Rencontres d’Arles – Musée de l’Arles antique – Ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez

Le Musée de l’Arles antique hébergeait l’an passé quelques clichés historiques et une projection de diapositives (billet ici). Cette année, l’exposition est plus classique (il s’agit de photographies accrochées aux murs) et un peu plus étendue (en surface) mais, en fin de compte, au vu du grand nombre d’auteurs retenus (16), chacun est réduit à un échantillon minuscule. Les œuvres présentées, si elles sont dans l’ensemble d’un niveau relevé, ne sont pas non plus des icônes de la production des artistes, un choix qu’on peut regretter. Le curateur a retenu des photographes confirmés et d’autres moins connus, en parts égales (8 ont déjà été chroniqués sur ce blog). Le curateur n’est autre que Jean-Claude Lemagny, sommité dans son domaine, ancien conservateur général du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, rien que ça.

Jean-Claude Bélégou montrait (partiellement) deux séries. D’une part, le territoire, une série noir et blanc gravitant autour d’une fenêtre et aussi le fameux déjeuner sur l’herbe que j’ai déjà évoqué (ici) mais le choix du curateur s’est porté dans ce cas exclusivement sur les fruits (nous dispensant des nymphettes) ce qui redonne à la série une tonalité plus favorable.

Stéphane Couturier était représenté par une seule photographie et cette fois, par exception, il s’agit d’une pièce fameuse, sa célèbre fenêtre. Valérie Belin montrait deux robes de mariée fort banale de format moyen, à l’encontre de ses travaux habituels. Yuki Onodera fait le portrait de fripes avec deux robes vides mais comme habitées, sur fond de ciel. Un travail plus intriguant mais aussi plus accessible à la compréhension que sa prestation récente chez RX (billet ici). Antoine Petitprez montre un curieux mannequin gris se détachant à peine du fond noir et son pendant plus contrasté mais aussi une de ses fameuses poules, dans un tirage aux énormes bords blanc. Philippe Gronon qui nous avait séduit avec ses photographies de dos de peintures (billet ici), nous montre ici une photo de pierre lithographique : j’ignore s’il s’est donné pour programme de prendre à revers les moyens de communication les plus divers mais le résultat est à nouveau étrange.

Tom Drahos, je l’avais découvert lors d’une exposition au Musée du Montparnasse consacrée aux récipiendaires du Prix Arcimboldo (billet ici). Il présente à Arles une série (Macbeth et les actionnaires) cette fois encore marquée du sceau de l’étrangeté doublé d’un gros travail de manipulation des images. Celles-ci, issues  d’une séance d’actionnaires, sont déformées et colorées de rouge ; Macbeth est doté d’une couronne jaune et des textes sont ajoutés ; certaines images sont des portraits ronds sur fond blanc, d’autres figurent de vrais cœurs en vision médicale, d’autres des poignards et d’autres un aigle ou un paysage rouge. Ces multiples images de petit format forment une longue chaine (extrait ci-dessous) qui parcours un espace aménagé au cœur même de la salle d’exposition.

arles-2009---drahos

Jean-Christophe Ballot (qui a exposé chez Alexandre Cadain en collectif sur le thème des Vanités – billet ici) montre là un triptyque imposant d’appareils industriels où quelques éléments changent entre les trois photos: un travail entre nature morte, portrait et paysage.

Viennent ensuite les auteurs dont je ne connaissais pas le travail et il faut bien dire qu’après cette exposition, je ne sais pas beaucoup plus, faute de contexte et de matière suffisante. Il est vrai que le thème de l’exposition (ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez), soutenu par de multiples citations évoquant la vanité (la vacuité) du commentaire au profit de la sensation immédiate, militait pour un « no comment ».

Florence Chevalier se situe entre paysage et nature morte en grand format couleur (torchons qui sèchent, piscine abandonnée) mais cela m’a semblé beaucoup moins puissant que le travail de Ballot.

Eri Makita est survolé en trois noir et blancs (son site ici). Regina Virserius (son site ici) montre torse féminin et étoffe. Laurent Millet (son site, très original ici) expose des photos de bricolages en carton et fil de fer. Jean-Michel Fauquet montre des photo grises, un peu comme du fusain ; on dirait qu’il s’agit de sculptures.

Eric Bourret (site ici) exhibe quatre noir et blanc tremblotant en forêt. Dominique Vautrin (site web vide) appartient à l’école « gros grains flous de nuit » (à Londres, cette fois). Même chose pour Jean-Francois Spricigo où on discerne grossièrement des scènes ordinaires.

Au final, cette exposition, qui dure jusqu’au 13 septembre 2009, laisse une impression mitigée et ne fait, de toute évidence, pas partie des destinations à privilégier lors d’une visite des Rencontres d’Arles.

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Visite au Luxembourg – 2ème partie – Le MNHA

Voilà la suite de ma visite au Luxembourg à l’occasion du mois de la photo qui se terminait début mai.

Le MNHA présente des collections historiques couvrant l’antiquité à nos jours. En mai, il présentait aussi « Entre le Sacré et le Profane : Chefs-d’œuvre de la peinture italienne du XVIIe siècle dans les collections des banques italiennes« , une exposition qui valait le déplacement.

Mais bien entendu c’est surtout « Positions photographiques contemporaines sur le thème du portrait », qui s’est achevée le 21 juin, qui motivait ma visite avec quatre artistes présentés.

On ne présente plus Pierre Gonnord (vu en Belgique à l’espace DEXIA et avant à Arles – billet ici) avec ses photos de clochards d’une grande dignité, sur fond noir. Cette fois il y avait aussi un jeune homme blond avec plein de piercings, un travail plus ancien que je n’avais pas encore vu (Série Regards, Grand Delfin, 1999). Je ne peux pas hélas linker vers son site (ici) en flash (beurk) où on voit cette œuvre.

Mari-jo Lafontaine (déjà vue sur le stand d’André Simoens à ArtBrussels) montrait deux travaux. Elle présentait trois portraits immenses cadrés de très près sur des fonds de couleurs (Série Babylon Babies de 2008).

Elle montrait aussi, dans une petite pièce, 7 jeunes baigneuses en pied, en noir et blanc, plus grandes que natures qui font penser à sa série ‘Les bains de St-Josse’ (2008) mais je n’ai pas retrouvé les photos de l’expo sur son site (ici).

Mari-jo-lafontaine-MNHA

Valérie Belin (qu’on ne présente plus – billet ici) montrait deux mariées mexicaines et trois portraits de femmes noires. Comme d’habitude, les photos sont très contrastées, très noires et les fonds tout blanc. Le site de Valérie Belin (ici) est bien fait et montre bien son œuvre.

Luce Moreau montrait aussi son interprétation du portrait avec des diasec ou des acteur en costumes, dans la pose la plus distinguée, se font asperger brutalement anéantissant la vocation du portrait bourgeois. je n’ai pas trouvé son site web mais on parle d’elle sur le site du festival de photo de Lodz qui s’est récemment terminé (ici) et d’où est tirée l’illustration ci-dessous.

Mois de la photographie à Paris – 24 – Galerie Jérôme de Noirmont – Valérie Belin

Dans le cadre du Mois de la photographie qui, décidément, dure un très gros mois, la Galerie Jérôme de Noirmont (ici) montre jusqu’au 31 janvier 2009 les œuvres de Valérie Belin.

La galerie occupe un emplacement de prestige située avenue Matignon et compte de grands noms, outre Valérie Belin. Le  dernier accrochage consacré à un artiste photographe était celui de Bettina Rheims dont on fêtait l’anniversaire le 17 décembre (mon billet ici) et qui valait le déplacement. La galerie compte aussi Pierre et Gilles et Shirin Neshat pour ne citer que des photographes. Et si vous avez quelques millions de dollars, la galerie représente Jeff Koons, pas moins. Quel dommage de ne pas être fortuné, parfois, pour pouvoir admirer à sa guise de telles pièces dans un triplex rue Montaigne…

Fort heureusement, et là j’ouvre une parenthèse comme on dit, les galeries sont ouvertes au public et, bien que visant une clientèle disons, choisie, cette galerie là est tout en transparence si bien que les passants en profitent et la porte est toujours ouverte si bien que les curieux ne sont pas découragés. Remarquez, je pense que tout le monde peut laisser sa porte ouverte avenue Matignon, ce ne sont pas les forces de Police qui manquent. Ceci dit, l’esprit d’ouverture est quand même à souligner alors qu’un tel galériste pourrait confortablement se cacher dans un hôtel particulier et recevoir sur rendez-vous. Bien des galeries ô combien plus modestes seraient bien inspirées d’en prendre de la graine. Fin de la parenthèse.

Valérie Belin nous montre des bouquets, une danseuse et un magicien (ou un joueur de cartes). Les photos, en noir et blanc, sont peu abondantes car elles sont très grandes (162 x 130 cm) mais occupent parfaitement l’espace. L’éclairage est remarquable. Ici, on ne fait pas dans l’approximatif. Les photographies sont en noir et blanc, enfin, surtout en noirs en fin de compte car, si les éclairages du sujet sont particulièrement recherchés, il n’en reste pas moins qu’on est surtout dans la nuance des noirs qui apparaissent diversement selon la texture des différents vêtements, des cheveux et même de la peau.

Ce sont surtout les portraits qui m’ont impressionné tellement tout cela est travaillé.

Avec Valérie Belin, c’est le mariage réussi de Studio Harcourt et de Pierre Soulagès. Du noir et de la lumière.


C’est évidemment une exposition à ne rater sous aucun prétexte : vous avez jusqu’au 31 janvier 2009, c’est à Paris, métro Miromesnil (à 50 mètres de la station) et c’est gratuit.

Maison européenne de la photographie – partie 3

Présentation hétérogène cette fois encore à la MEP que j’ai visitée dimanche dernier. Après les petites salles dévolues à Marie-Paule Nègre, Dimitri Tsykalov et Julia Milner et deux grandes salles consacrées à Jean-Paul Dumas et Marco Zanta voici l’un des clous de l’exposition, l’accrochage consacré au magazine Stiletto (ici).

A priori, 25 photographes étaient présentés. Manque de chance, comme pour l’expo consacrée à Leibovitz (mon billet ici), certains n’ont droit qu’à un mur dans un couloir, sans recul, couvert jusqu’à 2,50 mètres de hauteur de photos invisibles sauf à être pourvus d’échasses, et privées de commentaires. C’est tout juste si j’ai pu retrouver une photo de Marcus Tomlinson (qui m’avais enthousiasmé à Arles: mon billet ici), complètement massacrée par un accrochage aussi pitoyable.

Heureusement, d’autres photographes étaient  moins maltraités en terme de visibilité mais hélas ce n’était qu’un saupoudrage de photos. Ainsi Yanai Toister (son site ici) nous montre seulement deux énigmatiques photos issus d’un reportage sur l’architecture des kibboutzim, entre le bunker et la villa Savoye (ici). Pixelcreation.com présente un large assortiment de photo de l’expo (ici) auquel j’ai emprunté l’illustration ci-dessous ainsi que celle concernant Parr.

Raphael Dallaporta (son site ici) nous montre trois photos présentant chacune un vêtement comme flottant dans les airs sur fond de dégradé de couleurs genre Photoshop (ceci dit, esthétiquement, le grand format fait son effet).

Même une célébrité comme Valérie Belin (son site ici) n’avait droit qu’à trois photos : des souliers noirs sur fonds blanc ultra contrasté conduisant à un effet ‘plat » et « dessiné ». A ce propos, elle sera visible à Lausanne au Musée de l’Elysée à partir du 6 novembre.

Martin Parr était peut-être le moins maltraité, avec Douglas Gordon.

Parr nous montre des avant-bras avec Rolex. Passons. Il nous montre surtout des souliers (pour mémoire, c’est le magazine Stiletto qui sponsorise…) et là on retrouve son style « candy » avec des couleurs « flashy ».

Gordon nous montre des chaussures et des jambes très sexy. à travers trois séries : chaussures et femme sur carrelage, jambe et chaussure perchée sur une chaise, chaussure rouge suspendue tournant légèrement floue.