En bref – Galerie Vu’ – Anders Petersen et JH Engström – From Back Home

On ne présente plus l’Agence Vu’ et sa galerie (ici et 2, rue Jules Cousin) qui depuis quelques mois maintenant nous gratifie d’un programme d’expositions très exigeantes, qui ne ménagent pas le visiteur.

Cette fois, et jusqu’au 31 octobre,  il s’agit de Anders Petersen et JH Engström qui nous racontent en photo leur région natale à tous les deux, le Värmland (en Suède, je précise pour les incultes).

Autant le dire tout de suite, je ne suis fan ni du Värmland, ni de Anders Petersen et JH Engström. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être parce que leurs photos montrent la laideur ordinaire, celle qui fait des hommes et des femmes des animaux comme d’autres. Peut-être parce que les photographies à l’aspect amateur, où l’éclairage est approximatif, les couleurs bâclées et les cadrages aléatoires, à la longue, cela me fatigue tout comme me fatigue le style VU’, vous savez bien, le « gros grain noir et blanc flou, vaguement bougé ».

J’ai donc regardé d’un œil distrait, ayant grand peine à le maintenir ouvert, le travail de Engström, une multitude de petits tirages très inégaux rassemblés au petit bonheur la chance et complétés de 8 grands tirages montrant des assemblages de photos. On dit que le talent du photographe c’est celui de savoir jeter: jeter hors du cadre les éléments qui ne l’intéressent pas et aussi jeter les photographies qui après coup ne sont pas conformes à l’idée qu’on en avait initialement. En l’espèce, il m’a semblé qu’on demandait au visiteur de faire le tri et c’est un peu pénible.

Quant aux clichés de Petersen, c’est le style VU’ dans toute sa splendeur, dans un accrochage ultra dense, les cadres presque collés les uns  aux autres et recouvrant intégralement deux murs. Un travail où le tri a été fait mais où il restait tout de même quelques scories.

Il m’arrive parfois de pester contre des accrochages rachitiques, étiques ou anorexiques mais un accrochage boulimique, ce n’est pas mieux.

Ce qui m’a le plus intéressé peut-être c’est la série de Petersen intitulée Gröna Lund (c’est le nom d’un parc d’attraction) qui a fait l’objet d’un livre paru en 1973. Les tirages vintages sur Agfa (une pellicule qui n’existe plus aux dires de VU’) datés des années 67 à 73 portent sur des bals et fêtes foraines et il faut voir cela, absolument: pas de tirages géants, pas d’effets là-dedans ni de chiqué, juste de vrais gens au naturel, des années 70’s. Rien que pour cela, allez-donc voir.

Si vous souhaitez casser votre tirelire, ce sera 4 500 euro le tirage (on a rien sans mal) et si vous souhaitez une critique de qualité, lisez Caujolle ici.

Rencontres d’Arles – Atelier de mécanique – ça me touche

L’atelier de mécanique regroupait un très grand nombre d’auteurs (quatorze pour être précis) et c’est là que l’on voit la patte de l’invitée d’honneur, Nan Goldin, puisque ce lieu est spécialement dédié aux photographes qu’elle apprécie (titre de l’expo: ça me touche). On peut aimer, ou pas, mais il faut bien avouer que là, on en a pour son argent, ce qui n’est pas le cas de tous les sites.

Annelies Strba (site ici) est très proche dans son travail de celui de Nan Goldin en documentant avec des photos de qualité médiocre (du grain, des couleurs délavées, etc) la vie de ses proches et en l’espèce de ses enfants, sur un diaporama affichés sur trois écrans.

Antoine D’Agata (full member de Magnum depuis 2008 – son site chez eux ici) nous présente un accrochage formant une sorte de chemin de fer: les images de petit format sont accrochés très près les unes des autres formant ainsi comme une ligne. Ce qui est montré est dans la veine du travail le plus connu de D’Agata, largement autobiographique, à savoir images de drogués, d’enculages, et de pipes, adoucies par des éclairages bien choisis, un léger flou et du grain, souvent dans des tonalités orangées. Ca reste un peu hard. Ceci dit, dans ses travaux plus récents, il me semble que D’Agata a rompu, non avec son style, mais avec ces thèmes, qu’il a longtemps travaillé.

Anders Petersen (site ici) est bien connu également (il fait partie de VU’ dont je visite la galerie régulièrement) mais l’ensemble présenté manquait de cohérence, de thème. Dommage.

Jh Engstrom (serie wells – projet autobiographique qui clôt une trilogie – son site ici) fait presque du Goldin et c’est une remarque l’on pourrait adresser à plusieurs auteurs ici présents. Sa série un peu facile de radiographies de bagages démontre, pourquoi pas, une certaine originalité, une sorte de ready-made comme on l’a déjà vu avec des images tirées de film de vidéo-surveillance et de bien d’autres origines encore. En revanche, son accumulation de petits formats en style amateur, un peu tout et n’importe quoi mais toujours plus ou moins autour de la maternité d’une jeune femme, Amanda, sa compagne (la dame enceinte, son visage, la dame à poil, etc) doublée de photos chirurgicales d’une césarienne, de la photo de chaque jumeau et des deux placentas, bref, tout cela c’est un peu du Goldin (il manque juste la phase de conception du bébé et on y serait complètement). Je me demande d’ailleurs si ce ne serait pas un exercice à faire que de produire des photos « dans le style de » pour voir à quoi on arrive: pourrait-on piéger des critiques ?

Leigh Ledare, c’est franchement du Goldin, drogue en moins et sexe en plus. C’est même à la limite de la perversion puisque l’auteur photographie essentiellement sa propre mère (qui n’est plus une jeunette) dans ses frasques sexuelles. Le tout est accompagné de photos diverses et variées, grandes et petites, de photos d’archive, de coupures de presse. C’est sexuellement explicite comme on dit mais à l’heure d’internet je ne crois pas que le sexe choque, ce qui me frappe en revanche c’est la vulgarité de l’ensemble et sa vacuité. Un critique à écrit (ici), je cite: « Le fait qu’elle choisisse son fils comme documentariste, pour la postérité, de son effort à créer une représentation sexualisée d’elle-même, peut être interprété comme un geste d’annihilation des conventions dictées par les structures familiales prédéterminées ». On ne saurait dire si peu avec plus de mots. J’en retiens pour ma part la vision ahurissante de la déchéance d’une mère qui aurait dû être insupportable à un fils normalement structuré.

Lisa Ross nous donne fort à propos l’occasion de respirer un peu d’air pur après les relents puants d’alcôve et de quitter aussi le monde des « Goldin-like ».  Ces photographies prises dans le désert, au Nord-Ouest de la Chine, montrent comme des des ex-voto dans le désert, très jolis, fins et délicats,comme autant de fanions fragiles, des autels et des tombes aussi et peut-être également des offrandes. Ses tirages tirages mats sans reflets mettent superbement en valeur ce travail rare, sensible et raffiné. Son site fort bien fait est ici.

Christine Fenzl (site ici) nous prend à contre-pied avec une série consacrée au football de rue ou, plus précisément, montre le football de rue utilisé à des fins sociales et éducatives, dans de grands portraits et paysages fonctionnant en diptyques. Kenya, Grande-Bretagne, Brésil, et Macédoine sont ainsi abordés. Bon. Marina Berio (qui fut assistante de … Nan Goldin – son site ici), quant à elle, redessine au fusain des négatifs et c’est très réussi comme dessin mais pourquoi diable se donner autant de mal ? Je plaisante mais la portée du geste m’échappe. Bon.

Jean-Christophe Bourcart (série camden – site ici mais mon antivirus détecte un cheval de troie sur son site)  nous livre un vrai reportage, très vivant, avec moult textes et une vidéo sur … la ville de Camden et surtout ses habitants, en l’espèce les plus paumés et les plus miséreux de la ville. Ca se laisse voir mais on passe du côté de la caricature quand le photographe se fait évidemment chaperonner par un gars du cru (dont on apprend que, bien sûr, c’est un assassin, oh mon dieu !) et le reporter se fait agresser (pas méchamment, ouf !) par une prostituée. C’est presque du Tintin et c’est un bon exemple du style « reporter en banlieue », presque un exercice de style.

Tomasz Gudzowaty (site ici) montre d’impressionnantes photos de gymnastes et boxeurs dans un noir et blanc classiques C’est assez bluffant à voir en grand format.

Boris Mikhailov montrait une multitude petits formats (certains sont aussi agrandis) en format à l’italienne, bleutés et comme des vintages (quoi que les vintages c’est plutôt sépia, mais bon) avec des tirages approximatifs. On oublie presque le sujet, toujours le même chez lui, ou presque, des miséreux et des handicapés démunis dans les rues.

Du coup, ses images habituellement très dures (ci-dessous et ici aussi chez Saatchi), tant sur le fond (quand je parle de miséreux, c’est rien de le dire, ses images sont cruelles) que sur la forme (couleur et éclairages crus) gagnent ici en douceur voire en poésie.

Je passe rapidement sur les trois derniers dont la démarche (s’il y en a une) est pour le moins obscure pour le non initié. Jacques Pierson montre des tirages sous forme de poster (avec marques de plis et épingles) de la mer, du sable et des palmiers (11 photos). Il indique avoir réalisé ces clichés vite fait. Ca se voit. David Armstrong montre des photos de beaux jeunes mecs étalées partout dans trois pièces, en vrac. Autant acheter Têtu. Jim Goldberg (qui semblait faire tomber en pâmoison quelques jeunes gens qui visitaient) montrait un ensemble assez bizarre de diptyques image-texte ainsi qu’un panneau constitué de bouts de films. Jim Goldberg est un photographe connu et reconnu (full member de Magnum depuis 2006 – son travail ici)  et ses photos se suffisent à elles-mêmes, inutile de vouloir faire de l’Art à tout prix moyennant je ne sais quel bricolage, c’est un peu dommage.

Galerie Vu’ – Exposition très collective – derniers week-ends pour voir

La Galerie Vu’ (2 rue Jules Cousin et ici) je l’ai visitée bien souvent et j’en déjà parlé lors du Mois de la photo à Paris, en décembre dernier (ici). Il s’agit là de vous encourager à aller voir l’exposition (très) collective qui s’y déroule jusqu’au 18 avril, ce qui vous laisse encore seulement deux week-ends.

Je ne vais pas raconter ce qu’il y a à y voir vu que ce sont près de 30 auteurs photographes qui y sont présentés. J’ai relevé Engstrom, Botman, Ackerman, Castore, Terré, Broyer, Comment, Forsslund, Schuh, Dumas, Sriwanichpoom, Bizos, Stromholm, Tunbjork, Darzacq, Castro-prieto, Leblanc, Crespi, Bas, Blenkinsop, Silverthorne, Munoz, Zuili, Faucon, Wurstemberger, Pernot et Picard. Il semble que j’en ai oublié au vu de la liste sur le site de VU’ (ici).

Ce n’est pas tous les jours que vous aurez l’occasion de voir un tel nombre de photographes et de photographies dans des styles aussi variés et pour un coût de zéro euro.

Il y a dans le lot un certain nombre de photographes dont j’ai déjà parlé comme Tunbjork ainsi que Comment et Broyer (dans le billet déjà cité),  Darzacq (ici, les chutes, chez Les Filles du Calvaire),  Crespi et Silverthorne (ici – à Arles en 2008).

Courez-y vite.