Mois de la photographie à Paris – 5 – La Générale en Manufacture (fin)

Nous voilà de retour à La Générale en Manufacture (dont j’ai parlée déjà ici et ) pour voir “Laisser filer et retenir” (ici). Cette exposition se déroulait au sous-sol de La Générale dans un lieu aussi lugubre que frisquet et s’est terminée le 1er décembre. Elle faisait partie du Mois off.

Il y avait des vidéos mais je ne parlerai que des photos.

Karine Portal nous montre des gens, souvent des jeunes et des enfants, dans un parc, dans une série baptisée « Les contemplations ». Les plans, éloignés, alternent les groupes dans des grottes et près de fontaines et des individus isolés dans un espace ouvert. Le sujet, très banal et photographié sans effet, fait penser à des photos d’amateur, des souvenirs d’une après-midi au parc mais l’éloignement au sujet donne un sentiment mitigé : voyeurisme ? Son site en flash () ne permet pas de montrer des images ici. Dommage.

Elise Pailloncy (ici) et le chorégraphe Eric Minh Tuong Castaing nous donne à voir des jeunes gens à capuches, enfumés.

Quand on voit des jeunes à capuches on pense à Bourouissa (à l’espace Baudouin par exemple, ici) mais ce n’est pas ça. Quand on voit la photo quasi blanche on pense à d’autres artistes qui ont eu recours à cet artifice, pas besoin de remonter à Malevitch (avec son magnifique carré blanc sur fond blanc), il suffit de voir Mireille Loup (avec son carré des anges) qui expose en ce moment même chez Magda Danysz. Mais tout cela n’est guère convainquant de prime abord. La notice précise « (…) la composante chorégraphique se trouve inscrite dans un rapport au territoire. Ces photographies se situent entre narration et appropriation critique d’un territoire, entre réalité et fantastique, et dépassent ainsi le cadre de la performance ». Alors là, évidemment, c’est tout de suite plus clair. Non ?

Tami Notsani montre des petits formats carré couleur. Une vieille dame, un mur, des robes de chambres. La série s’appelle « Grand-mère » a été réalisée au long cours, de 2000 à 2008. De petits rien qui suggèrent plus qu’il ne montrent, la fin d’une vie. Ce travail m’a fait penser à celui de Anne Le Hénaff (série « Les Beautés du Val d’AJol ») que j’avais vu lors de lors de l’exposition « Dix-7 en Zéro-7 » (exposition des diplômés 2007 avec les félicitations du jury de L’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris). Son site est ici et, hélas en flash, ne permet pas de montrer les images ici. Il en est de même pour le site de Tami Notsami, ici, qui est en plus un cas d’école de navigation incompréhensible.

Sylvain Gouraud (que j’ai évoqué ici) montre des femmes dont on ne voit pas le visage : il épuise d’ailleurs le genre avec des visages tournés, des visages dans la pénombre,  des visages pixélisés, des visages cachés par la main, etc. Ce travail (série « Armelle » – mais est-ce bien la même fille partout ?) m’a semblé intéressant et aurait eu sa place au septembre de la photo à Lyon consacré à l’identité (j’ai fait plein d’articles là-dessus ici).

Mois de la photographie à Paris – 5 – La Générale en Manufacture (suite)

Nous voilà de retour à La Générale en Manufacture (dont j’ai parlée déjà hier pour débroussailler le terrain) pour voir la proposition de Philippe Munda appelée « 1+1 (accumulation) » (ici) qui dure jusqu’au 14 décembre.

Arrivé sur le lieu, j’ai pu croiser Philippe Munda (son site ici) et un autre artiste qui prenaient leur casse-croûte (ou leur goûter). A part ça, j’ai relevé le travail de quatre photographes dont certains en collaboration comme Melody Mousset et Yuna Mathieu-Chovet pour « Monsters » créé en 2006. Melody a un site ici dont la photo ci-dessous visible à l’exposition est extraite.

Étonnant non ? L’aspect sculptural de cette éclaboussure bleue qui figure comme une crinière est surprenant. On se demande aussi ce que vont faire les deux autres. S’agit-il de fauves dérisoires se désaltérant dans des bassines ridicules ? Se lavent-ils la tête ? S’agit-il d’un culte ou d’une initiation ? Sont-ce comme des autruches qui se cacheraient la tête à l’exception d’une seule, plus courageuse ?  o bien alors peut-être qu’il s’agit bêtement d’humains ordinaires qui font-ils des fumigations ou observent-ils des bestioles mais alors pourquoi sont-il tout nus ?

Marta Jonville fait plutôt des performances. Elle n’a pas de site web et sa page myspace (ici) ne fonctionne plus.

Les mauvaises langues diront que j’ai un goût marqué pour les filles à genoux mais c’est purement fortuit cette sélection. La photo renvoie à une performance mais aussi, comme elle s’intitule « Tribute-1, Courtney » il s’agit d’un hommage à une certaine Courtney (Love). En l’espèce, il s’agit de la photo réalisée par Michael Lavine (photo ci-dessous). Le site du photographe est ici. Attendez-vous à un choc.

Son site dispose de l’interface la plus géniale que j’ai vue jusqu’à présent pour un site de photographie: simple, naturelle, intuitive, pratique, sobre, efficace et rapide. Un modèle à suivre quand on voit tant de daubes en flash ou d’imagettes ridicules en jpeg et html rustique.

Je précise pour ceux qui vivent dans des grottes que Courtney Love chante et, accessoirement, a été la compagne de Kurt Cobain. Si vous ne savez pas que Kurt Cobain a été le leader de Nirvana, c’est incurable : écoutez About a girl, Come as you are et Dumb (le version unplugged in New York est recommandée) pour pleurer et soulager votre ignorance (pour acheter c’est ici).

Les deux artistes suivant ne montrent pas des filles à genoux mais c’est bien quand même.

Otto Muehlethaler montre une odalisque couchée mais de face. Mais comme il est invisible sur le web (enfin presque: on voit son travail sur des paysages urbains) je vous montre la Grande Odalisque d’Ingres à la place.

Quant au dernier, c’est Sylvain Gouraud avec sa série Armelle mais j’en parlerais demain (ou après-demain) car il était aussi dans l’autre expo sur le même site, “Laisser filer et retenir” (ici).

Mois de la photographie à Paris – 5 – La Générale en Manufacture (début)

C’est le mois de la photographie à Paris et mon dimanche après-midi n’a pas été un franc succès entre la BNF (bof) et La Bellevilloise (à éviter). C’est dommage car ça avait plutôt bien commencé avec La Générale (rien à voir avec la banque) en Manufacture. L’exposition se déroule dans le cadre du Mois Off.

Comme vous le savez, La Générale s’est fait déloger d’un squat fin 2007 (à Belleville, nous y revoilà) et loge maintenant (temporairement) à la Manufacture de Sèvres ou, plus précisément, dans les bâtiments de l’ancienne École Supérieure de Céramique. Leurs sites web sont multiples (un point d’entrée ici), on ne comprend pas tout pas c’est pas grave : ça foisonne et c’est un peu ce qu’on attend d’un tel collectif.

Pour y aller, il suffit de trouver le Musée de Sèvres (en face de l’arrêt du T2 – Musée de Sèvres) et de prendre la rue qui le longe, à gauche. Une fois au n°6 de la Grande Rue vous êtes arrivés. Si vous n’avez jamais vu un squatt, vous allez avoir un choc car là ce n’est ni le 104 (sans café) ni La Bellevilloise (seulement un café). En revanche, comme au 104, il fait un froid polaire là-dedans.

Je peux vous dire qu’il n’y avait pas un chat, contrairement à la BNF. Cela me confirme dans l’idée que le bétail humain, en ce Mois de la photo tant célébré, tend toujours, en dépit d’initiatives variées, à s’entasser assez mollement au chaud dans des endroits proprets destinés à l’engourdissement cérébral et glandulaire. Bref.

Je venais voir l’exposition appelée « Laisser filer et retenir » (ici) mais comme je me suis trompé d’étage (je suis allé au 2ème)  j’ai atterri dans une autre expo baptisée « 1+1 (accumulation) » (ici) qui dure jusqu’au 14 décembre. Et samedi 29 et dimanche 30 novembre, c’était spécial vidéo. Ceci dit il y avait quand même des photographies. Cette exposition se répand dans ce qui ressemble à un appartement, au mur, au plafond et par terre. Collage, découpage, trous dans les murs, peintures (et vidéo et photos), il y a de tout.

Je vous raconte la suite dans un prochain billet. En attendant, voici deux photos du site, tirées du blog des Pixels transversaux (ici).