Transphotographiques 2010 – Palais Rameau – Partie 2

Le récit de la visite du Palais Rameau, entamée il y a quelques jours (ici) à l’occasion des Transphotographiques à Lille se poursuit et à part Jürgen Nefzger (billet ici et son site ici) ce sont pour moi des découvertes (ou presque).

Il me semble que l’an passé la salle au fond du palais, en arc-de cercle avec de hautes fenêtres, n’était pas utilisée. Cette année en tout cas elle est mise à disposition des oeuvres tirées sur bâches de  Myoung Ho Lee, un travail remarquable.  L’artiste a photographie des arbres en pleine nature en mettant en arrière plan une bâche (je rappelle qu’un outre le tirage est fait sur bâche). Cette double scénarisation de la nature (prise de vue puis tirage) ne manque pas de titiller les neurones et les yeux, sans parler du statut ambigu de ce qui est représenté, entre portrait d’arbre et paysage. Un travail également séduisant d’un point de vue plastique. Un travail comme on aime.

A proximité, un accrochage collectif montre le travail d’Edith Roux (petits personnages en prise avec des plantes immenses, vus à la galerie dix9, billet ici), Niels Udo (dont j’avais croisé le travail à ArtBrussels en 2009 qui montre là ses interventions étranges dans la nature), et enfin Valérie Graftieaux. Son travail mérite qu’on s’y attarde un peu car ses ramures d’arbres givrés sont étonnantes sans parler de la multitude de tirages noir et blancs minuscules d’éléments de plantes qui sont épinglés un peu comme des bestioles et que l’on peine à identifier. La technique de tirage est également surprenante qui évoque moins la photo que le fusain. La photo ci-dessous tirée d’une interview (ici) illustre le propos.

On termine par ce qui me semble être le cœur de l’exposition avec huit artistes en individuel.

Yoshihiko Ueda montrait de fabuleuses photos de sous-bois de la forêt tropicale de Quinault près de Seattle, saturées de couleurs bleues sombres (ci-dessous, illustration en provenance de sa galerie – ici). Evidemment, en vérité, la forêt n’a pas cette couleur et le choix de l’artiste est délibéré.

Wout Berger (like birds), comme le titre de la série l’indique, se place du point de vue de l’oiseau pour observer une nature plutôt désertique en s’attachant aux fleurs. Le point de vue n’est pas nécessairement aérien, au contraire, c’est la variété des plans et surtout celle à se mettre au raz des fleurs, tout près; qui fait ‘intérêt de cette série.  Helene Schmitz (site ici) est accrochée en face et se livre quant à elle à des portraits de fleur en gros plan et sous diasec: c’est encore une fois splendide et la série présentée est très complète. Je suis pour ma part ravi de voir ainsi des thèmes on ne peut plus classiques resurgir sur la scène photographique envahie de représentations intellectualisantes: après tout, pourquoi contemporain devrait-il rimer toujours avec ennuyeux et moche ?

Avec Aki Lumi on quitte le domaine de la photographie proprement dite pour passer du côté des artistes qui utilisent la photographie parmi d’autres techniques. Ses  photomontages (qui ne ressemblent en rien aux photomontages classiques où l’on reconnait les pièces) sont presque des compositions abstraites tellement les signes sont mêlés et superposés, tellement épurés qu’ils ne sont plus guère que des silhouettes ou des vestiges. On croit distinguer néanmoins des jardins encombrés, entre gothique et indien, dans une seule tonalité. Je suis assez imperméable à cette création. Mark Ruwedel, qui n’est pas n’importe qui (collection du MOCP ici), est plus facile à regarder mais ses séries peuvent également laisser dubitatifs, entre arbres à chaussures, vestiges en noir et blanc de voies ferrées et série consacrée aux cratères de bombe dans des sites d’essais militaire. Un travail sur l’empreinte peut-être ?

Je conclus avec des travaux plus faciles encore dans leur forme me semble-t-il mais qui pour autant ne laissent pas indifférents. Ferit Kuyas (site ici) aborde le territoire chinois avec city of ambition, une série de paysages urbains souvent brumeux où les humains, rarement présents, sont réduits à rien ou absents. Impressionnant.  Pétur Thomsen (site ici) ferme le bal avec des paysages industriels en cours d’élaboration défigurant une nature sauvage, celel de l’ISlande, l’histoire d’un attentat contre la nature au profit de la construction d’une centrale hydroélectrique. C’est saisissant (illustration ci-dessous en provenance du site de l’auteur).

Au final, ce site est le plus riche des Transphotographiques 2010 et la sélection éclectique mais relevée dûe notamment à Françoise Paviot, curateur de l’exposition, mérite le déplacement.

Galerie Dix9 – Edith Roux – WALLED OUT / MINITOPIA

La Galerie Dix9 (19 rue des Filles-du-calvaire et ici) présentait jusqu’à samedi dernier le travail de Edith Roux à travers deux séries, Walled out et Minitopia. Cette galerie est au fond d’un cour et il faut sonner pour se faire ouvrir ce qui peut être intimidant mais l’accueil est sans façon et sympathique. Autre point fort de cette galerie, son site web, très clair et parfaitement à jour ce qui hélas est rarement le cas de nombre de galeries.

Quant à la sélection, elle est de qualité (cf. billet précédant ici) pour autant que je puisse en juger et les accrochages se succèdent sans temps mort (le prochain débute dès le 12 novembre).

Dans walled out, une jeune femme est vue de dos faisant face à un horizon  barré de constructions. Le principe de la vue de dos n’est pas neuf ou original, on peut citer, pour rester sur ce blog, Magdalena Hueckel , vue à Arles en 2008 (billet ici). Ceci dit,, la série est plus vaste que les extraits montrés à la galerie et les livres à disposition permettent de se rendre compte que l’auteur n’en est pas resté à cette seule mise en scène.

La série Minitopia est la plus abondamment représentée.  Il s’agit de petits formats en couleur montrent une plante en gros plan, en taille naturelle finalement, poussant dans les interstices d’un environnement urbain. A chaque fois, un petit personnage vaque à ses occupations, est en train de lire, de passer ou d’éteindre la plante qui a pris feu. C’est a la fois de l’humour (on n’est pas très loin des mises en scène de soldats de plomb et de l’humour de Garcin qui expose à côté chez les filles du calvaire) et une invitation à la rêverie sur la place de l’homme et de la nature dans notre société: c’est un peu tarte à la crème mais le mélange entre humour et propos de comptoir fonctionne plutôt bien et le 1er permet de faire passer le second.

Les illustrations ci-dessus proviennent du site de la galerie où vous trouverez toutes les images visibles lors de l’expo, en attendant la prochaine :)

Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq

Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.

A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.

Au  rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ?  Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.

Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.

Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…

Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).

Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style « gros grain flou noir et blanc », c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.

Jean-Christian Bourcart réalise des séries peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].

Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici)  poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a.  J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).

Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ?  Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.

Je ne résiste pas en conclusion à  évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).

Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.