En bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Adrian Turner – Two tides

Modeste exposition mais magnifiques images que donne à voir Adrian Turner dans le cadre du off, Chez Arthur et Janine. Ses photographies de la mer et des jetées, en grand format couleur en pose longue en mettent la plein la vue, c’est absolument sidérant.  On connais tous ces images en pose longue qui transforment ciels et eaux en ensembles étrangement homogènes, sans aspérités et vaporeux mais je n’avais jamais vu cela en couleur et en grand format.

Son site web est bien fait mais donne un tour très commercial à son travail (il est photographe de mode) qui ne traduit pas bien la qualité plastique de la série montée à Arles.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – En pratique

Cette fois ce sera bref car depuis deux ans maintenant j’ai donné les pistes pour se débrouiller à Arles et rien n’a changé. Arrivée donc ce matin par le TGV de 6H50, escale à Avignon à 11H20, TER de 11H50 remplacé par un autre à 12H20. Coût 68 euros, c’est bien plus cher que l’an passé il me semble. Pour le retour (60 euros), ce sera un vrai cirque avec un changement à Avignon centre pour Avignon TGV (en bus) … Bref.

Pour l’hôtel, crise oblige et parce que les 3 étoiles qui n’offrent rien de plus qu’un coffre et un petit déjeuner à un prix ridicule, ça me fatigue, cette année ce sera un 2 étoiles. Et pour ce prix là, j’ai même un accès Wifi gratuit que je n’avais pas les autres années dans un « meilleur » hôtel. Pour le reste, aucune différence: grand lit, clim, piscine, sèche-cheveux, resto, télé LCD.

Mon seul souhait serait de trouver un deux étoiles dans le centre mais ils sont pris d’assaut des mois avant (et que je dis des mois, c’est bien plus de 3 ou 4 mois avant, a priori).

Rencontres d’Arles – En marge du Off – Les autres espaces collectifs

Dès mon retour des rencontres d’Arles, j’ai évoqué le Off à travers plusieurs articles collectifs (les galeries amateurs et pro, les hôtels, les individuels) et plusieurs articles individuels consacrés au meilleur du Off. Il restait à clôturer le Off,  avec quelques expositions collectives se déroulant dans les lieux les plus divers et ne méritant pas un article individuel.

La Maison de la vie associative montrait principalement les photos de la Chine vue par Serge Dassier, de bonnes photos de voyage. Quant au reste, je suppose qu’il s’agit d’amateurs. Zoe Parisot montrait des portraits en nuisette avec du flou autour comme dans les années 1900, Pascal Bonneau exposait des tirages platine (peupliers, cannes, etc), Robert Rocchi exposait je ne sais plus quoi. Le seul qui sorte un peu du lot, était Jean Manas avec sa série le cirque brin d’avoine : une poétique série ou un brin d’avoine fait des acrobaties.

La Salle d’honneur de la Caisse d’Epargne faisait un peu mieux. Sarah Desteuque montrait des femmes cachées derrière des voiles de dentelles noires. Pas très convainquant et passer après Steichen tirant le portrait de Gloria Swanson en 1924 (ci-dessous) est un peu difficile .

En revanche, les autoportraits réalisés par des aveugles de Lisbonne avec l’aide de Georges Pacheco (dont le site web est cassé) sont saisissants et les yeux souvent morts de ces portraits sont impressionnants: un auteur qui méritait assurément mieux que cette salle anonyme.

La Maison des rencontres, au 10 rond-point des arènes, montrait les Archives photographiques italiennes. Claudio Argentiero montre la plage en Holgavision (photo faite avec un appareil amateur de type Holga) et la série mistral (des arbres). Duccio Nacci (série toscana dell’anima) montre de magnifiques paysages toscans aux couleurs ocres très douces et avec parfois un voile de brume . On termine avec un maître, Elio Ciol, qui montre de superbes paysages noir et blanc, des champs à la géométrie subtile (illustration ci-dessous en provenance de sa galerie à New-York) , des ruines antiques et le Guggenheim de Bilbao. La lumière est à tomber par terre. Là-aussi on ne peut que regretter le choix d’un lieu pareil pour exposer.

En bref – Bilan des Rencontres d’Arles 2008 + dates 2009 + Arles photo

Ce blog, créé cet été, doit beaucoup aux Rencontres d’Arles qui a fourni une abondante matière pour son démarrage. Manifestement, je n’ai pas été seul a apprécier cette manifestation puisque le bilan 2008, publié il y a quelques jours (ici) montre une progression de 10% des « visiteurs uniques » avec 60 000 regardeurs (dont 15% d’étrangers). Plus de 300 000 entrées ont été enregistrées sur l’ensemble des sites soit, pour 6 semaines et 50 sites environ, pas moins de 1 000 visites par site en moyenne !

Les Rencontres auront 40 ans en 2009 (j’en connais un autre dans ce cas) et se dérouleront du 7 juillet 2009 au 13 septembre 2009 avec la semaine d’ouverture du 7 au 12 juillet 2009.

Par ailleurs, en parallèle des Rencontres, se tiendra lors de la semaine d’ouverture, le salon Arles Photo, avec 30 galeries, sur le thème de l’Amérique latine, une excellente idée. Leur site tout frais tout neuf est ici.

Rencontres de la photographie d’Arles – Le Coffee Socks

Aux Rencontres d’Arles, il y a le programme et les lieux officiels qui font, hélas, la part belle aux artistes et photographes confirmés même s’il y a parfois dans le programme des échappées vers plus de fraîcheur et de jeunesse. Paradoxalement, ce sont les espaces privés financés par des entreprises qui semblent faire le plus d’efforts en direction des jeunes: SFR dont j’ai parlé ici et la FNAC dont j’ai parlé . En marge de l’officiel et alors même que j’ai raté le « off » (qui se tient, je crois, la 1ère semaine), il restait néanmoins un lieu à voir : le Coffee Socks, un lieu de vie salon de thé laverie associatif comme dit leur site (hop!) Romain Boutillier nous montre les aventures de Rosine, son robot en plastique qu’il photographie dans les situations les plus variées. Le truc est un peu éculé et ça m’a fait penser aux types qui avaient enlevé un nain de jardin avant de le restituer photographié dans de nombreuses villes du monde entier. C’est rigolo et les couleurs pètent, mais bon. Ces photos sont aussi .

Magali Joannon (dont le site est ) nous présente un extrait de sa série « Haute saison » avec des caravanes. Il y a un je ne sais quoi de nostalgique dans ce travail et je n’avais pas encore vu de caravanes au centre d’un travail photographique. j’avais plutôt en mémoire en voyant cela un travail sur les cités balnéaires en basse saison dont l’auteur m’échappe (si ça parle à quelqu’un ?). La photo ci-dessous vient du site ici.

Pomme Célarié (ça ne s’invente pas, j’ignore si elle parente avec Clémentine) nous montre un peu de la vie collective de jeunes enfants en Mongolie. La série était un peu courte (il n’y avait que 4 photos) pour se faire une idée du travail, c’est dommage. Évidemment, la vie collective peut faire penser au Komunalka de Huguier dont j’ai parlé ici, travail où l’on voit aussi des brosses à dents (ce truc qu’on ne partage pas justement…) mais Pomme ne montre pas de nus contrairement à Huguier. Le photo ci-dessous vient de . Pomme appartient au collectif La Générale (non, ce n’est pas une banque) et a son site ici où vous pouvez découvrir d’autre photos et puis aussi La Générale, si par hasard vous ne connaissez pas.

Audrey Laurent se livre à un travail personnel sur les photos de sa famille (qui lui ont été données) qu’elle rephotographie. Un travail surprenant et intéressant dans sa démarche qui ne montre pas encore (?) son plein potentiel. Là-aussi, des tirages plus grands, un encadrement adapté et plus d’œuvres en un même lieu donnerait plus de « poids » au travail réalisé. Cela viendra peut-être aussi, au-delà des conditions matérielles d’exposition et de tirage, de l’œuvre accomplie elle-même : Audrey poursuit en effet son travail vers d’autres supports (écrits, sonores, etc). Certaines photos sont visibles ici (mais cela ne donne pas grand chose à l’écran).

Magda Hueckel nous livre des « autoportraits ». Hélas placés dans l’obscurité et, là-aussi, dans un format réduit, son travail était difficile à déceler. C’est donc une redécouverte que le voir sur le web (paradoxal, non?) ici (en anglais). Magda est une jeune femme a priori en bonne santé et ces auto-portraits nous la montre vieillie d’où le titre de la série (« obsessive self-portraits ») : cela donne à réfléchir sur elle et ses préoccupation bien sûr mais aussi sur nous-même. Habituellement on nous donne à voir de jolies filles, des vieillards en patriarches et, à l’autre extrémité, et plus rarement, des malades et des déments. On voit rarement des gens seulement âgés.

En écho, elle a fait aussi des « calmed self-portraits » (non vus chez Coffee Socks). Je vous livre un extrait de chaque série ci-dessous. Pour en voir plus, allez sur son site perso ici (en anglais et en polonais).


Margherita Crocco nous montre de troublantes photos de Chandiragh, en Inde. Il s’en dégage, avec peu de moyens, une impression étrange. Plus d’œuvres ici.

Vous aurez remarqué que ces travaux m’ont plu en dépit des moyens limités mis en œuvre pour l’exposition. La plupart des liens pointent chez fetart.org, une galerie en ligne destinée à la promotion de jeunes artistes.

L’exposition est finie depuis fin août et lors de ma visite, seuls les artistes ci-dessus étaient visibles.

Rencontres de la photographie d’Arles – Eglise Saint Blaise

L’exposition de photographie située dans l’Église Saint Blaise, lors des Rencontres d’Arles est parmi les premières à s’être achevée, dès le 14 août 2008.

Elle était sponsorisée par la FNAC tout comme SFR montrait les oeuvres de ses artistes favoris, au sein de son propre espace (j’en ai parlé ).  Et comme pour SFR, chaque artiste ne présentait que quelques amuse-bouche : 4 ou 5 photos pour chacun. Et comme pour SFR, tout le monde ou presque a ignoré superbement le travail des artistes présentés préférant la facilité des grands noms qui font vendre. Dommage car Arles ne doit pas simplement être un musée. Bref.

On pouvait donc voir Nicolas Fussler avec un travail presque documentaire sur les postes frontières (son site est ), Eric Roux-Fontaine (qui a travaillé sur la communauté rom – son site est ici), Jérôme Brézillon nous livre des portraits plein de dignité d’indiens d’Amérique (ici) dans des diptyques aux espaces naturels sans limites, Marie-Noelle Boutin nous montre des villages de Palestine vus depuis la frontière, (son site est hélas très pauvre), Anna-Katharina Scheidegger présente un travail surprenant sur les horizontales dans le paysage apparemment sauvage des Alpes suisses. Enfin, j’ai été moins convaincu par le travail de Alexandre Del Torchio.

Au final, en dépit du nombre modeste de travaux présentés et de la notoriété limitée de leurs auteurs, il m’a semblé que cette exposition valait le déplacement et illustrait bien la thématique retenue : « Le territoire et la limite ».  J’espère que vous irez voir ces artistes sur leur site web ou bien, mieux encore, dans une FNAC près de chez vous (les expositions tournent).

Rencontres de la photographie d’Arles – Grande Halle

Alors que les Rencontres de la photographie d’Arles sont désormais achevées depuis lundi dernier, je vous invite à terminer notre visite du site des Ateliers.

Nous avons vu successivement l’Atelier de maintenance et celui des forges, puis l’Atelier de mécanique et  le Magasin électrique. Nous voici maintenant à la Grande Halle.

Le principe dans cette halle, c’est de donner carte blanche à des curators qui ont invités des photographes.

Ainsi, Caroline Issa & Masoud Golsorkhi montrent Jamie Isaia qui fait des autoportraits (bof), Danilo Giulaniqui fait des photos de mode (bof) et Cameron Smith. Ce dernier ne verse pas dans le nombrilisme intellectualisant de Isaia ni dans la photo de mode plate de Giulani : il m’a semblé qu’il a quelque chose que les autres n’ont pas. La fraîcheur peut-être (il avait 21 ans quand il a fait ses photos pour Tank) ? Son site perso est .

Ci-dessous deux photos de Smith exposées à Arles mais telle que parues dans Tank (avec la légende donc).

Elisabeth Biondi a retenu  Debbie Fleming Caffery (des photos noir et blanc énigmatiques dans un bordel mexicain), Pieter Hugo(ses dresseurs de hyènes) et Ethan Levitas (dans le métro de New York).

Les deux derniers méritent qu’on s’y arrête.

Je connaissais le travail d’Hugo pour l’avoir vu sur le site web de sa galerie (Yossi Milo à New York) mais en vrai c’est incomparable. Maintenant il faudra voir s’il tient la distance car son travail repose sur la qualité du sujet de reportage : sa série sur les cueilleurs de miel parait du coup bien fade (si j’ose dire) alors que d’autres, visibles sur son site, sont d’une puissance exceptionnelle.

Mon préféré reste Levitas : ses voitures de métro photographiées de profil dévoilent toujours des visages et des postures ou des tags dont l’association est créative, original et amusante. La réalisation est parfaite. Filez sur son site : .

Nathalie Ours a sélectionnéJerry Schatzberg (des photos noir et blanc de stars des temps passés), Nigel Shafran (et ses photos du quotidien qui n’auraient pas du quitter Flickr) et Stephanie Schneider. Cette dernière mérite qu’on s’y attarde. J’avais déjà vu son travail sur le web sur le site de sa galerie et il en a été question en mai 2008 sur Arte (Schneider est allemande). Le projet présenté va bien au-delà de la photo : Schneider peint et fait des films également. Toutefois, l’exposition était un peu superficielle malgré un effort de pédagogie et il était difficile d’appréhender son travail comme un tout. On était condamné à regarder ses grands polaroïds (périmés, ce qui explique les couleurs) sans avoir les clés de lecture. Néanmoins, même en lecture rapide, on ne peut rester insensible aux effets produits.

Carla Sozzani fait découvrir Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim

Marla Rutherford montre une série assez « sex » et « fetish ». Une série colorée, un peu années soixante aussi. Le sujet m’a fait penser à une version glamour du récent travail d’Erwin Olaf (série separation) bien qu’en fin de compte il n’y a aucun rapport entre de jolies images « fetish » et le travail dérangeant d’Olaf, sensiblement plus profond. Ceci dit les jolies images c’est bien aussi. Son site est et l’image dessous en provient (regarder bien la tête du modèle).

Martina Sauter présente un travail étonnant. Chaque œuvre est composée de deux photos qui se chevauchent légèrement chaque fois pour composer,de loin, une image unique. L’effet est saisissant avec des portes, par exemple, et en plus les deux photos ne sont pas de même nature : l’une est nette et l’autre volontairement pixellisée. Tout cela contribue a créer une histoire sous nos yeux, une sorte de suspens entre les deux images. Vraiment étonnant car ce n’est pas seulement l’image qui nous est donnée à voir mais aussi un objet : pour preuve, sur un écran cela ne donne rien et je ne poste donc pas d’illustration de son travail.

Angela Strassheim instille le doute dans certaines de ses photos (serie pause). Tout à l’air normal mais quelque chose se passe. Un regard, et une inquiétude transparait. D’autres images, proprettes, aux tons acidulés, renvoient à son parcours personnel et spirituel (serie left behind). Elle est représentée par la galerie Marvelli dont l’illustration ci-dessous est extraite.

Le dernier curateur invité est Luis Venegas qui montre les travaux de David Urbano, Leila Mendez et Daniel Riera.  Je n’ai pas été convaincu par les paysages du premier, les photos dignes de Flick de la deuxième et le manque de fil conducteur du troisième.

Les artistes que je retiendrai donc dans cette halle sont : Cameron Smith, Ethan Levitas, Stephanie Schneider, Marla Rutherford, Martina Sauter et Angela Strassheim

Rencontres de la photographie d’Arles – Le Magasin Electrique

A l’occasion des rencontres de la photographie d’Arles, qui se sont achevées hier, lundi 15 septembre, et après l’Atelier de maintenance et celui des forges, puis l’Atelier de mécanique, je vous propose de passer au Magasin électrique.

J’ai déjà parlé brièvement du travail de Alt qui ouvre l’exposition. Ensuite, vous auriez pu voir des photos (nombreuses, presque trop, on saturait un peu) de Mimmo Jodice en noir et blanc centrées sur les richesses artistiques et notamment architecturales de l’Italie. Bof. Paul Facchettii présentait quant à lui essentiellement des portraits en noir et blanc de célébrités du passé qui ne diraient pas grand chose à des trentenaires. Tout cela m’a semblé des photos de vieux, sans vouloir être insolent : de la photo de morts ou de choses inanimées.

Avec Paolo Pellegrin, on passe chez Magnum et ça déménage davantage mais c’est juste ce que je n’aime pas non plus : de la photo de reportage transformée en tableaux géants. J’en ai assez des guerres en grand format et, avec Pellegrin, ce ne sont que des guerres. Les images sont expressives, frappantes : c’est un bon faiseur ce Pellegrin mais bon, pourquoi accrocher cela sur les murs ?

J’ai donc été déçu et c’est Alt qui sauve peut-être les meubles. Par contre, comme j’ai le gros livre de Magnum, je trouve que c’est un support plus adapté pour Pellegrin et ses camarades photoreporters que le grand format sur un mur. Vous trouverez ci-dessous une photo du livre livrant une image terrible d’ailleurs présentée à Arles. Vous pouvez aussi achetez le livre, tant qu’à faire.

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier de mécanique

Pour ces rencontres de la photographie d’Arles, qui se terminent, après l’atelier de maintenance et les forges, passons à l’Atelier de mécanique.

Je ne reviens pas sur Guido Mocafico que j’ai déjà évoqué ici dont les memento mori ne « passent » pas sur un écran et qu’il faut voir « en vrai ». Je passe aussi sur Joël Bartolomeo, étant allergique aux vidéos.

Que reste-t-il alors ? Pas grand chose pour être franc.

Joachim Schmid voulait montrer des centaines de photos ou d’images détruites qu’ils collecte dans les rues mais un problème technique a conduit à en présenter des photocopies quand j’ai visité. Cet incident dénature l’exposition car dans son cas c’est moins l’image que l’objet, le support de la photographie en tant qu’objet physique qui compte, avec ses arrachements et ses déchirures : que dire d’une photocopie ?  Quoi qu’il en soit, il ne s’agit guère ici de photographie : il s’agit plus d’un geste artistique qui repose sur l’usage de la photographie. D’ailleurs, Schmid n’a pas photographié. Cela fait penser évidemment à Bourcart dont j’ai parlé ici. Tous les deux se désignent ainsi plus artistes que photographes : ils ne prennent pas de photos, d’autres les prennent pour eux et ils s’approprient ces objets. Pour Schmid, on est presque au stade de « l’installation » et l’œuvre est moins chaque photo sortie de la poubelle, prise une à une, que l’ensemble des photos pris comme un tout, et disposées en un long ruban sur les murs. Pour ma part, je n’ai pas du tout apprécié mais bon, chacun ses goûts comme dit l’autre. Plusieurs groupes sur Flicker font pareil sans compter des sites spécialisés comme celui-ci ou celui-là. Il y a un article génial sur le sujet, très bien documenté, et plus neutre que mon propos : il renvoie même à des études académiques et c’est ici.

Grégoire Alexandre nous montre des photos dont on suppose, cela se devine parfois, qu’il s’agit de commandes publicitaires. De fait, l’ensemble est très hétérogènes, épars, et l’absence d’éléments de contexte, particulièrement regrettable, comme si on craignait, peut-être, de rabaisser le travail réalisé en désignant la marque qui le finance. Au final, on voit de belles photos, certes, mais que disent-elles ? Faut-il les prendre comme de simple témoignage de l’activité publicitaire de notre temps ? Ces photos sont séduisantes, après tout, c’est déjà ça. Son portfolio est visible ici.

Grégoire Korganow présente un diaporama de photos de podium. Bon. Dans un grand écart, il montre aussi les photos d’un reportage mené auprès de femmes de prisonniers à Rennes et raconte ainsi leur existence difficile. J’ai l’impression d’avoir déjà vu et l’autre de nombreuses fois (de jolies filles qui se trémoussent et de pauvres femmes qui ont choisi le mauvais mari). Je suppose que le but était d’émouvoir.

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier des Forges

Après la Maintenance, les Forges, toujours aux rencontres d’Arles, dans le parc des ateliers, pour voir des photographies.

Je n’ai pas compris le travail de George Tony Stoll qui présente des photos, euh, incompréhensibles. Zéro réaction. Cela me reste définitivement fermé tant au cœur qu’au cerveau. Si quelqu’un trouve des qualités à ce travail, qu’il le dise, cela m’instruira. A priori je ne suis pas seul mais faire partie de la masse n’est pas une consolation… Peut-être est-ce un visionnaire ? Passons.

J’ai par ailleurs zappé le travail de Patrick Swirc présenté sous formes de montage diapo de ses photos : je n’aime guère les montages diapos et le thème ne me disait rien (celui de la reconquête ratée d’une femme).

Le travail de Samuel Fosso ne m’a pas non plus fasciné mais reste intéressant. Sa série « african spirits » (et d’autres) est visible chez son galériste. L’express a souligné l’intérêt de son travail. L’artiste se met en scène en jouant des personnages multiples, tant des célébrités africaines (ou afro-américaines) que des archétypes (homme d’affaires, chef de village corrompu, etc) ou encore un ami disparu ou son père. Le résultat, souvent en grand format couleur, est esthétiquement réussi et techniquement irréprochable mais, là-aussi, je ne vois pas vraiment quel est le propos. Ce thème de la mise en scène de soi-même dans divers personnages est un classique de la photographie et je ne vois pas bien en quoi le genre est renouvelé. Peut-être faut-il rechercher dans le travestissement en femme un exercice particulièrement difficile (et réussi) et sans doute peut-on aussi saluer la diversité des genres et des styles depuis la photo d’identité (ou presque, en consacrée aux « grands hommes ») au nu en passant par de grands portraits. Si je ne craignais de passer « occidentalo-centré », je ne manquerais pas de souligner aussi qu’il nous est rarement donné à voir de la « photographie africaine » (le terme est impropre mais bon, il y a une entrée dans l’Universalis: disons de la photographie dont l’auteur est de culture africaine) et que c’est là une occasion sinon unique, du moins inespérée. La plupart d’entre nous en est sûrement resté à Seydou Keïta (mais non, pas le footeux, l’autre) ou Malick Sidibé, ignorant les artistes plus jeunes. Sinon, il faut aller à Bamako : la biennale s’y tiendra à nouveau, semble-t-il, à l’automne 2009.

Je finis par Pierre Gonnord dont, accessoirement, le site web est remarquable de sobriété. Je passe sur le massacre des grands formats très sombre par une lumière de charlatan (mais qui est responsables des éclairages ?) conduisant à des reflets lamentables. J’avais vu le travail de Gonnord dans de meilleures conditions en Belgique (j’en ai déjà parlé). Les grands formats et les harmonies de noirs confèrent une majesté indéniable à ces portraits consacrés pour l’essentiel à des clochards (en général, on lit « marginaux » ou « sans domicile fixe », consécration d’un cocktail de novlang et de xyloglossie). Cela m’a fait penser au travail d’Avedon quand il a photographié des américains banaux avec les mêmes égards que lorsqu’il photographiait des célébrités internationales. En noir pour l’un, en blanc pour l’autre. Et comme Gonnord vit en Espagne, on ne peut manquer de rapprocher son travail du portrait de Philippe IV par Velasquez.

Dans cet atelier, Gonnord sort du lot.