Rencontres d’Arles – Atelier de maintenance – Griffin, Holomicek et Parr

Les Rencontres d’Arles se sont établies dans le centre-ville d’Arles et aux Ateliers, un site de la SNCF partiellement reconverti. Ce vaste parc est composé de plusieurs bâtiments et nous commençons par l’Atelier de maintenance.

La première exposition est celle de Brian Griffin (son site ici), qui présente deux travaux sans rapport.

Le premier est une « série islandaise » sur le thème de l’eau (the water people) réalisée sur l’invitation de l’agence de l’eau islandaise. Ceci nous vaut des portraits à travers une vitre mouillée, des visages dégoulinants avec de l’eau comme figée dans son mouvement mais aussi des photos presque surréalistes (un dôme, un jet de vapeur, un trépan,…) et des formats plus petits presque abstraits (tuyaux) ainsi qu’une installation de médailles réalisée avec une autre artiste. L’ensemble est assez déstabilisant, trop hétérogène alors que chaque sous-ensemble en lui-même est plutôt bien vu. En l’espèce, cet accumulation de photos « en vrai » est à mon goût excessif, trop envahissant et le site web (que je vous invite à visiter), pour une fois, me semble plus agréable, moins invasif que toutes ces photos déposées dans cet atelier. Ces deux photos de la série the water people, ci-dessous, tirées du site web de l’artiste me semblent particulièrement réussies, chacune dans leur genre. Je vous laisse méditer :)

La seconde série (St Pancras) est consacrée aux hommes et femmes qui ont contribué à la construction du High Speed 1 (achevée en 2007), la ligne de chemin de fer à grande vitesse qui relie la sortie du tunnel sous la Manche à la gare de St Pancras de Londres en 35 minutes.

Il y montre des portraits en noir et blanc et en couleur, institutionnels, naturel ou plus créatifs. Les chefs sont plutôt en pied et en couleur et les ouvriers en noir et blanc mais j’ignore s’il s’agit d’un biais de sélection ou non. Cet ensemble est très réussi, les formats retenus, plus modestes que pour l’autre série évitant d’écraser le regardeur mais; là-aussi, il y a une telle avalanche de photos qu’il est difficile de tout apprécier.

Bohdan Holomicek devait présenter 70 tirages au vu du panneau mais j’ai compté « seulement » 44 photos et une vidéo. Ces travaux portent presque tous sur son voisin et ami Vaclav Havel que l’on voit surtout en société avec des mis ou des militants, cigarettes et bouteilles sur les tables, surtout dans les années 70. Il s’agit de petits formats noir et blanc dans leur jus de piètre qualité technique et esthétique: des photos amateurs qui ont valeur de témoignage sur la vie de Vaclav Havel mais qui n’intéresseront guère que les fans de cette période ou d’histoire Tchèque. Tout à fait entre nous, cette exposition n’a pas sa place à Arles dans la sélection officielle et s’apparente au remplissage à bon compte d’un vaste espace d’exposition.

Martin Parr décidément omniprésent (sortie de son nouveau bouquin consacré à l’absence de crise chez les riches, oblige) montrait un montage de diapositives de ladite série (luxury), vue a la MEP (billet ici) mais montrée ici de façon plus étendue (enfin il m’a semblé). Tant que j’y suis, vous pouvez réserver son bouquin chez Amazon (ici).

Au final, un sentiment mitigé.

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Jeu de Paume – Martin Parr – Planète Parr

Le Jeu de Paume et notamment son site place de la Concorde (Métro Concorde) produit régulièrement des expositions montrant le travail de photographes renommés, plutôt contemporains. Parmi les récentes expositions, on peut citer celles concernant Lee Miller (billet ici), Richard Avedon ou Robert Frank (billet ici).

Après le bide Harun Farocki | Rodney Graham, voici donc à nouveau une exposition accessible au grand public d’un des grands noms actuels de la photographie, Martin Parr. L’exposition est justement intitulée Planète Parr car elle ne montre pas que le travail de Martin Parr mais aussi sa collection d’objets et sa collection de photographies (tant britanniques qu’internationales).

Autant dire tout de suite que l’objectif est atteint : en montrant les diverses facettes de l’homme, on voit mieux son fonctionnement et onvoit mieux d’où vient son travail. Ainsi, les nombreux photographes britanniques exposés, dont beaucoup sinon la plupart m’ont semblé méconnus démontrent que Martin Parr ne vient pas de nulle part (ah ah) mais est l’héritier d’une tradition britannique.

Il y a en revanche une corolaire à cette vision à 360° de Martin Parr, c’est la présence de ses collections dont le moindre que l’on puise dire, c’est que leur intérêt est nul, leur existence seule importe, et le visiteur passera vraisemblalement peu de temps à contempler des montres Saddam Hussein ou des verres Thatcher. Seules exceptions, peut-être, les tapis de prière faisant référence au 11 septembre, assez frappants et, naturellement, dans un tout autre registre, la collection de livres de Martin Parr. Chacun sait qu’il a produit un livre sur les livre de photos qui a provoqué une envolée des prix de tous les bouquins qui s’y trouvaient cités. Martin Parr lui-même avoue que sa collection de livres de photo est la plus aboutie de ses collections. On veut bien le croire.

La fraction présentée de sa collection de photographies montre des pièces sans surprise et la surprise vient plutôt du caractère éclectique de ce qui est montré. Martin Parr ne collectionne pas du Parr et c’est tant mieux : noir et blanc et couleur, ancien et contemporain, photographes aboutis ou émergents, occidentaux ou japonais, portraits ou paysages, etc,  tout le champ est couvert.

Quant au travail de Parr lui-même, c’est presque le parent pauvre de l’exposition mais les murs ne sont pas extensibles. Le choix a été fait de montrer un travail sur les riches en temps de crise, acide à souhait, ainsi qu’un reportage en Grande-Bretagne. Ce dernier, relégué en fin de parcours avec quelques journaux punaisé aux murs fait pâle figure. En revanche, la satyre sociale que nous livre Parr sur les nouveaux riches et la haute société est toujours un régal : il montre avec délice le trop. Trop de maquillage, trop de nourriture, trop de strass, trop de marques, trop de clinquant. Il montre aussi le raté avec talent : la tâche qui tue sur une robe de cocktail, les bourrelets, les rides. Il montre aussi le grotesque : les lunettes noires ou trop ouvragées, la fourrure à gogo, etc.

C’est une exposition à voir, et pas trop cher, jusqu’au 27 septembre 2009. Le site est climatisé. Le site de Martin Parr montre les travaux exposés en rubrique « récent » (ici).

ArtBrussels 2009 – Les galeries étrangères – Partie 10

Beaumontpublic (Luxembourg et ici) montrait Marina Abramovic, Su-Mei Tse et Ellen Kooi. Filomena Soares (Lisbonne et ici) présentait Joao Penalva. Andre Simoens (Knokke) sortait le grand jeu avec Rineke Djikstra, Andres Serrano, Annelies Strba, Thomas Ruff, Martin Parr et Marie Jo Lafontaine. Blancpain (ici et Genêve) montrait Balthasar Burkhard et Jules Spinatsch. La galerie Transit (Mâlines et ici) exposait Sergey Bratkov. Simon Lee (ici et Londres) ne prenait pas de risque avec Larry Clark.  Ben Browne (ici et Londres) montrait Matthias Schaller, Candida Höfer, Tseng Kwong Chi et Thomas Ruff.

Van der Grinten (ici et Cologne) montrait Pierre Faure, Izima Kaoru et Adam Jeppesen et, par extraordinaire, les prix étaient affichés (respectivement : 2 400, 7 500 et 2 600 euros).

La galerie Fifty one (Anvers et ici) est l’une des rares galeries présentes à ArtBrussels à être spécialisée en photographie. Je vous invite donc à faire un tour sur leur site : sachez touteois que les artistes présentés sont pour la plupart des célébrités ce qui ne les met pas à la portée du premier quidam venu. Cette galerie avait retenu Hiromi Tsuchida, Bart Michiels, Michael Wolf, Friederike Von Rauch, Kyungwoo Chun, Carl de Keyzer, Saul Leiter et Ray K. Metzker.

Galerie Anhava (ici et Helsinki) montrait Jorma Puranen, un travail intéressant sur le reflet.

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 27 – Dôme de l’Hôtel Dieu

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont l’Hôtel Dieu. L’exposition est terminée depuis le 18 octobre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008

L’exposition présentait des œuvres issues du F.n.a.c. (Fonds National d’Art Contemporain de Paris). On voyait à nouveau (!) les jeunes artistes Vlckova et Metzger (un extrait de sa série « Nightshot », en grand format sous Diasec). Je n’attarde pas non plus sur Virxilio Vieitez que j’avais déjà vu, dans le même registre, à Châlon (ici). Il est représenté par l’Agence Vu et certaines de ces photos sont sont visibles sur leur site (ici).

Camille Vivier donnait à voir de jeunes travailleurs en uniformes (portant fièrement le logo de leur  entreprise) avec le même fonds sombre et une mine expressive. Un travail qui tranche avec les récompenses qu’elle a déjà obtenue pour ses photographies de mode. Pourtant, peut-on faire du neuf dans le domaine ? Je ne sais pas trop. On pense immédiatement à Fréger (entre autres). Le site de son agence (ici) ne présente hélas pas cette série, lui préférant une série évanescente.

Jian Jiang montrait de grand portraits d’enfants chinois en noir et blanc en « dyptique » avec papiers d’identité sur fond noir. Un travail assez troublant entre cette juxtaposition d’un enfant qui semble pauvre, à la mine triste et innocente, et de papiers d’identité qui renvoient au contrôle voire à la répression. Renseignement pris, il s’agit d’orphelins confiés à un temple Shaolin dans le Henan. L’image ci-dessous est empruntée à ce site (ici).

Angel Marcos accueillait le visiteur qui pénétrait sous l’impressionnant dôme avec de magnifiques images de cuba presque en ruine, désertes, aux couleurs resplendissantes, en grands formats verticaux contrecollés sur bois.

Balthasar Burkhard montrait une (seule) vue géante et panoramique en noir et blanc de Mexico qui se présentait comme composée de « couches », de strates d’habitations. Une photographie prise depuis un hélicoptère ai-je appris depuis. Un article sur son travail sur les villes peut se trouver sur le site du Mamco (à Genève), ici. L’image ci-dessous, qui n’est pas celle vu à Lyon, est issue du site (ici) de la Deutsche Börse, et illustre le propos. L’oeuvre fait 2,75 mètres de large.

Vincenzo Castella qui est, lui, spécialisé dans les paysages urbains, montrait Athènes de loin (ci-dessous) comme découpée en gradins et Turin, de plus près.

Martin Parr présentait des cartes postales de scieries et autres vieux objets même pas kitsch. Vaguement cheap en tout cas.

Beat Streuli est également fort connue mais pas pour des paysages. Sa spécialité c’est le portrait de passants pris à longue distance. On avait droit à des tirages de luxe sous plexiglas en 150 x 200 centimètres. Pour autant, pas très convainquant tout ça. Son site (ici) présente largement son travail.

Dans un tout autre registre, Mazdak, un pseudonyme, montre des talibans. Pour les incultes, le mazdakisme est une doctrine prônant l’égalité des richesses qui eut son heure de gloire en Perse antique, sous le règne du Shah Kavâd (règne: 499-531). Ses talibans sont des portraits étranges : des noirs et blancs colorisés, à la manière d’icones ou d’images pieuses indiennes ou encore « pop ». Un paradoxe pour des musulmans, surtout intgristes, que d’accorder tant d’importance à leur image et un autre encore que de voir ces individus auxquels de terribles exactions peuvent être imputées, ainsi représentés sous une forme naïve, presque divine tant, pour certains, ces visages sembles christiques et un autre enfin que de voir sur certaines l’AK 47 de rigueur et la cartouchière. Un site montre une vidéo sur le sujet (en anglais), ici. A noter que le contexte de ces photos ne me parait nénamoins pas du tout clair (photos trouvées ? mises en scène a posteriori de photos d’identité ?) et ce d’autant que le sujet peut prêter à polémique. C’est ainsi que photographie.com cite paris Match dans son édition du 3 janvier 2002 “Les destructeurs des bouddhas de Bamiyan font colorier leurs portraits en posant des fleurs dans les bras ”.

Olga Chernysheva nous montre des bonnets sur une tête, de dos dans un cadre souvent flou, difficile à situer mais le plus souvent naturel et hivernal. Les explications fournies par l’auteur sur son site sont fumeuses (ici) mais au moins ces photographies sont sympathiques. J’aime bien le bonnet rouge donc je vous le montre. La série complète des bonnets est ici. L’illustration provient du site d’Olga (ici) qui fait bien entendu autre chose que des photos de bonnets (même sympathiques).


Anton Olshvang est en quelques sorte le « tribut » versé au lieu car, l’Hôtel Dieu, comme son nom l’indique, est un hôpital, toujours en activité, où exerça Rabelais, comme médeçin, de 1532 à 1534. Anton nous montre donc des types sanguins et rhésus brodés sur des tissus. C’est assez troublant ce mélange entre étoffe luxueuse, glamour et séduisante et d’autre part ce rappel de notre animalité, de la maladie et de la souffrance. On est plus habitués à voir cet élément de « technique médicale » sur d’autres éléments techniques comme une voiture de rallye ou un casque que sur une part de rêve. L’image ci-dessous vient de son galériste (Krokin Gallery) et d’autres images sont donc visibles ici.

Pour finir, une superbe vue de l’Hôtel Dieu pendant la Fêtes des Lumières.

Maison européenne de la photographie – partie 3

Présentation hétérogène cette fois encore à la MEP que j’ai visitée dimanche dernier. Après les petites salles dévolues à Marie-Paule Nègre, Dimitri Tsykalov et Julia Milner et deux grandes salles consacrées à Jean-Paul Dumas et Marco Zanta voici l’un des clous de l’exposition, l’accrochage consacré au magazine Stiletto (ici).

A priori, 25 photographes étaient présentés. Manque de chance, comme pour l’expo consacrée à Leibovitz (mon billet ici), certains n’ont droit qu’à un mur dans un couloir, sans recul, couvert jusqu’à 2,50 mètres de hauteur de photos invisibles sauf à être pourvus d’échasses, et privées de commentaires. C’est tout juste si j’ai pu retrouver une photo de Marcus Tomlinson (qui m’avais enthousiasmé à Arles: mon billet ici), complètement massacrée par un accrochage aussi pitoyable.

Heureusement, d’autres photographes étaient  moins maltraités en terme de visibilité mais hélas ce n’était qu’un saupoudrage de photos. Ainsi Yanai Toister (son site ici) nous montre seulement deux énigmatiques photos issus d’un reportage sur l’architecture des kibboutzim, entre le bunker et la villa Savoye (ici). Pixelcreation.com présente un large assortiment de photo de l’expo (ici) auquel j’ai emprunté l’illustration ci-dessous ainsi que celle concernant Parr.

Raphael Dallaporta (son site ici) nous montre trois photos présentant chacune un vêtement comme flottant dans les airs sur fond de dégradé de couleurs genre Photoshop (ceci dit, esthétiquement, le grand format fait son effet).

Même une célébrité comme Valérie Belin (son site ici) n’avait droit qu’à trois photos : des souliers noirs sur fonds blanc ultra contrasté conduisant à un effet ‘plat » et « dessiné ». A ce propos, elle sera visible à Lausanne au Musée de l’Elysée à partir du 6 novembre.

Martin Parr était peut-être le moins maltraité, avec Douglas Gordon.

Parr nous montre des avant-bras avec Rolex. Passons. Il nous montre surtout des souliers (pour mémoire, c’est le magazine Stiletto qui sponsorise…) et là on retrouve son style « candy » avec des couleurs « flashy ».

Gordon nous montre des chaussures et des jambes très sexy. à travers trois séries : chaussures et femme sur carrelage, jambe et chaussure perchée sur une chaise, chaussure rouge suspendue tournant légèrement floue.