Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier de maintenance

Dernière ligne droite pour cette série d’articles sur les rencontres d’Arles. Il faut se dépêcher car tout, ou presque, s’arrête aujourd’hui, 14 septembre.

Nous allons quitter le centre d’Arles, provisoirement, pour rejoindre une friche industrielle  : les anciens ateliers de la SNCF ( » le parc des ateliers« ). On peut facilement y aller à pied depuis le centre d’Arles, en plus c’est bien indiqué. Le site est vaste et occupé par plusieurs hangars (certains disant « halles » pour faire classieux), posés au milieu d’herbes (forcément folles) sur un gravier ornés de vestiges divers de l’activité ancienne du site.

Le premier hangar à visiter est l’Atelier de maintenance. Ce qu’on y voit est de qualité et il y a de la masse, c’est du lourd.

Tim Walker est un photographe de mode et les œuvres présentées sont en nombre considérable. Les qualités plastiques des photographies égalent celles des modèles. Adepte de photographies sans trucages numériques, vous pourrez repérer dans son travail des fils qui traînent, remarquer que le grand poisson dans une photo est lui même une photo ou vous extasiez devant les voitures habillées de tricot (a priori, on aurait dit les fameux pull d’Aran).

Vous pourrez voir « Iekeliene » pour Vogue Italie (il s’agit de Iekeliene Stange, chez Marilyn Agency),  « Lily Cole and giant pearls », Lily Cole « wadhwan gujar – India », Karen Elson « english sunbathing », Coco Rocha « surreal story », Kirsty Hume and Trish Goff « someraults ». A priori ce sont des travaux de commande, souvent pour Vogue, mais ce n’est pas toujours indiqué. Les tirages couleur sont souvent de grand format sans être monumentaux, d’un style toujours si « anglais », un peu « Alice au pays des merveilles », aux couleurs pastels.

Son agent présente une part significative de son travail. Je reproduis la photo la plus parue dans la presse à l’occasion des Rencontres, « LiLy Cole and giant pearls ».

Dans la salle suivante, on trouve Charles Fréger. Ce n’est pas le même genre, c’est sensiblement moins glamour.

Fréger poursuit avec méthode un travail d’importantes séries sur les « groupes » (majorettes, soldats, sportifs, travailleurs, etc) repérables par leur habillement. Son site web est remarquable par la couverture de son travail : on a l’impression que rien ne manque dans cet ordonnancement méthodique.

Les séries présentées sont des soldats, hélas les légendes sont absentes, ce qui est lamentable à l’heure des audio-guides, mp3 et autres (un pauvre cahier est néanmoins disponible à l’entrée).

Les formats sont géants contrairement à ce que j’avais vu en Belgique à l’espace ING et, plus récemment, à la Galerie Le bleu du Ciel à Lyon.

L’accrochage est intelligent et combine divers de séries : même tenue avec le soldat qui change, même corps et même fonds avec le grade qui change , série équestre, visages casqués de profil, etc.

Je vais juste vous faire saliver avec la couverture d’un de ses ouvrages (« Portraits photographiques et uniformes »), pour le reste, aller voir. Si vous ratez l’exposition, vous pouvez le voir en galerie.

Avec Vanessa Winship, on reste dans l’uniforme mais porté cette fois par des écolières. La dignité de ces enfants pauvres et leurs regards sont éloquents. J’avais déjà vu ce travail sur le site web de la galerie qui la représente et je n’avais pas réagi. Peut-être aussi n’avais-je pas vu la série présentée (Sweet Nothings: Rural Schoolgirls from the Borderlands of Eastern Anatolia) que l’on trouve sur son site. Il faut bien avouer que, « en vrai » le résultat produit est spectaculaire et ce d’autant que les tirages sont présentés sans la protection d’un verre et ne sont donc pas défigurés par les reflets.

Françoise Huguier présente Komunalka. Selon le guide, qui avait rencontré Huguier, 10% de la population de Saint-Pétersbourg vivrait à l’étroit dans ces appartements communautaires, puisqu’il s’agit de cela dans son reportage (elle travaille pour Rapho). Il s’agit surtout de femmes seules avec enfants et depuis peu les logements peuvent être achetés (ils avaient été collectivisés en 1918). Disons le tout de suite, ce travail m’a déplu. Le misérabilisme m’agace et montrer des filles russes pauvres et à poil me semble plus que facile : le guide prétend que c’était le souhait de Natacha, principale protagoniste que de se dénuder. Combien a-t-elle gagnée dans l’affaire ? D’après notre guide, toujours, Huguier a des visées « plastiques » au-delà du photoreportage. Bien. C’est peut-être pour cela qu’il y a des filles à poil, peut-être que ça fait vendre en galerie. Ce travail aurait gagné à rester dans un magazine accompagné de commentaires et d’un texte abondant car présenté ainsi, sur les murs, on ne voit pas vraiment le propos. C’est un bon photoreportage qui aurait en rester là.

On pourra toutefois souligner que la scénographie a été soignée puisque l’expo se déroule dans des « pièces » qui reconstituent un appartement, un bel effort que je n’ai pas vu ailleurs, me semble-t-il, aux Rencontres.

Jean-Christian Bourcart nous montre des photos de mariages. La présentation ne dit pas s’il en est l’auteur. Quoi qu’il en soit, voilà une exposition qui n’aura pas coûté cher : le recyclage de photos de mariés ridicules ne m’a pas du tout séduit comme vous l’aurez compris. Décidément le mariage est bien mal traité à Arles (on se souvient des photos de mariage d’arlésiens exposées au Palais de l’Archevêché). Je ne nie pas avoir esquissé un sourire en lisant « c’est toute des putes » (sic) gravé sur un banc où se trouvent deux mariés, mais bon, c’est un peu les blagues à toto cette exposition.

En contrepoint, c’est le moindre qu’on puisse dire, on passe de la farce à la tragédie avec Achinto Badhra. Elle nous montre à voir la projection de photos de jeunes filles (pour ne pas dire d’enfants) qui se sont déguisées pour « exorciser leurs peurs » (c’est un peu éculé, désolé). Ces gamines ont été victimes de la drogue, de viols, d’abandon, etc. le sujet est terrible et j’ai toujours un mouvement de recul sur des thèmes pareils. D’une manière générale, la photo de reportage ne m’intéresse guère, surtout quand on cherche à faire sensation, et même pour une bonne cause. Comme pour Huguier, la représentation du travail aurait du rester dans la presse mais, au-delà de Huguier, le travail de Badhra repose sur une véritable action menée avec la Fondation Terre des Hommes, c’est ce qui fait toute la différence entre un engagement et un simple témoignage.

Au final, ce que je retiens, c’est Fréger, Winship et Walker.

Rencontres de la photographie d’Arles – Les insoumises et Henri Roger

« Les insoumises » est le titre d’une exposition (modeste) consacrée à ce que certains appellent des courtisanes mais qu’il faut bien appeler des prostituées, au cours du Second Empire (1852-1870). Cette exposition était située dans la salle Henri Comte, juste derrière la mairie, tout près de la place de la République ; elle est terminée depuis le 31 aout. On y voit des photographies d’époque (des petits formats en noir et blanc) très propres et très décentes, de prostituées de luxe. Je me suis dit en moi-même, voilà des jeunes femmes qui ont mené une vie dissolue mais qui se présentent à nous comme de bonnes bourgeoises (eh oui, aucune partie de jambes en l’air à l’horizon), voilà des jeunes femmes dans la fleur de l’âge qui sont aujourd’hui mortes et enterrées depuis des décennies.

A y réfléchir, le titre est curieux, surtout si on pense au collectif « ni putes ni soumises » : curieux car considérer des prostituées comme des insoumises est une vision peut-être un peu romanesque, celle de la prostituée qui choisit son sort, choisit ses amants et exploite sans vergogne leur portefeuille. M’enfin bon, je ne suis pas spécialiste.

Au-delà de ces photos, le plus intéressant était de les voir confrontées aux extraits de rapports de Police : du coup, il y avait comme un contraste entre la banalité des photos et la crudité des faits rapportés.

Et Henri Roger dans tout ça ? L’histoire ne dit pas si ce monsieur, ingénieur de on état, s’est mêlé aux jeunes dames évoquées ci-dessus mais, chronologiquement, il n’en est pas très loin en tout cas. Né en 1869, il a exactement un siècle de plus que moi mais lui est mort (en 1946 ce qui me ferait aller jusqu’en 2046, c’est pas si mal). Cette exposition est visible jusqu’au 14 septembre au Musée de l’Arles antique. Comble du bonheur, le musée est gratuit (au moins si vous un pass des Rencontres, autrement je ne sais pas).

L’exposition est aussi modeste : derrière un rideau noir vous attend une projection de photos de Monsieur Roger. Ceci dit ce n’est pas choquant, pour moi en tout cas, de voir des photos ainsi projetées : ça peut même donner un air « vintage » tant les soirées diapos (ou lanterne magique) sont dépassées. Juste dans l’entrée, une petite vitrine montre des tirages de Monsieur Roger et ses outils. Ainsi on voit des aristotypes. Si vous êtes à ce point ignare que vous ignorez ce qu’est un aristotype (ce n’est pas un gars de la noblesse, je vous le dis tout de suite), vous pouvez regarder dans l’abécédaire de la photographie. Si vous êtez vraiment fan, il y a ça aussi.

Et les photos de Monsieur Roger montrent des bilocations, des trilocations même et aussi des projections horizontales (des vues de dessus). C’est à dire en fait que l’on fois deux fois ou trois fois le même personnage (lui-même en l’espèce) sur la même photo (et Monsieur Roger n’a pas de jumeau a priori). Il a inventé la bilocation le 7 mai 1892 (l’homme et son double) et la trilocation le 23 novembre 1893 (Le photographe se regardant jouer aux dames contre son double). Il a aussi fait des bilocation avec changement d’échelle.

Monsieur Roger épouse en 1900 Mademoiselle Viollet, fille du directeur de la bibliothèque de la Faculté de Droit de Paris et se fait appeler Roger-Viollet. Sa fille ainée Hélène (1901-1985) fondera l’agence Roger-Viollet en 1938 (La Documentation photographique Roger-Viollet).

C’était un monsieur facétieux qui a truqué ses photos de famille (il double ses enfants) ou se photographie sur un paratonnerre. La perte de son épouse et de son fils lors de la Première Guerre l’éloignera des photographies truquées: il se fera photographe plus classique de la vie familiale et parisienne et de ses voyages, jusqu’à sa mort.

L’agence Roger-Viollet existe toujours, installée 6 rue de Seine à Paris, depuis son origine.

Après tout ça, vous pouvez faire un tour au musée. Je ne suis pas fan des musées mais la présentation des antiquités romaines, qui forment le gros des collections, est vivante ; les maquettes sont nombreuses et il y a un promontoire pour admirer les sols en céramique.

Rencontres de la photographie d’Arles – Le Capitole

Le Capitole est bien mal nommé : il n’a rien de prestigieux, au contraire, c’est presque une ruine. Ceci dit, comme on dit dans les annonces immobilières, il y a un « beau potentiel » et ce n’est pas une publicité mensongère. Les hauts plafonds et l’architecture du lieu ne manquent pas de séduire. Les expositions non plus ne manquaient pas leur cible.

A l’étage on pouvait voir des photos sur Haïti de Atwood. Pour ma part, ce genre de sujet ne me séduit guère même si on ne peut nier les qualités du photographe et de son travail ainsi que l’adéquation au lieu, également en ruines. C’est un peu triste mais j’éprouve une lassitude certaine face à des reportages photos montrant la misère ou la bêtise humaine. Dans la même veine, aux Ateliers, on pouvait voir un travail sur l’Albanie de John Demos.

Au rez-de-chaussée, on pouvait découvrir le travail de Vecchiet sur l’Exodus, malheureusement sans cartel ni aucune information.

Toujours dans les salles basses, on pouvait voir aussi le travail de Serge Picard (Agence VU), de grands portraits « bougés » et fantomatiques, en noir et blanc. Cela m’a fait penser au travail de Prieto (au demeurant très hétérogène) que j’avais vu à Paris en juin et dont l’exposition se poursuit jusqu’au  6 septembre, toujours chez VU. J’ai mis ci-dessous une photo de chaque auteur : à gauche Picard et à droite Prieto.

Le plus intéressant était à mon avis le travail de Lea Crespi que j’avais raté à Paris (encore et toujours chez VU, décidément bien représenté) et celui de Jeffrey Silverthorne (ah oui, d’accord, il est chez VU aussi ?).

Lea Crespi se présente à nous nue, crâne rasé, légèrement floue, dans des sites industriels délabrés, en grand format. C’est le thème de sa série Lieux dont le portfolio est visible sur son site web. Je peux vous assurer qu’en format réel, c’est troublant. C’est peut-être aussi courageux (peut-être moins que photographier en Irak mais quand même). On se demande bien ce que viens faire ce corps, devenu presque asexué, une sorte de guide ? A vous de méditer. Jeffrey Silverthorne n’est pas de la même génération et son travail ne porte pas sur la recherche plastique, a priori. Il nous montre aussi des corps : des cadavres, des autoportraits en compagnie d’une jeune femme, des femmes entre deux ages et des prostituées dans les années 70s. Tout cela est également troublant, sans doute parce qu’on y trouve les précautions de beaucoup d’hommes : moi, les femmes, la mort. Cela fonctionne bien avec le travail de Crespi

C’est une belle exposition que je vous conseille vraiment et c’est jusqu’au 31 alors il faut se dépêcher.

Rencontres de la photographie d’Arles – Espace Van Gogh

L‘Espace Van Gogh, toujours au voisinage de la place de la République, est dédié à la mode, ou plutôt à la photographie vestimentaire, ce qui est la moindre des choses puisque Christian Lacroix est le grand manitou de ces 39ème Rencontres.

Autant le dire tout de suite, à part le jardin richement fleuri, sa jolie fontaine et l’atmosphère de calme et de fraicheur qui s’en dégage, cet espace ne donne pas beaucoup de satisfactions. Le seul point positif est l’effort pédagogique dans la rédaction des cartels ce qui mérite d’être souligné car cela manque souvent cruellement sur les autres sites. Autre point positif, c’est un peu la moindre des choses mais, là-encore, cette condition n’est pas toujours remplie : l’éclairage est bon !

L’exposition commence par des photos de dépôt de modèle : on apprend à cette occasion que la création de modèles (de vêtements et d’accessoires)  a fait l’objet, dès les années 30, d’une protection juridique dont le support est le dépôt de photos des modèles. Les choses sont bien expliquées mais face à une telle avalanche de photos, il est difficile de savoir où et quoi regarder (à moins d’être expert), à part succomber au charme suranné des « garçonnes » qui constituent l’essentiel du stock.

Ensuite nous sont montrées des photos des vitrine du Printemps dans les années 50 par Sabine Weiss. Bof. Plus loin, dans l’obscurité, sont projetées des photos de podium de défilé de Marineau. Bof. Plus loin encore sont éparpillés sur une table des « look books » et catalogues de collection. Ennuyeux et poussiéreux.

Dans les deux dernières salles ont a droit une collection de catalogues (encore) et dans la dernière à un méli-mélo de blogs et de magazines. A oublier.

On est content de retrouver la lumière, les fleurs du jardin et la fontaine.

Rencontres de la photographie d’Arles – Espace SFR

L’Espace SFR est à deux pas de l’Eglise des Frères-Prêcheurs mais ce n’est pas très bien indiqué. L’exposition est toute petite et chaque photographe ne présente que 4 ou 5 pièces (de format réduit) mais il n’empêche, c’est toujours bien de voir un peu ce que les jeunes font et de ne pas seulement célébrer les dinosaures (même talentueux). Après tout, pour les dinosaures, pas besoin d’aller à Arles : il suffit d’aller dans les musées (voire dans les galeries).

Évidemment, SFR dispose d’un site web qui présente les jeunes talents retenus mais quand on peut voir « pour de vrai » c’est toujours un plus.  Évidemment aussi, SFR c’est une société (capitaliste !) donc c’est le Mal (je rigole) mais bon, il ne faut pas croire que sponsoring et intérêts commerciaux sont ennemis du talent et jusqu’à preuve du contraire les artistes aussi ont besoin d’argent.

Du coup, allez voir ! En plus, la jeune fille qui montait la garde doit passablement se morfondre car il n’y a pas foule et c’est dommage (pour elle, pour les photographes et pour vous si vous n’allez pas voir).

Il y a quelques images aussi ici.

Jetez un œil sur les sites web, les parcours des artistes y sont décrits et leurs œuvres commentées. Pour ma part, j’ai surtout apprécié le travail de Delphine Manjard, Benjamin Roi, Julot et Laura Favali.

La première a travaillé sur le corps et le vêtement (figure03), le second a travaillé sur la peau bronzée, le troisième travaille plutôt sur les codes visuels (gaelle) et certaines pièces feront penser à Loretta Lux, et la dernière nous donne à voir d’intrigantes jeunes femmes aux tonalités bleues.

Que du bon et du beau.

Rencontres de la photographie d’Arles – Marcus Tomlinson

A deux pas des Arènes se trouve l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie et là, dans un petit espace, baptisé Galerie Arena, caché derrière un rideau noir, se trouve le travail de Marcus Tomlinson.

Il ne me semble pas que beaucoup de blogs aient évoqué l’instant magique que l’on vit, plongé dans l’obscurité, face à une vidéo intrigante à la musique hypnotique (par Kunja Bihari).

C’est d’ailleurs une chance d’avoir vu cela car, à dire vrai, je fais une allergie à la vidéo.

Bref.

Allez-voir vous-même car ce n’est pas racontable et franchement, les sites web qui présentent son travail, que ce soit le sien ou celui de sa galériste, ne lui rendent pas justice.

En plus de la vidéo, sont exposées quatre photographies dont l’éclairage lumineux de couleur changeante donne une perception étonnante.

Précisons également que cette exposition modeste (par sa taille) ne doit pas faire perdre de vue que Marcus Tomlinson n’est pas n’importe qui : photographe de mode britannique, il a travaillé avec des revues prestigieuses comme Vogue, des créateurs de premier plan comme Lacroix et son travail a été exposé au Tate Modern et au Barbican Center (rien de moins).

J’irai sûrement revoir les photographies (kinetic 1 et kinetic 4) à Paris.

Rencontres de la photographie d’Arles – Roversi et Lindbergh

Restons sur la place de la République et au sortir du Cloitre Saint Trophime, dirigeons nous en face, vers l’Église Sainte Anne. C’est là que se tient l’exposition consacrée au travail de Paolo Roversi. Après Avedon, nous restons dans la continuité avec un photographe de mode célèbre.

Le travail de Roversi, ou plutôt ce qui en est présenté, fait la part belle au noir et blanc, même si quelques photographies couleurs sont présentées. Il est représenté par la galerie PacemacGill à New York. Il reste à taille humaine dans les formats restitués et se distingue ainsi nettement du travail de Lindbergh (Peter, pas Charles) sur lequel on va revenir car lui-aussi est exposé dans une église, lui-aussi est un photographe de mode et lui aussi a passé le cap de la soixantaine et atteint la célébrité.

 

A gauche, le travail de Roversi (Paolo Roversi, Natalia, Paris 2003) et à droite le travail de Lindbergh (Peter Lindbergh, Kristen McMenamy, Vogue France, Beauduc, France, 1990). On verra plus loin que c’est là un bon exemple de ce qui les sépare.

Le travail de Roversi présenté à Arles n’est pas, dans l’ensemble, « séduisant », « facile ». Les tops models (féminines uniquement) sont magnifiques mais on ne s’en rend pas vraiment compte : l’importance du blanc, l’absence d’accessoires, les poses épurées, tout cela contribue à dématérialiser les modèles, presque à en faire des épures, presque jusqu’au dessin au fusain.

Sont aussi présentées des vues de son matériel (chambre, objectif) et de son atelier qui ne sont pas convaincantes (il faut dire que le titre de l’exposition est « Studio » : on ne pouvait pas y couper). D’autres photographies, en couleur ou noir et blanc, s’essayent à d’autres thèmes que les femmes, d’autres approches mais, là-aussi, cela me semble moins convaincant.

L’ensemble m’a semblé en harmonie avec les lieux, très clairs et aérés, sans reflets perturbants. Il ne faut pas perdre de vue non plus qu’il s’agit d’un choix délibéré : Roversi a produit par ailleurs de nombreuses photos de mode aux couleurs qui claquent, avec des top-models éthérés et des accessoires clinquants.

L’exposition Lindbergh nous fait quitter la place de la République pour l’Église des Frères-Prêcheurs, toujours dans le centre-ville. L’ambiance de cette église est plus sombre et les photos également. Mais là, les tirages sont pour la plupart immenses et cela a le don d’un peu m’agacer car cela me parait toujours un moyen simple de faire impression et, ici, sans rapport véritable avec le sujet : des photos de mode destinées à publiées dans des magazines.

Cette « starification » (pour ne pas dire « sanctification ») par le format, bof.

Les photographies ont toutes été, semble-t-il, réalisées sur la plage de Beauduc (à Arles). On n’est plus là, comme chez Roversi, dans une photo modeste, blanche et dépouillée : non, là c’est le triomphe de la pose recherchée, du vêtement de qualité. En plus il y a des mannequins hommes, quelle déception (mais non, je blague : il en faut pour tous et toutes).

Il m’a semblé qu’on était là dans la photo de mode dans toute sa splendeur, un peu vide, vaguement arrogante et déjà vue cent fois. De la belle photo certes mais bof. Peut-être finalement que les photographies les plus intéressantes, les moins vues, étaient des photos géantes d’une bouche aux dents ébréchées photographiée en rafale : une photo originale et décalée qui tranchait délibérément avec l’étalage de beautés lointaines.

Je l’ai déjà dit mais tant pis, les reflets ici étaient vraiment une catastrophe et, sur des grands formats sombres, cela gâche tout. C’est un peu comme le morceau de salade coincé entre les dents.

Rencontres de la photographie d’Arles – Cloitre Saint-Trophime

A côté du Palais de l’Archevêché se trouve le Cloitre Saint Trophime, tous deux accessibles depuis la place de la République où se trouvent aussi un bel obélisque, la Mairie d’Arles et l’Eglise Sainte Anne.

Ce cloitre peut valoir à lui seul la visite, en dehors des Rencontres.

Dans la « Salle des tapisseries » est exposé une sorte de « work in progress » où, essentiellement sur des tables, sont éparpillés les documents qui servent de support de création à Lacroix (c’est ce que je crois avoir compris). Je n’ai pas du tout accroché face à cet amoncellement, sans commentaire, de coupures de presse, de photos de sources multiples. Manifestement, je n’étais pas le seul dans cette situation.

Peut-être s’agissait-il là de faire, toutes proportions gardées, quelque chose qui ressemble à l’Atelier Brancusi ou à l’Atelier Giacometti ? Quoi qu’il en soit, tout cela semblait mort, la poussière tombée sur les photos et la lumière sépulcrale du lieu n’arrangeant rien. On tombait aussi tomber sur de belles photos de Sieff et de Lindbergh qui semblaient se trouver là par hasard et ne raccordaient nullement avec l’ambiance « travaux de recherche créative ». Bref, pas terrible.

Sur un palier, on trouve le travail de Jérome Puch qui se résume à se photographier lui-même à l’aide d’un Polaroïd (tenu à bout de bras) en compagnie d’un jeune mannequin de sexe féminin. Concrètement, un grand tableau était couverts de Polas. On est content pour lui.

Mais est-ce bien à Arles qu’il faut présenter cela ? La question est ouverte. Si la réponse est positive, il faudra ouvrir à Arles en 2009 une section « Flicker » où on pourra admirer « mes vacances à la plage », « mes animaux domestiques », etc. Bref.

Certes, je n’ignore pas que les photos les plus modestes, tant dans les sujets que dans les moyens (Araki utilise le Polaroïd à profusion) ont leur place sur les cimaises. Certes, la série est un moyen essentiel de la photographie , l’accumulation est utilisée par les artistes au moins depuis Arman et la répétition d’une « procédure » est aussi un moyen (en photo, on peut penser à Noah Kalina). je n’ignore pas non plus qu’il est de bon ton de montrer des Polaroïds depuis que la firme a annoncé qu’elle mettait fin à la production de ses films. Mais bon…

Heureusement, le cloitre expose des œuvres d’un tout autre calibre mais si, là aussi, le fossé est sérieux entre Keterina Jebb et Richard Avedon.

Katerina Jebb présente des photographie de grand format comme des gisants : « des vues de dessus » grandeur réelle de mannequins éthérées dans des vêtements extraordinaires. Il y a peu d’œuvres présentées, 5 ou 6 peut-être mais cela vaut le coup. Je n’avais jamais encore vu, pour ma part, de travail de ce genre. Des formats plus petits sont présentés au Musée Réattu.

Richard Avedon est aussi présent au Cloitre (portfolio ici) et là, on change de dimension. Le photographe (décédé en 2004) est connu et reconnu, il a publié de nombreux ouvrages, fait l’objet d’un appareil critique non négligeable.

Je me bornerai à souligner que:

  • Le lieu est parfaitement en adéquation avec le thème (la mode et la beauté mais aussi la mort et la désolation – les lieux ne sont pas très « riants »),
  • Les tirages sont d’une grande qualité, et exempts de tout reflet,
  • Plusieurs exemplaires du New-Yorker, où sont parus les travaux, sont présentés ce qui permet de faire le lien entre les deux supports : il se trouve que le tirage grand format fonctionne aussi bien sinon mieux que dans le magazine
  • Cette exposition trouve à mes yeux un écho dans une autre exposition, sur le site des Ateliers, consacrée aux natures mortes (et plus précisément, pour une bonne part, au genre des memento mori) de Guido Mocafico dont le travail ne peut hélas vraiment pas être restitué sur un site web et qui a suscité peu de réactions (à part là, et là-aussi).

Rencontres de la photographie d’Arles – Palais de l’Archevêché

L’exposition au Palais de l’Archevêché est centrée sur Arles. Parrainée par le quotidien local, La Provence, il faut bien avouer que, pour ma part, je n’ai rien vu là de bien fascinant. Peut-être faut-il être arlésien pour mieux apprécier.

Entre reportage sur les 30 glorieuses ou le patrimoine industriel d’Arles (de petites photos noir et blanc pour l’essentiel, semble-t-il issues de la PQR) ou bien encore les nombreuses photographies d’artistes locaux traitant de sujets régionaux (architecture arlésienne, tauromachie, etc) dans les année 1900-1950, je n’ai rien vu de saisissant.

Même les photos de mariages d’arlésiens « au cours des âges », une idée de Lacroix, m’ont semblé plus relever de l’animation culturelle locale que d’une démarche créative ou artistique inspirée mais cette histoire de mariage, on y reviendra, sert de fil rouge au cours de ces Rencontres.

Cerise sur le gâteau, les légendes sont absentes ou, au mieux, figurent dans des cahiers ce qui ne permet pas de se repérer. Je passe également sur l’éclairage, très médiocre, et générateur de reflets.

Cette question des reflets d’ailleurs, on y reviendra, est particulièrement gênante même si certains on su en tirer profit avec humour et talent.

Alors, que peut-on sauver de cette exposition ?

Peut-être peut-on évoquer le travail d’Alain-Charles Beau sur la corrida et la mode (à travers les défilés Lacroix notamment), en grands formats couleur ? Ou bien encore celui de Lucien Clergue, figure de proue de la photographie arlésienne qui a obtenu une reconnaissance internationale ?

Somme toute, les travaux de ces artistes renommés ne m’ont pas paru le meilleur de leur production.

Sans doute peut-on sauver surtout les impressionnantes et anonymes photos en noir et blanc, en grand format, des bombardements d’Arles au cours de Seconde Guerre Mondiale, vus d’avion. Inscrites dans un contexte historique, ces vues peuvent être rapprochées, avec un peu d’audace, tant les finalités, le public, les thèmes et les moyens différents, des travaux d’Artus-Bertrand ou de MacLean, de par leur technique et l’angle de vue si particulier. La caractère fascinant des vues aériennes n’aura d’ailleurs pas échappé à Google avec ses cartes et son Google Earth.

Sans doute aussi peut-on mentionner les éléments (photographies et autres documents) relatifs au camp de Salier et au fichage des nomades, un rappel historique pas inutile de ces temps troublés du à Mattieu Pernot (dommage de ne pas avoir présenté aussi son travail sur les tsiganes et son ouvrage éponyme qui s’articule autour de codes esthétiques soigneusement choisis comme ceux de la photographie anthropométrique, par exemple).

Rencontres de la photographie d’Arles – Boire, bouffer, dormir

A Arles, en été, habituellement il fait chaud mais là, coup de chance, il devait faire entre 20 et 25° ce qui est très agréable. Il n’empêche que vous devez marcher et que les Ateliers (entre autres) ne sont pas climatisés donc vous aurez soif.

La meilleure chose à faire c’est de faire le plein de bouteilles d’eau (au moins une bouteille par jour de présence, même sans canicule). Vous pouvez aller au Géant Casino (prendre la direction « Fourchon ») ou, dans le centre, aller dans un Petit Casino (26 Rue du Président Wilson, par exemple, juste à côté de l’espace Van Gogh).

Pour manger, le midi vous pouvez prendre un casse-croûte (environ 3€) afin de ne pas perdre de temps en empiétant sur la durée d’ouverture des expos. Le mieux c’est d’aller chez un vrai boulanger : je suis allé là où il y avait la queue, ce qui est en principe le signe que c’est bon.

Allez donc chez De Moro (à côté du Petit Casino, au 24 rue du Président Wilson) ou chez Soulier (au 66, rue de la République). Chez De Moro, ne ratez pas les mini calissons colorés et parfumés (au citron, au café, etc).

Les calissons colorés et parfumés de chez De Moro

Les calissons colorés et parfumés de chez De Moro

Du côté des Ateliers, je vous recommande le boulanger en face de l’entrée, de l’autre côté de l’avenue Victor Hugo.

Pour le soir, j’ai diné à l’hôtel, dont le restaurant est correct (bien que totalement désert et impersonnel) mais cher (23€ pour une entrée+plat) et pour La Fuente (20, rue de la Calade) moins cher (27€ pour entrée+plat+fromage+dessert) mais assez moyen, tant pour l’assiette (le foie gras était d’une couleur suspecte et mal dénervé) que l’accueil (obligation de déménager en cours de repas à cause d’une réservation qui n’avait pas été notée).

L’an prochain je crois que je réserverai (c’est impératif) dans un des restaurants arlésien figurant dans un guide. L’office du tourisme fait une synthèse, que vous pouvez actualiser avec les sites web de Michelin et du Bottin Grourmand et compléter avec le Guide Gantié, spécialisé dans les restaurants de Provence

Concernant les hôtels, mon trois étoiles un peu à l’écart du centre (New Hotel Arles) comportait un lit minuscule, pas de table ni chaise et des petits-déjeuners à 12€. Bref, même dégriffé à 76€ contre 95 (et même 110 en période d’inauguration des Rencontres : tant qu’à exploiter le touriste, pourquoi se priver ?), je n’y remettrais pas les pieds et viserais plutôt un hôtel du centre, moins cher et plus sympathique. Il faudra juste s’y prendre de bonne heure.

Et comme le petit-déjà ce prix c’est se moquer du monde, vous pouvez déjeuner chez Géant Casino (mais c’est un peu loin pour 3,2€ seulement) ou, mieux, en surplomb avec vue sur les arènes, à La Maison des Gourmands (28, rond-point des Arènes) pour 7,5€.

Voilà qui termine le volet pratico-pratique de cette découverte des « rencontres d’Arles » et nous passerons très bientôt aux expositions proprement dites.