PhotoEspaña – Casa arabe – Bourouissa, Hammam, Barrada, Benohoud

Poursuite tardive de la promenade photographique sur le festival PhotoEspaña qui s’est déroulé cet été à Madrid avec l’exposition qui se déroulait à la Casa Arabe (Alcalá 62) et s’est terminée il y a peu de temps finalement, le 31 septembre. Le lieu évoque une mosquée et se trouve en face des jardins du Retiro, gratuits et magnifiques.Une bonne occasion de se souvenir du soleil en cette période où les jours raccourcissent :(

Casa Arabe 2009

L’exposition s’intitulait Cosmovisiones Arabes

Cosmovisiones - Madrdi 2009

On voyait Mohamed Bourouissa et sa série périphéries en 6 images que j’avais en partie déjà vues, l’auteur étant désormais pas mal connu (déjà en octobre 2008, billet ici).

Nermine Hamman (site ici) montrait sa série palimpsest, des visages entre ferveur religieuse et souffrance dans un traitement graphique étonnant: une palette ocre, une texture comme du papier à gros grain, des fonds à peine esquissés et sombres au profit de visages éclairés.

Yto Barrada (site ici) exposait un extrait de sa série factory.The strait project, des formats carré en couleur de femmes travaillant dans une conserverie.

Hicham Benohoud montrait 9 portraits en noir et blanc où le visage est décoré d’objets bizarres un peu comme un bernard-lhermitte se cache et se protège en se recouvrant de petits objets.

Mois de la photographie à Paris – 5 – La Générale en Manufacture (fin)

Nous voilà de retour à La Générale en Manufacture (dont j’ai parlée déjà ici et ) pour voir “Laisser filer et retenir” (ici). Cette exposition se déroulait au sous-sol de La Générale dans un lieu aussi lugubre que frisquet et s’est terminée le 1er décembre. Elle faisait partie du Mois off.

Il y avait des vidéos mais je ne parlerai que des photos.

Karine Portal nous montre des gens, souvent des jeunes et des enfants, dans un parc, dans une série baptisée « Les contemplations ». Les plans, éloignés, alternent les groupes dans des grottes et près de fontaines et des individus isolés dans un espace ouvert. Le sujet, très banal et photographié sans effet, fait penser à des photos d’amateur, des souvenirs d’une après-midi au parc mais l’éloignement au sujet donne un sentiment mitigé : voyeurisme ? Son site en flash () ne permet pas de montrer des images ici. Dommage.

Elise Pailloncy (ici) et le chorégraphe Eric Minh Tuong Castaing nous donne à voir des jeunes gens à capuches, enfumés.

Quand on voit des jeunes à capuches on pense à Bourouissa (à l’espace Baudouin par exemple, ici) mais ce n’est pas ça. Quand on voit la photo quasi blanche on pense à d’autres artistes qui ont eu recours à cet artifice, pas besoin de remonter à Malevitch (avec son magnifique carré blanc sur fond blanc), il suffit de voir Mireille Loup (avec son carré des anges) qui expose en ce moment même chez Magda Danysz. Mais tout cela n’est guère convainquant de prime abord. La notice précise « (…) la composante chorégraphique se trouve inscrite dans un rapport au territoire. Ces photographies se situent entre narration et appropriation critique d’un territoire, entre réalité et fantastique, et dépassent ainsi le cadre de la performance ». Alors là, évidemment, c’est tout de suite plus clair. Non ?

Tami Notsani montre des petits formats carré couleur. Une vieille dame, un mur, des robes de chambres. La série s’appelle « Grand-mère » a été réalisée au long cours, de 2000 à 2008. De petits rien qui suggèrent plus qu’il ne montrent, la fin d’une vie. Ce travail m’a fait penser à celui de Anne Le Hénaff (série « Les Beautés du Val d’AJol ») que j’avais vu lors de lors de l’exposition « Dix-7 en Zéro-7 » (exposition des diplômés 2007 avec les félicitations du jury de L’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris). Son site est ici et, hélas en flash, ne permet pas de montrer les images ici. Il en est de même pour le site de Tami Notsami, ici, qui est en plus un cas d’école de navigation incompréhensible.

Sylvain Gouraud (que j’ai évoqué ici) montre des femmes dont on ne voit pas le visage : il épuise d’ailleurs le genre avec des visages tournés, des visages dans la pénombre,  des visages pixélisés, des visages cachés par la main, etc. Ce travail (série « Armelle » – mais est-ce bien la même fille partout ?) m’a semblé intéressant et aurait eu sa place au septembre de la photo à Lyon consacré à l’identité (j’ai fait plein d’articles là-dessus ici).

Galerie les filles du calvaire – Urbanités

Samedi dernier, je suis allé chez Les filles du calvaire. C’est toujours aussi pénible de devoir sonner pour qu’on vous ouvre : d’entrée de jeu vous voilà rabaissé en situation de demandeur. Mais au moins la porte cochère est-elle ouverte contrairement à d’autres galeries dont je ne franchis, du coup, même pas le seuil (exemple: Dix9, juste à côté). Cette galerie est remarquable car elle grande mais pas trop et les œuvres sont en nombre approprié : ce n’est pas l’entassement ni le vide cosmique (ce dernier guettant plus sûrement que le trop-plein dans nombre de galeries). En prime, ce qui est présenté vaut, en général, le déplacement. Cette fois le thème c’est « Urbanités ». C’est jusqu’au 25 octobre.  N’attendez pas la fin de ce billet pour aller voir. Courrez. D’ailleurs il y avait plein de monde samedi.

Quoi qu’il en soit, une fois de plus, on voit des choses intéressantes. Je ne vais pas m’appesantir sur Bourouissa et Darzacq dont les travaux sont bien connus. Ceci dit je n’avais jamais vu le travail du second « pour de vrai » : cela rend bien comme on dit. Ces chutes sont vraiment intrigantes.

Quant au premier, voici une illustration de la thématique qu’il aborde. Cette photo était visible chez Anne de Villepoix (billet ici).

Bill Owens nous montre des américains moyens des années 70 vaquant  à leurs occupations domestiques en petit format noir et blanc. Le « truc » c’est le commentaire que se veut amusant (?) ou provoquant (?) mais qu’on se rassure pas de gros mot ni de vacheries.  Juste un commentaire décalé. Bof.  Paul Graham quant à lui recourt au format monumental pour faire passer ses images : en l’espèce une seule photo d’une jeune noire de dos, dans la rue, avec le visage de profil éclairé. Seul le visage est éclairé. Une jolie photo mais rien d’exceptionnel là-dedans et le tirage exagérément grand est de trop.  A l’étage, c’est encore mieux.

Thibaut Cuisset nous montre des espaces urbains très structurés et déserts, aux couleurs pastel. Rien de bien nouveau mais au moins il n’y a pas de format géant, pas de prétention. Un grand format de Couturier est aussi visible mais il est désormais connu et j’ai la chance de pouvoir contempler, au travail, quand je veux, « Fenêtre Eastlake Greens, San Diego » (2,45 m x 1,90 m) une pièce plus impressionnante que celle présentée à la galerie. Franck Van Der Salm nous montre une photo d’une galerie entièrement rouge : on aimerait voir ses autres travaux et c’est possible sur son site web (ici) . Karen Knorr nous montre trois image issues de sa série « fables » (The Passage, The Shelf et The Stairs). Je n’avais d’ailleurs pas fait le rapprochement entre les photos et des fables… Il s’agit en l’espèce de deux oiseaux dans des maison désertes et design qui semblent des humains. Je n’avais pas pensé à une fable mais simplement à un scénario ou à une histoire : le fait que ces animaux soient dans des environnements humains tend à leur prêter immédiatement des comportements humains. Les titres sont neutres et ne disent pas une une histoire  (ils ne figuraient pas à la galerie) mais on en imagine spontanément en voyant les photos.

Ainsi, là, il m’a semblé voir une scène de rupture : les deux amants se tournent le dos, l’un reste là et l’autre a déjà pris son envol et s’en va à tire d’ailes. Ces photographies sont de surcroît magnifiquement composées et très agréables à regarder (ce qui nous change de la provoc à deux balles dont nous sommes souvent gratifiés sous couvert « d’Art »). Son site est .

Georges Rousse présente deux pièces symétriques par la couleur : Madrid 1 et 2 (2006).  J’avais raté son expo à la MEP et j’étais ravi de voir on travail en vrai ne l’ayant vu qu’à la télévision auparavant dans le cadre d’un reportage sur son travail. Cet artiste se livre à un minutieux travail d’intervention dans des espaces de son choix dans lesquels il créé, depuis un certain point de vue, une image. Sous Photoshop un graphiste mettrait moins d’une minute pour faire l’image, pour Brousse c’est un vrai travail sur le matériau avec peinture et pinceaux avant de déclencher. Il a un site web remarquable qui montre les deux pièces présentées ici : 1ère colonne en haut et en bas). Pour finir, dans un coin, on pouvait voir le travail de John Davies (des vues de bidonville en noir et blanc) et de Gilbert Fastenaekens (un coin d’immeuble sous une lumière lunaire, c’est sa spécialité).

Une belle exposition et en plus c’est gratuit.

Galerie Anne de Villepoix – Iconoclastes : Les territoires de l’esprit

Jusqu’au 18 octobre se tenait chez Anne de Villepoix une exposition intitulée « Iconoclastes : Les territoires de l’esprit ». J’y suis allé le dernier jour, hier. Au vu du site web je croyais qu’il y avait des photographies. Il y en avait mais fort peu. D’ailleurs, il n’y avait pas grand chose, tout court. On ne marchait pas sur les œuvres.  Bref. Comme il y avait d’autres choses à voir dans le quartier (galerie Plume et librairie Wallonie-Bruxelles), je n’ai pas perdu trop de temps finalement.

En gros, côté photo, il y avait une œuvre de Mohamed Bourouissa. Point. Pour voir plus de Bourouissa, vous pourrez aller chez les Filles du Calvaire, dans peu de temps (à partir du 30 octobre) car qui n’a pas vu Bourouissa n’est pas « hype » ou « in » ou « branchouille » (je ne sais pas comment on dit). Bourouissa c’est la banlieue avec des jeunes méchants et tout (enfin on est droit de le penser puisque sur TF1 il parait qu’on dit ça), mais juste pour rire, en photo. Et en plus, pour de vrai, ce sont des jeunes gentils et propres sur eux qui prennent la pause sur la photo. En tout cas, cela doit permette au bourgeois bohème de s’encanailler pour pas cher (je n’ai pas les prix, ceci dit), d’avoir un petit bout d’une réalité qu’il ignore ou méprise, sans risque, dans son salon. Bref.