Les grands événements photos Janvier-Avril 2010

Le début de l’année est généralement peu fructueux en événements photos. Janvier 2010 n’a pas dérogé à la règle avec seulement un festival, celui de Los Angeles (PhotoLA) et, plus près de Paris mais aussi plus modeste, Phot50 à Londres. Quant à  Festiv’art qui devait se tenir à Shanghai, le site web reste étonnamment muet. En février 2010, il n’y aura pas grand chose non plus à voir sous nos latitudes puisqu’il faudra aller au Laos pour trouver un festival.

L’éclaircie arrive au printemps avec le mois de mars 2010.

FotoFreo en Australie (qui commence le 28 février et dure 10 jours environ) mais surtout les deux événements américains majeurs, à savoir l’AIPAD photography show (18-21 mars 2010 à New-York, une foire haut de gamme qui se tient chaque année) et FOTOFest (12 mars – 25 avril à Houston, un gigantesque festival qui se tient une année sur deux) qui peuvent donc être vus en même temps. L’événement russe a été annoncé début mars: le 8ème International Photography Month de Moscou se tient du 11 mars au 27 juin 2010. Voilà un magnifique programme entre Est et Ouest pour qui dispose de temps et de moyens.

En avril 2010, la quantité et la proximité priment sur la qualité. Seville, Darmstadt et Thessalonique sont à l’honneur mais ces événements sont soit modestes (Séville), soit courts (Darmstadt), soit pas encore calendarisé avec précision (Thessalonique). Aucun de ces festivals, pour des raisons diverses, ne me tente vraiment: celui de Thessalonique est le plus attractif mais c’est un peu loin au regard de l’enjeu. Il en de même pour le festival qui se tient à Hyères qui est consacré de plus à la photo de mode exclusivement. Il reste finalement un seul événement, pas dédié à la photographie mais qui en présente pas mal et qui se trouve tout près de Paris, c’est ArtBrussels.

Galerie CROUS – Hannaka

La galerie CROUS Beaux Arts, juste avant Chungliang Chang (mon billet ici), présentait le travail de Hanaka (site web ici). euros)

Il s’agissait de photographies en noir et blanc de format moyen de New York, spécialement de bâtiments anciens, en plans rapprochés, avec « du grain » en format carré (à 850 euros) qui ne sont pas dépourvues d’un certain charme.

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Hanaka montrait également de très petits formats, toujours en noir et blanc mais brillants, faits de flous et de surimpressions, de bougés suggérant la vitesse, pour des vues urbaines de voitures et et de métro, toujours à New York.

Enfin, on pouvait voir des symétries de visages où l’on met côte à côte un visage complet  reconstitué à partir de la seule partie droite et un un autre reconstitué avec la seule partie gauche. C’est toujours en noir et blanc et c’est à 350 euros.

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La bonne blague c’est qu’un autre artiste, Hugo Bastidas (illustration ci-dessous en provenance de son glériste, ici) , fait exactement le même travail (à 2 800 USD). Voilà qui incite à s’interroger sur les prix pratiqués dans les galeries.

Vous noterez en passant toutefois que les prix dans cette galerie sont modérés pour un authentique travail d’artiste et des tirages vraiment limités ; comme vous le savez j’exècre les marchands de posters qui prolifèrent en vendant aux bobos gogos des photos « d’artistes soutenus par des collectionneurs » ou de la « série limitée » à plusieurs centaines d’euros pour des tirages eux-aussi à plusieurs centaines d’exemplaires. C’est veut dire quoi un tirage contemporain limité à 500 exemplaires pour une photographie ? Se moquer du monde, tout simplement. Et ça vaut le prix du papier et de l’encre, pas plus.

Alors visitez les galeries, transformez vous de gogo en amateur, prenez le temps, mettez des sous de côté au-besoin et enrichissez un créateur et un galériste qui prend des risque plutôt qu’un marketeux ou un commerçant. Et si vraiment vous n’avez pas de sous, achetez un beau livre au lieu d’acheter un poster au prix d’un tirage original.

Walker Evans et la carte postale au MET

Mes petits camarades de DLK collection (ici) ont publié aujourd’hui, hasard de calendrier, un article sur l’exposition qui se déroule au MET (le Metropolitan Museum of Art, situé à New-York) et qui porte sur Walker Evans et les cartes postales (leur billet est ) au moment même où la MEP (Maison Européenne de la photographie, située à Paris) expose des cartes postales américaines. J’en ai parlé dans un récent billet, . Curieuse conjonction, non ?

L’exposition au MET que je vous laisse découvrir plus en détail sur le blog de DLK collection regroupe, notamment 21  photos de Walker Evans et 10 panneaux muraux montrant des cartes postales. Les photos prises sur places sont éclairantes … et cruelles pour la MEP. Ceux qui ont visité me comprendront. Je vous livre juste ci-dessous quelques commentaires que m’inspire leur article.

Les cartes postales ne sont pas n’importe quoi : elles proviennent de la donation de Walker Evans au MET, en 1994, soit 9 000 cartes postales soigneusement classées, fruit de 60 ans de collection. Pour ce qui concerne la MEP, on ignore tout de la provenance des cartes postales.

L’exposition au MET couvre la période 1905-1920 et comprend des cartes postales en couleur : à la MEP, on voit une période antérieure, en noir et blanc. Walker Evans a souvent détouré ses négatifs pour les mettre au format carte postale : à la MEP, aucune référence à la pratique photographique de Walker Evans où à qui ce soit, dommage. Pour mémoire, dans les deux expos, il s’agit de photos américaines de la même période à 20 ans près.

Au MET sont aussi exposées des cartes postales reçues par Walker Evans en provenance d’autres photographes comme Diane Arbus ou Lee Friedlander : cette exposition est intelligente en créant des ponts entre photographes. Rien de tout cela à la MEP : juste de pauvres cartes postales sous verre.

Arrêtons là le massacre : il y avait moyen de faire une exposition intelligente et attractive sur la carte postale US du début du siècle dernier, le MET l’a faite (c’est jusqu’au 25 mai si vous passez à NY, on ne sait jamais ;)

Rencontres de la photographie d’Arles – Grande Halle

Alors que les Rencontres de la photographie d’Arles sont désormais achevées depuis lundi dernier, je vous invite à terminer notre visite du site des Ateliers.

Nous avons vu successivement l’Atelier de maintenance et celui des forges, puis l’Atelier de mécanique et  le Magasin électrique. Nous voici maintenant à la Grande Halle.

Le principe dans cette halle, c’est de donner carte blanche à des curators qui ont invités des photographes.

Ainsi, Caroline Issa & Masoud Golsorkhi montrent Jamie Isaia qui fait des autoportraits (bof), Danilo Giulaniqui fait des photos de mode (bof) et Cameron Smith. Ce dernier ne verse pas dans le nombrilisme intellectualisant de Isaia ni dans la photo de mode plate de Giulani : il m’a semblé qu’il a quelque chose que les autres n’ont pas. La fraîcheur peut-être (il avait 21 ans quand il a fait ses photos pour Tank) ? Son site perso est .

Ci-dessous deux photos de Smith exposées à Arles mais telle que parues dans Tank (avec la légende donc).

Elisabeth Biondi a retenu  Debbie Fleming Caffery (des photos noir et blanc énigmatiques dans un bordel mexicain), Pieter Hugo(ses dresseurs de hyènes) et Ethan Levitas (dans le métro de New York).

Les deux derniers méritent qu’on s’y arrête.

Je connaissais le travail d’Hugo pour l’avoir vu sur le site web de sa galerie (Yossi Milo à New York) mais en vrai c’est incomparable. Maintenant il faudra voir s’il tient la distance car son travail repose sur la qualité du sujet de reportage : sa série sur les cueilleurs de miel parait du coup bien fade (si j’ose dire) alors que d’autres, visibles sur son site, sont d’une puissance exceptionnelle.

Mon préféré reste Levitas : ses voitures de métro photographiées de profil dévoilent toujours des visages et des postures ou des tags dont l’association est créative, original et amusante. La réalisation est parfaite. Filez sur son site : .

Nathalie Ours a sélectionnéJerry Schatzberg (des photos noir et blanc de stars des temps passés), Nigel Shafran (et ses photos du quotidien qui n’auraient pas du quitter Flickr) et Stephanie Schneider. Cette dernière mérite qu’on s’y attarde. J’avais déjà vu son travail sur le web sur le site de sa galerie et il en a été question en mai 2008 sur Arte (Schneider est allemande). Le projet présenté va bien au-delà de la photo : Schneider peint et fait des films également. Toutefois, l’exposition était un peu superficielle malgré un effort de pédagogie et il était difficile d’appréhender son travail comme un tout. On était condamné à regarder ses grands polaroïds (périmés, ce qui explique les couleurs) sans avoir les clés de lecture. Néanmoins, même en lecture rapide, on ne peut rester insensible aux effets produits.

Carla Sozzani fait découvrir Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim

Marla Rutherford montre une série assez « sex » et « fetish ». Une série colorée, un peu années soixante aussi. Le sujet m’a fait penser à une version glamour du récent travail d’Erwin Olaf (série separation) bien qu’en fin de compte il n’y a aucun rapport entre de jolies images « fetish » et le travail dérangeant d’Olaf, sensiblement plus profond. Ceci dit les jolies images c’est bien aussi. Son site est et l’image dessous en provient (regarder bien la tête du modèle).

Martina Sauter présente un travail étonnant. Chaque œuvre est composée de deux photos qui se chevauchent légèrement chaque fois pour composer,de loin, une image unique. L’effet est saisissant avec des portes, par exemple, et en plus les deux photos ne sont pas de même nature : l’une est nette et l’autre volontairement pixellisée. Tout cela contribue a créer une histoire sous nos yeux, une sorte de suspens entre les deux images. Vraiment étonnant car ce n’est pas seulement l’image qui nous est donnée à voir mais aussi un objet : pour preuve, sur un écran cela ne donne rien et je ne poste donc pas d’illustration de son travail.

Angela Strassheim instille le doute dans certaines de ses photos (serie pause). Tout à l’air normal mais quelque chose se passe. Un regard, et une inquiétude transparait. D’autres images, proprettes, aux tons acidulés, renvoient à son parcours personnel et spirituel (serie left behind). Elle est représentée par la galerie Marvelli dont l’illustration ci-dessous est extraite.

Le dernier curateur invité est Luis Venegas qui montre les travaux de David Urbano, Leila Mendez et Daniel Riera.  Je n’ai pas été convaincu par les paysages du premier, les photos dignes de Flick de la deuxième et le manque de fil conducteur du troisième.

Les artistes que je retiendrai donc dans cette halle sont : Cameron Smith, Ethan Levitas, Stephanie Schneider, Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim