Centre Culturel Calouste Gulbenkian – Au féminin

Le Centre Culturel Calouste Gulbenkian (51 avenue d’Iéna à Paris et ici) montre 140 photographies réalisées par 100 femmes pour une exposition sobrement intitulée « Au féminin ». Les cartels sont très complets et dignes du meilleur des musées, de même que l’éclairage qui garantit une quasi-absence de reflets.

Ce matin, il y avait entre zéro et deux visiteurs, autant dire qu’on ne bouscule pas et ce d’autant que les locaux de la fondation, l’ancien hôtel particulier du banquier Rodolphe Kann bâti en 1897 et transformé en 1923 par Calouste Gulbenkian, sont immenses et la hauteur sous plafond impressionnante.

L’exposition se déroule deux niveaux, autour de plusieurs thématiques. Au rez-de-chaussée, on peut ainsi voir : « les âges de la femme », « maternité », « quelques femmes », « à la maison », « nature » ainsi qu’une surprenante exposition de pionnières de la photographie. A l’étage, on aborde « le loisir », les « fictions et métaphores », le « shopping et la mode », le « travail », « l’extérieur » et « stars et déesses ».

Ces thèmes peuvent paraître un peu « naïfs » mais l’exposition, par son sujet facilement appréhendable, s’adresse au plus grand nombre et, à ce titre, elle autorise un découpage simple, peu analytique mais efficace.

La période couverte va des origines à nos jours avec une préférence, me semble-t-il, pour les grands noms historique de la photographie. L’exposition a eu recours à de nombreux fonds et principalement à la fameuse galerie new-yorkaise, Howard Greenberg (ici). Les photographies sont de toute provenance et finalement, le Portugal n’est pas trop « envahissant » (la Fondation est portugaise et la tentation existait d’être centré sur ce pays).

Pour les « âges de la femme », ce sont Diane Arbus, Germaine Krull, Lisette Model et Margaret Bourke-White qui sont convoquées.

rez-de-chaussée---gulbenkia

Pour « Quelques femmes », où l’on voit des portraits de femmes, on peut voir Dorothea Lange en action photographiée par elle-même et Dora Maar. Dans « à la maison », on peut voir des travaux plus récents comme ceux de Mona Kuhn et…. une photo de Carla Bruni (en bas de droite de l’illustration ci-dessous), au même titre que Obama, bien sûr.

bruni-et-kuhn---gulbenkian

Pour « nature », là-aussi, un effort pour nos contemporains avec Anni Leppälä et Flor Garduno. Par contraste, dans un contrebas, ce sont les pionnières qui sont mises en valeur avec des épreuves à l’albumine dont la plus ancienne remonte à 1853 (lady Augusta Mostyn).

A l’étage, on retrouve ce sympathique mélange avec aussi bien Vee Speers et Edith Maybin que Cindy Sherman pour « Fictions et métaphores », Sarah Moon et Annie Leibovitz aussi bien que Lee Miller pour « Stars et déesses ».

Seule la rubrique « travail » m’avait semblée purement historique avec Abott et Lange mais je viens de découvir que Cristina Garcia Rodero est contemporaine puisqu’elle vient d’être admise comme « full member » chez Magnum (le billet de ce jour sur Exposure Compensation montre d’ailleurs une photo exposée, « La confession »). Dans cette rubrique, on trouve fortement représentée Maria Lamas, la seule entorse à la règle de neutralité vis à vis de photographes portuguais.

étage---rubrique-travail---

C’est gratuit, il n’y a personne et pourtant c’est une bonne exposition alors allez voir : c’est jusqu’au 29 septembre 2009.

Anniversaire – Margaret Bourke-White (14 juin 1904 – 27 août 1971)

Margaret Bourke-White aurait, aujourd’hui 14 juin 2009, 105 ans.

Margaret Bourke-White est née à New-York et étudia la photographie à Columbia et dans d’autres universités avant d’être diplômée de Cornell en 1927. Elle travaille alors en indépendant, pratiquant la photographie industrielle et d’architecture à Cleveland (Ohio).

Elle travaille chez Fortune en 1929 et sa photographie du barrage de Fort Peck (Montana) fait la couverture du premier numéro de LIFE. Les commandes reçues de ses deux magazines l’emmènent dans le monde entier et sa collaboration avec LIFE en fait la première femme photographe travaillant pour l’armée américaine. A ce titre, elle photographie la Seconde Guerre en Europe et notamment les camps Nazis et leurs victimes, l’Inde pendant la lutte pour l’indépendance ou bien encore la guerre de Corée. Elle écrit plusieurs ouvrages illustrés de ces photographies dont un réalisé avec son futur mari, Erskine Caldwell, intitulé You Have Seen Their Faces qui traite de la vie dans le Sud des États-Unis pendant la Grande Crise de 29.

Elle se retire progressivement à partir de 1957 en raison de son état de santé et meurt de la maladie de Parkinson en 1971. Son travail est essentiellement conservé à la bibliothèque Georges-Arents, à New-York, et est présent dans de nombreuses collections dont celle du MOMA et de la Georges Eastman House.

L’illustration ci-dessous issue des archives de LIFE montre la photographe en 1931, alors âgée de 27 ans, perchée sur le Chrysler building alors en construction et préparant une prise de vue avec un Graflex 3-1/4 x 4-1/4 RB Auto. En bas à gauche, il s’agit du Helmsey Building (selon  LuminousLint, ici).