Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Fernweh Klub – Off

Dans l’éventualite improbable d’un accident, tel est est le titre de la proposition du Fernweh Klub (qui réunit de jeunes anciens de l’ENSP) qui était montrée au Siège du PCF local. Pour mémoire, l’an passé, je m’étais farci de monter au dernier étage pour y découvrir un espace vide seulement orné de ces pastilles rouges qui marquent habituellement la vente d’une pièce dans les galeries d’art. Cette année j’ai été mieux récompensé  puisqu’il y avait des choses à voir aux étages (d’un autre côté c’était moins potache et moins marrant). Par contre, l’accueil est en baisse (c’est ça les jeunes) car  ils ont ouvert en retard tandis que l’an passé les deux dames camarades qui assuraient la permanence étaient à l’heure – et m’avaient offert des gâteaux ;-)

Pour commencer j’ai raté les travaux de Anne-Claire Broch (c’est un peu vexant car j’avais bien aimé son travail l’an passé au Supermarkt) et Florence Vernier, peut-être s’agissait-il des vidéos (rappel: je fais une allergie) au rez-de-chaussée et puis de toute façon je n’aime qu’on me regarde regarder, surtout si ce sont les auteurs, et comme il y avait du monde…

Après il y avait les travaux de Sunghee Lee, Alexandre Maubert et Gilles Pourtier (vu l’an passé déjà ici). Rien compris.

Il en reste trois où je n’ai rien compris non plus mais où j’ai été frappé (en traître en plus parce que, comme ça, les photos vues de loin n’étaient pas très frappantes). Alors, le 1er c’est Blaise Perrin qui nous montrait ses photos de vacances à Soria en Espagne (c’est un curieux endroit mais bon, pourquoi pas): ses ruines et surtout son brontosaure en plastique m’ont déprimé (son site ici).

 

Geraldine Jeanjean avait aussi choisi un sujet exaltant: Aumont (c’est une ville un village dans le Jura ou alors dans la Somme). En fait, non, ça c’est le titre de la série je crois bien, en fin de compte le sujet c’est comme un souvenir triste, une nostalgie, un secret familial caché peut-être ? On voit une route, un pavillon, un portrait, un rayonnage de jouets et on s’invente une malheureuse histoire. C’est frappant aussi ce truc là mais Géraldine triche (si, si): elle avait mis un texte pour conditionner le regardeur ;-) Les gens très motivés pourront s’aventurer sur son site web (ici) dont l’IHM est un drame à lui tout seul.

Matilde Brugni après une présentation impressionniste l’an passé particulièrement déprimante (réalisée en Finlande, tout s’explique ici), cette année Matilde est restée en France.  Cette fois ce n’est pas déprimant c’est inquiétant. Il y a en effet un suspense: cette fillette s’apprêtant a traverser, cette mémé prête a monter sur le trottoir, cette autre meme prête a entrer chez elle… On anticipe éventuellement le pire.

Allez, une petite suggestion pour l ‘an prochain: vous pourriez pas nous faire des séries avec des fleurs, des petits oiseaux et des petits chatons mignons voire de gros lapins parce que les séries dépressives, à la longue, c’est un poil fatiguant (y compris pour le photographe, non ?). Je plaisante à peine :p

Ultra Bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Afi (archivo fotografico italiano) – Off

C’était comme l’an passé, cette expo de Afi, beaucoup  trop petit, mais cette fois à côté d’un hôtel. Si petit même que je ne vois pas l’intérêt d’essayer de montrer quelque chose dans ces conditions (sauf si c’est l’objet même du projet). C’est dommage car ce qui était montré, ce n’était pas n’importe quoi:  Giuliana Traverso, Claudio Argentiero, Umberto Armiraglio et surtout Giacommelli.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Le Capitole

Dans le programme officiel il y a le Capitole, habituellement investi par VU’ et cette année ne fait pas exception. La place d’honneur est dévolue à Francois Halard. Il nous montre l’intérieur de sa propre maison, dans des tonalités de jaune, dont il est rappelé non sans modestie qu’elle appartenait en des temps anciens à la haute bourgeoisie locale. Il nous montre aussi, noblesse oblige, une partie de sa série noir et blanc consacrée aux appartements de Marie-Antoinette. Le mieux est sans doute quand il regarde ailleurs quand dans le passé pour nous montrer les intérieurs d’artistes et parfois les artistes eux-eux mêmes: ainsi défilent Miquel Barcelo, James Brown, Julian Schnabel, Paul Cézanne, Jean Charles Blais, Richard Avedon, Raushenberg et Cy Twombly.

Mais le meilleur du meilleur, paradoxalement, et bien que je sois rétif à la vidéo, c’est peut-être ce film court en noir et blanc, un jour à Pittsburgh, avec me semble-t-il Nico.

Au rez-de chaussée toujours, figure un malencontreux pot-pourri entassant, faute de place, les travaux de photographes pourtant renommés de chez VU’, chacun étant réduit à trois tirages maximum. Un massacre dont on pouvait se dispenser. Parmi les victimes prestigieuses de cet accrochage, on citera:  Conti, Schuh, Castro Prieto, Fujimoto, Davies, Faucon, Munoz, Silverthorne, Leblanc, Broyer, Leele et enfin Pernot (avec sa fameuse petite fille extraite d photo d’un grand ensemble et agrandie) et Bourcart (le fameux truc des mariages vu à Arles en 2008 – billet ici) et Bizos (vu il y a peu à Strasbourg et c’était une découverte pour ma part – billet ici). Toujours dans le même coin,  un mur complet de suédois innocents mais crucifiés: Stromholm, Forsslund, Petersen (portraits), Bergstrom (paysages), Engstrom et Tunbjork. On les voit souvent chez VU’, bien mieux présentés (ce qui n’est pas difficile).

A l’étage, ce sont de grands portraits noir et blanc de Richard Dumas où on reconnaitre notamment dans des genres différents, Chabrol et Kirsten Dunst.

 

Au final, c’est une exposition à peine dans la moyenne: on peut y jeter un œil sur la vidéo de Halard et ses portraits d’ateliers d’artistes ainsi que visiter les portraits de Dumas, pour le reste mieux vaut passer chez VU’ à Paris.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Hôtel du cloître

Déception une fois de plus pour un nouveau lieu du programme officiel, l’Hôtel du cloître situé 18 re du cloitre. Déception car pour ma part je n’attends pas des Rencontres qu’elles nous montrent des créations vidéos mais de la photographie ou bien alors, et certains festivals en sont arrivés là, il faut les renommer en « festival de l’image » ou quelque chose d’approchant.

En effet, en ce lieu, il nous est donné à voir surtout de la vidéo (Peter Hutton et Luke Fowler), la photographie se limitant à une mince (très mince) série de Luke Fowler.

Cette exposition, au vu du volume considérable de choses à voir par ailleurs s’imposait-elle ? Non. Il n’est pas utile que les Rencontres noient le visiteur et cherchent à battre des records de fréquentation en déversant un peu tout et n’importe quoi. On en reparlera quant on abordera les Ateliers, site qui déborde de toute part.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Le magasin de jouets

Le Magasin de jouets, ce n’est pas que pour les enfants. Remarquablement restauré, le lieu offre à Fêtart (dont nous sommes fan), enfin, un espace d’exposition décent, comme quoi il ne faut pas désespérer.

Luca Zannier et Thomas Jorion se sont livrés à un exercice en grand format couleur.

Au 1er, des lieux mystérieux de prime abord qu’on identifie pas ou mal avant de se rendre compte qu’il s’agit d’installations nucléaires, de sites de(stockage d’eau. Les points de vue sont extraordinaires (je ne sais pas comment il s’est débrouillé et même comment il a eu les autorisations) et la réalisation clinique est impeccable. Cela m’a fait penser au travail de Lucinda Devlin, le volet politique en moins, vu à Liège il y a quelques mois et que je n’ai pas encore évoqué car je suis en retard dans mes billets:  un style partagé, des objets techniques et rarement montrés.

Au 2ème, Thomas Jorion, les lieux délabrés et abandonnés. J’ai un faible pour le terrain de basket au lattes de parquet défoncées.

Pour l’un et l’autre, les prix sont de l’ordre de 1 000 – 1 500 €.

C’est visible jusqu’au 15 août 2010 et c’est à voir.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Galerie de poche – Off

La Galerie de poche est minuscule, si petite même que tenir à deux là-dedans nécessite de déjà bien se connaître, c’est sans doute pourquoi aucune des trois exposantes n’étaient présentes mais leurs travaux étaient bien là et c’est tant mieux.

Je souligne par ailleurs la qualité du site web, d’un humour caustique et jouant de l’auto-dérision comme j’aime. Les trois filles ne doivent pas dépasser (chacune) 30 ans.

Estelle Ribeyre livrait un reportage rafraichissant sur les frigos vus de dedans, et de dehors, avec un témoignage de leur heureux propriétaire. A voir aussi, la civette de Mme Martiaux. Charlotte Oden dans sa série 9m² habitables réalise de (petits) panoramiques de (petits) intérieurs. Charlotte Rodon, dans cote à cote fait une série de canapés tandis que habitée montre des intérieurs vides.

Tout cela m’a bien plu, reste à voir dans la durée comment ce projet se développera (une suggestion: que chacune se dote d’un site web au plus vite) et en particulier, ce lieu est-il temporaire ? (j’espère).

Pour ma part, j’ai fait une photo de la porte dont je suis assez fier (et encore on ne me voit pas dedans).

Très bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Caisse d’épargne – Off

L’an dernier la Caisse d’épargne, qui jouit d’un superbe emplacement sur la place principale d’Arles, avait été relativement inspirée dans son choix. Avec La controverse du polaroid, décidément à l’honneur (entre l’Impossible exhibition et la salle dédiée à l’espace van Gogh) on s’attendait à quelque chose de valable cette année encore. C’est raté et à oublier: ce n’est pas parce que le Polaroid est un instrument facile d’emploi que le résultat est toujours digne d’être exposé.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Méjan

Enfin une exposition du parcours officiel dans le centre-ville qui tient debout et qu’il faut aller visiter à toutes jambes: celle consacrée, à la chapelle Saint-Martin du Méjan, à  Mario Giacomelli (les illustrations sont tirées de son site). Je passe sous silence, par charité, les photos de Peter Klassen à l’étage, encore heureux que ses peintures soient montrées aussi, cela ne sauve pas les meubles mais évite le complet naufrage. L’exposition Giacomelli réhabilite un lieu injustement squatté l’an dernier (billet ici). Pour être honnête, j’ai découvert Mario Giacomelli il y a peu, en janvier 2009 (billet ici) mais  c’était prometteur. Cette fois, la rétrospective donne une vision extensive du travail du photographe. Le travail est découpé de manière plus ou moins chronologique et je ne vais pas tout décrire mais l’exposition commence par La mort viendra et elle aura tes deux yeux 54-68 des photos de vieux dans toute la crudité de la déchéance finale.

Dans un registre plus joyeux mais moins développé, on ne ratera pas La bonne terre 64-66 avec des scènes rurales sympathiques. Je saute ensuite directement à Je n’ai pas de mains qui me caressent le visage, séquence qui montre les fameux prêtres qui jouent entre eux, des images presque comme des dessins avec des aplats de noir sur fond blanc sans relief ni texture. Des textures en revanche on en a en revanche dans les matériaux recueillis Pour la poésie (vers 1990). On ne peut conclure sans évoquer les superbes paysages photographiés par Giacomelli, souvent géométriques, presque palpables parfois, à la limite de l’abstrait à d’autres moments.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Denise Pegeot – Off

Denise Pegeot a photographié la jungle à Calais jusqu’à ce qu’elle soit éradiquée. La jungle c’était le nom donné à une plaque-tournante de trafic de clandestins qui pour beaucoup d’entre eux restaient scotchés en France, privés de tout et survivants dans des cabanes.

Je craignais que nous devions endurer un discours gauchiste, au lieu de quoi les grands tirages noir et blanc font effort d’objectivité dans la description des lieux et les plans collectifs et évitent le misérabilisme pour les portraits individuels. C’est un témoignage qui ne manque pas d’intérêt.

Ce travail présente maintenant, de surcroit, une valeur presque historique, si bien que j’en ai compté 3 de vendues (entre 1 200 et 1 600 €).

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Musée Reattu

Le Musée Réattu rejoint cette année le cycle des expositions officielles avec comme avantage qu’au lieu d’avoir une réduction, l’entrée est libre quand on a le pass des Rencontres (elle reste payante pour les collections hors Rencontres). En l’espèce c’est Pierre Jahan qui est le photographe retenu par le Musée Réattu et que je ne connaissais pas du tout. Je suis bien incapable de jauger la valeur de sa production mais comme il évoluait dans les mêmes années que Doisneau, René-Jacques, Ronis et bien d’autres, je me demande naïvement si on ne cherche pas un peu à exploiter le filon « photographe humaniste français faisant de jolies photos d’un Paris de carte postale » en ne lésinant pas sur le « name dropping ».

Du coup, si l’exposition a le mérite de montrer, justement, autre chose qu’un Paris de carte postale, elle survole et consacre une place très significative à l’activité publicitaire (qui présente un intérêt limité, n’est pas Steichen qui veut) et au volet sur-réaliste (les photos sont partiellement brûlées suite à un incendie, n’est pas Man Ray qui veut). Au bout du compte, ce sont les photos de carte postale qui sont les plus convaincantes (les bateliers, des scènes de vie parisienne) ou celles d’actualité (la mise au rebut de statut, le retour de tableaux au Louvre).

L’autre centre d’intérêt c’est peut-être plain-chant, une illustration photographique d’un travail de Cocteau et, dans un tout autre registre, les petites-annonces de recherche de conjoint illustrées.

C’est une visite qui ne s’impose pas mais on peut y faire un saut rapidement.