Maison européenne de la photographie – François Rousseau

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie, à Paris) a renouvelé son accrochage. Des cartes postales à la peinture sur photographie en passant par la vidéo, on voit un peu tous les supports et de Fiorio et Minot-Gormezano à Rousseau, on fait le grand écart dans les styles.

ici, il ne s’agit pas de jean-Jacques mais de François Rousseau, photographe de mode et de publicité qui avait réalisé en 2004 le livre et le calendrier Les Dieux du stade, vous sous souvenez ? C’étaient des rugbymen nus.

Cette fois, le travail de François Rousseau s’appuie sur le roman de Patrick Grainville (Goncourt 1976), l’Atelier du peintre (publié en 1988), dont il donne ici une version photographique des épisodes clés. L’histoire, nous dit le prospectus, se déroule à Los Angeles où se croisent dans l’Atelier du peintre, une population diverse de modèles, anciens délinquants ; au sein de l’Atelier vit une communauté où hommes et femmes vivent chacun de leur côté ; quant au Maitre, il cherche à reproduire le tableau de Van Eyck, les Epoux Arnolfini ,en faisant poser ses élève, en vain.

Beau prétexte que voilà pour montrer des corps magnifiques, féminins et masculins, noirs et blancs, jeunes et moins jeunes et il faut bien avouer que ces immenses panneaux photographiques réalisés à la chambre 20×25, post-traités et montés sous diasec font de l’effet et que les modèles sont, bien entendus, des perfections de corps humains, musclés et charpentés pour les hommes, fins et déliés pour les femmes. On en oublie presque la mise en scène.

L’exposition montre ainsi deux grandes fresques, tout en largeur, une masculine et une féminine, autour d’une scène centrale représentant un couple se tenant par la la main composé d’une femme blanche nue enceinte et d’un homme noir en costume avec en fond un miroir. Cette scène, c’est bien évidemment une libre interprétation des Époux Arnolfini de Van Eyck (1434), tableau visible à la National Gallery à Londres. A ce propos, je vous conseille le Musée Groeninge, à Bruges, où vous pourrez voir des primitifs flamands de toute beauté (il réouvre dans un mois, le 26 mars 2009 – fin de la parenthèse).

Vous voyez ci-dessous les deux œuvres.

Les deux fresques présentes avec ce panneau central forment une sorte de retable contemporain. Vous voyez ci-dessous, d’une part, une photo de l’ouvrage de François Rousseau (merci à lui de me l’avoir envoyée :) et, d’autre part, en dessous, une photo prise sur place lors de l’exposition.

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Au-delà ce bref extrait, d’autres photos vous attendent, toutes très impressionnantes.

Ce travail photographique est complété par une musique, une vidéo et un texte de Patrick Grainville : l’ensemble de ces éléments fait, bien entendu, l’objet d’un coffret (180 ou 800 euros selon le cas). Il est possible de s’adresser à l’auteur directement depuis son site web pour disposer d’extraits de son ouvrage (c’est par ici).

Je vous livre juste, pour finir, une vue partielle d’une autre de ses photographies (merci encore à François Rousseau de me l’avoir envoyée :) et vous invite à visiter la MEP mais aussi la galerie Pierre-Alain Challier (ici et 8, rue Debelleyme à Paris dans la vraie vie) qui l’expose jusqu’au 7 mars 2009.

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Il ne vous reste plus qu’à casser votre tirelire (moi, j’ai eu mon bonus :)

Jeu de Paume – Lee Miller – Allez-y à demi-tarif

Le Jeu de Paume (place de la Condorde) rend hommage à Lee Miller jusqu’au 4 janvier dans une exposition titrée « L’art de Lee Miller ».

Les avis sont mitigés depuis un scepticisme mesuré (Lunettes Rouges, par exemple, ici) jusqu’au « bof » contenu (Louis Mesplé, dans Rue 89, ici). Rares sont les enthousiastes, m’a-t-il semblé, comme Catherine (l’article consacré à Lee Miller contient une impressionnante bibliographie, ici).

Je suis allé voir cette exposition aujourd’hui en début d’après-midi, pour me faire mon idée.

Disons le tout net, la vie de Lee Miller et sa plastique irréprochable valent mieux, à quelques exceptions près, que ses photographies. Je ne reviendrais pas sur son existence, digne d’un roman, ni sur LA photo qu’il faut avoir vue (celle du désert vu à travers une toile et que le sites mentionnés ci-dessus reproduisent).

Alors, quelles photographies valent la peine ? Celles où elle est modèle, indubitablement, en particulier quand Steichen est derrière l’objectif mais naturellement l’exposition étant consacrée à son art (à sa production quoi) il est logique de la voir peu (hormis les autoportraits évidemment).

Ci-dessous, Lee Miller à 20 ans photographiée par Arnold Genthe, extrait de Beaux Art Magazine d’octobre 2007, et visible à l’exposition.

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Pour en savoir plus sa vie, inutile d’aller voir une exposition : lisez une biographie.

Et quoi d’autres ? Les portraits solarisés sont intéressants bien qu’un peu répétitifs, quelques photographies que l’on pourrait qualifier de « plasticiennes » ou « abstraites » retiennent aussi l’attention : un goudron, des vues de ponts.

Et puis voilà pour l’Art.

Le volet de photojournaliste est représenté en survol mais je ne partage nulement l’avis de ceux et celles qui voudraient dénaturer un travail en procédant à des agrandissements de « confort visuel ». A quand la colorisation de ses photos pour faire joli aussi ? Le Jeu de Paume, ce n’est pas le cirque Pinder ou Star Ac.

Et comme je resiste pas à Lee Miller photojournaliste dans la baignoire d’Hitler, voici la photographie (même source que la prcédente), réalisée par David E. Scherman.

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Sans doute une exposition concentrée sur un seul volet de son travail aurait été plus dense et finalement moins injuste car, pour ce qui me concerne, je me suis dit que le travail d’une « dilettante » (même engagée, indépendante, courageuse, talentueuse, etc) ne peut égaler le travail d’un photographe qui, sa vie durant, défend une vision. Si j’osais, je dirais que Lee Miller est à la photographie ce que Carla Bruni est à la chanson.

Passer après Avedon (ici) et Steichen (ici) est cruel.

Au final, abonné à la MEP j’ai droit au demi-tarif au Jeu de Paume et je dois dire que pour 3 euros je n’ai pas été déçu.