PhotoIreland – 1er jour – 2 juillet 2010

Le 1er jour, dans une ville qu’on ne connait pas et malgré une préparation à domicile, il est toujours difficile de se repérer mais se perdre (un peu) c’est aussi un moyen de voir des choses. Comme je n’ai pas d’abonnement web 3G international, j’imprime des Google Maps avant mon départ afin de me  guider ensuite. Cette fois, je n’avais pas eu le temps hélas d’ajouter les horaires sur les cartes, qui se trouvaient du coup sur un autre papier.

C’est donc finalement un peu par hasard que je suis tombé sur Sebastian Guinness Gallery. Comme son nom l’indique c’est une galerie (contrairement à la plupart des autres lieux) et le curateur est un photographe, qui du coup n’a pas hésité à se sélectionner.

Perry Ogden puisqu’il s’agit de lui, nous montre une route de campagne en noir et blanc, un portrait géant aussi en noir et blanc (qui m’a évoqué les grands portraits d’Avedon vus au Jeu de Paume), un triptyque de cuisine (en fait, le studio de Bacon) avec photos et dessins accrochés et la même chose dans le studio de Louis le Brocquy.

Enfin, Perry Ogden a choisi deux séries de portraits: 4 hommes découpant la tourbe d’une part et4 photos de gamins rebelles (en couleur cette fois). Deux visions complémentaires de l’Irlande, entre anciens et nouveaux.

Ceci dit, ce n’est pas tout. Avec Inspiration, il a retenu des auteurs fort différents bien que la plupart aient un lien avec l’Irlande. Je passe sur les trois fermiers d’August Sander déjà vue à la fondation HCB (billet ici).

John Hinde montrait un des curieux cottage du Connemara en carte postale colorée qui l’ont rendu fameux, Steve Pyke un portrait en noir et blanc, Mary Ellen Mark un ravissant portrait de jeune fille en tenue d’Halloween (plutôt discrète en fait, ci-dessous) et Alen MacWeeney un portrait noir et blanc d’enfant gitan. Andrew Bush montrait un intérieur georgien et Roger Mayne deux enfants (en 1956) qui font d’ailleurs la page d’accueil de son site web. David Bailey montrait trois gangsters (de 1965) avec comme on dit « des gueules » en noir et blanc sur fond blanc.

 

Une exposition en Irlande se doit de traiter le volet politique. En fait non, ce n’est pas obligatoire mais comme l’exposition est ancrée dans le territoire et qu’elle ne répugne pas à montrer de la photographie un peu « historique », ce n’est  pas inutile. Donovan Wylie (chez Magnum) montre ainsi par une vue d’hélico une tour de guet anglaise (moderne, hérissée d’antennes, pas en bois) en Irlande du nord. Gilles Peress (chez Magnum) clôt l’exposition (en tout cas la restitution que j’en fait ici) avec 4 personnes inquiètes dans cadre urbain dévasté à Belfast en 1981. C’est une exposition honnête.

La Gallery of photography se trouve presque en face, toujours dans Temple Bar. En passant, Temple Bar est à la fois une rue (courte) et un quartier. L’exposition est la même que celle déjà vue à Arles et avant encore à la MEP, mais en version courte: le don de Georgia Fiorio avec 20 photos sur deux niveaux (billet ici). La nouveauté, car il y en une, ce sont des carnets de voyages recouverts d’une fine écriture et de dessins: c’est assez stupéfiant à voir !

Sinon, le lieu propose à la vente pas mal de livres et bien sûr le magazine irlandais dédié à la photo, Source.

Toujours dans le même quartier, les National photographic archives sont une déception. Je m’attendais à un bâtiment monumental et en fait non. Ne me dites pas que c’est un point de vue de français: nos amis irlandais ont par exemple une Poste sur O’Connell Street qui est vraiment monumentale alors pourquoi pas les archives photos nationales ? Je n’en sais rien, sûrement une question d’époque. Enfin, ce n’est pas le sujet, l’important c’est l’exposition dedans. Quoi que le site web vaut le détour aussi notamment pour consulter le catalogue de photos, par exemple des vues de, euh, Dublin, par exemple, alors c’est ici :-)

Au rez-de-chaussée, on voit le travail de photomontage de Sean Hillen et KennardPhilipps. On voit même sous verre le matériel nécessaire aux réalisations (c’est très minutieux et fait à la main) aussi bien les bistouri, colle et scotch que les magazines et cartes postales. Le titre de l’expo c’est Fragments from a broken world et l’exposition montre ce qu’elle dit. Des fragments, c’est du photomontage, un monde brisé, ce sont des explosions et destructions, pour l’essentiel. A noter que c’est un des rares lieux où les photos sont interdites.

Dans Newry Gagarin et Londonewery, l’artiste revisite ses classiques sur fond de science-fiction et de personnages de BD. Dans bank-ad woman as godess of destruction (le titre est clair), une jeune femme souriante est plongée dans les flammes et les explosions. Dans searching for evidence of control destruction (on voit l’humour corrosif allusion à la formule américaine où ce sont des armes de destruction massive qui sont recherchées), il s’agit, là-encore, de petites histoires en une image, avec moult policiers et bâtiments s’écroulant.

A l’étage, ce sont les mêmes séries mais en tirage photographique et non les photomontages originaux. Ils sont complétés de journaux ouverts sur la page « Bourse » où figurent en sur-impression des images de misère.

Habituellement je ne suis pas fan de photomontage mais il faut saluer l’effort et lire aussi le journal réalisé pour l’occasion, du format d’un quotidien et figurant des interventions des artistes et d’invités (je ne l’ai pas encore lu, c’est dense).

Pour conclure la journée à Temple Bar, passons par Exchange.

Le lieu se veut expérimental (petit, en vrac, avec à boire et à manger) et le résultat est surtout confus: on ne sait qui fait quoi et on ne fait pas trop le rapprochement non plus entre ce qui est visible et la description faite sur le site du festival. Paul Kranzler (ici), Gianmaria Gava (ici, illustration ci-dessous – jardin ouvrier), et Harald Hund & Paul Horn sont les invités de Kleinburger, proposition qui, si j’ai bien compris, veut secouer le cocotier du « style » Biedermeier viennois (Karambolage sur Arte avait fait un reportage là-dessus). Il faudra aller sur les sites web pour savoir à qui attribuer les portraits qui ornent la vitrine et les deux murs d’images ainsi que les portraits noir et blanc. Les  amusantes vidéos de mobilier volant sont en revanche de Harald Hund & Paul Horn.

Je passe rapidement pour finir sur Enoteca delle langhe, restaurant italien bondé qui m’a découragé de jeter un œil et le Ormond wine bar, qui montrait deux séries, l’une embrumée (avec le but de football) et une fille la tête sous l’eau dans sa baignoire vous regardant fixement, un classique maintes fois vu.

Maison européenne de la photographie – Giorgia Fiorio, Minot-Gormezano, Miguel Angel Rios

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie) a renouvelé son accrochage. On y trouve de tout, pour ne pas dire qu’on y trouve n’importe quoi, entre cartes postales et travaux de peinture sur photographie de Robert Combas. On y trouve aussi des travaux des plus classiques comme ceux de Giorgia Fiorio et Minot-Gormezano et la vidéo de Miguel Angel Rios.

Giorgia Fiorio nous montre des photographies en noir et blanc de format carré et de taille moyenne dans le plus grand classicisme photographique, propre et net. Elle nous ramène des photographies de ses voyages dans de nombreux pays ; j’ai relevé notamment : Inde, Thaïlande, Pérou, Brésil, Éthiopie, Myanmar, Turquie, Israël, Vanuatu, Kenya, Soudan, Russie, Mexique, Philippines, Pologne, Ouzbékistan et Mali.

Toutefois, ce ne ont pas bêtes photos de voyage mais un parcours planétaire axé sur les croyances et les pratiques religieuses. le titre de la série est « Don, 2000-2009 ».  Un très bon reportage qui, aurait sa place dans le National Geographic.

Giorgia Fiorio dispose d’un site web (ici) qui présente son travail et dont est extrait l’illustration ci-dessous.

Du côté de Minot-Gormezano, le binôme composé respectivement de Pierre et Gilbert, le style est classique mais le thème relativement original, « L’ombre, le reflet ». De fait, les photographies illustrent à merveille le titre de l’exposition. Au final, c’est tout de même franchement aride, ennuyeux et répétitif à l’exception peut-être de la série « Haut Pays » où une ombre se dissimule sur fonds de hauts sommets, des images poétiques invitant à la rêverie et à méditer sur la petitesse de l’homme (en tout c’est ce que cela m’a inspiré).

Le duo dispose d’un site web hélas en Flash, ici.

Miguel Angel Rios montre une vidéo sur 5 écrans (AQUI).  Je n’ai pas regardé la vidéo car je ne supporte pas d’être prisonnier du temps de projection (souvent non indiqué). Des dessins préparatoires et des photographies, que j’ai regardées, illustrent son propos. Un cartel fait référence, au Bien et au Mal, à Eros et Thanatos. Les photographies montrent des toupies et le film aussi. Le dépliant précise : « l’œuvre dépeint la lutte pour la survie, les relations violentes entre les masses et les individus ». Pour rester plus au ras du sol, il s’agit de bêtes toupies. On peut effectivement y voir ce qu’on veut y compris la lutte entre le bien et le mal. Tout cela m’a semblé néanmoins bien fumeux mais comme l’artiste a une sérieuse réputation et puisque c’est Neuflize Vie qui paie, libre à elle de distribuer ses financements à qui bon lui semble. Ses clients apprécieront  (ou pas).