Transphotographiques 2010 – Palais des beaux-arts

Le Palais des beaux-arts de Lille fait aussi partie des lieux nouvellement retenus pour exposer par les Transphotographiques. L’accès se fait non par la place de la République mais par l’arrière et en dirigeant ensuite vers l’auditorium (côté droit) en sous-sol.

L’exposition est principalement dédiée à Joan Fontcuberta (site ici), un artiste de renommée mondiale dont j’avais découvert pour ma part le travail à Arles l’an passé. Le moindre que l’on puisse dire c’est que je n’avais pas du tout apprécié (billet ici), peut-être aussi la chaleur insupportable et la médiocrité de l’installation étaient-elle venues s’ajouter au reste. Quoi qu’il en soit, si je ne suis guère convaincu cette fois encore, au moins pourra-t-on remarquer que l’accrochage et la mise en valeur sont exceptionnelles, avec la présence en plus de médiateurs, sans oublier des locaux climatisés (ce n’était pas inutile hier) et des oeuvres en abondance.

Joan Fontcuberta montre quatre ensembles.

Le premier, constellations, est consacré, un long laïus fort savant, étymologie latine à l’appui,  à la photo astronomique. Enfin, c’est ce qu’on peut croire au tout début en voyant quelques points lumineux sur un fond noir. Car pour qui a déjà regardé le ciel (il vrai que c’est de plus en plus difficile dans les villes) ou regardé des photos astronomiques, la densité de taches floues et ces sortes de coulures que l’on voit sur certains tirages n’évoquent guère galaxies et autres nébuleuses. Et pour cause, il s’agit de traces d’insectes écrasés (ou de saletés) collés sur une vitre que l’artiste applique sur le film réalisant ainsi un photogramme. Ah ah, elle est bien bonne Monsieur Fontcuberta. Je me souviens avoir vu quelque chose du même tonneau avec des photos de parties de corps humains innocentes qui avaient été réalisées sous de tels angles et à une telle distance qu’on les prenait pour des parties peu glorieuses de notre anatomie. Un autre grand classique est le jeu avec l’échelle aussi avec des vues soit de très près, soit de très loin, qui dévoilent des structures évoquant telle ou telle autre, d’une autre échelle.

Le 2ème ensemble s’appelle orogenesis et est moins convainquant encore que le 1er qui a au moins l’excuse d’être potache. On reconnait aisément le recours à un logiciel informatique de création de paysage, un outil à la mode il y a 15 ou 20 ans chez les geeks, à l’époque où on s’émerveillait des capacités informatiques à produire de belles images et à faire des simulations. Les images ont de fait été produites sous Terragen. Une imagette représentant une œuvre, affichée à côté du travail de suggère que l’artiste s’en est inspiré. C’est sans doute là, en indiquant clairement s’être inspiré d’une autre œuvre que l’artiste fait un « geste » car pour le reste, bof.

C’est avec fauna qu’on arrive à quelque chose d’un peu plus intéressant, quasi-surréaliste. L’artiste nous propose de partir, avec le plus grand sérieux, sur les traces d’un professeur qui aurait découvert des animaux merveilleux. Du coup, l’artiste nous montre la fiche signalétique des bestiole, des photos, des notes de voyages, des dessins et croquis. Une vitrine avec d’étranges animaux empaillés (un poulet à quatre pattes pr exemple) illustre la possibilité d’existence d’animaux étranges, pour qui en douterait. Mon préféré est le singe volant à unicorne.

La dernière salle montre, après des animaux, des plantes fantaisistes dans la série herbarium. Là-aussi, Fontcuberta utilise un dispositif destiné à convaincre le regardeur: ce ne sont pas de simples photos, témoignages, dessins, non, ce sont des photos de planches d’un ‘herbier, chaque plante sagement photographiée sur fond clair avec son nom en latin. Bien entendu, à y regarder de plus près, les plantes sont aussi farfelues que les animaux, à commencer par leurs noms en latin de cuisine parfois clairement grivois. C’est à mon goût la série la plus convaincante.

Il est amusant de constater que ce sont les travaux les plus anciens (herbarium en 84 et fauna en 87) qui semblent les plus puissantes.

Jorma Puranen est en quelque sorte en « seconde partie » avec une dizaine de diasec géants ou l’on devine des paysages dans le reflet photographié dans les tons de bleu. Ses magnifiques paysages sont réfrigérants et on se demande si on voit un reflet, une image « directe », les deux ou encore une photo à travers de la glace. L’artiste est passionné de reflets car c’était déjà comme ça que j’avais découvert son travail à Bruxelles (billet ici). Un travail qui peut faire penser à celui de Tania Mouraud (billet ici).

Rencontres d’Arles – Atelier des forges – Nozolino, Richards, Florschuetz, Burri

Après la visite de l’Atelier de Maintenance (billet ici) situé à l’entrée du parc des ateliers, c’est au tour de l’Atelier des forges.

On est accueilli par le travail de Joan Fontcuberta (une sommité dans son domaine) qui consiste en des tirages géant sur bâche de taches (série Blow up blow up) obtenues par agrandissement de photos. Une vidéo le montre en train de s’agiter fébrilement au travail sur une image afin de déterminer quelle zone agrandir. Je me suis demandé si ce travail n’était tout simplement pas grotesque. C’est un peu le problème de l’art contemporain (on a quitté là le domaine de la photographie au sens strict) c’est qu’on hésite entre blague et travail profond puisque les années n’ont pas fait le tri:  la communication personnelle, la publicité entretenue par les galeries et la presse, le marché de l’art avec ses collectionneurs et de nombreux phénomènes parasites empêchent d’y voir clair. On en reparlera donc (ou pas) dans trois siècles ;) quand les protagonistes seront en poussière.

Paulo Nozolino se montre moins ambitieux dans sa démarche avec un montage photo noir et blanc déprimant et pénible à regarder qui transcrit mal l’ambiance de sa série photographique: une multitude de tirages noir et blanc tout petit, dans une ambiance de jeu vidéo gothique, avec beaucoup d’ombres et de lieux délabrés.

Eugène Richards apprécie aussi les lieux désertés mais sa série (blue room) en couleur sur les maisons abandonnées aux États-Unis vues de dedans ou, plus rarement de dehors, sans âme qui vive, est paradoxalement pleine de vie. Il s’attache à des détails mais intimes comme des souliers ou des jouets. Il introduit également une respiration dans son accrochage avec des vues extérieures de paysages, sans maison. Voilà un travail photographique de grande qualité et un très bel accrochage, parfaitement équilibré. Son site web (ici) n’est pas terrible et fortuitement nos amis de Thephotobook, blog recommandé, publient le 4 août un article sur le livre Blue room (ici, en anglais), richement illustré (exemple ci-dessous).

Eugène Richards montre aussi books montage qui résulte d’une demande de « condenser » ses livres. Il en résulte 7 panneaux et autant de livres sous vitrine: un bel exercice artistique mais la matière visuelle  est trop dense et il demeure un problème de distance entre ce qui était au départ des pages de livres et le regardeur.

Thomas Florschuetz livre quant à lui un travail conceptuel auquel je suis totalement imperméable, ni le cœur ni le cerveau n’ont été touchés. On voit ainsi des photos de fenêtres, des photos de lui en train de bouger (dans les deux cas les tirages fonctionnent « en groupe ») et deux tirages géants d’une vue à travers la fenêtre accompagnées de deux vues d’intérieurs géométriques (poutrelles, échafaudages). Le lieu doit être maudit car l’an passé c’était George Tony Stoll qui était exposé là (billet ici).

L’exposition se terminait avec René Burri et c’est là qu’on comprenait pourquoi des piles électriques étaient distribuées… L’expo portait sur la coupure de courant du 9 novembre 1965 à New York (série Blackout New York 9/11/65) et qui valut à René Burri de foncer dans les rues armées de son Leica et de 8 rouleaux de pellicule. La série n’a été exhumée qu’en 2004. Tant la série que la scénographie sont incontestablement à apprécier et ce d’autant que peu de gens a priori l’ont déjà vue.