Polka galerie – United colors

Petite visite avant-hier dans un lieu « sûr » et bien connu, Polka galerie (ici et Cour de Venise, 12 rue Saint Gilles), dans une après-midi un peu décevante.

Avec Polka, on accède à une galerie de qualité (refait à neuf, propre et net), d’un accueil de qualité (pas d’interphone ou de lourde porte, personnel toujours poli et souriant) et d’auteurs de qualité. La pricelist est bien visible et des exemplaires photocopiés sont à disposition; une vitrine propose des livres et bien sûr la revue éponyme. Bref, c’est pro.

Il y a toutefois quelque chose qui me pose difficulté c’est le manque de cohérence de l’ensemble qui se double d’un saupoudrage d’œuvres pas toujours clairement identifiables. En cela, Polka gère, comme un éditeur, un fonds d’auteurs à qui il assure en permanence ou presque un minimum de visibilité contrairement aux galeries pur sucre qui n’expose qu’un artiste à la fois (à part de rares expositions collectives). Cela n’interdit pas en tout cas d’avoir des cartels précis et ce d’autant qu’à ses débuts Polka racontait de vraies histoires (un peu longue il est vrai) à côté des photos: on est tombé du coup d’un excès à l’autre.

La 1ère salle montrait le travail de Françoise Huguier sous un jour étonnant pour qui connait son travail montré à Arles sur les komunalka (billet énervé ici) puisqu’il s’agit de photos plus « mode » (komunalka est néanmoins montré). En passant, la sélection de photos, sensiblement moins voyeuriste et complaisante qu’à Arles, et l’absence de mise en scène, m’ont fait réviser mon point de vue sur komunalka.

La 2ème salle regroupait les travaux les plus divers. Au rez de chaussée, Marc Riboud occupait l’essentiel de l’espace avec des tirages des années 50 à 70 consacrées au proche et moyen orient. Toujours au même niveau, on pouvait voir trois photos de Roxane B., des peintures sur photos, très épurées, consacrées aux femmes afghanes. Roxane B. avait été remarquée pour des diptyques juxtaposant des jeunes femmes en tenue traditionnelle et tenue occidentale. Kosuke Okahara disposait d’un plus d’espace mais lui ne figurait pas sur la liste des exposants sur le site web: ceci dit ce n’est pas grave car ce  jeune homme bénéficie de pas mal de visibilité déjà avec l’Agence VU’ (on l’avait déjà vu à Groningen – billet ici). la série présentée, des sous-bois hantés d’un timide silhouette humaine méritaient une explication du contexte, hélas absente. C’est chez VU’ qu’on nous explique qu’il s’agit de villages de lépreux abandonnés en Chine.

C’est au sous-sol de cet espace que se serraient le plus de photographes, dont le fonds, dont n’allons pas reparler (Levitas, etc). Parmi les petits nouveaux on a Julio Bittencourt qui nous attendait juste en bas de l’escalier et dont le site web vaut mille discours (ici). Lui ce n’est pas à Groningen que je l’ai vu mais en me renseignant sur Photoquai (que je n’ai pas visité – billet ici) où il exposait (illustration tirée d’un papier du Figaro).

On reste au Brésil avec Carlos Cazalis (ici) dépeignait Sao Paulo tandis qu’en contrepoint la vie sauvage était illustrée avec Bruno Calendini (ici) et ses portraits d’animaux d’Afrique et Xavier Desmier avec ses pingouins en petit format.

Il ne me semble pas avoir vu le travail d’Alexandra Boulat, photo-journaliste au talent internationalement reconnu morte précocement en 2007 et annoncée surle site web (elle ne figure pas davantage sur la pricelist). Même absence pour Diane Grimonet (ici et que nous avions déjà vue – billet ici). Quant à Tomasz Gudzowaty (ici), également annoncé sur le web, je n’ai pas non plus souvenir d’avoir vu son travail hier chez Polka mais par contre je l’avais déjà vu à Arles (billet ici). Même chose pour Lizzie Sadin (son site ici) et Zohreh Soleimani (son site ici). Je sais bien que j’ai eu une panne de smartphone mais bon, si ces cinq là étaient réellement exposés, il faudra que je m’interroge sur ma mémoire.

Quelques idées de prix (minimum) en euros et à titre indicatif en ne perdant pas de vue qu’on mélange de la sorte des tirages uniques, des éditions plus ou moins longues (ça monte à 29 ce qui est excessif à mon goût) et des formats très divers: 1 600 pour Françoise Huguier, 1 550 pour Marc Riboud, 1 500 pour Roxane B. , Julio Bittencourt et Tomasz Gudzowaty, 1 350 pour Bruno Calendini, 1 200 pour Kosuke Okahara, 1 100 pour Lizzie Sadin, 800 pour Carlos Cazalis, 175 pour Xavier Desmier.

Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Eglise de Aa (der Aa-Kerk) – Lost

Ce billet est le dernier consacré à l’exposition qui s’est déroulée dans l’église de Aa à Groningen (Pays-Bas) dans le cadre de Noorderlicht. Mais qu’on se rassure, il n’y avait pas que l’église pour voir des photographies à Groningen et il y aura donc d’autres articles dans les prochains jours sur cet événement.

Cette parie de l’exposition avait pour curateur Marc Prüst qui s’est associé pour l’occasion à VU’.

Pieter Ten Hoopen montrait des photos très sombres prises à Stockholm, des gens seuls, des vues panoramiques et des lieux urbains déserts aussi avec quelques points lumineux qui tranchent sur la nuit. Un style ultra-contemporain, froid, abstrait, presque « design ». Son site est ici.

Massimo Berruti nous entraine quant à lui, tout au contraire, au plus près de la vraie vie avec des immigrés à Rome. Le style est encore celui de VU’ (sa page dans cette agence ici) avec de petits noirs et blancs un peu flous dégageant un sentiment d’urgence. On y voit des lieux et des visages, sans misérabilisme malgré la misère de cette population et de son habitat.

Lorenzo Castore (seratonin, Pologne,  2009) nous montre une série impressionante qu’on pourrait illustrer d’un mot: décrépitude. Ewa et son frère sont âgés et vivent dans la misère dans une vieille maison délabrée qui connut son heure de gloire, on les voit, seuls ou tous les  deux, leur photo et les photos de leurs photos. Un naufrage. la page de Lorenzo chez VU’ est ici.

Arya Hyytiainen nous gratifie lui-aussi du style VU’ avec de sombres noir et blanc à gros grain de Marseille avec ses rues et ses « gueules », des portraits que l’on dirait tout droit tirés d’un film noir. Son site est par ici.

Michael Grieve délivre quant à lui un projet plus provocant (no love lost, Grande-Bretagne, 2008) et en couleurs: bordels, prostituées et clients, portraits, petits objets et traces. L’ensemble est parfois un peu flou, les gros plans nous sont épargnés mais on reste sur le fil du rasoir avec une impression plus animale que véritablement humaine: une sorte de bétail. La présentation de telles pièces dans une église ne manque pas de sel. L’accrochage était réalisé par bandes verticales de 4 photographies. Et comme le site (à voir ici) de Michael nous épargne le flash, une illustration est en tirée visible ci-dessous. Michael a aussi réalisé une série, dans la même veine, sur le Killing Kittens, un « club privé » situé dans les beaux-quartiers londoniens. Il est signaler que son site vend ses photos en ligne (de 650 à 1 000 GBP selon la taille et l’édition) ce qui est assez rare pour être mentionné. Bien entendu, entre acheter directement à un photographe et acheter des posters photos tirées à 100 exemplaires dans une boutique prétendument branchouille ou « arty », « il n’y a pas photo » comme dit l’autre.

Kosuke Okahara (Japon, 2007) montre des images encore plus dérangeantes bien que seule une scène soit explicite et que le noir et blanc nous épargne une vision sanguinolente.  Il s’agit d’une jeune japonaise, le plus souvent photographiée à proximité de son pc dont les bras sont tailladés. C’est pour le moins bizarre. L’auteur dispose d’un site (ici) mais cette série n’y est pas visible.