PhotoEspaña – Teatro Fernán Gómez. Centro de Arte – Seventies

Le Théatre Fernán Gómez (Plaza de Colón, 4) accueillait une magnifique exposition, gratuite, comme toutes celles de PhotoEspaña, consacrées aux années 70.

Cette exposition géante située dans un site climatisé montrait un large choix d’auteurs, devenus classiques pour la plupart.

Eugene Richards montrait des images émouvantes d’enfants, de gens âgés et de noirs, posant ainsi en scène la problématique de l’exclusion et la question raciale. David Goldblatt montrait uniquement des noirs dans des vues posées, généralement des portraits à domicile, à Soweto. Une autre série (details) montre des gros plan sur des mains ou des jambes. La question raciale est également abordée par William Eggleston avec, bien sûr, une série en couleur, réalisée dans le Mississipi (drapeau sudiste bien en vue) marquée en l’espèce d’une tonalité rouge depuis les chiottes jusqu’à la fameuse fille (rousse) que tout le monde je présume a déjà vu (ci-dessous).

Un remarquable travail d’exposition a été réalisé sur l’œuvre de Malick Sidibe, que je n’avais jamais vue auparavant sous cette forme: de petits tirages vintage, format carte postale, collés dans des cahiers et présentés en vitrine.

Autre sujet au cœur des seventies, la libération des mœurs. Ed van der Elsken exposait de petits tirages couleurs de jeunes gens « sexuels »: droguée, nudiste, etc. Je ne sais pas pourquoi mais il y a de la vraie vie dans ses images que je ne connaissais pas (à ma grande honte). Même enthousiasme pour Anders Petersen dans une série particulièrement inspirée (café Lehmitz) bien loin d’un photojournalisme travesti en « art », avec une vraie immersion du photographe dans un café de Hamburg ,vraiment glauque. On dirait un extrait de film noir avec de vraies « gueules » comme au ciné. Une série fascinante. Kohei Yoshiyuki (série park) montrait un travail que je connaissais déjà: des couples de japonais qui baisent dans un parc, de nuit, avec des voyeurs qui les collent.

Il ne fallait pas rater non plus Gabriele et Helmut Nothhelfer qui ont réalisé le portraits noir et blanc de gens tristes participants à divers évènements et rassemblements animés. On ne sait pas trop quoi penser de cet instant ou le contraste entre une foule et un individu se manifeste ainsi.

Les seventies ce sont aussi des expériences individuelles et personnelles ce qui nous vaut plusieurs travaux autobiographiques. Alberto Garcia-Alix montre de petits noirs et blancs autobiographiques et « alternatifs » et Fina Miralles (série relaciones) réalise des autoportraits noir et blanc banaux de son quotidien, chaque titre de photo renvoie a une action (ex: to talk). Laurie Anderson prend une photo des hommes qui l’agressent verbalement: une photo, un texte dessous et l’homme a les yeux masques par un rectangle blanc. Deux poids lourds sont aussi présents. Cindy Sherman (série bus riders) se métamorphose en une palette de passagers de bus en train d’attendre, une série culte comme on dit (ci-dessous en provenance de la Tate Gallery).

Sophie Calle (série les dormeurs) utilise la photographie comme témoignage d’une sorte de happening où toutes les 8 heures un dormeur (plus ou moins inconnu) sort du lit de Sophie (rien de sexuel là-dedans) et est remplacé par un autre. Étonnant. Il y a Topor et Lucchini (déjà, en 79). Un texte explique les « aventures » de chaque dormeur illustrées de 8 à 10 photos.

Pour les autres travaux exposés, aucune thématique ne se dégage clairement si ce n’est peut-être le caractère souvent conceptuel des divers travaux.

Hans Peter Feldman montre 36 vues d’une même lieu où il ne se passe rien, à divers instants du temps, réunis par panneaux. Allan Sekula montrait des diapos (très lentement): il s’agit d’ouvriers sortant du travail. Carlos Pazos recourt aussi aux diapos mais placées dans une boite lumineuse où l’on voit le photographe déguisé. Anna Mendieta (série people looking at blood) recourt également à la diapo en  boite lumineuse pour retracer la réactions de passants confrontés à une grande flanque de sang dans la rue.

Karen Knorr (série Belgravia) exposait un de ses classiques: une série de portraits bourgeois noir et blanc avec une « citation » formant un ensemble fascinant de froideur et de distance; les textes tuent. J.d. ‘Okhai Ojeikere montrait aussi des portraits en noir et blanc de coiffures affricaines, à mi-chemin de la dentelle et de la sculpture, des choses stupéfiantes que je n’avais jamais vues.

Christian Boltanski est l’autre artiste contemporain français fameux présent à cet expo (avec Sophie Calle) pour  the d. family album un mur recouvert de tirages noir et blanc « amateur » tirés de la vie de Marcel Durand.

La visite se concluait avec Victor Kolar (des vues mornes d’Ostrava et de sa population), Claudia Andujar (série rua direita, des vues colorées et séduisantes en contreplongée de passants de cette rue de Saopolo) et enfin Victor Burgin (sériezoo 78, 8 diptyques de Berlin accompagnés d’un texte et imprimé dans le coin de chaque image).

Galerie les filles du calvaire – Urbanités

Samedi dernier, je suis allé chez Les filles du calvaire. C’est toujours aussi pénible de devoir sonner pour qu’on vous ouvre : d’entrée de jeu vous voilà rabaissé en situation de demandeur. Mais au moins la porte cochère est-elle ouverte contrairement à d’autres galeries dont je ne franchis, du coup, même pas le seuil (exemple: Dix9, juste à côté). Cette galerie est remarquable car elle grande mais pas trop et les œuvres sont en nombre approprié : ce n’est pas l’entassement ni le vide cosmique (ce dernier guettant plus sûrement que le trop-plein dans nombre de galeries). En prime, ce qui est présenté vaut, en général, le déplacement. Cette fois le thème c’est « Urbanités ». C’est jusqu’au 25 octobre.  N’attendez pas la fin de ce billet pour aller voir. Courrez. D’ailleurs il y avait plein de monde samedi.

Quoi qu’il en soit, une fois de plus, on voit des choses intéressantes. Je ne vais pas m’appesantir sur Bourouissa et Darzacq dont les travaux sont bien connus. Ceci dit je n’avais jamais vu le travail du second « pour de vrai » : cela rend bien comme on dit. Ces chutes sont vraiment intrigantes.

Quant au premier, voici une illustration de la thématique qu’il aborde. Cette photo était visible chez Anne de Villepoix (billet ici).

Bill Owens nous montre des américains moyens des années 70 vaquant  à leurs occupations domestiques en petit format noir et blanc. Le « truc » c’est le commentaire que se veut amusant (?) ou provoquant (?) mais qu’on se rassure pas de gros mot ni de vacheries.  Juste un commentaire décalé. Bof.  Paul Graham quant à lui recourt au format monumental pour faire passer ses images : en l’espèce une seule photo d’une jeune noire de dos, dans la rue, avec le visage de profil éclairé. Seul le visage est éclairé. Une jolie photo mais rien d’exceptionnel là-dedans et le tirage exagérément grand est de trop.  A l’étage, c’est encore mieux.

Thibaut Cuisset nous montre des espaces urbains très structurés et déserts, aux couleurs pastel. Rien de bien nouveau mais au moins il n’y a pas de format géant, pas de prétention. Un grand format de Couturier est aussi visible mais il est désormais connu et j’ai la chance de pouvoir contempler, au travail, quand je veux, « Fenêtre Eastlake Greens, San Diego » (2,45 m x 1,90 m) une pièce plus impressionnante que celle présentée à la galerie. Franck Van Der Salm nous montre une photo d’une galerie entièrement rouge : on aimerait voir ses autres travaux et c’est possible sur son site web (ici) . Karen Knorr nous montre trois image issues de sa série « fables » (The Passage, The Shelf et The Stairs). Je n’avais d’ailleurs pas fait le rapprochement entre les photos et des fables… Il s’agit en l’espèce de deux oiseaux dans des maison désertes et design qui semblent des humains. Je n’avais pas pensé à une fable mais simplement à un scénario ou à une histoire : le fait que ces animaux soient dans des environnements humains tend à leur prêter immédiatement des comportements humains. Les titres sont neutres et ne disent pas une une histoire  (ils ne figuraient pas à la galerie) mais on en imagine spontanément en voyant les photos.

Ainsi, là, il m’a semblé voir une scène de rupture : les deux amants se tournent le dos, l’un reste là et l’autre a déjà pris son envol et s’en va à tire d’ailes. Ces photographies sont de surcroît magnifiquement composées et très agréables à regarder (ce qui nous change de la provoc à deux balles dont nous sommes souvent gratifiés sous couvert « d’Art »). Son site est .

Georges Rousse présente deux pièces symétriques par la couleur : Madrid 1 et 2 (2006).  J’avais raté son expo à la MEP et j’étais ravi de voir on travail en vrai ne l’ayant vu qu’à la télévision auparavant dans le cadre d’un reportage sur son travail. Cet artiste se livre à un minutieux travail d’intervention dans des espaces de son choix dans lesquels il créé, depuis un certain point de vue, une image. Sous Photoshop un graphiste mettrait moins d’une minute pour faire l’image, pour Brousse c’est un vrai travail sur le matériau avec peinture et pinceaux avant de déclencher. Il a un site web remarquable qui montre les deux pièces présentées ici : 1ère colonne en haut et en bas). Pour finir, dans un coin, on pouvait voir le travail de John Davies (des vues de bidonville en noir et blanc) et de Gilbert Fastenaekens (un coin d’immeuble sous une lumière lunaire, c’est sa spécialité).

Une belle exposition et en plus c’est gratuit.