MEP – Maison européenne de la photographie – Delpire

C’est entendu, Robert Delpire est un grand monsieur de la photographie et de l’édition, nous l’avions compris à Arles cet été (billets ici et ).

L’exposition de la MEP (ici et 5/7 rue de Fourcy), récemment inaugurée, consacrée à cet éditeur et ancien directeur du centre national de la photographie qu’il contribua à fonder est une extension de celle d’Arles. En clair, si vous avez déjà vu Arles, il n’est vraiment pas indispensable d’aller à la MEP: en ce qui concerne, j’ai visité au pas de course. Pour les autres, l’exposition n’est peut-être pas totalement inutile, et je pense notamment au public adulte peu familier de la photographie mais aussi aux ados et aux enfants.

Au sous-sol, vous avez droit essentiellement au volet publicitaire, sponsorisé par Cacharel et Citröen, comme à Arles avec des illustrations vidéos. Pour le reste, l’essentiel de l’accrochage est consacré aux livres, complété de photographies mais sans réel fil conducteur: si les salles sont bien axées sur des thématiques, les photographies forment plutôt un pot-pourri. Néanmoins, parmi les auteurs les mieux représentés, on citera Cartier-Bresson et Koudelka ainsi que Sarah Moon.

Ce sera pour les moins connaisseurs l’occasion d’apprécier quelques tirages hyper connus comme le saut au-dessus de la flaque de Cartier-Bresson (billet ici) ou la fameuse voiture déformée de Lartigue (billet ici).

C’est jusqu’au 24 janvier 2010.

Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq

Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.

A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.

Au  rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ?  Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.

Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.

Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…

Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).

Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style « gros grain flou noir et blanc », c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.

Jean-Christian Bourcart réalise des séries peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].

Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici)  poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a.  J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).

Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ?  Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.

Je ne résiste pas en conclusion à  évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).

Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.

Maison européenne de la photographie – Accrochage d’été

La Maison européenne de la photographie (ou MEP au 5-7 rue de Fourcy et ici), j’en parle à chaque nouvel accrochage.

L’accrochage Cartier-Bresson (qui date du printemps) se poursuit jusqu’au 15 août et ce n’est qu’après avoir vu quelques photos que je me suis souvenue l’avoir déjà vue… En passant, j’ai été étonné de voir autant de monde un dimanche alors qu’hier (jour de Gay Pride) Paris m’a semblé désert. Bref.

Pour le reste, avec Ferdinando Scianna, on a l’impression de voir un clone de Cartier-Bresson. Il est d’ailleurs membre de Magnum (comme HCB d’ailleurs, qui l’a fondée). Les amateurs de photo-reportages en noir et blanc, du plus pur classicisme apprécieront. Les autres risquent de bailler d’ennui (sauf peut-être devant les clichés d’Italie) et ce d’autant qu’un étage complet lui est réservé (comme HCB).

Gabriele Basilico est présent avec une série consacrée à la rénovation intérieure d’un théâtre italien, une sorte de reportage. C’est un travail de commande, en moyen format noir et blanc tiré de manière classique et ce n’est pas très réussi. Cerise sur le gâteau, les tirages présentent de larges aplats de noir et sont donc de vrais miroirs faute de verre anti-reflets; on se voit dedans plus qu’on ne voit les images, c’est à croire que le verre ImagePerfect de Spandex (ou son équivalent chez Tru Vue) n’est pas arrivé jusqu’à la MEP.

J’avais en souvenir le Basilico des vues monumentales extérieures (et non des tirages confinés), des tirages géants en Diasec colorés, par exemple sa série sur Beyrouth. Le travail présenté est atypique et « trompe » le visiteur non averti.

Au sous-sol, on pouvoir une proposition vidéo de Claude Lévêque qui a fait le pavillon français de la Biennale de Venise cette année. Il s’agit de deux vidéos côte à côte montrant chacune un œil ouvert. Je reste hermétique à ce genre de travail et reste désolé de ne pas pouvoir tomber en pâmoison devant cela. Accessoirement, je me demande ce que cela fait à la MEP vu qu’il ne s’agit pas de photo.

Alair Gomes, est-ce une référence à la Gay Pride que j’évoquais plus haut,  semble fasciné par les sexes masculins en marbre ce qui nous vaut une trop longue série de clichés de pénis de statues romaines en petit format noir et blanc. Le texte d’accompagnement, qui figure aussi sur le site de la MEP, indique « Ces photographies et ce texte font valoir sa vision du divin, dont le fondement se trouve dans l’Eros : jeune corps masculin, création suprême de Dieu. Ce corps masculin est l’idée fixe qui sous-tend son propos, en matière d’esthétique, de religion et d’éthique. » Mouais.

De cet accrochage piteux, quelque chose surnage-t-il ?

Peut-être les récentes acquisitions de la MEP quoi que, la place qui leur était dévolue était mineure, voire homéopathique, ce qui gâchait un peu le spectacle. Je passe sur la vidéo qui était dans un coin (même question que pour Lévêque : est-ce le job de la MEP de consacrer des ressources à la vidéo et non strictement à la photographie ? A quand des estampes et des comics aussi ?). Les photographies présentée permettaient de voir Saul Leiter (exposé il n’y a pas si longtemps à la fondation HCB) et le jeune Mohammed Bourouissa (vu partout – billet ici).

On pouvait voir aussi trois auteurs que pour ma part je ne connaissais pas : Rob Hornstra, Christoph  Draeger et Masao Yamamoto.

Masao Yamamoto montre de minuscules photos noir et blanc, avec de beaux contrastes, de la nature, un oiseau ou une branche. C’est presque une caricature de ce qu’un occidental s’imagine de la photo japonaise (il ne reste plus qu’à comparer sa photographie à des haïkus et la coupe est pleine).

Christoph  Draeger (son site ici) montrait une photo des dégâts dus à un cyclone imprimé sur un puzzle : je n’avais jamais vu ça. Ceci dit, à part l’originalité du tirage rien d’extraordinaire. Il remploie des photos de presse dont il n’est pas l’auteur pour se livrer à ce travail. Il a fait semble-t-il toute une série sur le même thème (ici). Bof.

Rob Hornstra (son site ici) montrait deux portraits de communistes. Il est représenté par Flatland (une galerie pour qui j’ai un faible – ici) à qui je dois l’illustration ci-dessous.

On l’aura compris, la moisson est peu satisfaisante et il valait mieux, ce dimanche, allez voir révélation 3 (qui en plus était gratuit).

Maison européenne de la photographie – programmation avril-juin

La MEP (ici et 5 rue de Fourcy), que je visite à chaque nouvelle exposition, montre ses choix pour les mois d’avril, mai et juin. Cette fois, pas besoin de faire plusieurs posts (voir mes billets ici) avec seulement 5 expositions, globalement décevantes une fois encore.

Tout en bas, c’est Laurent Van der Stockt qui nous montre ses photos de guerre, souvent des civils, beaucoup de détresse, des images efficaces qui plongent le regardeur dans la triste réalité : on a presque froid en regardant ces pauvres gens dans la neige.

François Fontaine (son site hélas en flash ici)  dispose de moins d’espace pour montrer son travail : une série sur la statuaire parisienne, aux effets un peu trop artificiel de flou et d’éclairage et une série plus sincère et convaincante sur les christs de Salvador de Bahia.

Riccardo Zippoli (son site ici) nous rejoue le coup des reflets, un grand classique en photographie avec l’ombre. La dernière fois, à la MEP, on avait eu droit (mon billet icià Minot-Gormezano pour  “L’ombre, le reflet”… Cette fois c’est Venise (dans le genre cliché, difficile de faire mieux). L’idée cette fois c’est de photographier Venise  vue dans les reflets des fenêtres et pour faire sérieux nous avons des vers en quatre langues pour accompagner chaque diptyque.

En remontant, on arrive aux étages 2 et 3, chacun consacré entièrement à un photographe. Ces étages sont vastes et on sature un peu.

Gérard Uféras montre plus de 100 tirages des coulisses des opéras et défilés. Au début on est séduit puis la lassitude gagne devant une telle accumulation. C’est un peu le problème en photographie : il est facile d’appuyer sur le déclencheur et tout photographe produit des milliers de clichés. Demander au visiteur de faire le tri dans un océan d’images, c’est un peu facile.

Le même constat s’applique à l’exposition Henri Cartier-Bresson. On peut certes tomber en pâmoison devant chaque photo du maître (au prétexte que c’est un maître) mais j’ai du mal à croire que chaque tirage est un chef d’œuvre (même Picasso a commis des travaux de moindre qualité). Du coup, la sélection m’a paru trop large. Il n’en reste pas moins la valeur documentaire d’un temps révolu et, dans certains cas, des images inspirées, pleine de poésie. J’ai aussi un peu de mal à comprendre que la MEP consacre autant d’espace à HCB alors même qu’une Fondation porte son nom et montre son œuvre.

Au fil du temps, je me demande où va la MEP, comment elle se positionne face à des manifestations (Arles, Perpignan, Mois de la photo), face à des musées et fondations et face aux galeries. Je me demande ainsi finalement si son rôle doit être de disposer de son propre lieu d’exposition en plein Marais ou si elle ne ferait pas mieux de se concentrer sur ses travaux de recherche (conférence, publication, etc) quitte à monter, dans d’autres lieux, temporaires, des expositions.

Cela lui permettrait certainement de dégager des ressources considérables pour ce qui me semble être son « coeur de métier » où elle a peu de concurrence. Pour l’heure, ses choix d’expostions me semblent des demi-choix, à mi-chemin d’un peu tout (musée, galerie, festival) et, au final, des ratés : mieux vaudrait laisser faire galeries et musées dans ce domaine.

Anniversaire – Robert CAPA (22 octobre 1913 – 25 mai 1954)

Robert CAPA aurait eu ce jour, 22 octobre 2008,  95 ans. Voici donc, pour son anniversaire, sa biographie en 10 lignes maximum, comme d’habitude.

Robert CAPA, de son vrai nom André Friedmann est un photographe américain né hongrois, à Budapest. Il a fait des études de sciences politiques à Berlin avant de se tourner vers la photographie. Il arrive en France en 1931 et adopte le nom de CAPA. Là, il rencontre Cartier-Bresson, Seymour et Tarö. Son reportage sur la guerre civile en Espagne le fait remarquer : il est publié dans de nombreux magazines dont Life pour lequel il photographie, plus tard, l’invasion japonaise de la Chine et la Seconde Guerre. Il émigre en 1939 aux Etats-Unis et fonde Magnum, avec Seymour et Cartier-Bresson, en 1947. Il photographie les grands conflits en journaliste, sans effet technique, souvent en plans rapprochés. Il devient président de Magnum en 1951 et est naturalisé américain en 1954, année où il meurt tragiquement lors du conflit en Indochine. Il est considéré comme ayant eu un apport décisif au photojournalisme.

Fondation HCB – Henri Cartier-Bresson – Walker Evans

Après avoir dépensé 6 euros j’ai pénétré pour la seconde fois à la Fondation HCB (Henri Cartier-Bresson). La dernière fois, qui était aussi la première, c’était pour Saul Leiter. J’avais trouvé ça pas mal mais sans plus : je ne me voyais pas pousser des oh et des ah. A part pour deux ou trois photos particulièrement inspirées, et encore.  J’avais donc, il faut bien le dire, un a priori défavorable lors de ma visite de dimanche dernier et peut-être ai-je été victime des prophéties auto-réalisatrices. Une fois de plus et bien qu’on soit dimanche, il y avait du monde, rien d’insupportable mais c’était dense.

Et là, comme je le redoutais, des photos noir et blanc de petit format sans rien de spécial. En dépit de provenances prestigieuses et malgré mes efforts desespérés, je n’ai rien vu de génial dans le cadrage, la composition, la lumière. Je n’ai rien ressenti du tout (à part l’ennui et la frustration). Je n’ai rien compris non plus (s’il y avait quelque chose à comprendre).  Pour mémoire les lieux sont fort petits et en 20 minutes vous aurez fait le tour (ce qui dans mon cas a limité la perte de temps).  Je me suis dit en sortant que l’on ne m’y reprendrait plus et que c’était bien la dernière fois que je payais 6 euros pour ça (si peu).  A la place, achetez un livre de photos (ou d’autre chose) ou visitez la MEP et regardez des photographies de photographes vivants.