Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq

Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.

A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.

Au  rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ?  Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.

Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.

Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…

Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).

Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style « gros grain flou noir et blanc », c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.

Jean-Christian Bourcart réalise des séries peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].

Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici)  poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a.  J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).

Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ?  Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.

Je ne résiste pas en conclusion à  évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).

Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.

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Lyon – Septembre de la photographie – Partie 27 – Dôme de l’Hôtel Dieu

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont l’Hôtel Dieu. L’exposition est terminée depuis le 18 octobre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008

L’exposition présentait des œuvres issues du F.n.a.c. (Fonds National d’Art Contemporain de Paris). On voyait à nouveau (!) les jeunes artistes Vlckova et Metzger (un extrait de sa série « Nightshot », en grand format sous Diasec). Je n’attarde pas non plus sur Virxilio Vieitez que j’avais déjà vu, dans le même registre, à Châlon (ici). Il est représenté par l’Agence Vu et certaines de ces photos sont sont visibles sur leur site (ici).

Camille Vivier donnait à voir de jeunes travailleurs en uniformes (portant fièrement le logo de leur  entreprise) avec le même fonds sombre et une mine expressive. Un travail qui tranche avec les récompenses qu’elle a déjà obtenue pour ses photographies de mode. Pourtant, peut-on faire du neuf dans le domaine ? Je ne sais pas trop. On pense immédiatement à Fréger (entre autres). Le site de son agence (ici) ne présente hélas pas cette série, lui préférant une série évanescente.

Jian Jiang montrait de grand portraits d’enfants chinois en noir et blanc en « dyptique » avec papiers d’identité sur fond noir. Un travail assez troublant entre cette juxtaposition d’un enfant qui semble pauvre, à la mine triste et innocente, et de papiers d’identité qui renvoient au contrôle voire à la répression. Renseignement pris, il s’agit d’orphelins confiés à un temple Shaolin dans le Henan. L’image ci-dessous est empruntée à ce site (ici).

Angel Marcos accueillait le visiteur qui pénétrait sous l’impressionnant dôme avec de magnifiques images de cuba presque en ruine, désertes, aux couleurs resplendissantes, en grands formats verticaux contrecollés sur bois.

Balthasar Burkhard montrait une (seule) vue géante et panoramique en noir et blanc de Mexico qui se présentait comme composée de « couches », de strates d’habitations. Une photographie prise depuis un hélicoptère ai-je appris depuis. Un article sur son travail sur les villes peut se trouver sur le site du Mamco (à Genève), ici. L’image ci-dessous, qui n’est pas celle vu à Lyon, est issue du site (ici) de la Deutsche Börse, et illustre le propos. L’oeuvre fait 2,75 mètres de large.

Vincenzo Castella qui est, lui, spécialisé dans les paysages urbains, montrait Athènes de loin (ci-dessous) comme découpée en gradins et Turin, de plus près.

Martin Parr présentait des cartes postales de scieries et autres vieux objets même pas kitsch. Vaguement cheap en tout cas.

Beat Streuli est également fort connue mais pas pour des paysages. Sa spécialité c’est le portrait de passants pris à longue distance. On avait droit à des tirages de luxe sous plexiglas en 150 x 200 centimètres. Pour autant, pas très convainquant tout ça. Son site (ici) présente largement son travail.

Dans un tout autre registre, Mazdak, un pseudonyme, montre des talibans. Pour les incultes, le mazdakisme est une doctrine prônant l’égalité des richesses qui eut son heure de gloire en Perse antique, sous le règne du Shah Kavâd (règne: 499-531). Ses talibans sont des portraits étranges : des noirs et blancs colorisés, à la manière d’icones ou d’images pieuses indiennes ou encore « pop ». Un paradoxe pour des musulmans, surtout intgristes, que d’accorder tant d’importance à leur image et un autre encore que de voir ces individus auxquels de terribles exactions peuvent être imputées, ainsi représentés sous une forme naïve, presque divine tant, pour certains, ces visages sembles christiques et un autre enfin que de voir sur certaines l’AK 47 de rigueur et la cartouchière. Un site montre une vidéo sur le sujet (en anglais), ici. A noter que le contexte de ces photos ne me parait nénamoins pas du tout clair (photos trouvées ? mises en scène a posteriori de photos d’identité ?) et ce d’autant que le sujet peut prêter à polémique. C’est ainsi que photographie.com cite paris Match dans son édition du 3 janvier 2002 “Les destructeurs des bouddhas de Bamiyan font colorier leurs portraits en posant des fleurs dans les bras ”.

Olga Chernysheva nous montre des bonnets sur une tête, de dos dans un cadre souvent flou, difficile à situer mais le plus souvent naturel et hivernal. Les explications fournies par l’auteur sur son site sont fumeuses (ici) mais au moins ces photographies sont sympathiques. J’aime bien le bonnet rouge donc je vous le montre. La série complète des bonnets est ici. L’illustration provient du site d’Olga (ici) qui fait bien entendu autre chose que des photos de bonnets (même sympathiques).


Anton Olshvang est en quelques sorte le « tribut » versé au lieu car, l’Hôtel Dieu, comme son nom l’indique, est un hôpital, toujours en activité, où exerça Rabelais, comme médeçin, de 1532 à 1534. Anton nous montre donc des types sanguins et rhésus brodés sur des tissus. C’est assez troublant ce mélange entre étoffe luxueuse, glamour et séduisante et d’autre part ce rappel de notre animalité, de la maladie et de la souffrance. On est plus habitués à voir cet élément de « technique médicale » sur d’autres éléments techniques comme une voiture de rallye ou un casque que sur une part de rêve. L’image ci-dessous vient de son galériste (Krokin Gallery) et d’autres images sont donc visibles ici.

Pour finir, une superbe vue de l’Hôtel Dieu pendant la Fêtes des Lumières.

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 3 – MAPRA – Dita Pepe et Tereza Vlckova

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont la MAPRA, à savoir la Maison des Arts Plastiques Rhône Alpes (leur site est ici). L’exposition sur ce site s’est achevée le 11 octobre dernier.

Pour ma part je l’ai visitée lors de mon séjour à Lyon du 9 au 11 octobre.

L’étage de la MAPRA était fermé pour des raisons de sécurité. Seul donc restait un modeste rez-de-chaussée qui permettait d’admirer le travail de Dita Pepe et Tereza Vlckova.

J’avais déjà vu le travail de Dita Pepe au centre culturel tchèque à Paris au printemps 2007. Quant au travail de Tereza Vlckova, je l’avais découvert au printemps 2008 lors des Transphotographiques de Lille (ici).

Teresa Vlckova nous montre à nouveaux des jumelles en tenue hivernale sur fond de campagne. Des images esthétiquement séduisantes mais où un certain trouble peut naître car ces enfants ont parfois l’air inquiétant : la gémellité peut-être ? L’étrangeté de trouver deux enfants côté à côte en forêt, seuls, en hiver ? Ces regards un peu triste et interrogateur ? Le terme de l’enfance inquiétante n’est pas neuf, particulièrement au cinéma (Joshua, Dorothy, Godsend, A ton image, c’est par dizaine qu’on les compte) mais il trouve là, en photographie, un nouveau regard.

Dita Pepe quant à elle nous montre sa série « selfportraits with men ». C’est un genre qui n’est pas nouveau, presque un classique de la photographie maintenant mais qui produit son, effet, surtout en série. Récemment on a vu Samuel Fosso dans le même registre (ici).

Une illustration de son travail en provenance de la galerie (Zak Gallery, ici) qui la représente :

L’intérêt du MAPRA c’est aussi que l’on peut y acheter un petit catalogue réalisé en 2008 par l’Institut de photographie créative d’Opava à l’occasion de la Photokina 2008 à Cologne (dont j’ai utilisé la photo de couverture, ci-dessus, pour illustrer le travail de Tereza Vlckova). On y trouve aussi les catalogues des diplômés de l’Institut d’Opava des années 1998-2003 et 1991-2006.

On peut enfin y acheter le catalogue du « Septembre de la photographie ».