PhotoEspaña – Museo de Colecciones ICO

Dans le cadre de PhotoEspaña, le Museo de Colecciones ICO (Zorilla, 3) montrait une exposition intitulée Dorothea Lange – The crucial years, qui s’est achevée le 24 août et que j’ai visitée pour ma part le 23 juillet dernier.

Cette exposition est gigantesque puisque se déroulait sur plusieurs étages. Comme les autres sites officiels, les présentation sont bilingue et cette fois, chaque image était généreusement légendée. Voilà qui bat le Jeu de paume qui songe parfois plus à vendre un catalogue fort cher et bien documenté qu’à guider le visiteur. Bref. Je rappelle pour mémoire que cette exposition était gratuite, oui, vous avez bien lu ( 6,50 EUR l’entrée à la MEP, ça fait réfléchir).

Les tirages viennent du MCP de Chicago (Columbia college) et de la Bancroft library (UCLA – Berkley) et sont des vintage, à part quelques rares tirages issus de la Bibliothèque du Congrès (et qui sont modernes).

Evidemment, il y a  la photo iconique de Lange qui montre Florence Owens à l’âge de 32 ans en pleine détresse avec ses enfants, et deux autres clichés d’elle. Outre la crise financière qui sévit dans les années 30 aux États-Unis, l’agriculture est frappée par la sécheresse et de nombreux paysans émigrent vers l’ouest: la resettlement administration, qui fait partie du New Deal rejoint le ministère de l’agriculture en 37 et devient la FSA dont les reportages photos sont devenus emblématiques.

Les sites Internet traitant du sujet (en anglais) sont très nombreux, et on peut mentionner quelques sources gouvernementales comme ici sur Lange et la FSA et pour un regard plus affuté sur Migrant mother.

Des images moins connues sont aussi montrées. En particulier, on pouvait voir de nombreuses photos du processus odieux d’évacuation des americano-japonais pendant la seconde guerre mondiale. On voit ainsi les camions pour les emmener, les boutiques soldées, les enfants vaccinés, les vieux et les enfants avec une etiquette autour du cou. On comprend pourquoi ces images ont été maintenues sous le régime de la censure américaine à l’époque et peu vues finalement.

Quelques extraits d’une interview de 1964 figuraient sur les murs à titre de témoignage et la video de l’entretien (48 minutes) était visible.

Voilà une exposition historique d’un grand intérêt comme on aimerait en voir plus souvent en France.

Centre Culturel Calouste Gulbenkian – Au féminin

Le Centre Culturel Calouste Gulbenkian (51 avenue d’Iéna à Paris et ici) montre 140 photographies réalisées par 100 femmes pour une exposition sobrement intitulée « Au féminin ». Les cartels sont très complets et dignes du meilleur des musées, de même que l’éclairage qui garantit une quasi-absence de reflets.

Ce matin, il y avait entre zéro et deux visiteurs, autant dire qu’on ne bouscule pas et ce d’autant que les locaux de la fondation, l’ancien hôtel particulier du banquier Rodolphe Kann bâti en 1897 et transformé en 1923 par Calouste Gulbenkian, sont immenses et la hauteur sous plafond impressionnante.

L’exposition se déroule deux niveaux, autour de plusieurs thématiques. Au rez-de-chaussée, on peut ainsi voir : « les âges de la femme », « maternité », « quelques femmes », « à la maison », « nature » ainsi qu’une surprenante exposition de pionnières de la photographie. A l’étage, on aborde « le loisir », les « fictions et métaphores », le « shopping et la mode », le « travail », « l’extérieur » et « stars et déesses ».

Ces thèmes peuvent paraître un peu « naïfs » mais l’exposition, par son sujet facilement appréhendable, s’adresse au plus grand nombre et, à ce titre, elle autorise un découpage simple, peu analytique mais efficace.

La période couverte va des origines à nos jours avec une préférence, me semble-t-il, pour les grands noms historique de la photographie. L’exposition a eu recours à de nombreux fonds et principalement à la fameuse galerie new-yorkaise, Howard Greenberg (ici). Les photographies sont de toute provenance et finalement, le Portugal n’est pas trop « envahissant » (la Fondation est portugaise et la tentation existait d’être centré sur ce pays).

Pour les « âges de la femme », ce sont Diane Arbus, Germaine Krull, Lisette Model et Margaret Bourke-White qui sont convoquées.

rez-de-chaussée---gulbenkia

Pour « Quelques femmes », où l’on voit des portraits de femmes, on peut voir Dorothea Lange en action photographiée par elle-même et Dora Maar. Dans « à la maison », on peut voir des travaux plus récents comme ceux de Mona Kuhn et…. une photo de Carla Bruni (en bas de droite de l’illustration ci-dessous), au même titre que Obama, bien sûr.

bruni-et-kuhn---gulbenkian

Pour « nature », là-aussi, un effort pour nos contemporains avec Anni Leppälä et Flor Garduno. Par contraste, dans un contrebas, ce sont les pionnières qui sont mises en valeur avec des épreuves à l’albumine dont la plus ancienne remonte à 1853 (lady Augusta Mostyn).

A l’étage, on retrouve ce sympathique mélange avec aussi bien Vee Speers et Edith Maybin que Cindy Sherman pour « Fictions et métaphores », Sarah Moon et Annie Leibovitz aussi bien que Lee Miller pour « Stars et déesses ».

Seule la rubrique « travail » m’avait semblée purement historique avec Abott et Lange mais je viens de découvir que Cristina Garcia Rodero est contemporaine puisqu’elle vient d’être admise comme « full member » chez Magnum (le billet de ce jour sur Exposure Compensation montre d’ailleurs une photo exposée, « La confession »). Dans cette rubrique, on trouve fortement représentée Maria Lamas, la seule entorse à la règle de neutralité vis à vis de photographes portuguais.

étage---rubrique-travail---

C’est gratuit, il n’y a personne et pourtant c’est une bonne exposition alors allez voir : c’est jusqu’au 29 septembre 2009.

Anniversaire – Dorothea Lange (26 mai 1895 – 11 octobre 1965)

Dorothea Lange est née le 26 mai 1895 à Hoboken (Etats-Unis): elle aurait donc aujourd’hui 114 ans.

Dorothea Lange s’oriente vers la photographie à 18 ans et travaille dans un studio avant de prendre des cours à Columbia et elle ouvre son studio dès l’âge de 24 ans. Elle est influencée par la crise de 1929 et photographie la détresse sociale, dressant des portraits dignes de personnes souvent désespérées ou pensives, au regard détourné. En 1934, elle commence à travailler pour le gouvernement américain et l’année suivante elle rejoint l’équipe de photographes de la FSA (Farm Security Administration). Elle privilégie des images à fort contenu émotionnel et sa Migrant Mother de 1936 (une jeune mère et ses enfants) devient iconique (ci-dessous). Ses photographies sont publiées dans un recueil en 1939. Pendant la Seconde Guerre, elle photographie les américains d’origine japonaise détenus dans des camps aux États-Unis (ces images ne seront autorisées à la diffusion qu’en 1972).

La photo ci-dessus est la version originale. On voit le plus souvent la version retouchée (tous les détails sont ici).

Galerie Le Bleu du Ciel – la suite

Lors de cette visite de la galerie, 17 artistes étaient représentés, modestement, vu la surface disponible, mais faire modeste et pertinent, éclairer correctement les œuvres et disposer des cartels intelligents vaut bien mieux, à mes yeux, que des étalages sans vie de photos en vrac avec lesquelles il faut se débrouiller.

En vitrine, ce n’est pas une photo de Dorothea Lange (migrant mother) comme je l’ai indiqué dans mon billet précédent, et non, c’est une ruse de Kathy Grove, qui a passé au Botox le visage fatigué de cette mère, exténuée par les épreuves.Au rez de chaussée, on devait voir Noah Kalina mais la télé n’était pas allumée et son travail est plus que connu (du moins une partie) : sa vidéo, montage des photos de son visage prises chaque jour pendant des années a été vue plus de 10 millions de fois sur YouTube.

Étaient en revanche présents : Susan Opton, Thomas Weisskopf et Gary Schneider.

La première,  Suzanne Opton, nous montre plusieurs visages émouvants de jeunes soldats le regard perdu, la tête posée sur le sol. On se demande ce qu’il font là, ce qu’ils pensent. Ils écoutent le sol comme les indiens dans les films pour entendre arriver l’ennemi ? Ils sont plaqués au sol dans l’attente d’un châtiment ? Sont-ils morts ? La série est visible sur son site.

Le second, Thomas Weisskopf, nous montre deux photos de visages de transsexuels, thaïlandais je crois (série « cut »), maquillés mais pas trop. On ne voit que les visages, lisses. Ils sont décents, sans outrance, sans outrage. Ils nous regardent tranquillement, en petit format couleur, à hauteur des yeux. A peine peut-on deviner que ce sont des hommes : pour un peu on pourrait être vraiment attiré. Ces « ladyboys », selon le terme thaï kathoey ou katoey (กะเทย) ou bien encore « shemales », selon l’argot américain, on peut les voir sans peine via Google, en pleine action, sans chercher beaucoup. Ils trouvent ici un peu de sérénité et assurément plus d’humanité. Eux qui sont réduits à des objets sexuels, à personne, à rien, redeviennent ici des personnes regardées comme on regarde tout être humain. Sa série est visible à la galerie Roemerapotheke. L’illustration ci-dessous, tirée de la série « cut », n’est pas exposée à la Galerie Le Bleu du Ciel.

Le troisième, Gary Schneider montre Helen (200). Un immense portrait reproduit ci-dessous, réalisé dans le noir, devant une chambre grand format avec un long temps de pose au cours duquel l’artiste balaie le visage avec son éclairage. Cela donne une impression étrange, quelque chose de plus complexe qu’un bougé, une sorte d’accumulation d’expressions. Schneider n’est pas un inconnu, il a aussi produit un fameux autoportrait génétique . Son exposition forcément plus complète, au musée d’Harvard, en 2004, est décrite ici. Tout cela cadre parfaitement avec le thème de l’exposition (l’identité, le visage).  Pour ma part, je n’avais jamais rien vu de tel auparavant.

A l’étage, des choses surprenantes encore. On retrouve Charles Fréger, décidément incontournable. On l’a beaucoup vu à Arles (j(y reviendrais) mais aussi à Bruxelles, à l’espace ING cet été pour une exposition très réussie sur le paysage et le portrait. Cette fois, il s’agit de deux portraits d’une patineuse victorieuse (winner face – série steps 2001-2002) réalisé à la manière de ces photos de Mussolini, par en dessous, menton relevé, pour montrer toute l’assurance et la domination du modèle. Évidemment, le portrait couleur de cette jeune fille souriante est bien plus gracieux et sans relent de propagande politique, mais c’est la comparaison qui me vient à l’esprit. De toute façon, je suis fan de Fréger mais pour le moment je n’ai que son livre, « Portraits photographiques et uniformes ». Ce sont les photos ci-dessous qui sont présentées à la Galerie et qui sont extraites de son site web, très complet et que je vous recommande (même si la photo, ou à défaut le livre, est infiniment supérieure).

Voilà, très bientôt je vous parle de la fin de cette visite dans cette sympathique galerie.