Rencontres d’Arles – Grande Halle – prix découvertes, livres et Roni Horn

La Grande Halle est consacrée comme l’an passé aux prix découvertes et aux livres mais cette fois, Roni Horn bénéficiait d’une sorte de carte blanche. En plus, comme il s’agissait de la semaine d’ouverture, il y a avait les revues de portfolios avec plein de travaux accrochés sur un mur.

J’ai regardé les travaux de ce Portfolioreview et relevé 16 noms parmi des dizaines mais au final, après regardé les sites internet des uns et des autres (quand ils en ont), seuls six photographes demeurent. Il s’agit de: Sandrine Elberg (ici), Catherine Vernet (déjà vue chez Pascal Polar – billet ici – mais je n’avais pas trouvé son site alors qu’il est ici), Carolle Benitah (le site de sa galeriste est ici), Nadya Elpis (ici), Stéphanie de Rougé (ici), Lisa Pram (ici et en projection au Off).

Roni Horn montrait 30 paires de visages enfant – adulte, 14 paires de visages et minipaysages associés, 50 photos groupées par 5 de Isabelle Huppert et 60 photos recto-verso sur socle. Bref.

Arles-2009---Halle---Horn

Parmi les livres, exposés par dizaines sur des tables, j’ai relevé quelques noms connus et appréciés : Erwin Olaf, Vee Speers, Jacqueline Hassink (pour Cars), Carla Van Puttelaar, Aurore Valade, Thibaut Cuisset et Izima Kaoru.

Du côté des « découvertes », je ne m’attarde pas sur les natures mortes de Véronique Ellena et les spectaculaires photos de nuit de Olivier Metzger, déjà vues et chroniquées à plusieurs reprises. Léon Herschtritt est aussi une surprise parmi les « découvertes ». Le photographe a une longue carrière derrière lui et a pignon sur rue, on se demande pour qui il est une découverte… C’est l’occasion de voir ses tirages des années 60 : l’Afrique, Alger, la Courneuve, Berlin, Sartre et Deneuve.

Les autres auteurs sont plus en ligne avec l’objectif de « découverte » et couvrent des champs très variés de la photographie avec un bonheur toutefois inégal.

Jean-Francois Spricigo (son site ici) nous montre des chats, une chèvre, etc. L’intention est peut-être de créer un genre de poésie mais à la longue, le flou, le cadrage hasardeux et le gros grain en noir et blanc, c’est un peu agaçant (on dirait du Michael Ackermann, visible au Capitole, entre autres exemples).

Laurent Millet choisit quant à lui délibérément le champ de l’expérimentation. Il montre des nuages éclairés par des strobes et un caisson lumineux de nuages (c’est décoratif). Il nous gratifie aussi de 5 grandes photos noir et blanc d’un bout de bois s’enfonçant dans l’eau. On peut voir aussi des photos d’impact de balles dessinant le profil d’armes (entre autres). Bref.  Dans une veine aussi expérimentale, Eric Rondepierre (son site ici) montre des images indescriptibles, échappant à toute compréhension. Est-ce de l’art ? Je l’ignore. Pour ma part je n’y vois pas de photographie mais un chaos expérimental de peu d’intérêt. Peut-être est-ce dû à une sélection de travaux très divers dépourvus de commentaires. Son travail sera visible à Lyon au Septembre de la photographie en 2010: une occasion de mieux comprendre ? Magda Stanova (son site ici et un slideshow plus pratique ici) investit aussi l’expérimentation en montrant quelques photos mais expose surtout des dessins et des textes pour les expliquer à la manière d’une bande-dessinée. Son site montre sa production, globalement très orientée vers le dessin (sur des cahiers).

On ne coupe pas non à des Goldineries avec cinq travaux se rapprochant peu ou prou du travail de Nan Goldin. Don Mcneill Healy montre deux séries (marko polo et 96 pigeon house), l’une consacrée à un clochard et l’autre à des gitans vivant difficilement. Bref aussi. Dans le même genre, Moira Ricci nous montre des photos familiales de sa maman. Sean Lee expose la vie d’un(e) trans, Shauna, ce qui nous vaut « Shauna en club la nuit », « Shauna en train de baiser », etc. Rimaldas Viksraitis montre des scènes de vie campagnarde pauvre au contenu sexualisé, sans complexe et avec un brin d’humour.

Raed Bawayah figure quant à lui le « palestinien de service ». Il montre des portraits de fous dans de grands noirs et blancs.

Je termine avec les travaux qui m’ont le plus intéressé, avec le recul, car sur le coup j’ai été déçu par l’ensemble (et même atterré par certaines propositions.

André Mérian (son site ici) nous livre de curieux paysages (rond-point, talus, fondations, etc) saisis près de Damas. L’esthétique est celle de l’ultraclair (on dirait du Mathieu Gafsou, récemment récompensé par un prix HSBC – billet ici) qui me lasse passablement: il est dommage de ne pas avoir retenu une autre série car son site est fort bien fait et montre mieux la qualité de son travail que cette exposition réduite et partielle.

Adrien Missika (son site ici) expose des photos de géographies de format modeste dans des techniques variées. Ce travail me parait avec le recul finalement assez intéressant : la provenance diverse des images (maquettes, vues réelles, etc), le caractère isolé et parcellaire des éléments géographiques montrés, tout cela est intriguant et l’ensemble de ses travaux forme un ensemble cohérent.

Yang Yonhliang (site de sa galerie ici) était « le chinois de service » (il est de bon ton d’avoir un chinois parmi des artistes présentés). Cet auteur de Shangaï, en se démarquant d’un « style international » qui ferait abstraction des pays d’origine des créateurs ne tombe pas la « chinoiserie » facile. Le travail de recyclage de l’estampe et de la calligraphie chinoise traditionnelle est plutôt intelligent avec un travail plus proche de la création graphique que de la photographie. Ainsi, les montagnes sont faites de buildings ou de pylônes électriques et les tampons rouges sont remplacés par des logos de marques. De loin, la tromperie est totale et on croit réellement être face à un paysage traditionnel : même la forme des impressions et leur format contribuent à entretenir l’illusion. Ce jeune photographe (né en 1980) fait partie des rares véritables découvertes montrées à Arles.

Arles---Halle---Yonhliang

les cartons orange du jour – Cosmos Galerie et Institut néerlandais de paris

Cela faisait longtemps que j’avais pas décerné de cartons. Ce sera deux cartons cette fois, non pas rouge, mais orange.

Le premier carton orange est décerné à la Cosmos Galerie qui arborait ce jour une pancarte « ouvert » à 17H53 mais qui était fermée et vérification faite sur leur site, les jours et heures d’ouverture ne sont pas mentionnés. Bravo ! Du coup j’ai vu l’expo sur leur site web (Le retour des concubines par Axelle de Russéici), que je n’avais que survolé, et ce sera suffisant. A noter, la taille des éditions (25) qui est excessive à mon goût et de surcroit doublée avec la mise en vente de deux dimensions : les galeries ne tirent jamais au-delà de 10-12 et le plus souvent s’arrêtent à 3,5 ou 8 et en aucun cas le total de toutes les éditions de toutes tailles n’atteint plusieurs dizaines (souvent d’ailleurs il n’y a qu’une taille).

Le deuxième carton orange est décerné à l’Institut néerlandais pour son expo consacrée à Erwin Olaf (ici). Je croyais que l’expo était gratuite, ce qui est l’usage pour les multiples institutions émanant de pays étrangers et destinées à la promotion culturelle mais là, pas de chance, c’est payant (pas cher mais c’est une question de principe). C’était écrit sur leur site mais je n’avais pas vu :( J’ai donc fait demi-tour considérant qu’ayant déjà acheté les bouquins d’Erwin Olaf (le dernier et aussi Rain/Hope), il ne fallait pas exagérer. L’illustration ci-dessous vient de chez Flatland, sa galerie aux Pays-bas.

Galerie Anne de Villepoix – Une Chine peut en cacher une autre

La Galerie Anne de Villepoix (par là) dont j’ai déjà parlé (ici), présente jusqu’au 27 février 2009 une exposition consacrée à onze artistes chinois. Le commissaire, Michel Nuridsany, est interviewé ici.

Cette galerie présente l’inconvénient d’être haute sous plafond et d’une surface relativement réduite ce qui ne favorise guère l’immersion dans les œuvres présentées, au demeurant en nombre réduit. La galerie, vous le savez, ne se limite pas à un médium, la photographie par exemple, mais se consacre en revanche exclusivement au contemporain artistique.

Je suis méfiant quant aux artistes chinois, depuis quelques temps déjà, les prix ayant connu une inflation artificielle, surtout dans le « style china pop », à la suite du gonflement de la population de nouveaux riches (la situation est comparable en Russie). Il est vraisemblable que la baudruche se dégonfle rapidement et peut-être est-ce le moment de s’intéresser, à nouveau, aux artistes de ce pays, à des prix raisonnables.

Bref.

Je passe rapidement sur les œuvres non photographiques exposées, comme toujours hermétiques à l’amateur et dépourvues d’attrait plastique (imho), pour voir les photos exposées au fond de la galerie.

Ce qui est problématique c’est le nombre limité de photos exposées : deux ou trois par artiste, c’est un peu mince, c’est le moindre que l’on puisse dire.  La galerie devrait peut-être envisager de créer un demi niveau en profitant de la hauteur sous-plafond ce qui permettrait de mieux exploiter l’espace : cela permettrait s’en montrer plus ce qui valoriserait mieux les artistes et permettrait de mieux amortir les frais de fonctionnement tout en offrant aux visiteurs un cadre plus « rempli » et peut-être moins glacial.

Quoi qu’il en soit, on peut voir les grandes photos (en gros 100 x 200 cm) de Dong Yonglong, à la fois banales par le sujet (des gens au musée ou à la laverie) et étonantes par le rôle que jouent les personnages dans la scène : ils semblent tous ou presque chercher quelque chose (mais quoi ?) ou bien somnoler. Dong Yonglong n’a pas de site web (il encore étudiant aux Beaux-Arts à Pékin) et c’est bien dommage.

Autre artiste, Sui Sicong, qui nous montre des tables de repas rondes désertées par les convives mais remplies de plats, inscrites dans un cadre carré. L’angle de vue est celui de l’ampoule au-dessus de la table. Bon. Rien de bien fascinant là-dedans.

La galerie ne jugeant pas utile de préciser la bio de l’artiste ni ses motivations, difficile de percevoir le message. J’ajoute que cliquer sur le téléchargement de la bio en pdf conduit ici (page d’erreur de Online.net). Super. C’est la même chose avec Yan Shi. Bravo.

Certains ont cru voir là une critique de la société de consommation (ah ?). Ailleurs, on apprend qu’il est né en 1962 et que son travail a été vu dans le n° 27 du magazine français Images de mars-avril 2008 (autant dire que lecommissaire  ne s’est foulé pour trouver ce photographe) . Par contre,  j’ignorais l’existence de ce magazine (la honte !) dont le site pas à jour est ici ; pour s’abonner mieux vaut passer par (ils en sont au n°32, pas au 27). Il apparait aussi qu’il a photographié des tables en carré et des rectangulaires et même, parfois, avec des gens autour (si). N’est-ce pas étonnifiant (voire même hallucinatif) comme dit l’autre ?

Le dernier photographes présenté est Yan Shi. Lui non plus pas de site web et, pour son malheur, a tout un tas d’homonymes sur internet (et ailleurs aussi sûrement).

Il montre des scènes amusantes de mariages où le photographe fait poser ses mariés dans un décor lui-même inscrit dans celui, réel et plus grand, des chantiers de construction des batiments olympiques. Une intéressante mise en abime des décors (le décor peint et le stade), un clin d’oeil du photographe au photographe de mariage, une évocation d’une tradition propre à des pays peu avancés (lla photo sur fond de décor peint) alors même que les stades renvoient à la modernité la plus achevée, un rappel aussi que ce qui intéresse un couple chinois en 2008 c’est autant la tradition et les décors peints que le design avant-gardiste de constructions occidentales importées en Chine. C’est aussi un peu d’ironie sur le slogan des JO de Pékin, « one world, one dream » : manifestement, ce n’est pas tout à fait vrai, à chacun son monde et à chacun son rêve. Un travail intéressant exposé en très grand format (170 x 270 cm).

Vous n’aurez pas de photos car je n’en ai pas trouvé sur le web et que le site de la galerie utilise Flash pour publier des imagettes dont la taille est de surcroit ridicule et que je ne veux pas les voler par un hardcopy d’écran.  J’espère qu’un jour viendra où les galeries comprendront enfin que Flash est inutile voire nuisible (pas de liens possibles, technique propriétaire, illisible sur mobile, etc) et qu’un artiste est fait pour être vu ce qui signifie disposer de photos de qualité accessibles à tous sur le web. Je ne saurais trop conseiller de visiter le site d’Erwin Olaf (ici) qui utilise Flash (c’est mal) mais permet au moins d’afficher et de sauvegarder (si, si)  des images de très grande qualité de son travail : autant que je sache, Erwin Olaf n’est pas ruiné par les copies et le plagiat.

Dans la vraie vie, c’est jusqu’au 27 février 2009. Faites y un saut vite fait.

Rencontres de la photographie d’Arles – Grande Halle

Alors que les Rencontres de la photographie d’Arles sont désormais achevées depuis lundi dernier, je vous invite à terminer notre visite du site des Ateliers.

Nous avons vu successivement l’Atelier de maintenance et celui des forges, puis l’Atelier de mécanique et  le Magasin électrique. Nous voici maintenant à la Grande Halle.

Le principe dans cette halle, c’est de donner carte blanche à des curators qui ont invités des photographes.

Ainsi, Caroline Issa & Masoud Golsorkhi montrent Jamie Isaia qui fait des autoportraits (bof), Danilo Giulaniqui fait des photos de mode (bof) et Cameron Smith. Ce dernier ne verse pas dans le nombrilisme intellectualisant de Isaia ni dans la photo de mode plate de Giulani : il m’a semblé qu’il a quelque chose que les autres n’ont pas. La fraîcheur peut-être (il avait 21 ans quand il a fait ses photos pour Tank) ? Son site perso est .

Ci-dessous deux photos de Smith exposées à Arles mais telle que parues dans Tank (avec la légende donc).

Elisabeth Biondi a retenu  Debbie Fleming Caffery (des photos noir et blanc énigmatiques dans un bordel mexicain), Pieter Hugo(ses dresseurs de hyènes) et Ethan Levitas (dans le métro de New York).

Les deux derniers méritent qu’on s’y arrête.

Je connaissais le travail d’Hugo pour l’avoir vu sur le site web de sa galerie (Yossi Milo à New York) mais en vrai c’est incomparable. Maintenant il faudra voir s’il tient la distance car son travail repose sur la qualité du sujet de reportage : sa série sur les cueilleurs de miel parait du coup bien fade (si j’ose dire) alors que d’autres, visibles sur son site, sont d’une puissance exceptionnelle.

Mon préféré reste Levitas : ses voitures de métro photographiées de profil dévoilent toujours des visages et des postures ou des tags dont l’association est créative, original et amusante. La réalisation est parfaite. Filez sur son site : .

Nathalie Ours a sélectionnéJerry Schatzberg (des photos noir et blanc de stars des temps passés), Nigel Shafran (et ses photos du quotidien qui n’auraient pas du quitter Flickr) et Stephanie Schneider. Cette dernière mérite qu’on s’y attarde. J’avais déjà vu son travail sur le web sur le site de sa galerie et il en a été question en mai 2008 sur Arte (Schneider est allemande). Le projet présenté va bien au-delà de la photo : Schneider peint et fait des films également. Toutefois, l’exposition était un peu superficielle malgré un effort de pédagogie et il était difficile d’appréhender son travail comme un tout. On était condamné à regarder ses grands polaroïds (périmés, ce qui explique les couleurs) sans avoir les clés de lecture. Néanmoins, même en lecture rapide, on ne peut rester insensible aux effets produits.

Carla Sozzani fait découvrir Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim

Marla Rutherford montre une série assez « sex » et « fetish ». Une série colorée, un peu années soixante aussi. Le sujet m’a fait penser à une version glamour du récent travail d’Erwin Olaf (série separation) bien qu’en fin de compte il n’y a aucun rapport entre de jolies images « fetish » et le travail dérangeant d’Olaf, sensiblement plus profond. Ceci dit les jolies images c’est bien aussi. Son site est et l’image dessous en provient (regarder bien la tête du modèle).

Martina Sauter présente un travail étonnant. Chaque œuvre est composée de deux photos qui se chevauchent légèrement chaque fois pour composer,de loin, une image unique. L’effet est saisissant avec des portes, par exemple, et en plus les deux photos ne sont pas de même nature : l’une est nette et l’autre volontairement pixellisée. Tout cela contribue a créer une histoire sous nos yeux, une sorte de suspens entre les deux images. Vraiment étonnant car ce n’est pas seulement l’image qui nous est donnée à voir mais aussi un objet : pour preuve, sur un écran cela ne donne rien et je ne poste donc pas d’illustration de son travail.

Angela Strassheim instille le doute dans certaines de ses photos (serie pause). Tout à l’air normal mais quelque chose se passe. Un regard, et une inquiétude transparait. D’autres images, proprettes, aux tons acidulés, renvoient à son parcours personnel et spirituel (serie left behind). Elle est représentée par la galerie Marvelli dont l’illustration ci-dessous est extraite.

Le dernier curateur invité est Luis Venegas qui montre les travaux de David Urbano, Leila Mendez et Daniel Riera.  Je n’ai pas été convaincu par les paysages du premier, les photos dignes de Flick de la deuxième et le manque de fil conducteur du troisième.

Les artistes que je retiendrai donc dans cette halle sont : Cameron Smith, Ethan Levitas, Stephanie Schneider, Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim