En bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Cloitre Saint Trophime

Est-ce du à la proximité avec l’Archevêché, car le cloitre ne fait pas beaucoup mieux que son voisin. Le rez-de-chaussée accueille un ancien, Augusto Ferrari qui nous donne à voir des scènes bibliques jouées par des acteurs en tenue renaissance, parfois ornées  de  carroyages puisque les photos étaient destinées à la réalisation de fresques. Ce monsieur est le père de Leon qui expose en face… A réserver aux experts.

Quant à Ernst Haas (que je ne connaissais pas à ma grande honte) son travail dans la salle du rez de chaussée est massacré par les reflets et l’ensemble est passablement décousu. Heureusement l’étage rattrape un peu le coup avec quelques clichés où cadre, composition et surtout sens des couleurs font des miracles. Certaines pièces sont réellement remarquables.

En gros, filez directement à l’étage.

Rencontres d’Arles – Cloitre Saint-Trophime – Hatakeyama et Allen

Le Cloître Saint-Trophime était cette année bien moins rempli que l’an passé, comme je l’ai déjà indiqué. En y réfléchissant a posteriori, et après avoir écrit le billet sur l’Espace Van Gogh, je me demande si finalement ce n’est pas un meilleur choix que de faire du remplissage.

En l’espèce, deux expositions seulement étaient montrées, dans deux salles, sans aucun rapport l’une avec l’autre.

Naoya Hatakeyama montrait des photos de maquettes urbaines mais surtout de nombreux tirages de nuit avec juste quelques lumières qui brillent comme dans une lightbox. De fait, ses images sont produites en superposant des tirages et en utilisant une lightbox, des films transparent et des filtres uv. Je n’ai pas tout compris de la technique car je ne suis arrivé qu’à la fin de la visite organisée en présence du photographe. Quoi qu’il en soit, c’est un travail extrêmement surprenant et original que je n’avais jamais vu auparavant et la visite vaut donc le coup.  Je n’ai pas trouvé son site et ses galeries (au Japon et en Allemagne) ne montrent pas les œuvres présentées à Arles. De toute façon, c’est typiquement un travail qui ne  produit son effet que vu « en vrai ».

James Allen quant à lui n’est pas photographe mais collectionneur et ce qu’il montre fait impression même si l’œil contemporain s’est habitué aux images macabres. Les 70 photos exposées sont pour la plupart des lynchages de noirs aux États-Unis, le reste étant consacré à des textes (des pétitions contre de telles atrocités) et témoignages d’époque.Il y a aussi une impressionante carte des lynchages (1900-1931).

Arles-2009---lynchage

Beaucoup de photographies sont des prises de vues amateurs sous forme de carte postale, parfois agrémentées (si j’ose dire) de commentaires dont l’humour noir laisse pantois (pour ne pas dire pantelant). Ce qui est dépeint consiste essentiellement en cadavres de suppliciés, pendus ou brûlés vifs le plus souvent, des images horribles même si elles ne détonnent pas au milieu de l’actualité télévisée.

James Allen poursuit son combat pour la mémoire de ces meurtres depuis des années et l’article de Anne Chaon paru dans le Monde Diplomatique en juin 2000 constitue toujours l’une des meilleures mises en perspective (ici). J’avais pour ma part découvert ces photographies après avoir entendu parler de Ken Gonzales-Day, qui travaille sur ces photos et interroge le public sur « Comment montrer l’horreur ? » (illustration ci-dessous tirée de son site ici) et il expose au Palais de Tokyo jusqu’au 31 août 2009 mais j’ignore si cette série est exposée. Il aurait été intéressant de montrer son travail en prélude à l’exposition de James Allen, occasion ratée.

L’exposition arlésienne est à déconseiller aux plus sensibles (il n’y a pas de disclaimer à l’entrée) et en particulier aux enfants.

Rencontres de la photographie d’Arles – Musée Réattu

J’ai déjà parlé du Musée Réattu situé à Arles, notamment dans les articles « pratiques » (ici et ) introduisant la longue série de billets consacrés aux Rencontres d’Arles.

En effet, muni de votre Pass vous aviez accès à prix réduit au Musée et, en plus, cette année, le Musée est habillé par Lacroix, l’invité de marque des Rencontres.

Les magnifiques robes, accessoires et croquis de Lacroix fonctionnent bien mieux dans ce Musée qu’au cloître Saint Trophime (dont j’ai parlé ici). Sans doute parce que ce qui nous est donné à voir ici n’est pas réservé à l’œil du créateur mais bel et bien destiné au public.

Les œuvres du musée mêlent des peintures classiques et des photographies : on y trouve quelques grands noms devenus des classiques comme Horvat et bien sûr Clergue, l’enfant du pays, comme Lacroix. Lacroix a invité aussi des artistes (peintres, photographes et plasticiens) moins institutionnels. Les critiques virulentes (un commentaire issu d’un site catholique, parmi d’autres, ici) sur une démarche comparable menée au Louvre (avec Jan Fabre) n’ont pas eu cours ici, au Musée Réattu, et c’est tant mieux : les oeuvres cohabitent sans provocation aussi vaines qu’inutiles.

On retrouve Katarina Jebb avec des œuvres de taille plus modeste qu’au cloître Saint Trophime mais tout aussi intéressantes. On trouve aussi Véronique Ellena dont j’ai vu le travail de portraitiste (son site : ) il y a quelques mois à l’espace ING de Bruxelles.

Cette exposition dure jusqu’à la fin de l’année 2008 contrairement aux Rencontres qui ont fermé leurs portes le 15 septembre alors, si vous voyagez en Provence, n’hésitez pas à passer par le Musée Réattu à Arles !

Rencontres de la photographie d’Arles – Cloitre Saint-Trophime

A côté du Palais de l’Archevêché se trouve le Cloitre Saint Trophime, tous deux accessibles depuis la place de la République où se trouvent aussi un bel obélisque, la Mairie d’Arles et l’Eglise Sainte Anne.

Ce cloitre peut valoir à lui seul la visite, en dehors des Rencontres.

Dans la « Salle des tapisseries » est exposé une sorte de « work in progress » où, essentiellement sur des tables, sont éparpillés les documents qui servent de support de création à Lacroix (c’est ce que je crois avoir compris). Je n’ai pas du tout accroché face à cet amoncellement, sans commentaire, de coupures de presse, de photos de sources multiples. Manifestement, je n’étais pas le seul dans cette situation.

Peut-être s’agissait-il là de faire, toutes proportions gardées, quelque chose qui ressemble à l’Atelier Brancusi ou à l’Atelier Giacometti ? Quoi qu’il en soit, tout cela semblait mort, la poussière tombée sur les photos et la lumière sépulcrale du lieu n’arrangeant rien. On tombait aussi tomber sur de belles photos de Sieff et de Lindbergh qui semblaient se trouver là par hasard et ne raccordaient nullement avec l’ambiance « travaux de recherche créative ». Bref, pas terrible.

Sur un palier, on trouve le travail de Jérome Puch qui se résume à se photographier lui-même à l’aide d’un Polaroïd (tenu à bout de bras) en compagnie d’un jeune mannequin de sexe féminin. Concrètement, un grand tableau était couverts de Polas. On est content pour lui.

Mais est-ce bien à Arles qu’il faut présenter cela ? La question est ouverte. Si la réponse est positive, il faudra ouvrir à Arles en 2009 une section « Flicker » où on pourra admirer « mes vacances à la plage », « mes animaux domestiques », etc. Bref.

Certes, je n’ignore pas que les photos les plus modestes, tant dans les sujets que dans les moyens (Araki utilise le Polaroïd à profusion) ont leur place sur les cimaises. Certes, la série est un moyen essentiel de la photographie , l’accumulation est utilisée par les artistes au moins depuis Arman et la répétition d’une « procédure » est aussi un moyen (en photo, on peut penser à Noah Kalina). je n’ignore pas non plus qu’il est de bon ton de montrer des Polaroïds depuis que la firme a annoncé qu’elle mettait fin à la production de ses films. Mais bon…

Heureusement, le cloitre expose des œuvres d’un tout autre calibre mais si, là aussi, le fossé est sérieux entre Keterina Jebb et Richard Avedon.

Katerina Jebb présente des photographie de grand format comme des gisants : « des vues de dessus » grandeur réelle de mannequins éthérées dans des vêtements extraordinaires. Il y a peu d’œuvres présentées, 5 ou 6 peut-être mais cela vaut le coup. Je n’avais jamais encore vu, pour ma part, de travail de ce genre. Des formats plus petits sont présentés au Musée Réattu.

Richard Avedon est aussi présent au Cloitre (portfolio ici) et là, on change de dimension. Le photographe (décédé en 2004) est connu et reconnu, il a publié de nombreux ouvrages, fait l’objet d’un appareil critique non négligeable.

Je me bornerai à souligner que:

  • Le lieu est parfaitement en adéquation avec le thème (la mode et la beauté mais aussi la mort et la désolation – les lieux ne sont pas très « riants »),
  • Les tirages sont d’une grande qualité, et exempts de tout reflet,
  • Plusieurs exemplaires du New-Yorker, où sont parus les travaux, sont présentés ce qui permet de faire le lien entre les deux supports : il se trouve que le tirage grand format fonctionne aussi bien sinon mieux que dans le magazine
  • Cette exposition trouve à mes yeux un écho dans une autre exposition, sur le site des Ateliers, consacrée aux natures mortes (et plus précisément, pour une bonne part, au genre des memento mori) de Guido Mocafico dont le travail ne peut hélas vraiment pas être restitué sur un site web et qui a suscité peu de réactions (à part là, et là-aussi).