Galerie VU’ – Denis Darzacq

En novembre dernier, la Galerie VU’ montrait des séries originales de Denis Darzacq, photographe dont j’ai vu les travaux à de multiples reprises. Ses séries recomposition 1 et 2 ne m’ont pas vraiment inspiré: ces hybrides de meubles IKEA ou de cartons avec des humains, bof. Par contre, sa série act (qui s’intéresse aux corps aussi, d’une certaines manière) touche au but. On ne peut que rester pensif devant ces moments suspendus de la vie de patients frappés par la maladie dont la posture gauche, l’effort dissimulé ou l’impuissance d’agir transpirent avec force de ces photographies simples, sans artifice de composition ou de décor, de cadre ou de couleur. Les prix sont de l’ordre de 5 500 EUR.

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Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq

Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.

A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.

Au  rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ?  Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.

Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.

Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…

Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).

Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style « gros grain flou noir et blanc », c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.

Jean-Christian Bourcart réalise des séries peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].

Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici)  poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a.  J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).

Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ?  Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.

Je ne résiste pas en conclusion à  évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).

Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.

Galerie Vu’ – Exposition très collective – derniers week-ends pour voir

La Galerie Vu’ (2 rue Jules Cousin et ici) je l’ai visitée bien souvent et j’en déjà parlé lors du Mois de la photo à Paris, en décembre dernier (ici). Il s’agit là de vous encourager à aller voir l’exposition (très) collective qui s’y déroule jusqu’au 18 avril, ce qui vous laisse encore seulement deux week-ends.

Je ne vais pas raconter ce qu’il y a à y voir vu que ce sont près de 30 auteurs photographes qui y sont présentés. J’ai relevé Engstrom, Botman, Ackerman, Castore, Terré, Broyer, Comment, Forsslund, Schuh, Dumas, Sriwanichpoom, Bizos, Stromholm, Tunbjork, Darzacq, Castro-prieto, Leblanc, Crespi, Bas, Blenkinsop, Silverthorne, Munoz, Zuili, Faucon, Wurstemberger, Pernot et Picard. Il semble que j’en ai oublié au vu de la liste sur le site de VU’ (ici).

Ce n’est pas tous les jours que vous aurez l’occasion de voir un tel nombre de photographes et de photographies dans des styles aussi variés et pour un coût de zéro euro.

Il y a dans le lot un certain nombre de photographes dont j’ai déjà parlé comme Tunbjork ainsi que Comment et Broyer (dans le billet déjà cité),  Darzacq (ici, les chutes, chez Les Filles du Calvaire),  Crespi et Silverthorne (ici – à Arles en 2008).

Courez-y vite.

Galerie les filles du calvaire – Urbanités

Samedi dernier, je suis allé chez Les filles du calvaire. C’est toujours aussi pénible de devoir sonner pour qu’on vous ouvre : d’entrée de jeu vous voilà rabaissé en situation de demandeur. Mais au moins la porte cochère est-elle ouverte contrairement à d’autres galeries dont je ne franchis, du coup, même pas le seuil (exemple: Dix9, juste à côté). Cette galerie est remarquable car elle grande mais pas trop et les œuvres sont en nombre approprié : ce n’est pas l’entassement ni le vide cosmique (ce dernier guettant plus sûrement que le trop-plein dans nombre de galeries). En prime, ce qui est présenté vaut, en général, le déplacement. Cette fois le thème c’est « Urbanités ». C’est jusqu’au 25 octobre.  N’attendez pas la fin de ce billet pour aller voir. Courrez. D’ailleurs il y avait plein de monde samedi.

Quoi qu’il en soit, une fois de plus, on voit des choses intéressantes. Je ne vais pas m’appesantir sur Bourouissa et Darzacq dont les travaux sont bien connus. Ceci dit je n’avais jamais vu le travail du second « pour de vrai » : cela rend bien comme on dit. Ces chutes sont vraiment intrigantes.

Quant au premier, voici une illustration de la thématique qu’il aborde. Cette photo était visible chez Anne de Villepoix (billet ici).

Bill Owens nous montre des américains moyens des années 70 vaquant  à leurs occupations domestiques en petit format noir et blanc. Le « truc » c’est le commentaire que se veut amusant (?) ou provoquant (?) mais qu’on se rassure pas de gros mot ni de vacheries.  Juste un commentaire décalé. Bof.  Paul Graham quant à lui recourt au format monumental pour faire passer ses images : en l’espèce une seule photo d’une jeune noire de dos, dans la rue, avec le visage de profil éclairé. Seul le visage est éclairé. Une jolie photo mais rien d’exceptionnel là-dedans et le tirage exagérément grand est de trop.  A l’étage, c’est encore mieux.

Thibaut Cuisset nous montre des espaces urbains très structurés et déserts, aux couleurs pastel. Rien de bien nouveau mais au moins il n’y a pas de format géant, pas de prétention. Un grand format de Couturier est aussi visible mais il est désormais connu et j’ai la chance de pouvoir contempler, au travail, quand je veux, « Fenêtre Eastlake Greens, San Diego » (2,45 m x 1,90 m) une pièce plus impressionnante que celle présentée à la galerie. Franck Van Der Salm nous montre une photo d’une galerie entièrement rouge : on aimerait voir ses autres travaux et c’est possible sur son site web (ici) . Karen Knorr nous montre trois image issues de sa série « fables » (The Passage, The Shelf et The Stairs). Je n’avais d’ailleurs pas fait le rapprochement entre les photos et des fables… Il s’agit en l’espèce de deux oiseaux dans des maison désertes et design qui semblent des humains. Je n’avais pas pensé à une fable mais simplement à un scénario ou à une histoire : le fait que ces animaux soient dans des environnements humains tend à leur prêter immédiatement des comportements humains. Les titres sont neutres et ne disent pas une une histoire  (ils ne figuraient pas à la galerie) mais on en imagine spontanément en voyant les photos.

Ainsi, là, il m’a semblé voir une scène de rupture : les deux amants se tournent le dos, l’un reste là et l’autre a déjà pris son envol et s’en va à tire d’ailes. Ces photographies sont de surcroît magnifiquement composées et très agréables à regarder (ce qui nous change de la provoc à deux balles dont nous sommes souvent gratifiés sous couvert « d’Art »). Son site est .

Georges Rousse présente deux pièces symétriques par la couleur : Madrid 1 et 2 (2006).  J’avais raté son expo à la MEP et j’étais ravi de voir on travail en vrai ne l’ayant vu qu’à la télévision auparavant dans le cadre d’un reportage sur son travail. Cet artiste se livre à un minutieux travail d’intervention dans des espaces de son choix dans lesquels il créé, depuis un certain point de vue, une image. Sous Photoshop un graphiste mettrait moins d’une minute pour faire l’image, pour Brousse c’est un vrai travail sur le matériau avec peinture et pinceaux avant de déclencher. Il a un site web remarquable qui montre les deux pièces présentées ici : 1ère colonne en haut et en bas). Pour finir, dans un coin, on pouvait voir le travail de John Davies (des vues de bidonville en noir et blanc) et de Gilbert Fastenaekens (un coin d’immeuble sous une lumière lunaire, c’est sa spécialité).

Une belle exposition et en plus c’est gratuit.