Lyon – Septembre de la photographie – Partie 1

Je me suis rendu à Lyon du 9 au 11 octobre pour voir ce que c’est que le « Lyon septembre de la photographie » comme suite à ma visite à la galerie « Le Bleu du ciel » (voir mes billets ici et et par ici aussi).

Cette manifestation s’achève le 31 octobre 2008. C’était la 4ème édition selon ce qu’on m’a dit sur place. Le nombre de sites à visiter est considérable : il est proche de la cinquantaine, pas moins si l’on compte à la fois les sites partenaires et ceux qui sont seulement « associés ».

Le site de l’association qui a monté cette manifestation est .

Autant le dire tout de suite, tout cela m’a paru très bien et je regrette la faible couverture médiatique et bloguesque de l’évènement.

La ville de Lyon et ses habitants, à part le samedi, est calme et la ville est propre. Le spectacle d’un métro presque vide et sans tag laisse bouche bée le pauvre parisien.

Les expositions privilégient le « on man » ou « one woman » show et, quand ce n’est pas le cas, la logique retenue est lisible par le premier venu et le nombre d’artistes présenté n’est jamais excessif. Cela fait toute la différence avec Arles, particulièrement aux Ateliers, où la masse de photos et de photographes devenait perturbante.

L’autre point fort, à mes yeux, est que ce qu’il nous est montré sort des sentiers battus. Ici, bien sûr, on trouve Depardon, mais c’est bien l’un des rares « grands noms » présents. Je trouve particulièrement agréable que cette manifestation prenne le risque de montrer autre chose que des photographes stars visibles en galerie.

Enfin, dernier atout, la qualité de l’accueil : là-bas, à Lyon, peu de stagiaires à faire de la figuration et peu de galéristes en Armani à vous snober, pauvre miséreux en jeans. Non. A Lyon, on voyait des galéristes passionné(s) par la photographie et des jeunes gens (étudiants, peut-être) venir vers vous et prêts à vous expliquer le travail des artistes. Un rude coup pour l’arrogance ou la négligence parisienne, trop souvent hélas de mise dans les galeries de la capitale.

Les seules choses qui semblent perfectibles sont une meilleure coordination des jours et horaires d’ouverture et une moindre dispersion des sites, mais bon, à ce qu’on m’a dit sur place, d’autres que moi ont émis le même souhait et on s’orienterait vers un peu plus de centralisation la fois prochaine.

Sinon, je ne reviens pas sur la commodité d’accès à Lyon depuis Paris, seulement deux heures en TGV et, dans mon cas, deux billets à 19 euros seulement. Pour couronner le tout, le temps était printanier.

Je vous invite à aller dare-dare voir sur place.

Galerie Le Bleu du Ciel – la fin (de l’expo)

Troisième et dernier billet consacré consacré à l’exposition en cours à la Galerie Le bleu du Ciel, à Lyon, 10bis rue de Cuire.

J’espère que vous lu le billet précédent et le premier sinon vous allez rater plein de choses.

En haut de l’escalier, on peut découvrir un travail (the face of 2000) de Chris Dorley-Brown datant de 2000 qui représente la fusion de 2000 visages des habitants d’un village anglais. Garçons et filles,  jeunes et vieux, tout est fondu dans un seul visage. C’est un beau visage. C’est une invitation à la méditation sur la beauté : comment se fait-il finalement que notre cerveau trouve beau une sorte de moyenne des visages ?

La photo est tirée du site de la ville de Haverhill (en Grande-Bretagne) qui a servi de « lieu d’expérimentation ».

Il est bon de rappeler que ce phénomène est l’objet d’expériences scientifiques nombreuses et répétées depuis des années. Outre les revues scientifiques (par exemple, « Attractive faces are only average » par Judith H.Langlois et Lori A. Roggman de l’Université du Texas),  on peut citer de nombreux sites web : hypercube (Boston University), Faceresearch (Université d’Aberdeen), BeautyCkeck (Université de Regensburg). Voilà, c’était la page sciences.

Raphael Hefti nous montre quatre photographies d’esthéticiennes (les numéros 1,4,5 et 6 de la série esthéticiennes, 2002) cadrées de face sur le visage en gros plan. Ces femmes, entre deux âges pour la plupart, sérieuses, en tenue rouge ou noire, dépourvue du moindre sourire, font presque peur.  Elles ne sont pas belles. Elles ne sont pas laides. Elles sont ordinaires, ou moyennes. Mais elles n’ont pas la beauté des visages moyennés évoqués ci-dessus. On distingue le grain de leur peau. Le cartel évoque avec justesse leur côté « soldat » : il y a de ça, effectivement, mais les soldats de Suzanne Opton (au rez-de-chaussée) paraissent bien plus fragiles.

Pour illustrer, une des quatre présentée, puisée sur le site du photographe que je vous invite à explorer.

Sarah Leen (le masque, 2001) nous montre, comme le titre l’indique, un masque, celui d’un visage féminin plus vrai que nature, tenu entre des mains féminines. S’agit-il d’une vraiment d’un masque ou d’une pièce détachée ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait comme si je tenais mon propre visage entre mes mains, une sensation presque tactile sur les joues.

Emmanuelle Purdon nous montres deux photos de sa série femmes de mystère. Deux petits formats argentiques noir au blanc de visages de femmes, un peu flous. Des portraits comme on pourrait imaginer celui de Louise Brooks, un peu années 20 (mais moins sexy que Louise). Le fait marquant c’est que ces photos sont en fait des photographies de morceaux de tableaux, prises de telle sorte que la texture de la peinture n’apparaisse pas. Le fait marquant, c’est presque moins la photo elle-même, que la procédure de création. Son site est . Une photo pour vous engager à aller voir.

Rudolf Schafer montre des visages endormis et paisibles sous des draps blancs. Une femme, les yeux mi-clos et un homme. Deux photos. Il s’agit de visages de morts (1986). On a devant nous en gros plans, la photos de morts. Et on croit qu’ils dorment. Étonnant. Les photos post-mortem sont passées de mode depuis le XIXème siècle (à peu près) : il y a des fans sur Flickr mais c’est plus effrayant qu’autre chose.

Darren Stapples nous montre, en petit tirage couleur, le visage d’Abas Amini, lèvres et paupières cousues, à titre de protestation. La photo est très impressionnante et du coup, après réflexion, je renonce finalement à la mettre ici. Je peux vous dire que ça fait mal de voir cette photo, surtout les paupières tuméfiées (encore un coup des neurones miroirs ?)

Eva Lauterlein dans ses deux butes tirés de chimères (2002) reconstitue ses amis en remontant des photos qu’elle en a prise d’où des « chimères » (la définition ici). Manifestement, il ya a quelque chose qui cloche dans ces photos (surtout la femme) mais quoi ? Je connaissais ce travail mais ne l’avais pas encore vu en vrai.

Jiri David nous montre de très grands portraits de Bush, Poutine et Chirac, les yeux rouges emplis de larmes. J’avoue ne pas être convaincu. L’usage de Photoshop c’est bien mais ne dispense pas d’avoir de l’inspiration. Par ailleurs aux thèmes politiques me fatigue un peu car toujours polémique et de nature à se faire une promotion pour pas cher. Donc bof. Les photos sont aussi exgérément retouchées et les visages sont d’une texture bizarre.

Enfin, Tibor Kalman nous montre des célébrités en couleur (what if, 1993). Des imprimés – petits formats couleur – où le Pape, la Reine d’Angleterre et Arnold Schwarzenegger sont noirs. Un peu facile aussi mais tout indiqué pour une parution dans Colors qui a accueilli ce travail. Ci-dessous une photo de biais prise par mes soins (on voit tout de suite pourquoi je préfère regarder des photos plutôt qu’en faire). Schwarzenegger est très réussi je trouve.

Et pour finir, le lien vers la première monstration (comme dit l’autre) de cette expo en Suisse, en 2004 (à Lyon, ce n’est qu’un volet).

La prochaine fois je reviendrai sur la suite de ce que j’ai vu de beau (ou pas) à Arles.

Galerie Le Bleu du Ciel – la suite

Lors de cette visite de la galerie, 17 artistes étaient représentés, modestement, vu la surface disponible, mais faire modeste et pertinent, éclairer correctement les œuvres et disposer des cartels intelligents vaut bien mieux, à mes yeux, que des étalages sans vie de photos en vrac avec lesquelles il faut se débrouiller.

En vitrine, ce n’est pas une photo de Dorothea Lange (migrant mother) comme je l’ai indiqué dans mon billet précédent, et non, c’est une ruse de Kathy Grove, qui a passé au Botox le visage fatigué de cette mère, exténuée par les épreuves.Au rez de chaussée, on devait voir Noah Kalina mais la télé n’était pas allumée et son travail est plus que connu (du moins une partie) : sa vidéo, montage des photos de son visage prises chaque jour pendant des années a été vue plus de 10 millions de fois sur YouTube.

Étaient en revanche présents : Susan Opton, Thomas Weisskopf et Gary Schneider.

La première,  Suzanne Opton, nous montre plusieurs visages émouvants de jeunes soldats le regard perdu, la tête posée sur le sol. On se demande ce qu’il font là, ce qu’ils pensent. Ils écoutent le sol comme les indiens dans les films pour entendre arriver l’ennemi ? Ils sont plaqués au sol dans l’attente d’un châtiment ? Sont-ils morts ? La série est visible sur son site.

Le second, Thomas Weisskopf, nous montre deux photos de visages de transsexuels, thaïlandais je crois (série « cut »), maquillés mais pas trop. On ne voit que les visages, lisses. Ils sont décents, sans outrance, sans outrage. Ils nous regardent tranquillement, en petit format couleur, à hauteur des yeux. A peine peut-on deviner que ce sont des hommes : pour un peu on pourrait être vraiment attiré. Ces « ladyboys », selon le terme thaï kathoey ou katoey (กะเทย) ou bien encore « shemales », selon l’argot américain, on peut les voir sans peine via Google, en pleine action, sans chercher beaucoup. Ils trouvent ici un peu de sérénité et assurément plus d’humanité. Eux qui sont réduits à des objets sexuels, à personne, à rien, redeviennent ici des personnes regardées comme on regarde tout être humain. Sa série est visible à la galerie Roemerapotheke. L’illustration ci-dessous, tirée de la série « cut », n’est pas exposée à la Galerie Le Bleu du Ciel.

Le troisième, Gary Schneider montre Helen (200). Un immense portrait reproduit ci-dessous, réalisé dans le noir, devant une chambre grand format avec un long temps de pose au cours duquel l’artiste balaie le visage avec son éclairage. Cela donne une impression étrange, quelque chose de plus complexe qu’un bougé, une sorte d’accumulation d’expressions. Schneider n’est pas un inconnu, il a aussi produit un fameux autoportrait génétique . Son exposition forcément plus complète, au musée d’Harvard, en 2004, est décrite ici. Tout cela cadre parfaitement avec le thème de l’exposition (l’identité, le visage).  Pour ma part, je n’avais jamais rien vu de tel auparavant.

A l’étage, des choses surprenantes encore. On retrouve Charles Fréger, décidément incontournable. On l’a beaucoup vu à Arles (j(y reviendrais) mais aussi à Bruxelles, à l’espace ING cet été pour une exposition très réussie sur le paysage et le portrait. Cette fois, il s’agit de deux portraits d’une patineuse victorieuse (winner face – série steps 2001-2002) réalisé à la manière de ces photos de Mussolini, par en dessous, menton relevé, pour montrer toute l’assurance et la domination du modèle. Évidemment, le portrait couleur de cette jeune fille souriante est bien plus gracieux et sans relent de propagande politique, mais c’est la comparaison qui me vient à l’esprit. De toute façon, je suis fan de Fréger mais pour le moment je n’ai que son livre, « Portraits photographiques et uniformes ». Ce sont les photos ci-dessous qui sont présentées à la Galerie et qui sont extraites de son site web, très complet et que je vous recommande (même si la photo, ou à défaut le livre, est infiniment supérieure).

Voilà, très bientôt je vous parle de la fin de cette visite dans cette sympathique galerie.