Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Hypermarkt – Off

L’an dernier, il y avait le Supermarkt (billet ici). Cette année il y a l’Hypermarkt. L’an prochain, ce sera le Nomarkt (enfin peut-être ;-) Et c’est toujours la galerie 2600.

On retrouve avec plaisir Metzger (vu à Lyon, billet ici) et Fouquez (vu encore récemment à Lille – billet ici, l’un et l’autre avec me semble-t-il une nouvelle série.

Johan Attia, avec ses soucoupes volantes très pixelisées (Identification) suit Nicolas Giraud avec ses petits formats faits de pixels tout brouillés comme lorsque le décodage d’une vidéo échoue.

Rémy Lidereau nous ramène à une photo plus classique dans sa forme avec une série de lieux (Modern Safari) sans charme voir abandonnés ou cassés. Olivier Cablat montre un petit panoramique où des bidasses courent dans la rue (alors que son thème fétiche est le foot, ce qui aurait été d’actualité…) tandis que Katja Stuke et Olivier Sieber se livrent à un petit exercice conceptuel, associer une photo et le nom du lieu à une liste de films.

Quant au travail de Gael Pollin, je n’ai rien capté. Les tondi de scènes de rue de Sundae ne m’ont pas non plus emballé. Les photos tirées du livre Hypertrophy sont intéressantes, une sorte de typologie avec une planche de 28 vignettes surmontée d’un tirage plus grand mais on manque un peu d’information sur les auteurs.

Dans un angle il y a aussi The La Brea Matrix mais les travaux affichés ne sont pas attribués aux 6 allemands qui font partie du projet. Je vous incite donc à aller ici pour découvrir leurs travaux, qui méritent l’attention. On retrouve notamment Olivier Sieber (son site ici grosso modo route vers Priska Pasquer…)

Au rez de chaussée mais au fond, il ne fallait pas rater Varena Loewenhaupt avec ses minuscules tirages de gros plan sur des objets médicaux posés sur des patients (son site ne montre pas la série mais bien d’autres travaux). Enfin, Mirko Zander faisait vivre au visiteur l’expérience d’un modeste café turco-germano-turc (ou grec) avec du son en prime :)

Voilà, c’était une fois de plus une des meilleures expos du Off.

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Rencontres d’Arles – Grande Halle – prix découvertes, livres et Roni Horn

La Grande Halle est consacrée comme l’an passé aux prix découvertes et aux livres mais cette fois, Roni Horn bénéficiait d’une sorte de carte blanche. En plus, comme il s’agissait de la semaine d’ouverture, il y a avait les revues de portfolios avec plein de travaux accrochés sur un mur.

J’ai regardé les travaux de ce Portfolioreview et relevé 16 noms parmi des dizaines mais au final, après regardé les sites internet des uns et des autres (quand ils en ont), seuls six photographes demeurent. Il s’agit de: Sandrine Elberg (ici), Catherine Vernet (déjà vue chez Pascal Polar – billet ici – mais je n’avais pas trouvé son site alors qu’il est ici), Carolle Benitah (le site de sa galeriste est ici), Nadya Elpis (ici), Stéphanie de Rougé (ici), Lisa Pram (ici et en projection au Off).

Roni Horn montrait 30 paires de visages enfant – adulte, 14 paires de visages et minipaysages associés, 50 photos groupées par 5 de Isabelle Huppert et 60 photos recto-verso sur socle. Bref.

Arles-2009---Halle---Horn

Parmi les livres, exposés par dizaines sur des tables, j’ai relevé quelques noms connus et appréciés : Erwin Olaf, Vee Speers, Jacqueline Hassink (pour Cars), Carla Van Puttelaar, Aurore Valade, Thibaut Cuisset et Izima Kaoru.

Du côté des « découvertes », je ne m’attarde pas sur les natures mortes de Véronique Ellena et les spectaculaires photos de nuit de Olivier Metzger, déjà vues et chroniquées à plusieurs reprises. Léon Herschtritt est aussi une surprise parmi les « découvertes ». Le photographe a une longue carrière derrière lui et a pignon sur rue, on se demande pour qui il est une découverte… C’est l’occasion de voir ses tirages des années 60 : l’Afrique, Alger, la Courneuve, Berlin, Sartre et Deneuve.

Les autres auteurs sont plus en ligne avec l’objectif de « découverte » et couvrent des champs très variés de la photographie avec un bonheur toutefois inégal.

Jean-Francois Spricigo (son site ici) nous montre des chats, une chèvre, etc. L’intention est peut-être de créer un genre de poésie mais à la longue, le flou, le cadrage hasardeux et le gros grain en noir et blanc, c’est un peu agaçant (on dirait du Michael Ackermann, visible au Capitole, entre autres exemples).

Laurent Millet choisit quant à lui délibérément le champ de l’expérimentation. Il montre des nuages éclairés par des strobes et un caisson lumineux de nuages (c’est décoratif). Il nous gratifie aussi de 5 grandes photos noir et blanc d’un bout de bois s’enfonçant dans l’eau. On peut voir aussi des photos d’impact de balles dessinant le profil d’armes (entre autres). Bref.  Dans une veine aussi expérimentale, Eric Rondepierre (son site ici) montre des images indescriptibles, échappant à toute compréhension. Est-ce de l’art ? Je l’ignore. Pour ma part je n’y vois pas de photographie mais un chaos expérimental de peu d’intérêt. Peut-être est-ce dû à une sélection de travaux très divers dépourvus de commentaires. Son travail sera visible à Lyon au Septembre de la photographie en 2010: une occasion de mieux comprendre ? Magda Stanova (son site ici et un slideshow plus pratique ici) investit aussi l’expérimentation en montrant quelques photos mais expose surtout des dessins et des textes pour les expliquer à la manière d’une bande-dessinée. Son site montre sa production, globalement très orientée vers le dessin (sur des cahiers).

On ne coupe pas non à des Goldineries avec cinq travaux se rapprochant peu ou prou du travail de Nan Goldin. Don Mcneill Healy montre deux séries (marko polo et 96 pigeon house), l’une consacrée à un clochard et l’autre à des gitans vivant difficilement. Bref aussi. Dans le même genre, Moira Ricci nous montre des photos familiales de sa maman. Sean Lee expose la vie d’un(e) trans, Shauna, ce qui nous vaut « Shauna en club la nuit », « Shauna en train de baiser », etc. Rimaldas Viksraitis montre des scènes de vie campagnarde pauvre au contenu sexualisé, sans complexe et avec un brin d’humour.

Raed Bawayah figure quant à lui le « palestinien de service ». Il montre des portraits de fous dans de grands noirs et blancs.

Je termine avec les travaux qui m’ont le plus intéressé, avec le recul, car sur le coup j’ai été déçu par l’ensemble (et même atterré par certaines propositions.

André Mérian (son site ici) nous livre de curieux paysages (rond-point, talus, fondations, etc) saisis près de Damas. L’esthétique est celle de l’ultraclair (on dirait du Mathieu Gafsou, récemment récompensé par un prix HSBC – billet ici) qui me lasse passablement: il est dommage de ne pas avoir retenu une autre série car son site est fort bien fait et montre mieux la qualité de son travail que cette exposition réduite et partielle.

Adrien Missika (son site ici) expose des photos de géographies de format modeste dans des techniques variées. Ce travail me parait avec le recul finalement assez intéressant : la provenance diverse des images (maquettes, vues réelles, etc), le caractère isolé et parcellaire des éléments géographiques montrés, tout cela est intriguant et l’ensemble de ses travaux forme un ensemble cohérent.

Yang Yonhliang (site de sa galerie ici) était « le chinois de service » (il est de bon ton d’avoir un chinois parmi des artistes présentés). Cet auteur de Shangaï, en se démarquant d’un « style international » qui ferait abstraction des pays d’origine des créateurs ne tombe pas la « chinoiserie » facile. Le travail de recyclage de l’estampe et de la calligraphie chinoise traditionnelle est plutôt intelligent avec un travail plus proche de la création graphique que de la photographie. Ainsi, les montagnes sont faites de buildings ou de pylônes électriques et les tampons rouges sont remplacés par des logos de marques. De loin, la tromperie est totale et on croit réellement être face à un paysage traditionnel : même la forme des impressions et leur format contribuent à entretenir l’illusion. Ce jeune photographe (né en 1980) fait partie des rares véritables découvertes montrées à Arles.

Arles---Halle---Yonhliang

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 29 – Les subsistances

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont Les subsistances qui hébergent les Beaux-Arts de Lyon. L’exposition est terminée depuis le 18 octobre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008.

On pouvait voir le travail de Olivier Metzger dont le requin déjà vu à l’Hôtel-Dieu, un cheval et une homme dans une Mercedes, le tout de nuit. c’est toujours techniquement très propre, cinématographique dans le style, et intriguant. On se demande bien ce qui va se passer…. Son site est ici. La photo ci-dessous est tirée du site organisant l’événement, 9PH. Le problème lors de l’exposition était, comme souvent, les reflets, qui ne pardonnent pas quand des aplats de noirs sont représentés.

Aurélia Frey présentait sa série « avant l’orage ». Hélas, ce qui en était montré était un peu court (six photos) pour créer une ambiance. On pouvait voir des paysages et portraits qui permettaient néanmoins de se figurer l’attente. Un peu plus loin, quatre autre photos de la même série étaient montrées, de vieux papiers, de vieux tableaux. Je n’ai pas été très convaincu, sans doute une exposition plus complète aurait été préférable. La photo ci-dessous est tirée de son site (ici) qui présente ses travaux.

Caroline Chevalier a eu plus de chance avec ses deux séries, bien représentées, d’une part « songs » (des jeunes femmes dans des situations incongrues) et  « frail heroines » (des jeunes femmes qui attendent).  Cette dernière série avait retenue mon attention au printemps 2008 (merci Photo Nouvelles) lorsqu’elle exposait au Château d’eau à Toulouse mais c’était un peu trop loin. Le tout est dans un grand format (105 x 130), chose que j’ignorais.

Ci-dessous, une des photos exposées. Je n’ai pas trouvé son site perso. Le site présentant le plus largement son travail est celui de l’ENBA de Lyon (ici).

Carole Liogier nous montre des photographies du Pérou. Il y a un pue de tout : des paysages et des portraits, des déserts et des humains. Ces payasages sont frappants tant le sésert de cialloux que le sous-bois brumeux. Ces portraits sont également très réussis, plein de force. Mais ce n’est qu’en lisant les petites lignes qu’on apprend que les paysans de cette région ont été victimes des agissements très violents de propriétaires terriens puis du Sentier lumineux. Et finalement, ce qui apparaissait comme un bel exercice de esthétisant est finalement davantage un reportage sur les lieux d’une guerre.

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 27 – Dôme de l’Hôtel Dieu

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont l’Hôtel Dieu. L’exposition est terminée depuis le 18 octobre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008

L’exposition présentait des œuvres issues du F.n.a.c. (Fonds National d’Art Contemporain de Paris). On voyait à nouveau (!) les jeunes artistes Vlckova et Metzger (un extrait de sa série « Nightshot », en grand format sous Diasec). Je n’attarde pas non plus sur Virxilio Vieitez que j’avais déjà vu, dans le même registre, à Châlon (ici). Il est représenté par l’Agence Vu et certaines de ces photos sont sont visibles sur leur site (ici).

Camille Vivier donnait à voir de jeunes travailleurs en uniformes (portant fièrement le logo de leur  entreprise) avec le même fonds sombre et une mine expressive. Un travail qui tranche avec les récompenses qu’elle a déjà obtenue pour ses photographies de mode. Pourtant, peut-on faire du neuf dans le domaine ? Je ne sais pas trop. On pense immédiatement à Fréger (entre autres). Le site de son agence (ici) ne présente hélas pas cette série, lui préférant une série évanescente.

Jian Jiang montrait de grand portraits d’enfants chinois en noir et blanc en « dyptique » avec papiers d’identité sur fond noir. Un travail assez troublant entre cette juxtaposition d’un enfant qui semble pauvre, à la mine triste et innocente, et de papiers d’identité qui renvoient au contrôle voire à la répression. Renseignement pris, il s’agit d’orphelins confiés à un temple Shaolin dans le Henan. L’image ci-dessous est empruntée à ce site (ici).

Angel Marcos accueillait le visiteur qui pénétrait sous l’impressionnant dôme avec de magnifiques images de cuba presque en ruine, désertes, aux couleurs resplendissantes, en grands formats verticaux contrecollés sur bois.

Balthasar Burkhard montrait une (seule) vue géante et panoramique en noir et blanc de Mexico qui se présentait comme composée de « couches », de strates d’habitations. Une photographie prise depuis un hélicoptère ai-je appris depuis. Un article sur son travail sur les villes peut se trouver sur le site du Mamco (à Genève), ici. L’image ci-dessous, qui n’est pas celle vu à Lyon, est issue du site (ici) de la Deutsche Börse, et illustre le propos. L’oeuvre fait 2,75 mètres de large.

Vincenzo Castella qui est, lui, spécialisé dans les paysages urbains, montrait Athènes de loin (ci-dessous) comme découpée en gradins et Turin, de plus près.

Martin Parr présentait des cartes postales de scieries et autres vieux objets même pas kitsch. Vaguement cheap en tout cas.

Beat Streuli est également fort connue mais pas pour des paysages. Sa spécialité c’est le portrait de passants pris à longue distance. On avait droit à des tirages de luxe sous plexiglas en 150 x 200 centimètres. Pour autant, pas très convainquant tout ça. Son site (ici) présente largement son travail.

Dans un tout autre registre, Mazdak, un pseudonyme, montre des talibans. Pour les incultes, le mazdakisme est une doctrine prônant l’égalité des richesses qui eut son heure de gloire en Perse antique, sous le règne du Shah Kavâd (règne: 499-531). Ses talibans sont des portraits étranges : des noirs et blancs colorisés, à la manière d’icones ou d’images pieuses indiennes ou encore « pop ». Un paradoxe pour des musulmans, surtout intgristes, que d’accorder tant d’importance à leur image et un autre encore que de voir ces individus auxquels de terribles exactions peuvent être imputées, ainsi représentés sous une forme naïve, presque divine tant, pour certains, ces visages sembles christiques et un autre enfin que de voir sur certaines l’AK 47 de rigueur et la cartouchière. Un site montre une vidéo sur le sujet (en anglais), ici. A noter que le contexte de ces photos ne me parait nénamoins pas du tout clair (photos trouvées ? mises en scène a posteriori de photos d’identité ?) et ce d’autant que le sujet peut prêter à polémique. C’est ainsi que photographie.com cite paris Match dans son édition du 3 janvier 2002 “Les destructeurs des bouddhas de Bamiyan font colorier leurs portraits en posant des fleurs dans les bras ”.

Olga Chernysheva nous montre des bonnets sur une tête, de dos dans un cadre souvent flou, difficile à situer mais le plus souvent naturel et hivernal. Les explications fournies par l’auteur sur son site sont fumeuses (ici) mais au moins ces photographies sont sympathiques. J’aime bien le bonnet rouge donc je vous le montre. La série complète des bonnets est ici. L’illustration provient du site d’Olga (ici) qui fait bien entendu autre chose que des photos de bonnets (même sympathiques).


Anton Olshvang est en quelques sorte le « tribut » versé au lieu car, l’Hôtel Dieu, comme son nom l’indique, est un hôpital, toujours en activité, où exerça Rabelais, comme médeçin, de 1532 à 1534. Anton nous montre donc des types sanguins et rhésus brodés sur des tissus. C’est assez troublant ce mélange entre étoffe luxueuse, glamour et séduisante et d’autre part ce rappel de notre animalité, de la maladie et de la souffrance. On est plus habitués à voir cet élément de « technique médicale » sur d’autres éléments techniques comme une voiture de rallye ou un casque que sur une part de rêve. L’image ci-dessous vient de son galériste (Krokin Gallery) et d’autres images sont donc visibles ici.

Pour finir, une superbe vue de l’Hôtel Dieu pendant la Fêtes des Lumières.