Rencontres d’Arles – Coup de coeur – L’atelier du midi – proches – Pastureau + Pralus

Aux rencontres d’Arles, il y a un Off pas terrible mais quelques travaux surnagent et, pour ceux-là, un article collectif n’est pas suffisant.

L’exposition à l’Atelier du Midi montre « proches », titre retenu par deux jeunes auteurs, Lucie Pastureau et Lionel Pralus. Lucie n’est pas une inconnue puisqu’elle avait exposé à la Galerie jeune création à Paris et il faut bien avouer que je n’avais pas été vraiment convaincu sur le moment (billet ici), en raison du sujet traité mais aussi du lieu. Cette fois, outre que les travaux montrés vont au-delà de la série déjà vue, le lieu d’exposition rendait mieux justice à son travail. Et puis le dialogue photographique entre Lucie et Lionel est aussi un atout. J’ai découvert à cette occasion le travail de Lionel Pralus, très réfléchi, qui m’a touché (et ce n’est pas souvent).

Du coup, je suis cette fois franchement enthousiaste. Il y a par ailleurs un excellent article, interview à l’appui, sur leur travail, c’est suffisamment rare de trouver des articles valable sur internet qu’il faut se précipiter pour le lire, chez lesphotographes.com, ici. En lisant cet interview vous verrez deux jeunes gens d’une grande maturité dans leurs réflexions et qui n’ont pas la grosse tête et je vous assure que cela fait le plus grand bien quand on voit, lit et entend tous les cardinaux de la photographie et des arts pontifier et se gausser du public.

Vous pouvez aussi aller directement sur le site du minicollectif Faux Amis (ici) qui, au couple déjà évoqué, ajoute Hortense Vinet, elle aussi issue de la même promotion de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de la ville de Paris (ENSAD).

La première partie de l’exposition se trouvait en rez de chaussée d’une maison et consistait en une installation combinant une bande son (un souffle me semble-t-il), des textes courts oniriques encadrés comme des photos et bien sûr des photos de tout type et de tout format. Mais le meilleur restait à venir dans la cave de la maison d’à côté.

Dans la maison d’à côté, donc, on trouvait les travaux des deux auteurs non plus en fusion mais distinctement.

Lucie montre « septième », des texte et images autour d’une disparition (qui a donné lieu à une publication – texte de Madeline Roth) et à nouveau sa série frères mais dans de meilleurs conditions de « visionnage ».

Lionel quant à lui montre des entre deux, des terrains presques vagues (série terrain vague). Il expose aussi lettres aux pères, un travail en cours. Lionel nous jetait aussi à la figure ses paysages familiers : des paysages banaux et un texte rugueux (exemple: mes parents n’ont pas d’amis) sérigraphié dessus de telle sorte qu’on ne le distingue que sous un certain angle, en faisant un effort. C’est ce travail qui m’a paru le plus inspiré et le plus dérangeant. Pour tout dire, le thème du père, ces textes personnels durs sérigraphiés sur des paysages de la campagne ordinaire et ces terrains à l’abandon construisent déjà une œuvre à mi-chemin du portrait (ou de l’autoportrait ?) et du paysage, chargés d’émotions et d’un non-dit, vécu ou imaginaire, que chacun se plaira à imaginer (illustration ci-dessous tirée du site du collectif).

Ce n’est pas tous les jours qu’on fait une découverte comme cela alors je vous invite à suivre leur travail qui sera visible aux Photaumnales de Beauvais, en bonne compagnie.

Je me rends compte que cela fait longtemps que je n’ai pas râlé contre les pseudos galeries qui prétendent vendre des tirages de collection (entre autres balivernes) qui ne sont autres que des photocopies couleur en grande série (j’exagère à peine). Sachez, jeunes collectionneurs et amateurs de photos que le travail de Lucie et Lionel se vend quelques centaines d’euros pour des éditions de 10 (les frères à 330 encadrés en 32*32 et les paysages familiers à 380 en 40*60, par exemple).

Voilà :)

Galerie Jeune creation – Lucie Pastureau

La Galerie Jeune création (6 villa Guelma et ici)  se situe dans la Quartier de Pigalle mais heureusement à 50 mètres du métro, ce qui évite de trop trainer. En fait de galerie, il s’agit d’une maison dont une pièce est destinée à accueillir les photos : il faut sonner à la porte.

La photographe présentée, jusqu’à fin mars 2009, est Lucie Pastureau (27 ans – son site ici), qui a reçu le prix des lectures de portfolios lors du Mois de la Photo-OFF 2008. Ces tirages de petits formats au couleurs claires nous font partager le quotidien normal d’adolescents normaux, ce qui est finalement assez rare puisque le plus souvent nous avons droit aux ados malades (SIDA, anorexie, dépression, etc), aux drogués ou alors aux adolescents qui sont à 10 000 kilomètres.

L’exercice est donc une photographie de proximité, intimiste, peut-être trop faiblement distancié. Pour ce qui me concerne j’adhère assez peu tant à la thématique qu’au formalisme proche du photo-reportage : encore une fois, ces photographies, empreintes de sensibilité seraient certainement plus à leur aise dans un livre ou un magazine que dans le séjour d’un collectionneur ou aux murs d’une galerie. Il est bien dommage que la presse magazine préfère dans son ensemble nous abreuver de top models, d’images de guerre ou de jolis images photoshopées bien propres. Bref.

Souhaitons-lui en tout cas bonne chance pour la suite de sa carrière.