Transphotographiques – Lille – Palais Rameau (suite et fin)

Ce billet clôt la visite au palais Rameau et achève également le cycle de billets consacrés aux Transphotographiques qui s’achèvent le 12 juillet prochain à Lille.

Bara Prasilova nous montre des photos rêveuses, d’une grande douceur où les modèles semblent un peu perdus ( 1 000 euros) et qui auraient eu parfaitement leur place à l’édition 2008 de la manifestation, alors consacrée à la mode, domaine dans lequel elle a été récompensée. Le site de Bara Prasilova est ici.

Florence Lebert, dans sa série mer(s) noire(s) montre une multitude de petits formats couleur en bord de mer. Une série très sympathique, fraiche et estivale avec de vrais morceaux de nostalgie dedans, mais pas à vendre. Son site est ici.

Oiko Petersen (son site ici) est vraiment très fort. Lui aussi aurait pu postuler l’an passé en catégorie photo de mode avec cette série hilarante Guys. From Poland with love. La série est plus légère que Downtown (billet ici) mais fait vraiment un gros effet et il n’y a pas de raison de s’en priver. Ces hommes aux tenues les plus improbables sont irrésistibles (en tout bien tout honneur).

Et le mot de la fin sera pour Dita Pepe et Petr Hrubes (en binôme) et Dita Pepe (toute seule – son site ici). Toute seule je l’avais déjà vue au centre tchèque à Paris et aussi au Septembre de la photo à Lyon en 2008 (billet ici) donc je vous reposte pas des photos. Ceci dit cela reste à mes yeux intéressant comme exercice. Pour mémoire, Dita se déguise pour devenir comme son modèle et pose ensuite à ses côtés faisant ainsi de curieux autoportraits.

Quant au couple Dita+Petr (au travail et à la ville), il œuvre davantage, dans bodysofa, dans le mélange entre photo de mode et photo créative et le mélange entre mannequins et gens ordinaire, vêtements ordinaires et robes de créateurs.

Transphotographiques – Lille – Palais Rameau

C’est pour moi le clou du spectacle des Transphotographiques que le Palais Rameau

D’abord, on ne peut manquer le lieu, qui n’a pas grand chose d’un palais mais dégage une forte présence. L’an dernier je n’avais pas vu ce lieu, j’ignore si je l’avais raté où s’il est nouvellement investi cette année.

transphoto---palais-rameau

Ensuite, les photographies présentées couvrent aussi bien le domaine de la photo de mode que celui de la photo dite « plasticienne » que celui du photoreportage et proviennent aussi bien des grands noms que des plus modestes (voire d’amateur comme Dominique Sécher).

Enfin, le volume exposé est bluffant et c’est gratuit !

D’entrée de jeu on est placé face à une accumulation impressionnante (je n’ai pas compté mais il s’agit  de plusieurs dizaines) de clichés de Stanley Greene de l’agence Noor qu’on ne présente plus et déjà vu chez Polka (billet ici) et au casino Luxembourg (billet ici). C’est un reportage de guerre, violent, en noir et blanc rugueux, de petit format classique, dans le Haut Karabagh. Le résultat est frappant, la masse de photos fait toutefois un peu barrage à la longue : c’est un peu trop, et particulièrement déprimant.

Pour se remettre de ses émotions, on peut aller voir Patrick Demarchelier (c’est vraiment le grand écart) avec ses photos de mode, d’une part une série en couleur où un mannequin est en présence d’une … vache (meuh oui) et d’autre part une série noir et blanc de Natasha Poly qui ferait b***** un mort (et qui a fait le couverture de la revue Photo de mai 2009, partenaire de la manifestation). Là-dessus, il y a peu à dire.

Dans un registre un peu plus sérieux, c’est quand même un canon, non ?, le collectif Sputnik montrait des histoires illustrées sur le thème du travail clandestin à travers des panneaux mêlant textes (en anglais) et (petites) photos. Je ne reviens pas sur Andrej Balco qui présentait la même série qu’au septembre de la photo à Lyon en 2008 (billet ici). Quant aux autres, ils nous montre le coupage d’alcool (Jan Brykczynski, illustration ci-dessous), des militaristes (Filip Singer), un camerounais footballeur (Manca Juvan), le sort de georgiens en Pologne (Agnieszka Rayss), et d’autres choses encore par Rafal Milach, Domen Pal et Justina Mielnikiewicz. Je passe un peu vite car ce n’était pas très passionnant même si les problématiques rencontrées dans ces pays se retrouvent aussi en Europe de l’ouest. Le site des transphotographiques indique (ici) le site de Sputnik et celui de chaque auteur lorsqu’il en ont un.

transphotographiques---rame

Je passe aussi vite fait sur Dominique Sécher (son site ici) qui nous parle, vous savez quoi ? de Roms ! Ah oui, ce n’est que le troisième photographe à en parler aux Transphotographiques. Mais cette fois, ils sont encore plus joyeux et paraissent même riches, ainsi photographiés dans de grands formats couleur. Il faut dire que ceux-là ne sont pas des parias en Europe de l’Est ou « en transit » à Lille (ce qui est moins mal) mais tiennent un cirque, le cirque Romanès (ce qui est encore mieux). Ils ont d’ailleurs un site web (ici) avec le planning des tournées.

Avant de faire un autre billet sur ce qui m’a vraiment plu au Palais Rameau, je vous touche deux mots du « projet frontières » . Je n’ai vu que trois auteurs, Kai Ziegner, Thomas Pospech et Thomas Rykaczewski alors que le site web des Transphotographiques en annonce 5. Bizarre. j’ai peut-être raté quelque chose.

Kai Ziegner nous montre, avec difficulté en raison de reflets sur les vitres, des photos de l’est assez banales tandis que Tomas Pospech (son site à l’interface inhabituelle est ici) nous montre des photos d’une usine LG à Hranice dans un grand panneau de 14 *7 photos mais il « triche » car il plusieurs fois les mêmes photos sur le panneau. Au lieu des frontières de l’est, Tomasz Rykaczewski (son site ici) choisit de montrer les frontières intérieures avec de saisissants portraits noir et blanc ou coleur, sobres et ambigus où le sexe des personnages reste indéterminable.

transphoto---rameau-Rykacze

Transphotographiques – Lambersart – Maison Folie

Avant de finir en beauté avec le Palais Rameau qui constitue le point d’orgue, avec la Maison de la photo et le Tri Postal, de ces Transphotographiques, il ne faut pas rater la Maison Folie de Lambersart.

Pour aller à Lambersart, il suffit de prendre le métro puis, à l’arrivée, de se diriger vers la rivière et de franchir le pont, ensuite, prendre la direction « le colysée et ses jardins ». A pied, il faut peut-être 10 minutes. Une « maison Folie » c’est un peu la MJC ou la Maison de quartier version nordiste, si j’ai bien compris : un lieu de culture accessible à tous et ancré dans son quartier.

maison-folie-lambersart-01

Quoi qu’il en soi, cette « maison » est un beau bâtiment à l’architecture contemporaine, au bord de l’eau (derrière), avec un magnifique jardin (devant) ; par beau temps, c’est très agréable et on voit même passer des péniches.

L’exposition se déroule dans les étages. D’abord, on voit Jean-Marc Caracci avec sa série Homo Urbanus Europeanus (il a un site web entier consacré à cette série, ici). Il s’agit de tirages brillants en noir et blanc qui gondolent et à proximité des fenêtres le résultat est catastrophique. Sinon, cela dépeint des paysages urbains très bétonnés dans diverses villes d’Europe (mais ce pourrait être n’importe où, les vues sont banalisées) avec le plus souvent une personne qui a l’air perdue dans ce béton, fréquemment de dos, et toute petite au regard de ce qui l’entoure.

C’est surtout ce que montre Oiko Petersen (sa série downtownici) qui a retenu mon attention, dans un environnement d’exposition plus favorable, avec de grands tirages mats en couleur. Il y montre de jeunes adultes frappés du syndrome de Down (ou trisomie 21) qui leur donne un aspect un peu étrange mais photographiés comme des mannequins. La ficelle est grosse (appliquer les codes de la mode à un sujet qui ne s’y prête guère a priori) mais cela fonctionne toujours. De surcroit, cela permet de donner à la maladie une autre image que celle de l’assistanat et du misérabilisme, comme Pascal Duquesne en avait donné l’occasion déjà en 1996 dans le film le Huitième Jour.

transphoto---oiko-petersen

Transphotographiques – Lille – Palais Rihour

J’ai un peu cherché ce fameux Palais Rihour lors des Transphotographiques à Lille car en fait le « palais » en question est plutôt, pour ce que j’en ai vu, une sorte de tour jouxtant l’office du tourisme. C’est un comble car la place Rihour et la station de métro du même nom sont juste à côté. Bref. L’exposition se déroule dans la « salle du conclave » accessible après avoir grimpé un escalier en colimaçon.

Arrivé dans la fameuse salle, on se trouve face au travail de Gregoire Eloy (300 à 1 500 euros) réalisé en Europe de l’Est en noir et blanc et surtout d’ailleurs en noir charbonneux.

transphoto---eloy

J’étais persuadé d’avoir entendu parler de lui mais non, en fait, je dois confondre. En tout cas, c’est un style cette série appelée wizowa. Son site est ici.

Moi j’aime bien celle ci-dessous, presque abstraite.

Transphotographiques – Lille – Maison de la photo

La Maison de la photo est l’organisatrice des Transphotographiques et leurs membres peuvent être fiers du travail réalisé en 2009, comme en 2008. Les sites phares sont le Palais Rameau et la Maison de la photographie.

Tout le rez-de-chaussée (94 photos !) est dédié au travail des années 2002-2004 de Jessika Backhaus (1 550-2 000 euros, prix croissant avec l’édition) qui montre de petites choses et surtout des portraits dont le fameux violetta by the lake que j’avais placé dans ma buylist il y a longtemps. Son site est ici.

A l’étage, je passe sur le diaporama de photos floues de Patrycja Orzechowska dont l’intérêt m’a échappé (j’ai pourtant fait un effort pour regarder de longues minutes, en cherchant à comprendre). Antoine Sude nous montre un reportage en noir et blanc et en couleur sur… les roms  mais à Lille cette fois et non en Europe de l’Est contrairement à Yves Leresche (billet ici) et du coup ces roms-là sont plutôt souriants.

Deux autres artistes en revanche doivent retenir l’attention du visiteur : Andrzej Dragan et Joao Urban.

Joao Urban montre des immigrés polonais (et leurs descendants) au Brésil (400 a 600 euros selon l’image). Cela tourne beaucoup autour de l’image religieuse. En parallèle, il montre la vie polonaise. Il y a aussi de nombreux portraits en situation, souvent encore avec de nombreux signes religieux. Tout un panneau est consacré à des portraits noir et blanc. On peut voir son travail sur le site de sa galerie, en français, ici.

transphoto---Joao-Urban

Andrzej Dragan n’oeuvre pas dans le portrait social mais dans le portrait tout court. Il en présente 18 portraits des années 2004 à 2008 dont le fameux « Lynch et la poule ». L’exposition comprend a la fois des portrait,s comme celui de Lynch, finalement d’un grand classicisme mais aussi des dyptiques, le tout en noir et blanc, mais aussi des portraits en couleur frappants. Certains images impressionnent vraiment comme son christ et la fille décharnée. Les tirages ne sont en vente mais le sont sur le site (sonorisé) de l’auteur (ici). Les photos sont à tomber par terre et rien que pour cela, la visite s’impose.

transphoto---Andrzej-DRAGAN

transphoto---A.-DRAGAN-02

Transphotographiques – Lille – Tri Postal

Le Tri postal était l’an dernier le site phare des Transphotographiques mais, cette année, pour cause de Lille 3000,  les photos n’occupent que le premier niveau et encore, pas en totalité. Du coup, avec la volonté de montrer beaucoup d’auteurs, c’est un peu l’empilement avec pour chacun assez peu de place pour déployer son talent. Il n’en reste  pas moins que le site vaut le coup avec une sélection très orientée, comme d’habitude, vers l’Europe de l’est. C’est jusqu’au 12 juillet 2009 donc hâtez-vous !

Du coup, face à une telle accumulation, je passe rapidement sur le collectif Photo-shop qui montrait (c’est un supplice orthographique pour un latin) : Krzysztof Kozanowski, Zuza Krajewska & Bartek Wieczorek (fille en rose), Jan Kriwol (pilule pour chat),  Robert Olejnik (qui a fait l’affiche de la manifestation), Igor Omulecki, Szymon Roginski, Artur Wesolowski (portrait avec empreintes), Robert Wolanski (un portait de vieil homme et trois « bunnies »),  Magda Wunsche & Samsel (de curieux portraits cachés). Assez bizarrement, Robert Wolanski (son site hélas sonorisé est ici) est absent du site du collectif Photo-shop (ici) mais pour le reste pour y trouverez les auteurs ci-dessous (mais pas toujours les photos montrées à Lille).

transphoto-Zuza-Krajewska

transphoto---Jan-Kriwol

transphoto---magda-wunshe

Igor Omulecki (son site ici) dispose quant à lui d’un petit espace réservé qui montre des travaux un peu décousus que l’on suppose personnels et qui ressemblent à du Parr triste.

Zuza Krajewska & Bartek Wieczorek ont aussi un coin à part mais cet espace est déconseillé aux enfants et dissimulé derrière un rideau. Il faut dire que c’est plutôt justifié comme mise en garde. Deux petites pièces permettent de montrer deux séries distinctes. La première est consacrée à la fois à des nus masculins en grand formats (à 1 500 euros) dans le genre camps nudiste (ce ne sont pas des Appolon) et à des scènes hardcore (ou simulées, je ne sais pas) de type homo. Bof. Dans l’autre pièce, il s’agit de la série Injuries qui est également plutôt rude : il s’agit de photos de gens dont on montre les cicatrices ou les coups ou les blessures en petit format. C’est parfois très dur, parfois moins, comme la petite fille à qui il manque quelques quenottes (1 500 euros en 36*50).

L’exposition est plongée dans le noir ce qui permet de bien mettre en valeur les clichés. Une exposition à ne pas rater.

Transphotographiques – Lille – Espace Carré

L’Espace Carré, aux Transphotographiques, n’est pas non plus le site le plus attractif (c’est un peu morne et triste et pourtant il faisait un soleil resplendissant) et la pauvre jeune fille qui assurait une présence humaine le jour de ma visite devait s’ennuyer ferme.

Quoi qu’il en soit, bien qu’un peu petit au regard des autres lieux d’expositions, l’Espace Carré est de la taille d’une galerie parisienne et montrait les travaux de deux auteurs.

Espace-Carré

Gregory Laby montre des touristes dans sa série en noir et blanc, « congés payés en Croatie » tirés sur une sorte de toile qui se prête bien à l’atmosphère de ses photos, un brin nostalgique mais aussi intemporelle : on se demande si ces photos (de 2008) ne sont pas années 60 ou 80. et c’est justement l’objectif qu’il poursuit et c’est donc très réussi.

Alnis Stalke montre un travail assez déprimant avec de grandes images en noir et blanc montrant une chemise, un homme coupant du bois, une maisonnette misérable et pas mal d’images convenues de reflets.Tout est sombre et terne. Les visages sont cachés, dans l’ombre ou dans notre dos.

Je n’ai pas trouvé le site web ni de l’un ni de l’autre.

Transphotographiques – Lille – En pratique

Les transphotographiques se déroulent à Lille chaque année, essentiellement dans le centre de la ville et cela s’achève le 12 juillet 2009.

Il s’agit d’une manifestation photographique significative en taille et qualité qu’on peut classer derrière celles d’Arles et de Lyon (qui se tient tous les deux ans seulement). Comme le Septembre de la photographie de Lyon, la manifestation est gratuite, ce qui n’est pas le cas d’Arles. Certains tirages sont en vente et le prix figure sur l’étiquette. Le site devait offrir la catalogue en ligne mais la fonction n’est pas encore active ce qui est un peu dommage.

Pour les parisiens, le trajet vers Lille est à la fois rapide et pas cher en TGV (si la réservation est faite de bonne heure). Sur place, il faut compter une bonne journée de visite : pour ma part j’avais pris deux jours car j’avais d’autres choses à faire et cela évite aussi de courir.

Pour se déplacer, on peut faire beaucoup à pieds et se soulager un peu de temps en temps en utilisant le métro, notamment pour aller à Lambersart. Le ticket pour la journée coûte seulement 3,60 euros. Le métro est plutôt rapide, propre et pas trop encombré.

Pour se restaurer, on n’a que l’embarras du choix. Pour ma part, crise oblige, j’ai voulu me faire un peu plaisir et je suis allé chez Clément Marot (ici, 16 rue de Pas, menu à 36 euros) me fiant au Michelin et, le lendemain, sensiblement moins cher, à la Brasserie de la Paix (ici, 25 place Rihour, menu à 18 euros). Je conseille ces deux tables.