Galerie VU’ – Résiliences. la photo espagnoles au tournant des 60’s

La galerie VU‘ (site ici et 17, Boulevard Henri IV), qu’on ne présente plus, montre une exposition de plusieurs photographes espagnols réunis autour d’une tranche de vie: l’Espagne dees années 50-60. C’est jusqu’au 19 juin 2010.

C’est une exposition majeure à ne pas rater (et gratuite), quasiment de qualité muséale car, rappelons-le, VU’ dispose d’un espace considérable et a l’habitude d’accompagner ses expos de panneaux explicatifs fort bien faits. Les tirages sont bien entendus en vente, comptez au voisinage de 3 000 € en général avec une fourchette de 1 700 à 7 100.

En commençant la visite on tombe sur Virxilio Vieitez dont j’avais déjà vu le travail tant à Châlon qu’à Lyon et à Madrid, c’est dire s’il est connu et reconnu. Ses portraits empreints de gravité sont réellement époustouflants, surtout ceux des enfants, dans leurs habits, endimanchés, comme des miniatures d’adultes. Ces derniers paraissent à leur tour avoir sauté une génération et, d’âge mur, ils semblent déjà des vieillards, la peau tannée. Les scènes collectives m’ont semblé moins puissantes à l’exception des enterrements, cruels.

Avec Christer Strömholm on passe à un ensemble plus diversifié qui va du portrait à la street photography et c’est à mon avis dans ses photos de bars (à hôtesses ?) que l’atmosphère est la mieux rendue et c’est aussi une transition vers l’AFAL (Agrupación Fotográfica de Almería) et Joan Colom qui nous montre surtout des postérieurs féminins.

La visite se termine avec Francisco Gomez (portraits sur le vif et paysages urbains) , Ricard Terré (formats contemporains pour la semaine sainte et de petits formats comme très anciens) et Ramon Masats.

Beaucoup de tirages sont vintages alors venez profitez à Paris d’une exposition exceptionnelle.

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PhotoEspaña – Les solos en galerie – Ramette, Polke, Vieitez, Garcin, Malone, Cowen, Ruetz

PhotoEspaña s’appuie largement sur les nombreuses galeries madrilènes pour proposer un programme homogène et de très bon niveau. Ainsi, Au cours de la première journée de visite (le 21 juillet), j’ai pu visiter plusieurs « solo shows », en galerie pour l’essentiel, mais aussi à l’Institut Français de Madrid et au Goethe Institut de Madrid.

Le Goethe Institut de Madrid (Zurbarán, 21) présentait les travaux de Michel Ruetz (1968. Tiempos incomodos), des photos d’actualité noir et blanc consacré au Berlin de 67-68 en rez-de-chaussée, et à l’actualité internationale dans les escaliers. ce n’était pas très captivant pour un non germaniste. LInstitut Français de Madrid (Marqués De La Ensañada, 12) montrait quant à lui un auteur que l’on connait bien en France et ailleurs, Philippe Ramette. Une exposition de taille limitée mais excellent avec notamment sa série sous-marine mais aussi, et là c’est très original, des croquis et quelques objets utilises pour réaliser les photos: c’est la première fois que je voyais cela.

Arnès y Röpke (Conde de Xiquena, 14) montrait des travaux de Sigmar Polke (1964-1990), pour le moins énigmatiques, tellement même en fait que cela m’échappe. A cote de quoi figuraient aussi des photos plus ordinaires d’enfants sages et des abstractions en taches de couleur. Dans un registre plus photographique et moins artistique, Juana de Aizpuru (Barquillo, 44) montrait Virxillio Vieitez (Sueños por encargo), déjà vu à  Lyon (billet ici) et au Musée Niepce (billet ici) mais cette fois ce sont de grands tirages et les sujets ne sont pas seulement les paysans pauvres, il y a aussi des enfants et des groupes. Toutefois, les poses restent toujours très rigides et les personnages, laids. Par moment on dirait du Sander.

Astarté (Monte Esquinza, 8) montrait le travail de Gilbert Garcin (un marseillais qui s’est mis à la photo sur le tard – son site ici) que j’avais déjà entrevu je ne sais où. Ce travail, très comparable à l’univers de Magritte, plein d’humour et de non-sens est une vraie pépite et le site de la galerie est également remarquable. Je suis fan de cet auteur la  (ci-dessous, œuvre numérotée).

Begoña Malone présente tout autre chose et c’est vraiment un des charmes de Madrid que de voir des styles aussi divers co-exister. Ximo Lizana (série Coltan) produit des oeuvres géantes sous diasec à mi-chemin de la photo et du design, comme des hybrides de robots et d’humains et aussi une femme crucifiée (pour mémoire, une pièce coûte 15 000 euros).

Nieves Fernandez (Monte Esquinza, 25) invitait Jeff Cowen (représenté en France par Seine 51 – quelques images s’y trouvent) qui rendait un magnifique hommage au corps féminin avec d’étonnants tirages noir et blanc de très grand format, ressemblant le plus souvent à des aquarelles avec en plus des traces, des manques et des déchirures. Son site (ici) ne montre pa d’image mais pointe vers Lensculture qui montre une bonne partie de son travail et dont l’illustration ci-dessous provient.

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 27 – Dôme de l’Hôtel Dieu

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont l’Hôtel Dieu. L’exposition est terminée depuis le 18 octobre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008

L’exposition présentait des œuvres issues du F.n.a.c. (Fonds National d’Art Contemporain de Paris). On voyait à nouveau (!) les jeunes artistes Vlckova et Metzger (un extrait de sa série « Nightshot », en grand format sous Diasec). Je n’attarde pas non plus sur Virxilio Vieitez que j’avais déjà vu, dans le même registre, à Châlon (ici). Il est représenté par l’Agence Vu et certaines de ces photos sont sont visibles sur leur site (ici).

Camille Vivier donnait à voir de jeunes travailleurs en uniformes (portant fièrement le logo de leur  entreprise) avec le même fonds sombre et une mine expressive. Un travail qui tranche avec les récompenses qu’elle a déjà obtenue pour ses photographies de mode. Pourtant, peut-on faire du neuf dans le domaine ? Je ne sais pas trop. On pense immédiatement à Fréger (entre autres). Le site de son agence (ici) ne présente hélas pas cette série, lui préférant une série évanescente.

Jian Jiang montrait de grand portraits d’enfants chinois en noir et blanc en « dyptique » avec papiers d’identité sur fond noir. Un travail assez troublant entre cette juxtaposition d’un enfant qui semble pauvre, à la mine triste et innocente, et de papiers d’identité qui renvoient au contrôle voire à la répression. Renseignement pris, il s’agit d’orphelins confiés à un temple Shaolin dans le Henan. L’image ci-dessous est empruntée à ce site (ici).

Angel Marcos accueillait le visiteur qui pénétrait sous l’impressionnant dôme avec de magnifiques images de cuba presque en ruine, désertes, aux couleurs resplendissantes, en grands formats verticaux contrecollés sur bois.

Balthasar Burkhard montrait une (seule) vue géante et panoramique en noir et blanc de Mexico qui se présentait comme composée de « couches », de strates d’habitations. Une photographie prise depuis un hélicoptère ai-je appris depuis. Un article sur son travail sur les villes peut se trouver sur le site du Mamco (à Genève), ici. L’image ci-dessous, qui n’est pas celle vu à Lyon, est issue du site (ici) de la Deutsche Börse, et illustre le propos. L’oeuvre fait 2,75 mètres de large.

Vincenzo Castella qui est, lui, spécialisé dans les paysages urbains, montrait Athènes de loin (ci-dessous) comme découpée en gradins et Turin, de plus près.

Martin Parr présentait des cartes postales de scieries et autres vieux objets même pas kitsch. Vaguement cheap en tout cas.

Beat Streuli est également fort connue mais pas pour des paysages. Sa spécialité c’est le portrait de passants pris à longue distance. On avait droit à des tirages de luxe sous plexiglas en 150 x 200 centimètres. Pour autant, pas très convainquant tout ça. Son site (ici) présente largement son travail.

Dans un tout autre registre, Mazdak, un pseudonyme, montre des talibans. Pour les incultes, le mazdakisme est une doctrine prônant l’égalité des richesses qui eut son heure de gloire en Perse antique, sous le règne du Shah Kavâd (règne: 499-531). Ses talibans sont des portraits étranges : des noirs et blancs colorisés, à la manière d’icones ou d’images pieuses indiennes ou encore « pop ». Un paradoxe pour des musulmans, surtout intgristes, que d’accorder tant d’importance à leur image et un autre encore que de voir ces individus auxquels de terribles exactions peuvent être imputées, ainsi représentés sous une forme naïve, presque divine tant, pour certains, ces visages sembles christiques et un autre enfin que de voir sur certaines l’AK 47 de rigueur et la cartouchière. Un site montre une vidéo sur le sujet (en anglais), ici. A noter que le contexte de ces photos ne me parait nénamoins pas du tout clair (photos trouvées ? mises en scène a posteriori de photos d’identité ?) et ce d’autant que le sujet peut prêter à polémique. C’est ainsi que photographie.com cite paris Match dans son édition du 3 janvier 2002 “Les destructeurs des bouddhas de Bamiyan font colorier leurs portraits en posant des fleurs dans les bras ”.

Olga Chernysheva nous montre des bonnets sur une tête, de dos dans un cadre souvent flou, difficile à situer mais le plus souvent naturel et hivernal. Les explications fournies par l’auteur sur son site sont fumeuses (ici) mais au moins ces photographies sont sympathiques. J’aime bien le bonnet rouge donc je vous le montre. La série complète des bonnets est ici. L’illustration provient du site d’Olga (ici) qui fait bien entendu autre chose que des photos de bonnets (même sympathiques).


Anton Olshvang est en quelques sorte le « tribut » versé au lieu car, l’Hôtel Dieu, comme son nom l’indique, est un hôpital, toujours en activité, où exerça Rabelais, comme médeçin, de 1532 à 1534. Anton nous montre donc des types sanguins et rhésus brodés sur des tissus. C’est assez troublant ce mélange entre étoffe luxueuse, glamour et séduisante et d’autre part ce rappel de notre animalité, de la maladie et de la souffrance. On est plus habitués à voir cet élément de « technique médicale » sur d’autres éléments techniques comme une voiture de rallye ou un casque que sur une part de rêve. L’image ci-dessous vient de son galériste (Krokin Gallery) et d’autres images sont donc visibles ici.

Pour finir, une superbe vue de l’Hôtel Dieu pendant la Fêtes des Lumières.

Visite guidée du musée Niepce à Chalon – la suite

Vendredi dernier je suis allé à Chalon sur Saône visiter le musée Niepce, consacré à la photographie. Voici la suite de l’article commencé ici.

Pénétrons donc, à l’étage, dans une belle salle avec, tout autour, des photos de paysans chinois réalisées par Bertrand Meunier (prix Niepce 2007) qui travaille chez Tendance Floue (son travail est ).  En principe, je n’aime pas les photoreportages à prétention « plasticienne » mais là, ce n’était pas mal comme je l’ai écrit déjà ici. Il y avait aussi un film en boucle sur le sort de ces paysans pauvres qui exercent le plus souvent un autre métier pour joindre les deux bouts.

Dans les salles suivantes on revenait  à l’Histoire avec, d’abord, le clou de la visite : le 1er appareil photo du monde. Cette boite en bois trouée, sans objectif, n’impressionne guère derrière sa vitrine.

La vie de Niepce et ses procédés sont mis en lumière, si j’ose dire, avec quelques babioles qui auraient un vague rapport avec sa vie (des lunettes, un bout de bois, etc) et surtout des explications sur l’héliographie (un procédé de reproduction des images avec du bitume de Judée) et le pyréolophore (une sorte de moteur). Hélas pour Niepce, son sens des affaires n’égalait pas son génie des inventions et, avec son frère devenu fou, il ne put rien concrétiser en monnaie sonnante et trébuchante.

Dans cette salle, on peut regarder aussi un excellent film qui à lui seul vaut le déplacement et qui dure 45 minutes, réalisé sous la houlette de Michel Frizot, sommité de la photographie (Directeur de recherche au CNRS et auteur d’ouvrages de référence dont une histoire de la photographie). Ce film est complet, didactique et aussi attrayant : un vrai bon travail de vulgarisation technique et historique. On y voit notamment la « first plate » (en gros, la première photographie), aujourd’hui au musée de l’Université d’Austin au Texas. Comme j’ai fait une modification dans Wikipédia, vous pouvez regarder mon petit ajout ici qui comprend un lien intéressant (en anglais).

A propos de Niepce, un site bien fait se trouve ici.

Ensuite, on voit quelques daguerréotypes et calotypes puis les premiers appareils utilisant des plaques (ou des rouleaux) au gélatino-bromure. La photo en couleur est traitée uniquement avec la revue « réalités ». Bof. La visite de la section historique se clôt avec des appareils de stéréoscopie anciens ce qui est plus original.

Avant de voir la salle consacrée à la photo finlandaise qui nous ramène aurez de chaussée, il y a une salle consacrée au portrait (visages contemporains). On peut ainsi voir une série de portraits de Thomas Ruff, qu’on ne présente plus, mais de petite taille. Je croyais qu’il n’avait fait que de grands formats pour avoir vu un portrait de plus de 2 mètres à Beaubourg (celui-là). On peut voir aussi deux portraits magistraux d’un vieux monsieur par Éric Poitevin (série gens d’Arbois).

Pour le reste, le plateau est moins prestigieux : on trouve Richard Dumas (de l’agence VU dont le travail est visible ),  Dirk Braeckman avec deux surprenants auto-portraits où l’image d’un autre visage est projeté sur le sien, une œuvre de Jean Luc Moulène (visible chez sa galériste : ici) et plusieurs portraits de célébrités par Jerôme Schlomoff (bof). On voit aussi des choses de Dan Peebles (son site est ), de drôles d’indiens par Gilles Saussier (représenté par la Galerie Zürcher à Paris et New York et ici aussi) et, plus intéressant à mon goût, des portraits de galiciens par Virxilio Vieitez. Ces portraits sont montés dans trois panneaux de 9 photos chacun : ce sont des visages sévères de paysans (suppose-t-on) aux habits frustes (il est représenté en France par l’agence VU et certains de ces travaux sont visibles ici).

La dernière partie de l’exposition est consacrée à la photographie finlandaise de l’après-guerre jusqu’aux années 80. J’ai noté les noms comme j’ai pu, n’étant pas très familier des noms finlandais, et j’ai renoncé aux diacritiques aussi (tant qu’à faire).