Galerie Taïss – Manolo Chrétien – Must move

La Galerie Taïss (ici et 5 rue Debelleyme) montre Must move, jusqu’à fin juillet 2009, une proposition de Manolo Chrétien dédiée aux États-Unis.

C’est la première fois que je visite cette galerie, me semble-t-il, et j’ai eu peur, en entrant, de revoir le travail de Nicolas Ruel exposé à Seine 51 (billet ici) à savoir de jolies photos tirées sur alu brossé. De fait, tout le rez de chaussée est consacré à des travaux sur alu brossé dont le rendu esthétique est particulièrement séduisant à peu de frais. Trois séries se partagent cet espace : l’une dédiée aux panneaux de signalisation américain des grandes marques, une autre aux entrelacs urbains (autoroutes, fils électriques) et la dernière à un cimetière d’avion. C’est vraisemblablement cette dernière et surtout les plans rapprochés portant sur les éléments métalliques qui  sont les plus originaux et en adéquation avec l’alu brossé.

Au premier étage, il s’agit d’une production presque abstraite, semble-t-il réalisée à New-York, avec des effets de flou que pour ma part je n’ai guère appréciée tant elle est banale (voir mon billet ici, par exemple, sur Hanaka qui traite le même sujet d’une manière très proche).

Dans un tout autre registre, le troisième et dernier étage de la galerie montre une effigie en carton de Obama et un ensemble de photos où cette effigie est insérée.  Je ne sais pas s’il s’agit de faire sourire, de faire un pied de nez à Photoshop (pourquoi s’embêter avec un vrai bout de carton au lieu d’un montage numérique ?), un hommage à Obama (à l’aise partout en toutes circonstances semble-t-il) ou au contraire d’une critique de son omniprésence souriante ? Je ne sais pas, à chacun de se faire son opinion.

Toutes les illustrations proviennent du site de la galerie qui  en est richement doté.

Centre Culturel Calouste Gulbenkian – Au féminin

Le Centre Culturel Calouste Gulbenkian (51 avenue d’Iéna à Paris et ici) montre 140 photographies réalisées par 100 femmes pour une exposition sobrement intitulée « Au féminin ». Les cartels sont très complets et dignes du meilleur des musées, de même que l’éclairage qui garantit une quasi-absence de reflets.

Ce matin, il y avait entre zéro et deux visiteurs, autant dire qu’on ne bouscule pas et ce d’autant que les locaux de la fondation, l’ancien hôtel particulier du banquier Rodolphe Kann bâti en 1897 et transformé en 1923 par Calouste Gulbenkian, sont immenses et la hauteur sous plafond impressionnante.

L’exposition se déroule deux niveaux, autour de plusieurs thématiques. Au rez-de-chaussée, on peut ainsi voir : « les âges de la femme », « maternité », « quelques femmes », « à la maison », « nature » ainsi qu’une surprenante exposition de pionnières de la photographie. A l’étage, on aborde « le loisir », les « fictions et métaphores », le « shopping et la mode », le « travail », « l’extérieur » et « stars et déesses ».

Ces thèmes peuvent paraître un peu « naïfs » mais l’exposition, par son sujet facilement appréhendable, s’adresse au plus grand nombre et, à ce titre, elle autorise un découpage simple, peu analytique mais efficace.

La période couverte va des origines à nos jours avec une préférence, me semble-t-il, pour les grands noms historique de la photographie. L’exposition a eu recours à de nombreux fonds et principalement à la fameuse galerie new-yorkaise, Howard Greenberg (ici). Les photographies sont de toute provenance et finalement, le Portugal n’est pas trop « envahissant » (la Fondation est portugaise et la tentation existait d’être centré sur ce pays).

Pour les « âges de la femme », ce sont Diane Arbus, Germaine Krull, Lisette Model et Margaret Bourke-White qui sont convoquées.

rez-de-chaussée---gulbenkia

Pour « Quelques femmes », où l’on voit des portraits de femmes, on peut voir Dorothea Lange en action photographiée par elle-même et Dora Maar. Dans « à la maison », on peut voir des travaux plus récents comme ceux de Mona Kuhn et…. une photo de Carla Bruni (en bas de droite de l’illustration ci-dessous), au même titre que Obama, bien sûr.

bruni-et-kuhn---gulbenkian

Pour « nature », là-aussi, un effort pour nos contemporains avec Anni Leppälä et Flor Garduno. Par contraste, dans un contrebas, ce sont les pionnières qui sont mises en valeur avec des épreuves à l’albumine dont la plus ancienne remonte à 1853 (lady Augusta Mostyn).

A l’étage, on retrouve ce sympathique mélange avec aussi bien Vee Speers et Edith Maybin que Cindy Sherman pour « Fictions et métaphores », Sarah Moon et Annie Leibovitz aussi bien que Lee Miller pour « Stars et déesses ».

Seule la rubrique « travail » m’avait semblée purement historique avec Abott et Lange mais je viens de découvir que Cristina Garcia Rodero est contemporaine puisqu’elle vient d’être admise comme « full member » chez Magnum (le billet de ce jour sur Exposure Compensation montre d’ailleurs une photo exposée, « La confession »). Dans cette rubrique, on trouve fortement représentée Maria Lamas, la seule entorse à la règle de neutralité vis à vis de photographes portuguais.

étage---rubrique-travail---

C’est gratuit, il n’y a personne et pourtant c’est une bonne exposition alors allez voir : c’est jusqu’au 29 septembre 2009.