Haïti, publicité et photographie

A moins de vivre sous un rocher, chacun a appris la catastrophe qui a frappé Haïti récemment causant des dizaines de milliers de morts. Il se trouve que j’observe dans le même temps la multiplication d’initiatives caritatives, notamment sur Twitter: chacun y va de son tweet pour encourager les dons.

Jusque là, tout va bien.

Là où le doute m’assaille c’est quand je vois des photographes professionnels mettre aux enchères leurs travaux en annonçant que le produit de la vente ira à Haïti, le dire et le répéter à l’envie, et insister lourdement afin que les lecteurs misent plus (c’est une bonne cause après tout, comment refuser ?).

Où se situe la limite entre le don désintéressé de son travail en faveur d’une juste cause et l’auto-promotion  à bon compte qui tire parti du buzz médiatique, avant qu’il ne retombe dans moins de 10 jours, laissant les haïtiens, quant à eux, durablement dans la merde ? Ces photographes, s’ils étaent si « bons » ne seraient-ils pas plus inspirés de donner discrètement le produit de la vente passée d’une de leur photo plutôt que d’attirer le chaland et les agents au moyen de la mise aux enchères de leur travail ?

Je ne jette pas la pierre aux photographes qui n’ont pas le monopole de cette pratique mais de nombreux donateurs n’ont rien à vendre (aux enchères ou autrement): ils donnent discrètement de l’argent et n’estiment pas nécessaire de le faire savoir ou de poser comme condition préalable de vendre leur travail au plus offrant.

Maison européenne de la photographie – François Rousseau

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie, à Paris) a renouvelé son accrochage. Des cartes postales à la peinture sur photographie en passant par la vidéo, on voit un peu tous les supports et de Fiorio et Minot-Gormezano à Rousseau, on fait le grand écart dans les styles.

ici, il ne s’agit pas de jean-Jacques mais de François Rousseau, photographe de mode et de publicité qui avait réalisé en 2004 le livre et le calendrier Les Dieux du stade, vous sous souvenez ? C’étaient des rugbymen nus.

Cette fois, le travail de François Rousseau s’appuie sur le roman de Patrick Grainville (Goncourt 1976), l’Atelier du peintre (publié en 1988), dont il donne ici une version photographique des épisodes clés. L’histoire, nous dit le prospectus, se déroule à Los Angeles où se croisent dans l’Atelier du peintre, une population diverse de modèles, anciens délinquants ; au sein de l’Atelier vit une communauté où hommes et femmes vivent chacun de leur côté ; quant au Maitre, il cherche à reproduire le tableau de Van Eyck, les Epoux Arnolfini ,en faisant poser ses élève, en vain.

Beau prétexte que voilà pour montrer des corps magnifiques, féminins et masculins, noirs et blancs, jeunes et moins jeunes et il faut bien avouer que ces immenses panneaux photographiques réalisés à la chambre 20×25, post-traités et montés sous diasec font de l’effet et que les modèles sont, bien entendus, des perfections de corps humains, musclés et charpentés pour les hommes, fins et déliés pour les femmes. On en oublie presque la mise en scène.

L’exposition montre ainsi deux grandes fresques, tout en largeur, une masculine et une féminine, autour d’une scène centrale représentant un couple se tenant par la la main composé d’une femme blanche nue enceinte et d’un homme noir en costume avec en fond un miroir. Cette scène, c’est bien évidemment une libre interprétation des Époux Arnolfini de Van Eyck (1434), tableau visible à la National Gallery à Londres. A ce propos, je vous conseille le Musée Groeninge, à Bruges, où vous pourrez voir des primitifs flamands de toute beauté (il réouvre dans un mois, le 26 mars 2009 – fin de la parenthèse).

Vous voyez ci-dessous les deux œuvres.

Les deux fresques présentes avec ce panneau central forment une sorte de retable contemporain. Vous voyez ci-dessous, d’une part, une photo de l’ouvrage de François Rousseau (merci à lui de me l’avoir envoyée :) et, d’autre part, en dessous, une photo prise sur place lors de l’exposition.

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Au-delà ce bref extrait, d’autres photos vous attendent, toutes très impressionnantes.

Ce travail photographique est complété par une musique, une vidéo et un texte de Patrick Grainville : l’ensemble de ces éléments fait, bien entendu, l’objet d’un coffret (180 ou 800 euros selon le cas). Il est possible de s’adresser à l’auteur directement depuis son site web pour disposer d’extraits de son ouvrage (c’est par ici).

Je vous livre juste, pour finir, une vue partielle d’une autre de ses photographies (merci encore à François Rousseau de me l’avoir envoyée :) et vous invite à visiter la MEP mais aussi la galerie Pierre-Alain Challier (ici et 8, rue Debelleyme à Paris dans la vraie vie) qui l’expose jusqu’au 7 mars 2009.

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Il ne vous reste plus qu’à casser votre tirelire (moi, j’ai eu mon bonus :)

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier de mécanique

Pour ces rencontres de la photographie d’Arles, qui se terminent, après l’atelier de maintenance et les forges, passons à l’Atelier de mécanique.

Je ne reviens pas sur Guido Mocafico que j’ai déjà évoqué ici dont les memento mori ne « passent » pas sur un écran et qu’il faut voir « en vrai ». Je passe aussi sur Joël Bartolomeo, étant allergique aux vidéos.

Que reste-t-il alors ? Pas grand chose pour être franc.

Joachim Schmid voulait montrer des centaines de photos ou d’images détruites qu’ils collecte dans les rues mais un problème technique a conduit à en présenter des photocopies quand j’ai visité. Cet incident dénature l’exposition car dans son cas c’est moins l’image que l’objet, le support de la photographie en tant qu’objet physique qui compte, avec ses arrachements et ses déchirures : que dire d’une photocopie ?  Quoi qu’il en soit, il ne s’agit guère ici de photographie : il s’agit plus d’un geste artistique qui repose sur l’usage de la photographie. D’ailleurs, Schmid n’a pas photographié. Cela fait penser évidemment à Bourcart dont j’ai parlé ici. Tous les deux se désignent ainsi plus artistes que photographes : ils ne prennent pas de photos, d’autres les prennent pour eux et ils s’approprient ces objets. Pour Schmid, on est presque au stade de « l’installation » et l’œuvre est moins chaque photo sortie de la poubelle, prise une à une, que l’ensemble des photos pris comme un tout, et disposées en un long ruban sur les murs. Pour ma part, je n’ai pas du tout apprécié mais bon, chacun ses goûts comme dit l’autre. Plusieurs groupes sur Flicker font pareil sans compter des sites spécialisés comme celui-ci ou celui-là. Il y a un article génial sur le sujet, très bien documenté, et plus neutre que mon propos : il renvoie même à des études académiques et c’est ici.

Grégoire Alexandre nous montre des photos dont on suppose, cela se devine parfois, qu’il s’agit de commandes publicitaires. De fait, l’ensemble est très hétérogènes, épars, et l’absence d’éléments de contexte, particulièrement regrettable, comme si on craignait, peut-être, de rabaisser le travail réalisé en désignant la marque qui le finance. Au final, on voit de belles photos, certes, mais que disent-elles ? Faut-il les prendre comme de simple témoignage de l’activité publicitaire de notre temps ? Ces photos sont séduisantes, après tout, c’est déjà ça. Son portfolio est visible ici.

Grégoire Korganow présente un diaporama de photos de podium. Bon. Dans un grand écart, il montre aussi les photos d’un reportage mené auprès de femmes de prisonniers à Rennes et raconte ainsi leur existence difficile. J’ai l’impression d’avoir déjà vu et l’autre de nombreuses fois (de jolies filles qui se trémoussent et de pauvres femmes qui ont choisi le mauvais mari). Je suppose que le but était d’émouvoir.