Photomeetings 2009 – Deloitte

En 2009, les Photomeetings se tenaient sur trois sites contre deux habituellement. La nouveauté 2009 c’était Deloitte, la société de conseil bien connue, qui est installée au 560 rue de Neudorf à Luxembourg. Le Luxembourg ce n’est pas grand et la ville de Luxembourg pas davantage mais c’est escarpé donc pour aller chez Deloitte, mieux vaut donc prendre le bus et bien regarder car on ne sait pas où on est et où on va….

Chez Deloitte, comme à l’Université, pas de cartels donc encore un grand moment de solitude et, pourtant, les photos exposées valaient le coup bien qu’il s’agisse de travaux d’étudiants (autre nouveauté 2009). En prime, l’espace de Deloitte est vaste et relativement correctement éclairé.

Là encore, il faut donc se plonger à la fois dans ses notes et dans le catalogue pour faire le rapprochement entre oeuvres et auteurs. Là aussi, comme à l’Université, dans certains cas, je n’ai pas retrouvé certains travaux dans le catalogue… ou bien l’inverse (présents dans le catalogue mais que je n’ai pas vus).

Heinrich Holtgreve montrait trois grands formats verticaux d’armoires souples éclaires de l’intérieur  et une porte fermée où point de la lumière dans l’embrasure. C’est un peu intriguant cette affaire, on se demande ce qui se passe. Et quand on va sur le site de l’auteur (ici), on découvre qu’il s’agit de plantation de cannabis (!). Comme quoi, des fois, c’est pas mal d’avoir un cartel !

Nele Gülck avait lui choisi de montrer six petits portraits couleur d’ados a l’air bizarre. Il n’a pas de site perso mais son travail est visible chez Freelens (ici) et l’illustration ci-dessous en provient.

Je n’aime pas trop un certain style blanchâtre qu’on voit un peu partout en ce moment mais les six photos presque blanches de radars et de leurs dômes sont me semblent-il bien vues: dissimuler ainsi sous des couleurs désaturées ce qui sert justement à mettre en lumière l’invisible est un clin d’œil au cerveau du regardeur. Plus prosaïquement, les dômes sont blancs et cela se prête assez à un « fondu au blanc » gelé. Bravo donc à Alexander Lehn.

J’ai bien aimé aussi les plantes sous perfusion, avec un pansement ou plâtrées (6 variations en tout), il ne s’agit pas d’une allusion évidente et un brin aguicheuse à l’écologie réalisée par Maryam Motamedi Masoudie mais plutôt (seul le titre nous met sur cette piste) d’une allusion marquée à un opération particulière (série sex change). Plus direct est le travail de Claudia Aguilar Cruz (série diagnose) avec ces quatre photos de cette femme qui est progressivement privée de ces cheveux et fini rasée. Cela fait immanquablement penser à certains travaux de Carolle Benitah (ici) ou Estelle Lagarde (ici), photographes déjà évoquées dans ce blog respectivement ici et ). Ce travail sur le cheveu répond étrangement à la présentation l’an passé à ces mêmes Photomeetings du travail d’Herlinde Koelbl (série Hair, billet ici).

Deux séries traitaient de l’adolescence. Celle de Johanna Saxen montrait six photos d’un gros garçon tatoué dans une sorte d’entre d’eux intimiste baptisé intersex.  C’est en regardant le site de la photographe (ici, en allemand, d’où est tirée l’illustration ci-dessous) qu’on apprend que cet intersex n’est pas l’attente d’une prochaine relation, où le moment qui en suit une mais le statut du personnage objet de la photo, doté à la fois des attributs sexuels masculins et féminins. Sous l’apparente douceur se cache un drame personnel.

Larissa Mesinovic montrait des images plus crues, pour ne pas dire sanglantes, de jeunes adultes tatoués et munis de piercings, aux bras profondément scarifiés.

Benedek Bognar nous montre en noir et blanc des gens qui semblent ordinaire, tenant un sac ou se tenant à proximité d’un sac et au visage flou (une sportive en salle, un élève en classe, une dame dans sa cuisine, etc) et en dessous figure une vignette couleur : la radiographie du sac et de son contenu. Une façon de terroriser le regardeur, tout tout en douceur: pas de sang, pas de cris, juste des gens ordinaires et un sac.

Lia darjes nous montre quant à elle de la viande, vivante ou morte, poilue, plumue ou tondue: une main dans la viande, la mise bas difficile d’un veau, un seau de sang, un morceau de viande dans une chaine. Douze belles images qui, peut être, vous rendront végétalien.

Je finis avec le moins convainquant.

Je passe rapidement  à la fois sur le travail noir et blanc très expérimental, avec photomontage, collage et négatif de Jana Nowack et sur celui de André Hemstedt qui livre un exercice en 10 photos certes poétiques mais un peu mièvres et convenues sur la lumière filtrant à travers divers objets (mains, fenêtres,etc). Par contre, ce dernier montre des travaux intéressants sur son site web, très pro, en collaboration avec Tine Reimer: c’est par ici (on pourra regarder la série silence, par exemple, et c’est uniquement en allemand). Dorka Taskovics montre 4 photos de scènes de vie: mouton, fille avec une poule, 4 ados au café. Mouais.

Arpad Horvath montrait deux photos noir et blanc comme des instantanés d’un film avec deux personnages en armures de style manga (?) et un grand format couleur où figurent deux petites filles dont une brandissant un couteau dans la pénombre. Si étrange que je croyais, faute d’indications, qu’il s’agissait des travaux de deux photographes et comme je n’ai pas trouvé son site web, ces photos resteront un mystère.

Photomeetings 2009 – Université du Luxembourg

Je viens d’évoquer (ici) les expositions de Photomeetings 2009 qui se sont déroulées à la Galerie Clairefontaine. Deux autres sites étaient concernés dont l’Université, sur le Campus Limpertsberg, comme l’an dernier en 2008.

En 2009 hélas, l’exposition ne comprenait pas de cartel et du coup, bizarrement, c’était très frustrant à regarder. C’est un jeu de piste pénible avec le catalogue pour retrouver qui fait quoi car le catalogue ne présente pas les travaux par site mais distingue les travaux des étudiants de celui des intervenants car, autre nouveauté en 2009, des étudiants sont invités à montrer leur travail. En l’espèce, ils viennent  de Strasbourg, Vienne, Budapest, Brême et Luxembourg, entre autres.

Certaines séries resteront anonymes car je ne les ai pas retrouvées dans le catalogue, c’est le cas notamment de ce qui était montré à l’étage et de certaines images du rez de chaussée.

Parmi les auteurs que j’ai pu identifier péniblement et mettre en face de mes notes, il y a Matthias Muchenberger avec son cacamus communiter (Vienne), deux étudiants assis au chiottes se faisant face. Mouais. Sebastian Glombik faisait dans le moins potache avec d’émouvants portraits de personnes âgées en soins intensif (série intensiv). Paula Market (Hamburg) montrait trois portraits assez désolant d’une femme entre deux âges semblant abandonnée chez elle. Daniel Halasz (Budapest) montrait un spectacle aussi désolant: ce sont des lieux cette fois qui semblent voués à l’abandon, un peu à la marge, entre l’urbain et la campagne. Cet étudiant dispose d’un site très pro dont certains photographes qui ont quitté les bancs de l’école depuis longtemps feraient bien de prendre de la graine, c’est par ici (par contre on n’y voit pas la courte série montrée au Luxembourg).

Dans le couloir, deux séries étaient présentées dans de grands tirages plus luxueux. (il s’agit toujours d’étudiants). Une série de gros messieurs tout nus assis par terre ou sur un meuble bas, un peu comme de gros mais dignes bébés: cette série est vraiment remarquable car on ne sait si on doit en rire où si l’on doit admirer ces hommes ventripotents, sérieux et plein d’assurance. C’est un travail de Sebastian Keitel dont le site (ici) est également très pro (bien qu’encore mince) et qui montre sa série (fat) dont est tirée l’illustration ci-dessous.

Ces portraits intrigants voisinaient avec d’autres, plus inquiétants sans doute. Il s’agit de portrait de personnes âgées avec dessous un petit format de leur lieu de vie (8 x 2 photos). Cela fait penser au sort de ses proches (et au sien) et puis également à ce que j’avais je ne sais où, à savoir que plus on vieillit plus le cercle (de ses amis, de ses voyages, de son lieu de vie, etc) se resserre: ces petites chambres à la décoration proprette avec leurs quelques bibelots défraichis et les appareils médicaux discrètement dissimulés, tout cela la fin, une triste fin. Marco Warmuth a réussi là une série sensible. Son site (ici) montre la diversité de son travail (il fait aussi de la photo de mode ce qui est un peu ironique finalement car coexistent des mannequins de vingts ans et de vieilles personnes) et sa série n’est pas visible comme au Luxembourg puisqu’on ne voit pas les chambres (ce qui justement fait la force du projet…) et en plus c’est du flash donc pas d’images.

Photomeetings 2009 – Galerie Clairefontaine

C’est avec bien du retard (plus de 3 mois) que j’écris ce billet consacré aux Photomeetings 2009 qui se sont déroulés à Luxembourg du 9 au 12 septembre 2009, à l’initiative de la galerie Clairefontaine.  J’avais déjà raconté l’édition 2008 et dit tout le bien que j’en pensais (article introductif ici).

Pour 2009, le point de vue est plus mitigé et, pour tout dire, je n’irai pas à l’édition 2010, considérant qu’une fois sur deux sera un rythme suffisant. En effet, si l’exposition qui se déroulait à la galerie ne souffre d’aucunes critiques, l’absence d’informations (aucun cartel) sur les deux autres lieux (l’Université et le siège de Deloitte) était particulièrement gênante: le catalogue suffit à se faire une idée de l’exposition. Et s’il s’agit d’aller au Luxembourg pour simplement repartir avec un catalogue sous le bras après avoir regardé des photos d’anonymes, c’est un peu cher (il n’y a jamais de réduction pour le Luxembourg) et un peu long aussi.

La Galerie Clairefontaine dispose, je le rappelle, de deux sites à Luxembourg à 50 mètres l’un de l’autre et qu’on rejoint sans peine à pieds depuis la gare. Peter Bialobrzeski (site ici, illustration tirée de sa galerie à Francfort, ici) exposait une typologie de cahuttes en petit format (920 €) et en très grand format (8 050 €).

Il montrait aussi des vues naturelles de verdure comme rayonnant de lumière (serie paradise) plutôt intrigantes (2 530 €). Vous noterez en passant que les prix restent accessibles (en gros, c’est le prix d’un PC ou d’un voyage) et qu’ils sont affichés, une pratique qu’on souhaiterait plus répandue en France.

Le second site de la galerie exposait davantage d’auteurs, à commencer par Michel Medinger, un photographe luxembourgeois, qui montrait de grands noir et blanc à 980 €, des coquillages, des poupées et des fruits ouverts, le tout évoquant de manière on ne peut plus directe un sexe féminin.  Abel Szalontai (site ici à moins que ce ne soit un homonyme car je n’ai rien reconnu): montrait des blocs de béton et des formes colorées presque monochromes à  1 730 €. Roman Pfeffer était un peu plus convainquant avec ses photos de conserves en verre alignées contenant des cendres de tee-shirts et portant en étiquette le nom d’une grande marque. Il montrait aussi  6 photos d’un clodo devant son barda. Michael Najjar montrait un travail remarquable à mi-chemin de la photographie et de la création graphique (à 13 450 €): 3 corps identiques enlacés et élancés, un peu comme des figures célébrant le travailleur communiste mais passés chez Pixar et un immense diasec ou des corps sont alignés suspendus par des câbles. Son site est une création graphique à part entière et vaut le déplacement, ici.

Je passe sur James Nachtwey et Marla Rutherford dont j’ai déjà évoqué le travail par le passé (ici pour le premier, déjà au Luxembourg, et pour la seconde, à Arles).

Ce site étant de belle taille, on pouvait voir aussi un tirage géant de Giacomo Costa (12 500 €), une étrange composition de ville sous les eaux vue depuis les fonds (son site ici).

Le style étant vraiment éclectique, on voyait aussi Petra Arnold (ici, je conseille ses autres séries notamment ses portraits) et ses Hell Angels en petit format carré noir et blanc, Andreas Weinland avec des vintage des années 80 montrant des marginaux (à 5 000 euros) et Roman Bezjak (qui a un footballeur comme homonyme ce qui rend difficile de trouver son site web…) avec ses paysages urbains communistes vieillots russes ou serbes ( 1850 et 4600 euros selon la taille).

En bref – Photomeetings édition 2009, annonce des dates et du programme

Je vous ai parlé l’an passé de Photomeetings, une exposition, des conférences et des workshops se déroulant au Luxembourg sur l’impulsion de Marita Ruiter (Galerie Clairefontaine).

Du coup, je ne redirai pas tout le bien que j’en pense, pas plus que les informations pratiques (voir ce billet) mais en revanche, sachez que les dates et le contenu ont été annoncés hier: ce sera du 9 au 12 septembre 2009.

Marla Rutherford (parmi d’autres – je l’ai retenue car j’avais bien aimé son travail montré à Arles en 2008 – billet ici) animera un atelier et Christian Caujolle fera une conférence (parmi d’autres, mais lui parlera en français) sur le thème retenu, Tabou.

Je vous invite à découvrir le programme et à faire un petit saut au Luxembourg.

Art Paris 2009 – 1ères impressions : amateurs de photographies, courez-y vite !

Le salon Art Paris se déroule en ce moment à Paris et jusqu’au 23 mars. L’entrée est à seulement 10 euros si vous vous inscrivez sur leur site (ici).

Ce salon ne revendique pas le prestige de la FIAC mais, pour autant, il n’y a pas que des galeries de seconde zone et, cette année, des galeries dédiées à la photographies étaient invitées.

Bien que fréquentant assidument les galeries et parcourant le web des heures entières à la recherche de (jeunes) photographes, j’ai vu des photos que je n’avais à ce jour pu contempler que sur mon écran de portable comme celles de Polixeni Papapetrou, par exemple, chez Wanted. j’ai aussi fait des découvertes de photographes dont le travail m’a plu et dont j’ignorais lamentablement l’existence comme Susanne Junker et Philippe Assalit chez Acte2Galerie, Sabine Dehnel chez Esther Woederhoff ou bien encore Claudine Doury chez Camera Obscura. Dans certains cas, c’est une série que j’apprécie mais je n’en avais entrevu qu’un fragment jusqu’à présent et j’ai pu en voir là des prolongements comme la série Hair de Herlinde Koelbl que j’avais découverte au Luxembourg à la Galerie Clairefontaine (mon billet ici) et dont j’avais acheté le livre éponyme.

J’ose à peine souligner que 10 euros pour voir 15 galeries de 1er plan spécialisées en photographie et plus d’une centaine d’autres qui présentent des peintures mais aussi des photographies, ce n’est pas ruineux. Songez un instant à l’exposition LaChapelle ou au prix d’un magazine comme Azart photo à 9,90 €. Evidemment, il y a de meilleurs magazines pour moins cher et l’entrée des galeries est gratuite mais aller de l’une à l’autre prend du temps et n’est pas gratuit en frais de déplacement.

Autant dire qu’une visite s’impose.

100ème anniversaire de Gisèle Freud sur Métropolis sur Arte et Photomeetings

Juste pour vous dire que j’ai vu un reportage dans Métropolis hier, le magazine de la culture sur Arte, où on parlait de Gisèle Freund, qui aurait eu 100 ans cette année.

On en parle donc ici.

Cette photographe était au centre des Photometings au Luxembourg dont je vous ai parlé déjà dans trois articles ici et je vois que son organisatrice, Marita Ruitter qui dirige la galerie Clairefontaine est à l’honneur puisque c’est  grâce à sa collection qu’a été montée une exposition en Allemagne (ici). La photo ci-dessous est issue du site de la Maison WIlly Brandt (ici).

Photomeetings au Luxembourg, des photos, des workshops et des conférences (fin)

Pour ce dernier billet (les autres ici et ) consacré à Photomeetings à Luxembourg, une initiative de la Galerie Clairefontaine, je vais finir avec James Nachtwey et Joachim Ladefoged.

Le travail de Nachtwey, quand j’ai visité l’expo à Luxembourg, je ne connaissais pas mais, dans l’intervalle, je l’ai revu à la galerie Polka (voir mon billet ici). Il faut bien dire que, là encore, les conditions d’exposition font toute la différence car si j’avais été impressionné chez Polka Galerie, je ne l’avait pas été du tout auparavant, à Luxembourg. Le sujet traité, en format plus réduit (sans doute cela joue-t-il aussi), était le 11 septembre, un sujet qui pourtant se prêtait bien à l’approche dramatique de Nachtwey. Dernier point peut-être, le travail présenté ne comptait que bien peu de figures humaines; ce qui désincarnait le drame. Bref. Pas extraordinaire. Ladefoged montrait quand à lui un travail extraordinaire (compter 4 à 6 000 €)  tiré de sa série « mirror ». A l’Université, les tirages géants étaient accrochés par des œillets. On y voit des culturistes noircis, muscles tendus, très impressionnants, comme statufiés.Le numéro qu’ils portent m’a fait penser à une étiquette dans un rayon (de jouets ?) : des sortes de GI Jo ou de Ken.

Cela fait penser, toutes proportions gardées à ce que j’avais vu à Arles à l’espace SFR (mon billet ici) avec le travail de Benjamin Roi. Dans les deux cas, le culte du corps conduit à un résultat assez effrayant à mon goût : une sorte de réification du corps sans compter son vieillissement prématuré dans un cas par le recours à des exercices contre-nature et dans l’autre par une exposition anormale au soleil.