Rencontres de la photographie d’Arles – Le Coffee Socks

Aux Rencontres d’Arles, il y a le programme et les lieux officiels qui font, hélas, la part belle aux artistes et photographes confirmés même s’il y a parfois dans le programme des échappées vers plus de fraîcheur et de jeunesse. Paradoxalement, ce sont les espaces privés financés par des entreprises qui semblent faire le plus d’efforts en direction des jeunes: SFR dont j’ai parlé ici et la FNAC dont j’ai parlé . En marge de l’officiel et alors même que j’ai raté le « off » (qui se tient, je crois, la 1ère semaine), il restait néanmoins un lieu à voir : le Coffee Socks, un lieu de vie salon de thé laverie associatif comme dit leur site (hop!) Romain Boutillier nous montre les aventures de Rosine, son robot en plastique qu’il photographie dans les situations les plus variées. Le truc est un peu éculé et ça m’a fait penser aux types qui avaient enlevé un nain de jardin avant de le restituer photographié dans de nombreuses villes du monde entier. C’est rigolo et les couleurs pètent, mais bon. Ces photos sont aussi .

Magali Joannon (dont le site est ) nous présente un extrait de sa série « Haute saison » avec des caravanes. Il y a un je ne sais quoi de nostalgique dans ce travail et je n’avais pas encore vu de caravanes au centre d’un travail photographique. j’avais plutôt en mémoire en voyant cela un travail sur les cités balnéaires en basse saison dont l’auteur m’échappe (si ça parle à quelqu’un ?). La photo ci-dessous vient du site ici.

Pomme Célarié (ça ne s’invente pas, j’ignore si elle parente avec Clémentine) nous montre un peu de la vie collective de jeunes enfants en Mongolie. La série était un peu courte (il n’y avait que 4 photos) pour se faire une idée du travail, c’est dommage. Évidemment, la vie collective peut faire penser au Komunalka de Huguier dont j’ai parlé ici, travail où l’on voit aussi des brosses à dents (ce truc qu’on ne partage pas justement…) mais Pomme ne montre pas de nus contrairement à Huguier. Le photo ci-dessous vient de . Pomme appartient au collectif La Générale (non, ce n’est pas une banque) et a son site ici où vous pouvez découvrir d’autre photos et puis aussi La Générale, si par hasard vous ne connaissez pas.

Audrey Laurent se livre à un travail personnel sur les photos de sa famille (qui lui ont été données) qu’elle rephotographie. Un travail surprenant et intéressant dans sa démarche qui ne montre pas encore (?) son plein potentiel. Là-aussi, des tirages plus grands, un encadrement adapté et plus d’œuvres en un même lieu donnerait plus de « poids » au travail réalisé. Cela viendra peut-être aussi, au-delà des conditions matérielles d’exposition et de tirage, de l’œuvre accomplie elle-même : Audrey poursuit en effet son travail vers d’autres supports (écrits, sonores, etc). Certaines photos sont visibles ici (mais cela ne donne pas grand chose à l’écran).

Magda Hueckel nous livre des « autoportraits ». Hélas placés dans l’obscurité et, là-aussi, dans un format réduit, son travail était difficile à déceler. C’est donc une redécouverte que le voir sur le web (paradoxal, non?) ici (en anglais). Magda est une jeune femme a priori en bonne santé et ces auto-portraits nous la montre vieillie d’où le titre de la série (« obsessive self-portraits ») : cela donne à réfléchir sur elle et ses préoccupation bien sûr mais aussi sur nous-même. Habituellement on nous donne à voir de jolies filles, des vieillards en patriarches et, à l’autre extrémité, et plus rarement, des malades et des déments. On voit rarement des gens seulement âgés.

En écho, elle a fait aussi des « calmed self-portraits » (non vus chez Coffee Socks). Je vous livre un extrait de chaque série ci-dessous. Pour en voir plus, allez sur son site perso ici (en anglais et en polonais).


Margherita Crocco nous montre de troublantes photos de Chandiragh, en Inde. Il s’en dégage, avec peu de moyens, une impression étrange. Plus d’œuvres ici.

Vous aurez remarqué que ces travaux m’ont plu en dépit des moyens limités mis en œuvre pour l’exposition. La plupart des liens pointent chez fetart.org, une galerie en ligne destinée à la promotion de jeunes artistes.

L’exposition est finie depuis fin août et lors de ma visite, seuls les artistes ci-dessus étaient visibles.

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier de maintenance

Dernière ligne droite pour cette série d’articles sur les rencontres d’Arles. Il faut se dépêcher car tout, ou presque, s’arrête aujourd’hui, 14 septembre.

Nous allons quitter le centre d’Arles, provisoirement, pour rejoindre une friche industrielle  : les anciens ateliers de la SNCF ( » le parc des ateliers« ). On peut facilement y aller à pied depuis le centre d’Arles, en plus c’est bien indiqué. Le site est vaste et occupé par plusieurs hangars (certains disant « halles » pour faire classieux), posés au milieu d’herbes (forcément folles) sur un gravier ornés de vestiges divers de l’activité ancienne du site.

Le premier hangar à visiter est l’Atelier de maintenance. Ce qu’on y voit est de qualité et il y a de la masse, c’est du lourd.

Tim Walker est un photographe de mode et les œuvres présentées sont en nombre considérable. Les qualités plastiques des photographies égalent celles des modèles. Adepte de photographies sans trucages numériques, vous pourrez repérer dans son travail des fils qui traînent, remarquer que le grand poisson dans une photo est lui même une photo ou vous extasiez devant les voitures habillées de tricot (a priori, on aurait dit les fameux pull d’Aran).

Vous pourrez voir « Iekeliene » pour Vogue Italie (il s’agit de Iekeliene Stange, chez Marilyn Agency),  « Lily Cole and giant pearls », Lily Cole « wadhwan gujar – India », Karen Elson « english sunbathing », Coco Rocha « surreal story », Kirsty Hume and Trish Goff « someraults ». A priori ce sont des travaux de commande, souvent pour Vogue, mais ce n’est pas toujours indiqué. Les tirages couleur sont souvent de grand format sans être monumentaux, d’un style toujours si « anglais », un peu « Alice au pays des merveilles », aux couleurs pastels.

Son agent présente une part significative de son travail. Je reproduis la photo la plus parue dans la presse à l’occasion des Rencontres, « LiLy Cole and giant pearls ».

Dans la salle suivante, on trouve Charles Fréger. Ce n’est pas le même genre, c’est sensiblement moins glamour.

Fréger poursuit avec méthode un travail d’importantes séries sur les « groupes » (majorettes, soldats, sportifs, travailleurs, etc) repérables par leur habillement. Son site web est remarquable par la couverture de son travail : on a l’impression que rien ne manque dans cet ordonnancement méthodique.

Les séries présentées sont des soldats, hélas les légendes sont absentes, ce qui est lamentable à l’heure des audio-guides, mp3 et autres (un pauvre cahier est néanmoins disponible à l’entrée).

Les formats sont géants contrairement à ce que j’avais vu en Belgique à l’espace ING et, plus récemment, à la Galerie Le bleu du Ciel à Lyon.

L’accrochage est intelligent et combine divers de séries : même tenue avec le soldat qui change, même corps et même fonds avec le grade qui change , série équestre, visages casqués de profil, etc.

Je vais juste vous faire saliver avec la couverture d’un de ses ouvrages (« Portraits photographiques et uniformes »), pour le reste, aller voir. Si vous ratez l’exposition, vous pouvez le voir en galerie.

Avec Vanessa Winship, on reste dans l’uniforme mais porté cette fois par des écolières. La dignité de ces enfants pauvres et leurs regards sont éloquents. J’avais déjà vu ce travail sur le site web de la galerie qui la représente et je n’avais pas réagi. Peut-être aussi n’avais-je pas vu la série présentée (Sweet Nothings: Rural Schoolgirls from the Borderlands of Eastern Anatolia) que l’on trouve sur son site. Il faut bien avouer que, « en vrai » le résultat produit est spectaculaire et ce d’autant que les tirages sont présentés sans la protection d’un verre et ne sont donc pas défigurés par les reflets.

Françoise Huguier présente Komunalka. Selon le guide, qui avait rencontré Huguier, 10% de la population de Saint-Pétersbourg vivrait à l’étroit dans ces appartements communautaires, puisqu’il s’agit de cela dans son reportage (elle travaille pour Rapho). Il s’agit surtout de femmes seules avec enfants et depuis peu les logements peuvent être achetés (ils avaient été collectivisés en 1918). Disons le tout de suite, ce travail m’a déplu. Le misérabilisme m’agace et montrer des filles russes pauvres et à poil me semble plus que facile : le guide prétend que c’était le souhait de Natacha, principale protagoniste que de se dénuder. Combien a-t-elle gagnée dans l’affaire ? D’après notre guide, toujours, Huguier a des visées « plastiques » au-delà du photoreportage. Bien. C’est peut-être pour cela qu’il y a des filles à poil, peut-être que ça fait vendre en galerie. Ce travail aurait gagné à rester dans un magazine accompagné de commentaires et d’un texte abondant car présenté ainsi, sur les murs, on ne voit pas vraiment le propos. C’est un bon photoreportage qui aurait en rester là.

On pourra toutefois souligner que la scénographie a été soignée puisque l’expo se déroule dans des « pièces » qui reconstituent un appartement, un bel effort que je n’ai pas vu ailleurs, me semble-t-il, aux Rencontres.

Jean-Christian Bourcart nous montre des photos de mariages. La présentation ne dit pas s’il en est l’auteur. Quoi qu’il en soit, voilà une exposition qui n’aura pas coûté cher : le recyclage de photos de mariés ridicules ne m’a pas du tout séduit comme vous l’aurez compris. Décidément le mariage est bien mal traité à Arles (on se souvient des photos de mariage d’arlésiens exposées au Palais de l’Archevêché). Je ne nie pas avoir esquissé un sourire en lisant « c’est toute des putes » (sic) gravé sur un banc où se trouvent deux mariés, mais bon, c’est un peu les blagues à toto cette exposition.

En contrepoint, c’est le moindre qu’on puisse dire, on passe de la farce à la tragédie avec Achinto Badhra. Elle nous montre à voir la projection de photos de jeunes filles (pour ne pas dire d’enfants) qui se sont déguisées pour « exorciser leurs peurs » (c’est un peu éculé, désolé). Ces gamines ont été victimes de la drogue, de viols, d’abandon, etc. le sujet est terrible et j’ai toujours un mouvement de recul sur des thèmes pareils. D’une manière générale, la photo de reportage ne m’intéresse guère, surtout quand on cherche à faire sensation, et même pour une bonne cause. Comme pour Huguier, la représentation du travail aurait du rester dans la presse mais, au-delà de Huguier, le travail de Badhra repose sur une véritable action menée avec la Fondation Terre des Hommes, c’est ce qui fait toute la différence entre un engagement et un simple témoignage.

Au final, ce que je retiens, c’est Fréger, Winship et Walker.