En bref – Magnum – Jean Gaumy

C’est Jean Gaumy qui est mis à l’honneur chez Magnum à Paris (ici et 13 rue de l’Abbaye) et c’est cela que je suis allé voir hier, dans le quartier de Saint-Germain des Prés.

Pour être honnête, avant cette exposition, je n’avais jamais entendu parler de Jean Gaumy, entré chez Magnum en 77 et full member depuis 86. ce qui nous est donné à voir ce sont des paysages et uniquement de paysages, un choix délibéré car le photographe ne s’est pas limité à ce genre.

Les tirages sont grands, en noir et blanc, souvent très structurés, presque géométriques, et certains d’entre eux sont ainsi très séduisants. Un travail qui peut faire penser à celui de Giacomelli (billet ici). Je n’ai pas vu mention des prix.

Si le paysage est un genre qui vous plait, ou que vous êtes fan de Magnum, c’est jusqu’au 3 juillet 2010.

Maison européenne de la photographie (MEP) – Eliott Erwitt

La MEP (ici et 5 rue de Fourcy) dont j’ai déjà parlé à maintes reprises, et pas qu’en bien (le dernier billet, ici), remonte un peu dans mon estime avec son accrochage de début d’année qui met en bonne place Eliott Erwitt, un photographe dont j’ai déjà dit deux mots aussi car régulièrement exposé chez Polka (le 1er billet ici). Une interview

Je me suis donc rendu dimanche dernier à la MEP pour terminer une visite commencée la veille, un peu tard, et, en fin de compte voir le travail d’Eliott Erwitt. J’y suis allé le matin car lors de l’après-midi qui précédait il y avait une file d’attente monumentale. Et bien même un dimanche matin il y avait la queue. Je dois avouer par contre que c’est toujours jouissif que de doubler tout le monde avec le laissez-passer…

Quoi qu’il soit, on revoit dans cette exposition quelques grands classiques d‘Eliott Erwitt (la femme et le bandit manchot, la course entre le train à vapeur et la voiture, etc)  mais, pour mon plus grand bonheur, la MEP ne nous gratifie pas de trop de photos de chiens, ce qui aurait été un peu facile, et beaucoup de photos étaient pour moi des découvertes. Tout un étage est ainsi réservé à Erwitt et toutes les photos sont en noir et blanc à l’exception d’une seule, consacrée au public tentant de photographier Obama.

Erwitt est connu pour ses images amusantes mais j’ai bien plus apprécié ses photos clins d’œil et davantage encore celles qui témoignent d’une réelle sensibilité ou d’un art consommé de la composition voir qui témoignent, simplement, d’une époque révolue. Erwitt dispose d’un site web (ici) un brin austère mais où défilent ses travaux, dont une bonne partie visible à la MEP (l’expo est gigantesque) et chez Magnum (ici) vous accédez à 3 000 photos d’Erwitt.

Si vous ne connaissez pas Erwitt, c’est le moment de découvrir et si vous connaissez, passez une tête quand même (c’est mieux en vrai que sur le web et la collection est de taille) mais, attention, choisissez un moment un peu creux car il y a foule. Et puis surtout, ne faites pas comme les veaux qui foncent tête baissée au 3ème étage et négligent tout le reste: soyez un peu malin, sortez des sentiers battus dictés par la presse et visitez les autres salles !

Agence Magnum – Sarfati, Zachmann, Hartmann, Parke, Soth

Pour la 2ème visite du jour (finissant), j’ai retenu l’Agence Magnum dont la galerie est installée  au 13 rue de l’Abbaye (et ici sur le web), un lieu ouvert il y a peu de temps (billet ici).

La galerie est de plain-pied sur un seul niveau, composée d’une grande pièce pourvue d’une vitrine et d’une petite entrée. L’exposition collective s’est achevée hier et Elliott Erwitt lui succèdera à compter du 4 février.

Bien évidemment, il n’y avait pas vraiment de découvertes à faire, les photographes de Magnum étant connus (voire célèbres) et donc fréquemment exposés. Le site web de Magnum (ici) offre en outre une vitrine de 1er plan à leurs travaux, sans parler des publications. Néanmoins, je n’avais pas eu l’occasion encore de voire pour de vrai certains travaux, comme ceux de Lise Sarfati, ni de connaître les prix pratiqués.

Lors de cette exposition on voyait donc une très grande pièce de Alec Soth (11 500 euros – son site ici) et trois noir et blanc de belle taille de Trent Parke (3 200 euros). A côté de cela, voisinaient de minuscules tirages modernes noir et blancs de Patrick Zachmann (sur une autoroute, 500 euros) et de Erich Hartmann (maison et intérieurs, 600 euros).

Bien entendu, c’est surtout le travail de Lise Sarfati (son site ici dont est tirée l’illustration ci-dessous) qui attirait l’œil avec sa série Austin, Texas hélas facturée, malgré un format assez modeste, à 4 800 euros. L’absence de pastille rouge me laisse penser que cette exposition n’a pas conduit à beaucoup de ventes.

Les photos de Lise montre le plus souvent des jeunes femmes pensives, comme figée, en léger décalage avec leur environnent, le plus souvent typiquement américain. Elles sont là, vêtues de manière un peu provocante et et tatouée ou plus sages mais toutes ont l’air d’attendre quelque chose dans une sorte de nonchalance et d’ennui. On peut penser parfois, dans un style plus naturel, moins scénarisé, au travail d’Erwin Olaf (Hope).

Lise, Alec et Trent disposent de pages de fan sur Facebook et pouvez être ami sur Facebook avec Erwin (que je soupçonne d’être un faux-nez français, on verra à l’usage).

Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Eglise de Aa (der Aa-Kerk) – Point of no return

A l »église de Aa à Groningen (Pays-Bas), il y avait aussi, à l’occasion de Noorderlicht, une exposition qui sentait le souffre, Point of no return. Qui l’eut cru, dans une paisible église de province dans le plat pays ?

Assez bizarrement aussi, le scandale a suscité de nombreuses réactions dans le monde anglo-saxon mais je n’en ai rien vu chez les latins et autres francophones.De quoi s’agit-il ?

Point of no return se présente sous la forme d’un mur tapissé d’images horribles (on croit être blasé mais en voyant cela on se rend compte que non) relatant un épisode du conflit israélo-palestinien, et réalisées par 11 photographes palestiniens. C’est absolument atroce à voir. Ceci dit j’ai été témoin, lors la visite, des réactions d’un groupe de collégiens: réceptivité et sensibilité nulles. Bref.

Jusque là on est tenté de dire que tout va bien: des images terribles, ce n’est pas cela qui manque, l’actualité en est riche. Admettons.

Le scandale est né de la demande de AP (Associated Press) de retirer le texte du curateur, Stuart Franklin, un ancien de Magnum. La demande a été entendue et le texte retiré à la suite de menaces de poursuites (ce que AP dément). Toujours selon le British Journal of photography, AP a été choqué de voir le texte imputer la responsabilité principale  du bain de sang à Israël (comme l’assurent semble-t-il les Nations Unies et Amnesty International).

Quoi qu’il en soit, d’aucuns ont crié à la censure tandis que AP assurait que son rôle n’était pas de relayer des opinions politiques mais de communiquer des informations. Ambiance.

En bref – Ouverture de la galerie Magnum à Saint Germain des Prés

L’agence Magnum dispose depuis 2007 d’une galerie, au 19 rue Hégésippe-Moreau, à Montmartre, au sein même de l’agence mais son accès, voire son existence, reste assez confidentiel.

A priori, ParisPhoto 2009 sera l’occasion de lancer, le 20 novembre 2009,  un nouvel espace au 13 rue de l’Abbaye dans le quartier Saint Germain des Prés. Le site de la galerie est par ici. L’opération est bien montée puisque non seulement cela coïncide quasiment avec l’anniversaire de la première galerie mais que de plus le lieu n’est autre que celui investi auparavant par Robert Delpire, invité d’honneur à Arles il y a trois mois et à nouveau à l’honneur à la MEP dans quelques jours (vernissage mardi prochain, dans deux jours).

La galerie sera plus visible que l’ancienne qui continuera toutefois son activité autour de deux expositions annuelles: du 12 novembre 2009 au 29 janvier 2010 elle exposera ainsi des photographies de Inge Morath.

La nouvelle galerie offrira plusieurs programmes simultanés d’exposition en renouvellement permanent s’adressant à tous les budgets (de 1 000 à 10 000 euros) en provenance tant du fond historique que de la production récente des auteurs de Magnum. Le programme d’inauguration, « Demain / Hier » mettra en avant les nouveaux venus chez Magnum.

Cet article s’appuie en partie sur l’article de Artknowledgenews.

Rencontres d’Arles – Au coeur du Off – Les hôtels

Dans le cadre du Off des Rencontres d’Arles, on a déjà évoqué une expo se déroulant dans un hôtel à l’occasion d’une revue des galeries présentes mais ce n’est pas tout.

Je passe sur l’expo de l’Hôtel de la Muette (15 rue des Suisses) qui ne ressemble à rien: cela s’intitulait, dans le dépliant, le « Chapeau dans le monde, 22ème salon international d’art photographique » et on voit quelques malheureuses photo amateur de types un verre à la main. A oublier. Je passe aussi sur Vincent Guis (série Shooting Barbie) à l’Hôtel Rhodania tant les séries sur Barbie sont nombreuses, c’est presque un exercice de style que pourrait financer le fabricant.

L’Hôtel de amphithéâtre (5 rue diderot, après 14h) montre quatre auteurs et la sélection est de qualité même si on reste un peu sur sa faim avec François Burgun (ici) car il s’agit de trois diaporamas sur de tout petits écrans LCD (séries exempté, face à la mer et une série sur New York). Frank Boulanger (ici) nous livre une typologie de barbus en petits formats et Vincent Mallea (série fueria) montre également une certaine attirance pour les hommes virils avec des scènes vaguement mythologiques mettant en scène des éphèbes musclés : il s’agit de montages photos marouflés et vernis qui donnent ainsi l’illusion d’un tableau et le rendu est stupéfiant (son site, périmé, est ici). On termine avec une esthétique plus classique et un changement de génération avec Yvette Troispoux (morte en 2007 à 93 ans) et ses petits noir et blanc de scènes de Paris et ses portraits de photographes.

L’Hôtel nord pinus ne montre pas une exposition à proprement parler mais plutôt quelques pièces de grands photographes (Dominique Isserman, Peter Beard, Peter Lindbergh pour un extrait de sa série sur Beauduc exposée à Arles l’an passé) et une une série de Harry Gruyaert (rivages) qui est moins connu mais membre de Magnum (l’illustration ci-dessous fait le couverture de son livre, Rivages).

L’Hôtel du forum invitait le Museo Ken Damy de Brescia (leur site ici) qui présentait un elogio della bellezza (éloge de la beauté) avec un pot-pourri de photographies de femmes réalisées par les plus grands noms (Robert Mapplethorpe, Peter Beard, Bill Brandt, Joel Witkin, Desiree Dolron, Flor Garduno, Helmut Newton, Irina Ionesco, Mario Cravo Neto, Saudek, Betttina Rheims). Il s’agit parfois de vintages, parfois de copies numériques. Une salle contenait aussi un grand nombre de livres et la revue éditée par le musée (photonews – 4 euros). Mais en fin de compte, je me suis demandé si le musée vendait ou pas, sachant qu’il y avait quand même deux filles du musée qui assuraient la présence. Quoi qu’il en soit, l’expo était un beau condensé.

Centre Culturel Calouste Gulbenkian – Au féminin

Le Centre Culturel Calouste Gulbenkian (51 avenue d’Iéna à Paris et ici) montre 140 photographies réalisées par 100 femmes pour une exposition sobrement intitulée « Au féminin ». Les cartels sont très complets et dignes du meilleur des musées, de même que l’éclairage qui garantit une quasi-absence de reflets.

Ce matin, il y avait entre zéro et deux visiteurs, autant dire qu’on ne bouscule pas et ce d’autant que les locaux de la fondation, l’ancien hôtel particulier du banquier Rodolphe Kann bâti en 1897 et transformé en 1923 par Calouste Gulbenkian, sont immenses et la hauteur sous plafond impressionnante.

L’exposition se déroule deux niveaux, autour de plusieurs thématiques. Au rez-de-chaussée, on peut ainsi voir : « les âges de la femme », « maternité », « quelques femmes », « à la maison », « nature » ainsi qu’une surprenante exposition de pionnières de la photographie. A l’étage, on aborde « le loisir », les « fictions et métaphores », le « shopping et la mode », le « travail », « l’extérieur » et « stars et déesses ».

Ces thèmes peuvent paraître un peu « naïfs » mais l’exposition, par son sujet facilement appréhendable, s’adresse au plus grand nombre et, à ce titre, elle autorise un découpage simple, peu analytique mais efficace.

La période couverte va des origines à nos jours avec une préférence, me semble-t-il, pour les grands noms historique de la photographie. L’exposition a eu recours à de nombreux fonds et principalement à la fameuse galerie new-yorkaise, Howard Greenberg (ici). Les photographies sont de toute provenance et finalement, le Portugal n’est pas trop « envahissant » (la Fondation est portugaise et la tentation existait d’être centré sur ce pays).

Pour les « âges de la femme », ce sont Diane Arbus, Germaine Krull, Lisette Model et Margaret Bourke-White qui sont convoquées.

rez-de-chaussée---gulbenkia

Pour « Quelques femmes », où l’on voit des portraits de femmes, on peut voir Dorothea Lange en action photographiée par elle-même et Dora Maar. Dans « à la maison », on peut voir des travaux plus récents comme ceux de Mona Kuhn et…. une photo de Carla Bruni (en bas de droite de l’illustration ci-dessous), au même titre que Obama, bien sûr.

bruni-et-kuhn---gulbenkian

Pour « nature », là-aussi, un effort pour nos contemporains avec Anni Leppälä et Flor Garduno. Par contraste, dans un contrebas, ce sont les pionnières qui sont mises en valeur avec des épreuves à l’albumine dont la plus ancienne remonte à 1853 (lady Augusta Mostyn).

A l’étage, on retrouve ce sympathique mélange avec aussi bien Vee Speers et Edith Maybin que Cindy Sherman pour « Fictions et métaphores », Sarah Moon et Annie Leibovitz aussi bien que Lee Miller pour « Stars et déesses ».

Seule la rubrique « travail » m’avait semblée purement historique avec Abott et Lange mais je viens de découvir que Cristina Garcia Rodero est contemporaine puisqu’elle vient d’être admise comme « full member » chez Magnum (le billet de ce jour sur Exposure Compensation montre d’ailleurs une photo exposée, « La confession »). Dans cette rubrique, on trouve fortement représentée Maria Lamas, la seule entorse à la règle de neutralité vis à vis de photographes portuguais.

étage---rubrique-travail---

C’est gratuit, il n’y a personne et pourtant c’est une bonne exposition alors allez voir : c’est jusqu’au 29 septembre 2009.