de nombreuses reprises, par de nombreux photographes peu imaginatifs.

Dans pedestrian, réalisé en 1945 à New-York encore, ce sont toujours des vieux à chapeau, des femmes engoncées dans leurs vêtements et il en est de même dans le lower east-side avec de pauvres grosses femmes et de vieux messieurs. Lisette Model a réalisé là un casting exceptionnel avec des « gueules » comme on n’en croise guère.

Après 45 et dans les années 50, les photos sont moins inspirées: les travestis, les scènes bars , de boites et de restaurant (publiées dans  Harper’s bazaar, look, us camera) montrent le peuple ou le bourgeois, dans une égalité de traitement très démocratique. Les scènes à l’opéra de San Francisco montrnt de vieilles peaux couvertes de fiurrures et de bijoux, les seins ratatinés pendouillant sous les robes d’apparat ont un je-ne-quoi de « Parrien » féroce, la couleur en moins. L’exposition se conclut un peu en queue de poisson avec quelques célébrités des années 50 et une peinture de son époux qui ne connut jamais la reconnaissance.

Si Parr vous a plu, allez-voir le regard vachard de Lisette.

Baudoin Lebon – NU(e)S

On ne présente ce pilier de la photographie parisienne qu’est la galerie Baudoin Lebon (ici et 38 rue sainte croix de la bretonnerie). J’étais passé la semaine dernière mais c’était jour de vernissage (et de performance) donc plein de monde et donc sans intérêt (une galerie c’est fait pour voir, pas pour se faire bousculer, parler la bouche pleine ou se faire voir).

Cette fois, c’était plus calme mais il y avait tout de même un de ces prototype de parisien « suffisant et insuffisant » comme dirait Talleyrand.  Je ne résiste donc pas au plaisir de vous narrer le spectacle de l’imbécile heureux en train pérorer, gratifiant un Mapplethorpe au mur de nullité surcotée (le galériste: il s’agit d’une œuvre de son tireur et non de Mapplethorpe), faisant des commentaires sur le déclin du marché de la photographie, surtout en Europe, à cause de la crise (le galériste: j’ai vendu récemment une photo 150 000 euros à un allemand) et s’étonnant à l’annonce d’un prix que celui n’ait pas encore baissé (le galériste: 5 000 euros, ce n’est pas assez cher pour avoir baissé. Ndlr:  en effet, à ce prix là, même le trader victime de la crise peut encore s’en acheter une par mois sans crainte).

Un grand moment.

Concernant l’accrochage, baptisé nu(e)s, il n’évoque pas les nuages mais la nudité (surtout féminine). La variété reste toutefois de mise: noir et blanc ou couleur, ancien ou contemporain, artiste de notoriété internationale ou plus limitée, le regard est assuré de trouver là matière à s’ébaubir ou à réfléchir. Le seul hic, et il est de taille, c’est l’absence d’étiquette sur place et l’absence de dossier de presse sur le site web si bien que l’on ne sait pas ce que l’on regarde, ce qui est vraiment déplaisant et extrêmement frustrant. Pour couronner le tout, la liste complète des artistes n’est mentionnée nulle part sur le site, certains auteurs exposés ne sont pas représentés par la galerie ou, en tout cas, ne figurent pas sur le site web (je pense à Lucille Reyboz) si bien qu’on ne peut même pas consulter les oeuvres chez soi.

A cette réserve près, l’expo vaut le déplacement et c’est jusqu’au 5 décembre 2009.

Au sous-sol reposent quelques pièces de Shadi Ghadirian (des objets militaires ornés d’un ruban rouge).

Beaudoin Lebon – Prix HSBC 2009 – Mathieu Gafsou et Grégoire Alexandre

Visite de la Galerie Baudoin Lebon aujourd’hui dont j’ai déjà parlé (ici notamment), une institution parisienne.  Cette fois il s’agissait des deux prix HSBC, une autre institution (le site web de la galerie ici n’est pas encore à jour à la date de rédaction de ce billet).

Mathieu Gafsou (son site ici d’où est tirée l’illustration ci-dessous) montre des habitations au Maroc, souvent inachevées, des habitats collectifs clos, des maisons fermées. Aucun humain ici, quelques vestiges avec des voitures vides ici et là. Des habitats blancs, des couleurs délavées sous un ciel clair. Ses diasec de grand format préservent de larges bandes blanches tout autour du cadre. Prix HSBC ou pas, je suis peu convaincu par cette esthétique en vogue.

Grégoire Alexandre (son site ici)nous accueillait à l’entrée de la galerie avec une Fiat 500 surchargée puis on découvrait ses photos de mode.

Ce que j’en disait en les voyant pour la première fois à Arles en 2008 reste d’actualité (mon billet ici).  Des formats relativement modestes, des idées (beaucoup même) mais une très grande hétérogénéité qui laisse supposer des travaux de commandes. De fait, certaines photos sont remarquables, d’autres moins, dirons-nous. Les prix sont croissants avec l’édition de 2 600 à 3 000 euros pour les petits formats et de 3 500 à 4 000 pour les grands formats.

Galerie Baudoin Lebon – VALADE et LEMARCHAL

Je suis allé hier en vadrouille dans des galeries montrant des photos à Paris et après la Galerie Nathalie Obadia (ici), je suis allé chez Baudoin Lebon, une référence sur la place.  Dans cette galerie on est bien. C’est ni trop grand ni trop petit et l’accueil est sympathique. Les murs sont recouverts de bois blond, l’éclairage est doux et l’on voit les minces tiroirs où sont rangés les tirages d’essais des photographies destinés à l’amateur. Alors, que montre Baudoin ?

Il présente les deux lauréats 2008 de la fondation HSBC pour la photographie. Ceux qui suivent un peu ont reconnu Aurore Valade et Guillaume Lemarchal dont les œuvres ont été reproduites bien des fois dans la presse spécialisée mais rien ne vaut de les voir « pour de vrai ». Du coup, l’appareil critique commence à être significatif et je vais vous livrer un point de vue personnel. D’abord, ces deux artistes ont du talent et s’ils sont jeunes encore, il ne fait pas de doute que leurs travaux sont déjà significatifs. A côté de ce que j’ai pu voir par ailleurs dans cette journée, ils soutiennent largement la comparaison.

Guillaume Lemarchal photographie surtout des bâtiments en ruine, sans présence humaine. Ces photographies sont à taille humaine, pas trop grandes, contrairement à ce qu’il photographie, souvent des vestiges militaires d’Europe de l’Est, le sujet où, à mon sens, il est le meilleur (notamment « Temple d’Haapsalu » mais je n’ai pas trouvé d’image correcte sur le web). Les couleurs sont atones, entre le grisâtre et le blanchâtre comme ces ciels pour militaire, presque unis et uniformes de grisaille. D’autres sujets m’ont aussi intrigué dont la forme étonne : une structure en bois circulaire comme un parapluie avec ses baleines destinée à faire un abri et agrémentée d’un bâton vertical à sa droite et aussi une pile de pont dans la glace qui fait d’ailleurs, je viens de le découvrir, la couverture de son livre (Paysages de l’après).

 Iceberg I  - Allemagne, future pont ralliant Stralsund à Rügen sur la mer Baltique

" Iceberg I " - Allemagne, futur pont ralliant Stralsund à Rügen sur la mer Baltique

Vous pourrez trouver d’autres images par ici (site d’où provient l’illustration ci-dessus). Cet artiste est représenté par la Galerie Michelle Chomette qui n’a pas jugé utile d’avoir un site web (ses coordonnées ici). Aurore Valade nous montre quant à elle des gens, le plus souvent deux personnes de génération différente, dans leur intérieur. L’action n’est pas palpitante. L’intérieur est encombré. Les gens nous regardent. Il y a quelque chose d’éminent construit dans ces photos, c’est classique, presque pompier bien qu’on ne trouve aucun luxe ni apparat. Peut-être est-ce l’abondance des objets qui provoque cette sensation étrange. On dirait des scènes de mythologie tellement tout semble aller ensemble, tout semble pensé et les éléments se répondre les uns aux autres. Il y a des miroirs et des tableaux souvent. On hésite entre Velazquez et, parfois, des flamands. Ces photographies sont faites pour s’y attarder.  Je n’ai pas non plus trouvé de photographie correcte sur le web et l’exposition est close mais tout n’est pas perdu.