Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Eglise de Aa (der Aa-Kerk) – Lost

Ce billet est le dernier consacré à l’exposition qui s’est déroulée dans l’église de Aa à Groningen (Pays-Bas) dans le cadre de Noorderlicht. Mais qu’on se rassure, il n’y avait pas que l’église pour voir des photographies à Groningen et il y aura donc d’autres articles dans les prochains jours sur cet événement.

Cette parie de l’exposition avait pour curateur Marc Prüst qui s’est associé pour l’occasion à VU’.

Pieter Ten Hoopen montrait des photos très sombres prises à Stockholm, des gens seuls, des vues panoramiques et des lieux urbains déserts aussi avec quelques points lumineux qui tranchent sur la nuit. Un style ultra-contemporain, froid, abstrait, presque « design ». Son site est ici.

Massimo Berruti nous entraine quant à lui, tout au contraire, au plus près de la vraie vie avec des immigrés à Rome. Le style est encore celui de VU’ (sa page dans cette agence ici) avec de petits noirs et blancs un peu flous dégageant un sentiment d’urgence. On y voit des lieux et des visages, sans misérabilisme malgré la misère de cette population et de son habitat.

Lorenzo Castore (seratonin, Pologne,  2009) nous montre une série impressionante qu’on pourrait illustrer d’un mot: décrépitude. Ewa et son frère sont âgés et vivent dans la misère dans une vieille maison délabrée qui connut son heure de gloire, on les voit, seuls ou tous les  deux, leur photo et les photos de leurs photos. Un naufrage. la page de Lorenzo chez VU’ est ici.

Arya Hyytiainen nous gratifie lui-aussi du style VU’ avec de sombres noir et blanc à gros grain de Marseille avec ses rues et ses « gueules », des portraits que l’on dirait tout droit tirés d’un film noir. Son site est par ici.

Michael Grieve délivre quant à lui un projet plus provocant (no love lost, Grande-Bretagne, 2008) et en couleurs: bordels, prostituées et clients, portraits, petits objets et traces. L’ensemble est parfois un peu flou, les gros plans nous sont épargnés mais on reste sur le fil du rasoir avec une impression plus animale que véritablement humaine: une sorte de bétail. La présentation de telles pièces dans une église ne manque pas de sel. L’accrochage était réalisé par bandes verticales de 4 photographies. Et comme le site (à voir ici) de Michael nous épargne le flash, une illustration est en tirée visible ci-dessous. Michael a aussi réalisé une série, dans la même veine, sur le Killing Kittens, un « club privé » situé dans les beaux-quartiers londoniens. Il est signaler que son site vend ses photos en ligne (de 650 à 1 000 GBP selon la taille et l’édition) ce qui est assez rare pour être mentionné. Bien entendu, entre acheter directement à un photographe et acheter des posters photos tirées à 100 exemplaires dans une boutique prétendument branchouille ou « arty », « il n’y a pas photo » comme dit l’autre.

Kosuke Okahara (Japon, 2007) montre des images encore plus dérangeantes bien que seule une scène soit explicite et que le noir et blanc nous épargne une vision sanguinolente.  Il s’agit d’une jeune japonaise, le plus souvent photographiée à proximité de son pc dont les bras sont tailladés. C’est pour le moins bizarre. L’auteur dispose d’un site (ici) mais cette série n’y est pas visible.

Visite au Luxembourg – 3ème partie – Casino

On poursuit la visite au Luxembourg avec, cette fois, le Casino qui, comme son nom ne l’indique pas, est un espace d’exposition. A l’occasion du mois de la photo, il exposait des photos comme on s’en doute mais vidait aussi ses greniers avec une vente au kilo, du coup j’ai ramené des bouquins de photos pas chers.

Au rez de chaussée, Frédéric Delangle montrait des rues indiennes de nuit (série Ahmedabad). Il a d’ailleurs fait plusieurs séries de nuit (série Nyctalope) ou dans l’obscurité (Série coït). C’est la série Coït que l’on a pu voir récemment à la galerie Chaume à Paris (ici). L’illustration ci-dessous vient du site du photographe (ici).

Sada Tangara nous montre quant à lui, en noir et blanc, de pauvres gens dormant dans les rues, peut-être à Dakar, où il vit. Je suppose que c’est la série « Le grand sommeil ». C’est assez impressionnant comme travail en dépit d’une taille assez réduite car ces gens pourraient tout aussi bien être morts et parfois le doute est très présent.

Ari Saarto montre les affaires bien rangées de sdf, en couleur, et sans aucune présence humaine, à Helsinki et au Japon. Je n’ai pas trouvé son site web mais son travail est visible sur le site de Helsinki School (ici) d’où est tirée l’illustration ci-dessous. Ce qui est surprenant c’est l’ordre froid qui règne dans ses photos : on ne ressent aucune pitié devant un spectacle pourtant bien triste et on oublie que ces amas d’objets sont tout ce que possèdent ces sdf.

Martin Eder montrait des photos gigantesques de jeunes prostituées au corps blessé, tuméfié. Là-aussi, une vision dérangeante que ces charmantes jeunes femmes ainsi avilies, battues et finalement ramenées à l’état d’objets, cassés et jetés. Je n’ai pas trouvé le site web du photographe. L’illustration ci-dessous est l’une des moins « difficile ».

Martin-eder---casino-luxemb

On termine le rez-de-chaussée du Casino par son entrée puisque face à la porte, nous étions accueilli par un panneau immense (9 mètres de large, 1,80 de haut) de Dionisio Gonzalez, mêlant architecture et bidonville. L’illustration ci-dessous provient de la galerie Xippas (ici) qui le représente en France et qui ne rend pas justice à la monumentalité de l’œuvre.

Anniversaire – Nobuyoshi Araki – 25 mai 1940

Nobuyoshi Araki est né le 25 mai 1940, il a donc aujourd’hui 69 ans.

Araki étudie la photographie et le cinéma à l’Université de Chiba et s’oriente vers la photographie dès 1964 avec une série sur les enfants. En 1970, il photographie des sexes féminins en gros plan et, en 1971 il publie un livre montrant les scènes du quotidien de son voyage de noces, scènes d’amour comprises. Araki photographie en permanence son existence, produisant ainsi des séries considérables et de multiples ouvrages (plus de 300 en 40 ans de carrière). Il est connu pour ses nombreuses photographies de femmes nues et notamment de femmes ligotées ainsi que de fleurs. Il a produit de très nombreux polaroïds.

Galerie Polka – Expo prolongée au 15 février 2009

La galerie Polka (ici) dont j’ai dit tout le bien que j’en pensais (ici) récidive à l’occasion de la sortie de son dernier numéro (Polka est aussi un magazine – site ici).

L’expo est prolongée jusqu’au 15 février 2009.

Cette sympathique galerie où il y a du monde, des murs pas blancs, et où il faut monter pour voir les œuvres présente cette fois un large assortiment d’auteurs. On y voit en effet Steven Achiam, Elliott Erwitt, Joakim Eskildsen, Stanley Greene, Laurence Leblanc, Ethan Levitas, Reza et  Masayuki Yoshinaga.

Elliott Erwitt, on ne le présente plus, et à la galerie vous verrez notamment ses clichés, pleins d’humour, de chiens. Son site, d’un usage assez pénible est ici, sinon vous pouvez allez voir chez Magnum (ici). L’image ci-dessous vient du site de Polka et est donc taggée avec un petit chien ce qui colle bien avec le sujet sinon, je ne présente pas d’images ainsi défigurées.

Autre célébrité, Reza, un photographe iranien qui a quitté son pays en 1981, un photographe engagé comme on dit, dont certains clichés sont fameux. Ci-dessous, une de ses photos, visible à la galerie, illustre une affiche destinée à une vente aux enchères de soutien d’une juste cause.

Un autre photographe bien connu est Ethan Levitas. Mais, si rappelez-vous Arles : j’avais trouvé son travail sur le métro de New-York très intéressant (ici). A la galerie, on peut donc revoir ce travail plus une série sur le Japon, en noir et blanc. Autre travail consacré au Japon, et plus spécialement aux jeunes Sumotoris, celui de Steven Achiam, dans une veine plus documentaire et en noir et blanc quoi que ces photos sont très graphiques. Sa série est visible ici (d’où est tirée l’illustration ci-dessous).

Enfin, pour refermer la parenthèse japonaise, on peut voir également le travail documentaire, en multicolore, de Masayuki Yoshinaga qui s’est consacré à un phénomène très connu des ados français (à travers le manga, les jeux vidéos et le fameux salon Japan Expo) mais peut-être moins des générations plus âgées. Il s’agit de ces jeunes qui se singularisent par des vêtements, des chaussures, un maquillage, une coiffure et des accessoires pour le moins farfelus. Amis du Cosplay, bonjour. Vous trouverez une galerie présentant de nombreuses photos de Masayuki Yoshinaga ici (dont sont extraites les photos ci-dessous visibles à la galerie).

Joakim Eskilden présente un reportage sur les roms. J’ignore combien de photographes se sont consacrés à se sujet mais rien que dans ce blog on doit en dénombrer une bonne dizaine(au hasard, dans les plus récents, Mikko Savolainen, Denis Chouquet, Rip Hopkins). Le genre ne se renouvelle guère et j’en suis un peu las.

Stanley Greene montre les dégâts du cyclone Katrina à la Nouvelle Orléans dans le plus style du photojournaliste classique, sobre et empreint d’émotion dans un noir et blanc impeccable. Son travail est visible sur son site (ici) où j’ai bien retrouvé la série mais pas spécifiquement les photos présentées à la galerie. ATTENTION : le site de Stanley Greene présente aussi des séries montrant des scènes susceptibles de heurter les plus jeunes.

Enfin, Laurence Leblanc nous livre un reportage évanescent sur le Niger dont je ne garde guère de souvenirs à mon grand regret car Laurence Leblanc est photographe chez VU et s’est déjà vue récompensée. Quoi qu’il en soit, son site (ici) ne présente pas cette série mais d’autres, à mon sens plus réussies (Les nonnes et Rithy,Chéa, Kim Sour et les autres).

Vous avez jusqu’au 15 février pour vous précipiter.

Paris photos 2008 – 1ères impressions

Profitant de l’invitation réservée aux professionnels, à la presse et aux collectionneurs, je suis allé voir Paris Photo 2008 ce jour, dès 16h, en compagnie d’Anne-Laure (du blog d’à côté, ) voici mes 1ères impressions.

Beaucoup moins de caissons lumineux et aussi moins de formats gigantesques. Quasiment pas de vidéos. Beaucoup (trop ?) de Polaroïds et ce n’est pas seulement en raison d’Araki, la fin du Polaroïd explique peut-être ce sursaut ? Beaucoup de monde et des stands souvent un peu trop remplis en raison d’un accrochage resserré. A ma grande surprise, aucun représentant de l’école de Düsseldorf à part un Höfer et deux Becher alors même que « l’école » est l’objet d’une exposition en cours à Paris (qui en est général un bon prétexte pour mettre en avant un artiste et pour le vendre). Bien que couvrant largement le champ de la photo, Paris Photo réussit l’exploit de rater l’Afrique réduite à Keita : il faudra donc attendre la biennale de Bamako (en 2009 si tout va bien) pour voir ce qui s’y passe.

L’accent était mis sur le Japon cette année et chaque galerie avait sorti son Araki. Izima Kaoru était quasi absent et Nobuyoshi Araki trop présent (en polaroïd, en grand format noir et blanc, en couleur). Les trois classiques, Shijo Ueda (avec ses fameuses dunes), Eikoh Hosoe et Daidō Moriyama étaient également abondamment présentés. Pourtant, c’est bien du Japon (et spécialement des galeries japonaises) que venaient les idées nouvelles avec des artistes inconnus (enfin je suppose) au-delà des grands noms évoqués, avec des travaux sur les textures, des natures mortes modernes et, île oblige, des photographies presque abstraites de la mer et des vagues. Tout cela sera à revoir sur le net à tête reposée, les noms japonais n’étant pas assimilables facilement par un occidental…

Le principal regret portera sur le trop grand nombre de galeries présentes et le nombre incalculable de photos présentées, de quelques centaines d’euros à plus de 100 000 euros. A force de vouloir tout montrer, du médiocre à l’exceptionnel, de l’émergent jusqu’au célébrissime, du vintage jusqu’à l’ultra-contemporain, de l’Amérique du sud à l’Europe en passant par le Japon, cette manifestation vire à l’accumulation.

A quand un salon, à l’instar de la FIAC et de ses satellites, décongestionné sur plusieurs sites affirmant de vrais choix et un positionnement clair ?