Mois de la photographie à Paris – 8 – Galerie La Ferronnerie – Juha Nenonen et Jari Silomäki

La  Galerie La Ferronnerie, dans le cadre du Mois de la Photo, expose Laurent Fiévet, Juha Nenonen et Jari Silomäki jusqu’au 11 décembre.

Les deux derniers artistes présentent des photographies fort différentes. et sont finlandais (voir mon billet récent ici).

Juha Nenonen montrait un champ de courses (ci-dessous), une photo appelée « Obstacle ». La notice indiquait que Apparemment, il ne se passe rien dans ses photographies. Mais l’ambiguïté est bien présente sous la surface« . Bon. Je n’ai pas du creuser assez car même en regardant attentivement je n’ai rien remarqué. Cette photo, à mes yeux, n’a véritablement aucun intérêt ni esthétique, ni intellectuel ni émotionnel. Si quelqu’un voit quelque chose d’intéressant… Il y en avait d’autres du même genre : un type qui se repose avec un livre ouvert sur le visage pour se protéger et une femme enceinte qui arrose ses plantes. Pas mieux.Peut-être que cela fonctionne mieux en série : « motifs » dont étaient extraites les 3 images montrées compte 21 photos en tout, très diverses.

En revanche, j’aime bien les portraits qu’il réalise (non montrés à la galerie), chacun mimant une attitude comme « l’air absent » (ci-dessous : « Marjo pretending to be absent ») dans sa serie « states of mind », visible, avec le reste de sa création, ici.

Jari Silomäki nous montre quant à lui une vaste série de toutes petites photos (30 cm de côté) qui couvre une bonne partie de mur. Il s’agit de photos moches (sous-exposées, bougées, avec du grain, pas nettes, mal cadrées) dignes d’un reporter de guerre au cœur de l’action (enfin, c’est ce qu’on suppose dans l’imaginaire collectif car maintenant même les photos de guerre sont « proprettes »). Évidemment, c’est fait exprès. Il s’agit de montrer des scènes ordinaires dans des villes et pays ordinaires comme s’il s’agissait de zones de conflits. D’ailleurs, la série s’appelle « Des villes ordinaires, des jours ordinaires ». L’effet de masse produit par le nombre de photos présentées produit un effet un peu oppressant et d’urgence. Le résultat est plutôt convainquant. Maintenant, une seule photo sur un mur cela doit être complètement raté. Jari Silomäki a un site web mais en flash donc pas d’images (ici).

Si vous voulez allez sur place, et que habitez assez loin, sachez tout de même que le nombre de pièces exposées est très réduit. En revanche l’accueil est sympa : vous ne serez accueilli ni par un(e) gentil(le) stagiaire ni pas une gravure de mode branchouillée (ce qui est le pire). C’est jusqu’au 11 décembre.

Mois de la photographie à Paris – 7 – Baudoin Lebon – Ecole d’Helsinki, Dialogue entre 4 générations

Quand on a des attentes fortes, la déception est souvent au rendez-vous (bis)

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de la Galerie Baudoin Lebon (ici) mais là, il faut bien avouer que j’ai été déçu par cette exposition montée par Taik, contraction de Taideteollinen korkeakoulu (Université d’art et design d’Helsinki). C’était hier le dernier jour pour visiter.

Les formats particulièrement généreux de trois des quatre artistes finlandais invités limitaient l’espace de chacun à une portion si réduite que cela confine au ridicule : ce n’est pas avec deux œuvres que l’on peut se faire opinion sur l’artiste et c’est tout juste si l’on peut se faire même une opinion sur chaque série aussi chichement illustrée.

Par ailleurs, aucune indication n’était donnée dans la galerie, hormis pour la vidéo montrée au sous-sol : l’obligation de fléchage permettait de citer le nom de l’artiste.

Quant au site web, hélas, il n’est guère bavard. Je suis tellement déçu que je viens de commander le bouquin réalisé par Taik (The Helsinki School: New Photography by TaiK – 26,40 EUR sur internet) , idée que j’avais en tête sans l’avoir concrétisée depuis mars, date à laquelle Photo Nouvelles avait consacré son numéro à la Finlande. Je rappelle pour mémoire que 2008 était l’année de la Finlande en France (j’en ai dit deux mots ici pour l’expo sur la photo finlandaise au musée Niepce).

On voyait donc, chez Baudoin Lebon, une série de Timo Kelaranta appelée « Quiets » : de petits formats intimistes très diversifiés dans les thèmes traités mais toujours intimistes dans le traitement, parfois en noir et blanc, parfois en couleur. Comme il s’agit de petites formats, il y a avait le nombre, a priori 40 si la série était bien complète (je n’ai pas compté). Timo Kelarantal a tiré un livre de cette série : si vous êtes bilingue français – finlandais, vous pouvez l’acheter à l’EMMA ici ;  le bouquin est en finlandais et en anglais (les deux images ci-dessous en sont extraites). L’EMMA c’est l’Espoo Museum of Modern Art et Timo Kelaranta vit justement à Espoo.

Hormis donc cette série dignement représentée et visible dans la petite pièce qui jouxte l’espace principal d’exposition, les oeuvres des  trois autres artistes devaient se contenter de peu.

Janne Lehtinen montrait d’intrigantes photos grand format couleur dans « le » style scandinave : des personnages bizarres seuls perdus dans des espaces naturels déserts, des paysages nordiques isolés. En l’espèce, ces héros sont équipés d’improbables et rudimentaires machines à voler. Parabole de l’homme qui tente de s’échapper de sa condition ? Ridicule de de ses efforts face à la puissance de la Nature ? Simple construction plastique entre géométrie des formes techniques et souplesse des lignes des paysages ? Des photos qui en tout cas ne laissent pas indifférents et ce d’autant que cette série, « sacred birds », a été démarrée en 1997 ce qui témogne d’une certaine persévérance. Pour en voir plus, c’est par ici.

Ola Kolehmainen travaille essentiellement le thème de la photographie « d’architecture ». La (brève) sélection montrée dans la galerie privilégiait des travaux qui tendent vers l’abstraction. Le résultat est séduisant à l’oeil et ce d’autant que les tirages géants (200 x 180 cm en gros) sous Diasec produisent toujours leur petit effet. Ceci dit, on a quand même l’impression d’avoir déjà vu par centaines de photos de cette nature. Je n’ai pas trouvé les photos présentées sous forme importable mais pouvez les voir en Flash ici. Vous en verrez d’autres chez Dominique Fiat, son galériste en France, ici.

Ea Vasko est une toute jeune artiste (28 ans) dont les travaux présentés sont également abstraits. Ils représentent, pense-t-on, des lumières diffuses dans la nuit qui paraissent autant de taches de lumières colorées. Il y a aussi des portes à deviner avec des éclairages recherchés. Ce n’est pas vilain mais, là-aussi, les tirages Diasec sont un peu facile pour faire de l’effet et on a l’impression d’avoir vu cela quelque part.

Comme c’est une jeune artiste, elle dispose de son propre site web (la photo ci-dessous en est extraite) où est montré son travail plus en détail et présenté son « statement », ici.

Visite guidée du musée Niepce à Chalon – la fin – photo finlandaise

Dernier billet sur le Musée Niepce à Chalon sur Saône après le début, puis la suite, voici la fin, consacrée à la photo finlandaise. Cette exposition se déroule dans le cadre de 100% Finlande (ici) et il y a un article pas mal .

En résumé, au vu de ce qui est présenté, le finlandais ne paraît guère joyeux. Beaucoup de noir et blanc (je me demande même a posteriori s’il y avait des photos en couleur) à caractère plutôt « social » et « photoreportage« .Très peu de photographies « graphiques » à part le travail de Bert Caperlan qui ouvre l’exposition.  Au final, ce sont surtout des lieux et des personnages tristes, du désespoir suintant ou, au mieux, de la mélancolie glacée, qu’il nous est donné à voir. C’est assez désolant, entre tziganes pauvres (Mikko Savolainen), bateau abandonné pris par les glaces (Kristian Runeberg), migrants en Suède (Ben Kaila et Risto Vuorimies). J’ai rarement vu autant de solitude et d’abandon.  Ce n’est donc pas demain que j’achèterai des photos de PJ Lundsten,  Frederick Hackman, Trond Hedstrom, Pauli Huovila, Stagge Soderholm, Birger Lundsten, Martha Soderholm, Christian Runeberg, Ismo Holtto, Matti Saanio, Jorma Puranen et Ismo Kajander. Ce n’est que la fin de l’exposition que l’on a droit à des photos moins déprimantes : Aki Jaskari nous montre des scènes joyeuses du quotidien et Jukka Male nous livre des images pleines de tendresse prises dans un village polonais où la vie semble pourtant bien difficile.  Et avant de sortir, on revient au début de l’exposition d’une certaine manière avec des paysages très graphiques de Pentti Sammallahti (série archipelago).

C’est jusqu’au 28 septembre, à 2H30 de Paris seulement, l’entrée est gratuite et on mange bien en Bourgogne.