En bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Atelier du Rhône – Off

L’an passé, l’Atelier du Rhône avait montré, avant qu’il ne soit vu à Paris (billet ici), le travail de Olivier Roller (je n’avais pas fait de billet à l’époque). Cette année c’est le travail restauré (par qui ?) de Francesco Paolo Michetti qui est exposé, une série de nus de jeunes femmes des Abruzzes remontant à la fin du 19ème. C’est assez bluffant de fraicheur et la restauration n’a pas enlevé cette patine du temps. Un résultat réussi.

Galerie Pierre Brullé – Jean-Claude Bélégou

La Galerie Pierre Brullé (25 rue de Tournon, et nulle part ailleurs faute de site web) présente jusqu’au 28 juin « Le déjeuner sur l’herbe » par Jean-Claude Bélégou.

Sous le prétexte d’un déjeuner sur l’herbe, que l’on croit une référence picturale au tableau éponyme, comme en témoigne par exemple le travail de Philippe Mazaud (cf. billet ici ) il nous est donné à voir des nymphettes. Certes, de-ci de-là, les jeunes filles sont en présence de fruits, pommes pour l’essentiel et raisins mais, de déjeuner, il ne nous sera rien montré.

Par contre, jeunes seins, fraiches fesses et cheveux mouillés dans la verdure abondent. On connaissait le flou romantique de David Hamilton ou l’obsession des naturistes nourrie par Jock Sturges, maintenant on découvre Jean-Claude Bélégou qui, a 57 ans, apprécie de photographier des jeunes filles dans les jardins fruitiers. Pourquoi pas.

Je n’ignore pas que ce photographe sera exposé prochainement à Arles et au Château d’Eau à Toulouse, deux signes de reconnaissance de son travail, mais pour moi il s’inscrit  avec ce travail dans une veine photographique dont les motivations m’échappent (illustration ci-dessous tirée du site du photographe, ici), d’ailleurs, quelles sont-elles ? Il est noter que la brève sélection opérée pour Arles et exposée au Musée de l’Arles antique ne cède pas à la facilité et écartes les jeunes femmes au profit des fruits, ce n’est pas plus mal.

Anniversaire – Nobuyoshi Araki – 25 mai 1940

Nobuyoshi Araki est né le 25 mai 1940, il a donc aujourd’hui 69 ans.

Araki étudie la photographie et le cinéma à l’Université de Chiba et s’oriente vers la photographie dès 1964 avec une série sur les enfants. En 1970, il photographie des sexes féminins en gros plan et, en 1971 il publie un livre montrant les scènes du quotidien de son voyage de noces, scènes d’amour comprises. Araki photographie en permanence son existence, produisant ainsi des séries considérables et de multiples ouvrages (plus de 300 en 40 ans de carrière). Il est connu pour ses nombreuses photographies de femmes nues et notamment de femmes ligotées ainsi que de fleurs. Il a produit de très nombreux polaroïds.

Anniversaire – Jan Saudek (13 mai 1935)

Jan Saudek est né le 13 mai 1935 : il a donc 74 ans aujourd’hui.

Jan Saudek est un photographe tchèque qui a travaillé également pendant 35 ans comme ouvrier, pratiquant son art dans sa cave. C’est en 1963 qu’il découvre l’exposition The family of man qui lui donne sa vocation de photographe et, dans les années 70, sa notoriété à l’étranger progresse si bien qu’il est accepté en 1984 dans l’union des artsites tchèques. Il quitte alors l’usine et sa consacre exclusivement à la photographie.

Ces photographies représentent souvent des proches, femmes et enfants, dans des cadres baroques, devant des murs délabrés et présentent souvent un caractère érotique. Réalisées en en noir et blanc, ces photographies sont souvent virées en sépia et fréquemment coloriées à la main.

L’illustration ci-dessous est tirée du site de Jan Saudek (ici).

Atelier Valencin – Marc Lafon – Intimité-s

On fait le grand écart aujourd’hui entre une photographe de renom (Véronique Ellena), un artiste utilisant la photographie (Sergio Vega) exposé dans une galerie internationale de premier plan et la modeste exposition de l’Atelier Valencin mais bon, la photographie n’est pas une comme dit l’autre.

L’Atelier Valencin (ici et 46 rue Saint Sébastien) présentait le travail de Marc Lafon (son site assez pénible car sonorisé, ici) jusqu’au 6 mai (c’est donc fini).

Il s’agit de nu artistique classique de studio, dans des tonalités de rouges, de 200 à 800 euros (hors cadre). Il ne transparait pas grand chose de ces photos qui pourraient peut être susciter l’intérêt si nous étions en 1889. En 2009, une telle multitude de photographes ont traité le sujet du nu féminin qu’il est difficile de se singulariser. Il n’en reste pas moins que ces photographies sont propres.

Maison européenne de la photographie – François Rousseau

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie, à Paris) a renouvelé son accrochage. Des cartes postales à la peinture sur photographie en passant par la vidéo, on voit un peu tous les supports et de Fiorio et Minot-Gormezano à Rousseau, on fait le grand écart dans les styles.

ici, il ne s’agit pas de jean-Jacques mais de François Rousseau, photographe de mode et de publicité qui avait réalisé en 2004 le livre et le calendrier Les Dieux du stade, vous sous souvenez ? C’étaient des rugbymen nus.

Cette fois, le travail de François Rousseau s’appuie sur le roman de Patrick Grainville (Goncourt 1976), l’Atelier du peintre (publié en 1988), dont il donne ici une version photographique des épisodes clés. L’histoire, nous dit le prospectus, se déroule à Los Angeles où se croisent dans l’Atelier du peintre, une population diverse de modèles, anciens délinquants ; au sein de l’Atelier vit une communauté où hommes et femmes vivent chacun de leur côté ; quant au Maitre, il cherche à reproduire le tableau de Van Eyck, les Epoux Arnolfini ,en faisant poser ses élève, en vain.

Beau prétexte que voilà pour montrer des corps magnifiques, féminins et masculins, noirs et blancs, jeunes et moins jeunes et il faut bien avouer que ces immenses panneaux photographiques réalisés à la chambre 20×25, post-traités et montés sous diasec font de l’effet et que les modèles sont, bien entendus, des perfections de corps humains, musclés et charpentés pour les hommes, fins et déliés pour les femmes. On en oublie presque la mise en scène.

L’exposition montre ainsi deux grandes fresques, tout en largeur, une masculine et une féminine, autour d’une scène centrale représentant un couple se tenant par la la main composé d’une femme blanche nue enceinte et d’un homme noir en costume avec en fond un miroir. Cette scène, c’est bien évidemment une libre interprétation des Époux Arnolfini de Van Eyck (1434), tableau visible à la National Gallery à Londres. A ce propos, je vous conseille le Musée Groeninge, à Bruges, où vous pourrez voir des primitifs flamands de toute beauté (il réouvre dans un mois, le 26 mars 2009 – fin de la parenthèse).

Vous voyez ci-dessous les deux œuvres.

Les deux fresques présentes avec ce panneau central forment une sorte de retable contemporain. Vous voyez ci-dessous, d’une part, une photo de l’ouvrage de François Rousseau (merci à lui de me l’avoir envoyée :) et, d’autre part, en dessous, une photo prise sur place lors de l’exposition.

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Au-delà ce bref extrait, d’autres photos vous attendent, toutes très impressionnantes.

Ce travail photographique est complété par une musique, une vidéo et un texte de Patrick Grainville : l’ensemble de ces éléments fait, bien entendu, l’objet d’un coffret (180 ou 800 euros selon le cas). Il est possible de s’adresser à l’auteur directement depuis son site web pour disposer d’extraits de son ouvrage (c’est par ici).

Je vous livre juste, pour finir, une vue partielle d’une autre de ses photographies (merci encore à François Rousseau de me l’avoir envoyée :) et vous invite à visiter la MEP mais aussi la galerie Pierre-Alain Challier (ici et 8, rue Debelleyme à Paris dans la vraie vie) qui l’expose jusqu’au 7 mars 2009.

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Il ne vous reste plus qu’à casser votre tirelire (moi, j’ai eu mon bonus :)

Galerie La B.A.N.K. – Amal Kenawy et Juliana Beasley

La Galerie La B.A.N.K. présente le travail de Juliana Beasley jusqu’au 6 novembre. Accessoirement, quelques œuvres de Amal Kenawy sont aussi présentes, jusqu’au 31 octobre.

Là encore, après la rue Sainte Anastase (voir mon billet ici), on n’est pas gâté par le cadre : la rue Volta c’est vraiment moche. A l’intérieur de la galerie en revanche, contrairement à Nuke, c’est très grand, à tel point qu’on se croit plus dans un musée que dans une galerie. Et en plus il y a deux niveaux, c’est dire l’espace. Il y a même deux personnes pour assurer l’accueil. Par contre, hier samedi il n’y avait pas de visiteur.  Pour mémoire, cette galerie est présente à la FIAC, signe qu’à défaut d’un située sur un site enchanteur, la galerie s’est signalée à ses pairs par la qualité de ses choix artistiques. Je passe sur Amal Kenawy dont les installations sont au sous-sol (je ne comprends rien aux installations, encore moins qu’aux photographies). Juliana Beasley présente quant à elle deux séries de photographies.

La première est consacrée aux « lapdancers ». Les filles sont nues (ou presque) et sont assises sur le client (qui reste habillé) pour une « danse » érotique. Là ou c’est fort c’est que la photographe s’est elle-même livrée à l’exercice pendant… huit ans. Du coup, son reportage est vraiment vu « du dedans ». Je dois avouer que c’est troublant d’être là devant ses pauvres types avachies et ses pauvres filles affriolantes en petites tenues : un sentiment de voyeurisme désagréable, de voir ce qui ne devrait pas l’être. Et puis c’est aussi le spectacle d’une certaine misère sociale et affective. Les lieux sont glauques, un peu crado et les types ne sont pas des gravures de mode. On sent la sueur et la cigarette froide à travers les photos, on entend la musique de péquenot (son périple va de New York à Reno mais on se croit toujours au fin fond du Nevada sur les photos). Elle a produit un livre en prime.

Son autre série, Rockaway Park, nous montre une Amérique décidément pas terrible à voir non plus.  Ce sont cette fois, vraiment de pauvres gens, dans le Queens, qui ne pourraient même pas se payer une danse de « lapdancer » à 20 dollars. Des corps fatigués, trop maigres ou trop gros, cette fatigue qui suinte des hommes et des femmes représentés dans des décors de misère encombrés de bric à brac ou vide de toute décoration (des chambres ?). Là-aussi c’est assez troublant même si c’est terriblement banal… quoi que. En effet, le soin apporté à la composition transparait dans « décalage » : le type avec sa caravane baptisée « honey », le vieux monsieur torse nu avec un chapeau de cow-boy, etc

Les images sont extraites du site de la galerie. La première série est et la seconde ici.