Rencontres d’Arles – Atelier des forges – Nozolino, Richards, Florschuetz, Burri

Après la visite de l’Atelier de Maintenance (billet ici) situé à l’entrée du parc des ateliers, c’est au tour de l’Atelier des forges.

On est accueilli par le travail de Joan Fontcuberta (une sommité dans son domaine) qui consiste en des tirages géant sur bâche de taches (série Blow up blow up) obtenues par agrandissement de photos. Une vidéo le montre en train de s’agiter fébrilement au travail sur une image afin de déterminer quelle zone agrandir. Je me suis demandé si ce travail n’était tout simplement pas grotesque. C’est un peu le problème de l’art contemporain (on a quitté là le domaine de la photographie au sens strict) c’est qu’on hésite entre blague et travail profond puisque les années n’ont pas fait le tri:  la communication personnelle, la publicité entretenue par les galeries et la presse, le marché de l’art avec ses collectionneurs et de nombreux phénomènes parasites empêchent d’y voir clair. On en reparlera donc (ou pas) dans trois siècles ;) quand les protagonistes seront en poussière.

Paulo Nozolino se montre moins ambitieux dans sa démarche avec un montage photo noir et blanc déprimant et pénible à regarder qui transcrit mal l’ambiance de sa série photographique: une multitude de tirages noir et blanc tout petit, dans une ambiance de jeu vidéo gothique, avec beaucoup d’ombres et de lieux délabrés.

Eugène Richards apprécie aussi les lieux désertés mais sa série (blue room) en couleur sur les maisons abandonnées aux États-Unis vues de dedans ou, plus rarement de dehors, sans âme qui vive, est paradoxalement pleine de vie. Il s’attache à des détails mais intimes comme des souliers ou des jouets. Il introduit également une respiration dans son accrochage avec des vues extérieures de paysages, sans maison. Voilà un travail photographique de grande qualité et un très bel accrochage, parfaitement équilibré. Son site web (ici) n’est pas terrible et fortuitement nos amis de Thephotobook, blog recommandé, publient le 4 août un article sur le livre Blue room (ici, en anglais), richement illustré (exemple ci-dessous).

Eugène Richards montre aussi books montage qui résulte d’une demande de « condenser » ses livres. Il en résulte 7 panneaux et autant de livres sous vitrine: un bel exercice artistique mais la matière visuelle  est trop dense et il demeure un problème de distance entre ce qui était au départ des pages de livres et le regardeur.

Thomas Florschuetz livre quant à lui un travail conceptuel auquel je suis totalement imperméable, ni le cœur ni le cerveau n’ont été touchés. On voit ainsi des photos de fenêtres, des photos de lui en train de bouger (dans les deux cas les tirages fonctionnent « en groupe ») et deux tirages géants d’une vue à travers la fenêtre accompagnées de deux vues d’intérieurs géométriques (poutrelles, échafaudages). Le lieu doit être maudit car l’an passé c’était George Tony Stoll qui était exposé là (billet ici).

L’exposition se terminait avec René Burri et c’est là qu’on comprenait pourquoi des piles électriques étaient distribuées… L’expo portait sur la coupure de courant du 9 novembre 1965 à New York (série Blackout New York 9/11/65) et qui valut à René Burri de foncer dans les rues armées de son Leica et de 8 rouleaux de pellicule. La série n’a été exhumée qu’en 2004. Tant la série que la scénographie sont incontestablement à apprécier et ce d’autant que peu de gens a priori l’ont déjà vue.

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier des Forges

Après la Maintenance, les Forges, toujours aux rencontres d’Arles, dans le parc des ateliers, pour voir des photographies.

Je n’ai pas compris le travail de George Tony Stoll qui présente des photos, euh, incompréhensibles. Zéro réaction. Cela me reste définitivement fermé tant au cœur qu’au cerveau. Si quelqu’un trouve des qualités à ce travail, qu’il le dise, cela m’instruira. A priori je ne suis pas seul mais faire partie de la masse n’est pas une consolation… Peut-être est-ce un visionnaire ? Passons.

J’ai par ailleurs zappé le travail de Patrick Swirc présenté sous formes de montage diapo de ses photos : je n’aime guère les montages diapos et le thème ne me disait rien (celui de la reconquête ratée d’une femme).

Le travail de Samuel Fosso ne m’a pas non plus fasciné mais reste intéressant. Sa série « african spirits » (et d’autres) est visible chez son galériste. L’express a souligné l’intérêt de son travail. L’artiste se met en scène en jouant des personnages multiples, tant des célébrités africaines (ou afro-américaines) que des archétypes (homme d’affaires, chef de village corrompu, etc) ou encore un ami disparu ou son père. Le résultat, souvent en grand format couleur, est esthétiquement réussi et techniquement irréprochable mais, là-aussi, je ne vois pas vraiment quel est le propos. Ce thème de la mise en scène de soi-même dans divers personnages est un classique de la photographie et je ne vois pas bien en quoi le genre est renouvelé. Peut-être faut-il rechercher dans le travestissement en femme un exercice particulièrement difficile (et réussi) et sans doute peut-on aussi saluer la diversité des genres et des styles depuis la photo d’identité (ou presque, en consacrée aux « grands hommes ») au nu en passant par de grands portraits. Si je ne craignais de passer « occidentalo-centré », je ne manquerais pas de souligner aussi qu’il nous est rarement donné à voir de la « photographie africaine » (le terme est impropre mais bon, il y a une entrée dans l’Universalis: disons de la photographie dont l’auteur est de culture africaine) et que c’est là une occasion sinon unique, du moins inespérée. La plupart d’entre nous en est sûrement resté à Seydou Keïta (mais non, pas le footeux, l’autre) ou Malick Sidibé, ignorant les artistes plus jeunes. Sinon, il faut aller à Bamako : la biennale s’y tiendra à nouveau, semble-t-il, à l’automne 2009.

Je finis par Pierre Gonnord dont, accessoirement, le site web est remarquable de sobriété. Je passe sur le massacre des grands formats très sombre par une lumière de charlatan (mais qui est responsables des éclairages ?) conduisant à des reflets lamentables. J’avais vu le travail de Gonnord dans de meilleures conditions en Belgique (j’en ai déjà parlé). Les grands formats et les harmonies de noirs confèrent une majesté indéniable à ces portraits consacrés pour l’essentiel à des clochards (en général, on lit « marginaux » ou « sans domicile fixe », consécration d’un cocktail de novlang et de xyloglossie). Cela m’a fait penser au travail d’Avedon quand il a photographié des américains banaux avec les mêmes égards que lorsqu’il photographiait des célébrités internationales. En noir pour l’un, en blanc pour l’autre. Et comme Gonnord vit en Espagne, on ne peut manquer de rapprocher son travail du portrait de Philippe IV par Velasquez.

Dans cet atelier, Gonnord sort du lot.