Musée Carnavalet – Eugène Atget, Paris

Le Musée Carnavalet est le musée consacré à Paris et à son histoire et c’est d’ailleurs un musée de la ville (un musée municipal). Il est situé en plein Marais et est d’accès gratuit mais pas pour l’exposition consacrée à Eugène Atget (Libourne, 1857 – Paris, 1927) qui est facturée 7 €. Atget tout le monde en a entendu parler et on en voit passer des tirages en salle des ventes mais ce n’est pas si souvent qu’on voit un ensemble significatif et cohérent de tirages, c’était donc l’occasion d’y jeter un œil à la faveur d’une belle journée de dimanche.

Le Musée Carnavalet a eu Atget comme fournisseur, comme en témoignent des factures mais ce n’est que sur le tard que son travail a été catalogué, passant du statut de document à celui d’œuvre. Paradoxalement aussi, ce musée consacré à Paris a bien acheté quantité de photos à Atget mais la Commission du Vieux Paris créée en 1897 l’a ignoré en son temps. Quoi qu’il en soit, la visite vaut vraiment la peine avec 180 tirages dont ceux en provenance de Man Ray cédé à la George Eastman House (le fond Atget est partiellement visible en ligne) et quasiment tous visibles en France pour l’occasion, pour la 1ère fois peut-être depuis la prise de vue, après avoir traversé l’Atlantique.

L’exposition est présentée dans une succession de salles thématiques et plus ou moins chronologiques, Atget passant au fil du temps d’un thème à l’autre. La 1èer salle montre des devantures de magasins et de cabarets, les petits métiers des vendeurs de rues, très pittoresques et aussi la zone des fortifications (détruites à partir de 1919) avec ses bidonvilles avant l’heure. La 2ème salle est consacrée aux ponts et autre sculptures et parcs, bof, à part les Bains de la Samaritaine, lieu pittoresque également disparu. C’est un reproche que l’on peut faire à cette exposition: il n’est pas fait référence à ce que sont devenus les lieux montrés et c’est bien dommage, alors que l’effort pédagogique est réel avec des explications sur la technique de prise de vues ou un plan de Paris montrant les différents lieux, par exemple. De là à se dire que c’est fait exprès pour fourguer des audio-guides… La 3ème salle montre des cours (bof) mais aussi des maisons non alignées et la Bièvre (qui alimentait la manufacture des Gobelins) avant sa couverture (en 1912 – elle ne faisait pas plus de 3 mètres de large). Plus loin dans les couloirs on voit deux institutions de Montmartre, le Moulin de la galette et le Lapin agile et aussi des voitures (à bras et à cheval). La 4ème salle montre quelques intérieurs parisiens mais aussi des heurtoirs, portes et fontaines réservés aux initiés… La 5ème salle est consacré à l’album de Man Ray (exposé mais vide car les photos sont sur les murs): les 43 photos sont là à part 11 qui sont reproduites, les originaux étant intransportables. L’ensemble est assez hétéroclite et on retrouve s des vues de bidonvilles aux portes de Paris, certains déjà vus dans d’autres salles (cour du dragon, marchand d’abat-jour) et l’originalité repose donc sur la présence de nombreux mannequins, la foire du trône, des nus et des bordels. La 6ème et dernière salle est consacrée au travail d’Emmanuel Pottier, un contemporain d’Atget.

C’est une belle exposition qui ravira les amateurs de photographie, d’histoire et de Paris et qui dure jusqu’au 29 juillet 2012.

Paris Photo 2011

Hier marquait l’ouverture au public de Paris photo 2011 qui se tient désormais au Grand Palais. Après avoir cherché un peu en vain la bonne entrée, car le public est dirigé par des barrières métalliques comme du bétail, selon son « statut » (presse, visiteurs sans billet, visiteur avec billets, exposants,) j’ai enfin pu entrer. J’avais réservé mon billet en ligne (25 €) que d’ailleurs je n’avais pas reçu et qu’il m’avait fallu réclamer par email.

Le lieu est immense et malgré le jour et l’heure, le public était déjà nombreux, souvent anglophone, à le remplir. C’est ici aussi que se tient la FIAC et l’impression de « masse » est la même: c’est une véritable avalanche de photographies et, contrairement à la FIAC où les médias sont divers et généralement de grande taille, ici, ce ne sont que des photographies et, évidemment, en bien plus grand nombre que des tableaux, format oblige. Le chauffage est également un peu excessif si bien que laisser son manteau à l’entrée n’est pas une mauvaise idée (il en coûte 2 € – il n’y a pas de petit profit – mais les toilettes sont gratuites). Le programme est très dense et fait bien sûr la part belles aux galeries car, comme la FIAC, Paris Photo est une foire commerciale, une sorte de galerie marchande temporaire spécialisée (mais payante).

Les galeries sont de provenance internationale même si la France est sur-représentée de par la présence de galeries d’art contemporain non-spécialistes. Les étrangères sont presque toutes des spécialistes, le plus souvent américaines ou anglaises. Le thème retenu cette année était l’Afrique mais un nombre très limité de galeries a concocté un programme « 100% africain » (Revue noire ou Bailey Seippel qui vient d’Afrique du sud ou Magnin-A ou FiftyOne) et peu même ont fait de la place à des auteurs du continent noir (comme Agnès B. ou Robert Klein). Les choix des galeries sont très contrastés entre ceux qui ont retenu un ou deux auteurs (ou thèmes) comme Daniel Blau qui prend le risque de montrer que des tirages de la NASA  ou Christophe Gaillard qui se consacre à l’auto-portrait, et ceux qui ont sorti le catalogue.

La foire mélange aussi bien l’ancien que les classiques et le contemporain mais les classiques me semblent dominer, en moins en nombre, du fait de formats plus petits. Il manque en revanche, m’a-t-il semblé, de nouveaux talents ou, au moins, sont-ils insuffisamment mis en valeur.

Parmi les stands marquants on trouvera les grands noms qu’il est inutile de répéter mais on notera tout de même trois galeries qui se distinguent, d’abord deux qui se démarquent par l’originalité de leur stand, Bryce Wolkowitz (avec des images animées) et Hilger modern contemporary (avec des tirages dans de grandes cantines) et puis une autre par le niveau spécialement relevé des travaux, Johannes Faber. Cette dernière galerie (qui expose aussi bien à l’AIPAD qu’à la TEFAF) est l’occasion de rappeler deux choses: d’une part que Paris Photo est l’occasion de voir des pièces de qualité muséale et que, d’autre part, la plupart des galeries mettent de côté leurs mauvaises habitudes en venant à une foire commerciale puisque les cartels sont presque toujours présents (seules deux ou trois galeries n’ont rien compris et affichent les oeuvres sur des murs blancs sans indications, pas même de nom) et qu’une nombre significatif affiche les prix, pratique qui devrait être obligatoire. Pour mémoire, sur ce dernier sujet, les galeries les plus prestigieuses ne se cachent pas: chez Faber, les prix sont à 4 ou 5 zéro et sont affichés (le record pour un Steichen à 420 000 euros): j’ai du mal à comprendre la pusillanimité de galeries plus modestes.

En sus des galeries, on trouve quelques éditeurs de livres et 4 stands peints de gris consacrés au récents achats du Musée de l’Élysée (fonds Chaplin et quelques nouveaux), de l’ICP (avec des imprimés) et de la Tate (avec Moriyama pour Farewell) ainsi qu’un bref extrait de la collection Walther (œuvre africaines et allemandes).

En complément, les découvertes SFR et un survol de Bamako étaient offerts.

L’édition 2011 vaut le coup mais il faut bien viser pour éviter la foule (les barrières extérieures portent des panneaux  » 1H30 d’attente à  partir de ce point », gageons que cela arrivera à certains visiteurs). En passant 4 heures sur place, ce qui est déjà long (physiquement), cela ne fait guère que 2 minutes 30 par stand, autant dire que c’est aussi une visite assez frustrante mais qu’il faut faire au moins une année sur deux.

Révélation 3 – Petite visite :)

Je vous avais déjà dit (billet ici) que Révélation 3, au vu des sites web des photographes (pour ceux qui en ont un), ça faisait bonne impression donc je suis allé voir aujourd’hui, histoire de trouver un peu de fraicheur (de ce côté là c’est raté).

L’exposition qui se termine ce jour à 21 heures se tient au 80 quai de Jemmapes, sur les bords du canal Saint-Martin à Paris. Et aujourd’hui, en plus, il y a « voix sur berges » (leur site ici) donc des groupes chantent le long des berges. ceci dit il y a quand même des gros c*** qui s’exilent et klaxonnent dans leurs bagnoles, on est pas à Paris pour rien.

Le site d’exposition c’est le Comptoir Général (leur site ici). Sans vouloir être vachard, il surfe habilement sur la vague écolo-bobo (le canal Saint-Martin est l’un des temple du mouvement parait-il)  mais enfin mieux vaut encore ça que la vague beaufo-pollueur.

Quant à l’expo, il y avait plein de monde, ce qui m’a étonné et c’est un brin pénible. Chaque artiste avait sa chaise et son stand, ce qui faisait un peu bizarre aussi. Bon nombre avait l’air de s’ennuyer ferme, d’autres écoutaient les visiteurs leur raconter leur vie. Je n’ai pas vu beaucoup de pastilles rouges : il y avait apparemment beaucoup de badauds.

Quant aux photos, sans surprise, elles m’ont semblé très bon niveau : je n’ai pas été déçu. Les photographes sans site web que j’ai donc découvert sur place devraient se dépêcher d’en avoir un car eux aussi font un bon travail.

Dans la rubrique des regrets, je trouve vraiment dommage que l’étiquette qui accompagne chaque œuvre ne porte pas le prix demandé : certains photographes font cet effort mais trop peu. Les prix constatés allaient de 350 euros à 1 350 euros (sans surprise, il s’agissait de Richard Pak, et encore l’édition était-elle de 24 exemplaires ce qui est excessif à mon goût). J’ai aussi un doute quant aux 43 photographes annoncés : ou bien j’ai raté une partie de l’expo ou bien les photographes présents dans la projection (mais pas physiquement) étaient aussi comptés pour parvenir à ce total, non ? Bon, s’il y en avait vraiment 43 en chair et en os, au temps pour moi.

Du coup, je n’ai pas trouvé les prix des travaux (à part ceux de Richard Pak) que j’avais repéré sur les sites web (et comme je suis timide je n’ai pas demandé).

J’avais identifié Cynthia Cappe par son site web et avais hésité à la sélectionner dans mes favoris faute de trouver « la » photo mais, sur place, et alors même que j’avais oublié son nom, son travail m’a sauté aux yeux. Son site (ici) ne montre pas tout et l’agence qui la représente non plus (ici), c’est dommage. Sur place, elle proposait de petits diasec qui formaient comme un triptyque. L’illustration ci-dessous tirée de son site vous permettra de vous rafraichir ;)

L’autre découverte c’est Anthony Anciaux, pour ses portraits (à 490 euros mais l’édition ne figurait pas), mais alors même que sur son stand il était plongé dans son portable, il n’ a pas site web. A redécouvrir plus tard peut-être, dans un autre contexte.

Il vous reste deux heures pour aller voir alors pressez-vous.

Révélation 3 – Des photographes de talent Quai de Jemmapes – 27 et 28 juin 2009

Aujourd’hui et demain se tient Révélation 3 (que j’avais relevé en page Festivals ici).

Cette exposition gratuite (site ici) se tient 80 Quai de Jemmapes à Paris de 14 à 21 heures et 43 photographes sont présents. Plus des deux tiers disposent d’un site web (liste ici) et il faut bien avouer que, dans l’ensemble, pour avoir visité l’ensemble des sites web recensés, les travaux me semblent de bon niveau avec, dans certains cas, de véritables projets personnels.

Parfois, le propos photographique et le site web sont en parfaite harmonie comme dans le cas de Vincent Bitaud (ici) dont les séries Car(e)lesscity et Sleeping Beauties, dans des styles très différents sont inspirées et dont on apprécie l’intelligence du « statement ».

Parmi tous ces photographes, et en sus de Vincent Bitaud, il est donc difficile de faire des choix mais, pour ma part, dans des genres très divers, j’en ai retenu cinq : Dana Cojbuc, Bérangère HaëgyJoachim Lapotre, Sébastien Loubatié et le Grand Prix du Photoculteur ;) pour Richard Pak.

Dana Cojbuc (ici) avec sa série je me suis endormi sur le mur, qu’il me semble avoir déjà vue quelque part, nous dérange et nous amuse avec une économie de moyens déroutante.

Bérangère Haëgy (ici) dont je suis sûr d’avoir vu les photos quelque part, nous livre la vie rêvée de B., en référence à une poupée de plastique. La série est amusante et le propos sous les images « innocentes » n’est pas dénué d’intérêt mais la facilité de production ne la conduira pas, j’espère, à exagérément investiguer cette voie au risque de lasser.

Joachim Lapotre (site ici) a déjà été exposé et j’ai déjà parlé de lui (ici). Il s’était fait remarquer avec la photo ci-dessous, qui a le mérite de faire réfléchir, d’intriguer et de séduire, un cocktail rare.

Sébastien Loubatié (ici) dans un registre photographique plus spontané, nous montre deux séries(Vamos 1 et Vamos 2) où il photographie les serviettes de bains de baigneurs sur la plage. le site ne permet pas de linker sur les images mais cela vaut la peine d’être vu : une idée simple, une prise de vue sans fioriture pour un résultat frais et qui invite à réfléchir aussi sur notre propre image (c’est quoi votre serviette de bain  au fait ?).

Avec Richard Pak (ici) on atteint à mon sens les niveaux les plus élevés. J’avais vu ses travaux dans Photos Nouvelles (n° de mai-juin 2008), le magazine français de référence, à mon avis, en matière photographique, l’un des rares à éviter la mode, le sensationnel et la facilité, et qui tient des propos un tant soit peu construits.

Ses travaux de longue haleine, sur plusieurs années, parviennent à créer une ambiance propre et forment un témoignage parfois poignant de ce qu’il voit. Sa série Pursuit nous montre ainsi une Amérique de banlieue sinistre et une population usée, défraichie, à mille lieues de l’American way of life.

Russian Tearoom (RTR) – Collectif – REGARDE-MOI DANS LES YEUX

La galerie Small&Co dite aussi Russian Tearoom s’appelle maintenant RTR afin de ne pas confondre avec euh, un salon de thé russe, quoi.

L’exposition collective s’est achevée le 6 avril dernier et s’intitulait « REGARDE-MOI DANS LES YEUX – Portrait photographique russe ». Il faut bien avouer que cette exposition m’a bien plu et, de surcroit, les prix pratiqués ne sont pas exorbitants. Commençons par ce sujet désagréable comme cela ce sera fait.

La seule exception tarifaire concerne Oleg Dou, notablement surfait (imho) à 6 000 euros. Ceci dit, s’il y a des acheteurs à ce prix (et il y en a), autant en profiter.

Pour le reste, Marina Lapina est à 450, Evgeny Mokhorev à 2000, Margo Ovcharenko à 700, Evgeny Petrushansky à 1000, Dasha Yastrebova à 700, Igor Savchenko à  1200, Sergey Maximishin à 3000.

Marina Lapina, ce sont de petits autoportraits presque carrés en noir et blanc, un peu énigmatiques, visage voilé, image floutée.

Evgeny Mokhorev (32 ans) livre ses photos d’enfants et d’adolescents qui semblent en perdition, un sujet qu’il avait présenté en 2002 à la Maison de la photographie à Moscou (ici). Margo Ovcharenko n’a que 20 ans et son travail est visible sur Flickr (et notamment ici) . Il s’agit de portraits très frais de la jeunesse russe.

Elle  a déjà exposé à la galerie du Beffroi à Namur en compagnie d’ailleurs notamment de Evgeni Mokhorev et Dasha Yastrebova. Cette dernière, 20 ans aussi, a déjà exposé à la galerie Pobeda à Moscou (ici, dans un style différent de ce qui était visible à Paris). Quelques mots en français sur son travail se trouvent ici.

Je n’ai pas vu le travail de Igor Savchenko à cette occasion mais sa série Mysteria avait déjà été montrée auparavant il me semble. Son travail est visible  sur son site web qui en revanche est peu pratique (ici).

Sergey Maximishin présentait une seule photo, ci-dessous, tirée de son site web remarquable (visible ici).

Il est à noter que Sergey Maximishin et Evgeny Mokhorev exposent à Bruxelles du 7 au 31 mai (vernissage le 6) à la galerie Espace Art 22 (au 22 rue Van aa). L’information n’est pas encore sur leur site web (ici).

Maison européenne de la photographie – François Rousseau

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie, à Paris) a renouvelé son accrochage. Des cartes postales à la peinture sur photographie en passant par la vidéo, on voit un peu tous les supports et de Fiorio et Minot-Gormezano à Rousseau, on fait le grand écart dans les styles.

ici, il ne s’agit pas de jean-Jacques mais de François Rousseau, photographe de mode et de publicité qui avait réalisé en 2004 le livre et le calendrier Les Dieux du stade, vous sous souvenez ? C’étaient des rugbymen nus.

Cette fois, le travail de François Rousseau s’appuie sur le roman de Patrick Grainville (Goncourt 1976), l’Atelier du peintre (publié en 1988), dont il donne ici une version photographique des épisodes clés. L’histoire, nous dit le prospectus, se déroule à Los Angeles où se croisent dans l’Atelier du peintre, une population diverse de modèles, anciens délinquants ; au sein de l’Atelier vit une communauté où hommes et femmes vivent chacun de leur côté ; quant au Maitre, il cherche à reproduire le tableau de Van Eyck, les Epoux Arnolfini ,en faisant poser ses élève, en vain.

Beau prétexte que voilà pour montrer des corps magnifiques, féminins et masculins, noirs et blancs, jeunes et moins jeunes et il faut bien avouer que ces immenses panneaux photographiques réalisés à la chambre 20×25, post-traités et montés sous diasec font de l’effet et que les modèles sont, bien entendus, des perfections de corps humains, musclés et charpentés pour les hommes, fins et déliés pour les femmes. On en oublie presque la mise en scène.

L’exposition montre ainsi deux grandes fresques, tout en largeur, une masculine et une féminine, autour d’une scène centrale représentant un couple se tenant par la la main composé d’une femme blanche nue enceinte et d’un homme noir en costume avec en fond un miroir. Cette scène, c’est bien évidemment une libre interprétation des Époux Arnolfini de Van Eyck (1434), tableau visible à la National Gallery à Londres. A ce propos, je vous conseille le Musée Groeninge, à Bruges, où vous pourrez voir des primitifs flamands de toute beauté (il réouvre dans un mois, le 26 mars 2009 – fin de la parenthèse).

Vous voyez ci-dessous les deux œuvres.

Les deux fresques présentes avec ce panneau central forment une sorte de retable contemporain. Vous voyez ci-dessous, d’une part, une photo de l’ouvrage de François Rousseau (merci à lui de me l’avoir envoyée :) et, d’autre part, en dessous, une photo prise sur place lors de l’exposition.

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Au-delà ce bref extrait, d’autres photos vous attendent, toutes très impressionnantes.

Ce travail photographique est complété par une musique, une vidéo et un texte de Patrick Grainville : l’ensemble de ces éléments fait, bien entendu, l’objet d’un coffret (180 ou 800 euros selon le cas). Il est possible de s’adresser à l’auteur directement depuis son site web pour disposer d’extraits de son ouvrage (c’est par ici).

Je vous livre juste, pour finir, une vue partielle d’une autre de ses photographies (merci encore à François Rousseau de me l’avoir envoyée :) et vous invite à visiter la MEP mais aussi la galerie Pierre-Alain Challier (ici et 8, rue Debelleyme à Paris dans la vraie vie) qui l’expose jusqu’au 7 mars 2009.

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Il ne vous reste plus qu’à casser votre tirelire (moi, j’ai eu mon bonus :)

Walker Evans et la carte postale au MET

Mes petits camarades de DLK collection (ici) ont publié aujourd’hui, hasard de calendrier, un article sur l’exposition qui se déroule au MET (le Metropolitan Museum of Art, situé à New-York) et qui porte sur Walker Evans et les cartes postales (leur billet est ) au moment même où la MEP (Maison Européenne de la photographie, située à Paris) expose des cartes postales américaines. J’en ai parlé dans un récent billet, . Curieuse conjonction, non ?

L’exposition au MET que je vous laisse découvrir plus en détail sur le blog de DLK collection regroupe, notamment 21  photos de Walker Evans et 10 panneaux muraux montrant des cartes postales. Les photos prises sur places sont éclairantes … et cruelles pour la MEP. Ceux qui ont visité me comprendront. Je vous livre juste ci-dessous quelques commentaires que m’inspire leur article.

Les cartes postales ne sont pas n’importe quoi : elles proviennent de la donation de Walker Evans au MET, en 1994, soit 9 000 cartes postales soigneusement classées, fruit de 60 ans de collection. Pour ce qui concerne la MEP, on ignore tout de la provenance des cartes postales.

L’exposition au MET couvre la période 1905-1920 et comprend des cartes postales en couleur : à la MEP, on voit une période antérieure, en noir et blanc. Walker Evans a souvent détouré ses négatifs pour les mettre au format carte postale : à la MEP, aucune référence à la pratique photographique de Walker Evans où à qui ce soit, dommage. Pour mémoire, dans les deux expos, il s’agit de photos américaines de la même période à 20 ans près.

Au MET sont aussi exposées des cartes postales reçues par Walker Evans en provenance d’autres photographes comme Diane Arbus ou Lee Friedlander : cette exposition est intelligente en créant des ponts entre photographes. Rien de tout cela à la MEP : juste de pauvres cartes postales sous verre.

Arrêtons là le massacre : il y avait moyen de faire une exposition intelligente et attractive sur la carte postale US du début du siècle dernier, le MET l’a faite (c’est jusqu’au 25 mai si vous passez à NY, on ne sait jamais ;)

Maison européenne de la photographie – Giorgia Fiorio, Minot-Gormezano, Miguel Angel Rios

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie) a renouvelé son accrochage. On y trouve de tout, pour ne pas dire qu’on y trouve n’importe quoi, entre cartes postales et travaux de peinture sur photographie de Robert Combas. On y trouve aussi des travaux des plus classiques comme ceux de Giorgia Fiorio et Minot-Gormezano et la vidéo de Miguel Angel Rios.

Giorgia Fiorio nous montre des photographies en noir et blanc de format carré et de taille moyenne dans le plus grand classicisme photographique, propre et net. Elle nous ramène des photographies de ses voyages dans de nombreux pays ; j’ai relevé notamment : Inde, Thaïlande, Pérou, Brésil, Éthiopie, Myanmar, Turquie, Israël, Vanuatu, Kenya, Soudan, Russie, Mexique, Philippines, Pologne, Ouzbékistan et Mali.

Toutefois, ce ne ont pas bêtes photos de voyage mais un parcours planétaire axé sur les croyances et les pratiques religieuses. le titre de la série est « Don, 2000-2009 ».  Un très bon reportage qui, aurait sa place dans le National Geographic.

Giorgia Fiorio dispose d’un site web (ici) qui présente son travail et dont est extrait l’illustration ci-dessous.

Du côté de Minot-Gormezano, le binôme composé respectivement de Pierre et Gilbert, le style est classique mais le thème relativement original, « L’ombre, le reflet ». De fait, les photographies illustrent à merveille le titre de l’exposition. Au final, c’est tout de même franchement aride, ennuyeux et répétitif à l’exception peut-être de la série « Haut Pays » où une ombre se dissimule sur fonds de hauts sommets, des images poétiques invitant à la rêverie et à méditer sur la petitesse de l’homme (en tout c’est ce que cela m’a inspiré).

Le duo dispose d’un site web hélas en Flash, ici.

Miguel Angel Rios montre une vidéo sur 5 écrans (AQUI).  Je n’ai pas regardé la vidéo car je ne supporte pas d’être prisonnier du temps de projection (souvent non indiqué). Des dessins préparatoires et des photographies, que j’ai regardées, illustrent son propos. Un cartel fait référence, au Bien et au Mal, à Eros et Thanatos. Les photographies montrent des toupies et le film aussi. Le dépliant précise : « l’œuvre dépeint la lutte pour la survie, les relations violentes entre les masses et les individus ». Pour rester plus au ras du sol, il s’agit de bêtes toupies. On peut effectivement y voir ce qu’on veut y compris la lutte entre le bien et le mal. Tout cela m’a semblé néanmoins bien fumeux mais comme l’artiste a une sérieuse réputation et puisque c’est Neuflize Vie qui paie, libre à elle de distribuer ses financements à qui bon lui semble. Ses clients apprécieront  (ou pas).

Jeu de paume – Site de la Concorde – Sophie Ristelhueber

Le jeu de Paume, sur le site Concorde, ce n’est pas seulement Robert Frank, c’est aussi Sophie Ristelhueber (ici), avec une exposition située à l’étage.

Son travail  tranche avec celui de Frank. D’un côté, on a un photographe, de l’autre, on a une artiste qui utilise la photographie à travers une large palette de formats et de techniques et recourt également à d’autres pratiques que la photographie (vidéo et même broderie). Ici, il ne s’agit pas de seulement de montrer ou de témoigner mais de faire réfléchir le regardeur, de le déranger aussi. Pour le coup, si Robert Frank a dérangé en 1958 et ne dérange plus en 2009, Sophie Ristelhueber lui a succédé.

A cet égard, l’impressionnante photo, souvent reproduite, du dos couturé d’une femme, ne donne pas une vision très exacte du contenu de l’exposition. Plutôt racoleuse, cette image pourrait laisser penser que l’exposition est consacrée aux corps en prise  à la souffrance ou à la maladie.

Il n’en est rien. Ce dos, de format gigantesque, fait face à une véritable avalanche de tout petits formats en noir et blanc sur un motif récurrent de façades mitraillées, d’immeubles effondrés ou éventrés, tous photographiés à Beyrouth, victime de guerre (illustrations ci-dessous, échelles différentes). Et, plus loin, en réponse à ce jeune dos féminin et anonyme, un visage d’homme âgé avec cicatrice : un visage mais lui aussi anonyme. En bref, l’artiste fait réagir sur le thème de la cicatrice, de la blessure, quel que soit son territoire, corporel ou géographique.

Ailleurs, dans la plus grande des salles, que l’on découvre d’entrée, le visiteur était déjà préparé par une suite monumentale de photographies formant un damier, ou un patchwork, couvrant un mur et le retour d’un second, accrochée en hauteur. Les images sont toutes des carrés montrant des paysages doublement désertiques : des déserts (de sables) vides de présence humaine. Ces déserts sont criblés d’impacts et vus à des altitudes multiples, depuis le ras du sol jusqu’à des vues aériennes : l’homme est absent mais sa trace est présente, celle de la guerre.

Ces travaux sont impressionnants et l’ampleur des salles qui ménage des vides empêche le regard de trouver un quelconque réconfort.

Pour le reste, vidéo un peu hors sujet, et autre travaux (broderie par exemple) un peu riquiqui égarés dans les salles m’ont moins convaincu, de même que les diptyques (illustration ci-dessous) mettant côte à cote des images noir et blanc d’archive de l’artiste et une vue moderne des lieux en couleurs. Un commentaire savant se trouve sur le site de la Société française de photographie, ici.

Vous pouvez allez voir jusqu’au 22 mars 2009.

Jeu de paume – Site de la Concorde – Robert Frank – Les américains

Au Jeu de Paume, sur le site de la Concorde, Robert Frank nous montre  « les américains», une série qui reprend les photos du livre éponyme paru en 1958 (illustration ci-dessous).

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Un cartel nous informe que les photographies sont dans l’ordre original voulu initialement par Robert Frank : on rappellera que ce livre a été édité en « deux versions originales », une aux États-Unis et une autre en France, dans un imbroglio juridique toujours pas levé alors que sort une nouvelle mouture en ce moment, par un heureux hasard de calendrier, comme on dit.

Le cartel n’indique pas le sens de la visite ce qui témoigne de l’humour (involontaire ?) des organisateurs de l’exposition. Plus généralement, une fois de plus, l’accompagnement du visiteur est réduit à sa plus simple expression avec de rares  commentaires, ceux de Jack Kerouac certes, issus de la première édition américaine du livre de Robert Frank.

Je suis toujours dubitatif face à ce genre d’exposition qui part d’un medium non destiné à l’exposition : le travail de Robert Frank ce ne sont pas des tirages de photos en grand format mais un livre. C’est un peu comme si, inversement, on s’extasiait sur un livre présentant des reproductions de peintures. Pour moi, il s’agit de deux travaux bien différents, une exposition et un livre ; le medium de référence c’est le livre.

Ceci dit, les tirages, ni trop grand ni trop petits, se prêtent bien à la visite : ils proviennent de la MEP et sont de bonne qualité, tout comme l’éclairage qui évite les reflets. Toutefois, malgré l’heure matinale, de nombreux visiteurs étaient déjà là.

L’ensemble est, imho,  inégal mais il y a vraiment des perles comme ces gosses dans une grosse auto, de nuit, ou bien encore cette route qui fuit vers le lointain. Par ailleurs, il se dégage quelque chose de l’ensemble que je ne saurais décrire.

Il a été dit que le livre a fait sensation a sa sortie en raison du caractère « sale » des photos, mal cadrées, pas nettes, granuleuses. En fait, je n’ai pas vraiment retrouvé cela lors de la visite, en tout cas, pas sur l’instant. Une visiteuse faisait remarquer « tiens, il a changé de pellicule» : en effet, la série présente à la fois des images avec du grain et d’autres de facture très classique, très nettes. Mais rien de choquant ou même de dérangeant là-dedans. Quant aux sujets traités, ils ont été aussi objet de vifs échanges lors de la sortie du livre, car Robert Frank montrait une Amérique moins engageante, moins victorieuse que celle qui prévalait dans les esprits et la photographie de l’époque. Aujourd’hui, l’œil de 2009 ne sera guère ému de voir les thèmes traités, qui d’ailleurs sont moins portés vers le misérabilisme que vers une certaine authenticité avec, souvent, en toile de fond, le thème de la route, du voyage, chère à l’Amérique et à Kérouac.

L’exposition est complétée de photographies prises par Frank dans l’immédiat après-guerre à Paris. Bien de peu de visiteurs s’y attardaient. Pourtant, c’est en voyant cette série après l’autre que j’ai pris conscience de l’effet qu’a produit « les américains ». Dans ses images d’après-guerre, Frank est tout ce qu’il a de classique et le « style » est vraiment tout différent de ce qu’il fera 10 ans plus tard avec « les américains ». L’autre constat surprenant, c’est que ces photos de Paris ne m’ont fait aucun effet. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle renvoient à une réalité historique qui est bien éloignée de celle d’un quadra. Mais alors pourquoi celles sur les américains « marchent mieux » ? peut-être parce qu’elle renvoient moins, pour un européen, à une histoire passée, révolue, datée, mais à une mythologie américaine solidement ancrée (les grands espaces, la route, etc).

Quoi qu’il en soit, cette exposition, comme toutes celles du jeu de Paume, est incontournable, même si elle n’est pas inoubliable, alors allez-y.