Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Le Capitole

Dans le programme officiel il y a le Capitole, habituellement investi par VU’ et cette année ne fait pas exception. La place d’honneur est dévolue à Francois Halard. Il nous montre l’intérieur de sa propre maison, dans des tonalités de jaune, dont il est rappelé non sans modestie qu’elle appartenait en des temps anciens à la haute bourgeoisie locale. Il nous montre aussi, noblesse oblige, une partie de sa série noir et blanc consacrée aux appartements de Marie-Antoinette. Le mieux est sans doute quand il regarde ailleurs quand dans le passé pour nous montrer les intérieurs d’artistes et parfois les artistes eux-eux mêmes: ainsi défilent Miquel Barcelo, James Brown, Julian Schnabel, Paul Cézanne, Jean Charles Blais, Richard Avedon, Raushenberg et Cy Twombly.

Mais le meilleur du meilleur, paradoxalement, et bien que je sois rétif à la vidéo, c’est peut-être ce film court en noir et blanc, un jour à Pittsburgh, avec me semble-t-il Nico.

Au rez-de chaussée toujours, figure un malencontreux pot-pourri entassant, faute de place, les travaux de photographes pourtant renommés de chez VU’, chacun étant réduit à trois tirages maximum. Un massacre dont on pouvait se dispenser. Parmi les victimes prestigieuses de cet accrochage, on citera:  Conti, Schuh, Castro Prieto, Fujimoto, Davies, Faucon, Munoz, Silverthorne, Leblanc, Broyer, Leele et enfin Pernot (avec sa fameuse petite fille extraite d photo d’un grand ensemble et agrandie) et Bourcart (le fameux truc des mariages vu à Arles en 2008 – billet ici) et Bizos (vu il y a peu à Strasbourg et c’était une découverte pour ma part – billet ici). Toujours dans le même coin,  un mur complet de suédois innocents mais crucifiés: Stromholm, Forsslund, Petersen (portraits), Bergstrom (paysages), Engstrom et Tunbjork. On les voit souvent chez VU’, bien mieux présentés (ce qui n’est pas difficile).

A l’étage, ce sont de grands portraits noir et blanc de Richard Dumas où on reconnaitre notamment dans des genres différents, Chabrol et Kirsten Dunst.

 

Au final, c’est une exposition à peine dans la moyenne: on peut y jeter un œil sur la vidéo de Halard et ses portraits d’ateliers d’artistes ainsi que visiter les portraits de Dumas, pour le reste mieux vaut passer chez VU’ à Paris.

Galerie VU’ – Résiliences. la photo espagnoles au tournant des 60’s

La galerie VU‘ (site ici et 17, Boulevard Henri IV), qu’on ne présente plus, montre une exposition de plusieurs photographes espagnols réunis autour d’une tranche de vie: l’Espagne dees années 50-60. C’est jusqu’au 19 juin 2010.

C’est une exposition majeure à ne pas rater (et gratuite), quasiment de qualité muséale car, rappelons-le, VU’ dispose d’un espace considérable et a l’habitude d’accompagner ses expos de panneaux explicatifs fort bien faits. Les tirages sont bien entendus en vente, comptez au voisinage de 3 000 € en général avec une fourchette de 1 700 à 7 100.

En commençant la visite on tombe sur Virxilio Vieitez dont j’avais déjà vu le travail tant à Châlon qu’à Lyon et à Madrid, c’est dire s’il est connu et reconnu. Ses portraits empreints de gravité sont réellement époustouflants, surtout ceux des enfants, dans leurs habits, endimanchés, comme des miniatures d’adultes. Ces derniers paraissent à leur tour avoir sauté une génération et, d’âge mur, ils semblent déjà des vieillards, la peau tannée. Les scènes collectives m’ont semblé moins puissantes à l’exception des enterrements, cruels.

Avec Christer Strömholm on passe à un ensemble plus diversifié qui va du portrait à la street photography et c’est à mon avis dans ses photos de bars (à hôtesses ?) que l’atmosphère est la mieux rendue et c’est aussi une transition vers l’AFAL (Agrupación Fotográfica de Almería) et Joan Colom qui nous montre surtout des postérieurs féminins.

La visite se termine avec Francisco Gomez (portraits sur le vif et paysages urbains) , Ricard Terré (formats contemporains pour la semaine sainte et de petits formats comme très anciens) et Ramon Masats.

Beaucoup de tirages sont vintages alors venez profitez à Paris d’une exposition exceptionnelle.

Galerie Vu’ – Basilico, Davies et Pernot

Le 27 mars dernier, journée de nombreuses visites, c’était le dernier jour pour profiter de l’exposition  à la Galerie VU’ (ici et ) consacrée à Gabriele Basilico, John Davies et Mathieu Pernot, autrement dit, du lourd.

Davies (son site ici) je ne l’avais qu’entrevu en 2008 chez les filles du Calvaire (billet ici). Profitant de l’immense espace de la galerie (la plus vaste de Paris à ma connaissance en matière de photo) et bien que le partageant avec BasilicoDavies expose deux séries de manière extensive: l’Anse de Paulilles (1999-2009) et FujiCity (2008).

La 1ère série, fort longue, explore en moyen format noir et blanc les alentours de l’usine de production de nitroglycérine Nobel: plans rapprochés et lointains se succèdent, sans aucune présence humaine. La seconde, fort différente, m’a rappelé le travail de Bublex avec le Mont Fuji (billet ici) mais ici pas de trucage, uniquement la présence naturelle de la montagne, en arrière-plan de paysages industriels ingrats: une mise en perspective intéressante. L’illustration ci-dessous provient du site web, fort bien fait, de l’auteur.

En poursuivant la visite, côté droit toujours, on tombait sur Mathieu Pernot (son site ici) que j’avais évoqué très brièvement en 2008 à l’occasion des Rencontres d’Arles (ici). Ce qu’il montrait chez VU’ était assez étonnant puisqu’il s’agissait de vues depuis des fenêtres voire des trous percés dans les planchers d’un immeuble encours de démolition mais c’est peut être l’accrochage qui était le plus original puisqu’il recréait in situ la disposition des prises de vues: par exemple, un arbre photographié depuis trois fenêtres à des étages successifs se présentait sous la forme de trois photos de trois tronçons superposés. Le mieux était certainement le point de vue « des tuyaux » qui conduisait le visiteur à observer des cadres jusqu’au plafond.

Je conclus avec Basilico. J’ai en parlé il y a peu (ici) mais ce n’était pas le meilleur de sa production: ses formats géants de ville et notamment de Beyrouth dévasté sont en revanche connus et reconnus. Cette dois, s’il reste fidèle au thème urbain, c’est pour un format plus modeste et des images paisibles, celles de Rome autour du Tibre, sous un étonnant ciel plombé. Et si vous connaissez un peu Rome vous reconnaitrez notamment le Castel Sant’Angelo (ci-dessous, illustration en provenance de Artnet), la Isola Tiberina et le Ponte Emilio (ou Ponte Rotto).

Tout ça pour dire que c’était là une exposition de qualité muséale, et gratuite en plus :)

Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Eglise de Aa (der Aa-Kerk) – Lost

Ce billet est le dernier consacré à l’exposition qui s’est déroulée dans l’église de Aa à Groningen (Pays-Bas) dans le cadre de Noorderlicht. Mais qu’on se rassure, il n’y avait pas que l’église pour voir des photographies à Groningen et il y aura donc d’autres articles dans les prochains jours sur cet événement.

Cette parie de l’exposition avait pour curateur Marc Prüst qui s’est associé pour l’occasion à VU’.

Pieter Ten Hoopen montrait des photos très sombres prises à Stockholm, des gens seuls, des vues panoramiques et des lieux urbains déserts aussi avec quelques points lumineux qui tranchent sur la nuit. Un style ultra-contemporain, froid, abstrait, presque « design ». Son site est ici.

Massimo Berruti nous entraine quant à lui, tout au contraire, au plus près de la vraie vie avec des immigrés à Rome. Le style est encore celui de VU’ (sa page dans cette agence ici) avec de petits noirs et blancs un peu flous dégageant un sentiment d’urgence. On y voit des lieux et des visages, sans misérabilisme malgré la misère de cette population et de son habitat.

Lorenzo Castore (seratonin, Pologne,  2009) nous montre une série impressionante qu’on pourrait illustrer d’un mot: décrépitude. Ewa et son frère sont âgés et vivent dans la misère dans une vieille maison délabrée qui connut son heure de gloire, on les voit, seuls ou tous les  deux, leur photo et les photos de leurs photos. Un naufrage. la page de Lorenzo chez VU’ est ici.

Arya Hyytiainen nous gratifie lui-aussi du style VU’ avec de sombres noir et blanc à gros grain de Marseille avec ses rues et ses « gueules », des portraits que l’on dirait tout droit tirés d’un film noir. Son site est par ici.

Michael Grieve délivre quant à lui un projet plus provocant (no love lost, Grande-Bretagne, 2008) et en couleurs: bordels, prostituées et clients, portraits, petits objets et traces. L’ensemble est parfois un peu flou, les gros plans nous sont épargnés mais on reste sur le fil du rasoir avec une impression plus animale que véritablement humaine: une sorte de bétail. La présentation de telles pièces dans une église ne manque pas de sel. L’accrochage était réalisé par bandes verticales de 4 photographies. Et comme le site (à voir ici) de Michael nous épargne le flash, une illustration est en tirée visible ci-dessous. Michael a aussi réalisé une série, dans la même veine, sur le Killing Kittens, un « club privé » situé dans les beaux-quartiers londoniens. Il est signaler que son site vend ses photos en ligne (de 650 à 1 000 GBP selon la taille et l’édition) ce qui est assez rare pour être mentionné. Bien entendu, entre acheter directement à un photographe et acheter des posters photos tirées à 100 exemplaires dans une boutique prétendument branchouille ou « arty », « il n’y a pas photo » comme dit l’autre.

Kosuke Okahara (Japon, 2007) montre des images encore plus dérangeantes bien que seule une scène soit explicite et que le noir et blanc nous épargne une vision sanguinolente.  Il s’agit d’une jeune japonaise, le plus souvent photographiée à proximité de son pc dont les bras sont tailladés. C’est pour le moins bizarre. L’auteur dispose d’un site (ici) mais cette série n’y est pas visible.

En bref – Galerie Vu’ – Anders Petersen et JH Engström – From Back Home

On ne présente plus l’Agence Vu’ et sa galerie (ici et 2, rue Jules Cousin) qui depuis quelques mois maintenant nous gratifie d’un programme d’expositions très exigeantes, qui ne ménagent pas le visiteur.

Cette fois, et jusqu’au 31 octobre,  il s’agit de Anders Petersen et JH Engström qui nous racontent en photo leur région natale à tous les deux, le Värmland (en Suède, je précise pour les incultes).

Autant le dire tout de suite, je ne suis fan ni du Värmland, ni de Anders Petersen et JH Engström. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être parce que leurs photos montrent la laideur ordinaire, celle qui fait des hommes et des femmes des animaux comme d’autres. Peut-être parce que les photographies à l’aspect amateur, où l’éclairage est approximatif, les couleurs bâclées et les cadrages aléatoires, à la longue, cela me fatigue tout comme me fatigue le style VU’, vous savez bien, le « gros grain noir et blanc flou, vaguement bougé ».

J’ai donc regardé d’un œil distrait, ayant grand peine à le maintenir ouvert, le travail de Engström, une multitude de petits tirages très inégaux rassemblés au petit bonheur la chance et complétés de 8 grands tirages montrant des assemblages de photos. On dit que le talent du photographe c’est celui de savoir jeter: jeter hors du cadre les éléments qui ne l’intéressent pas et aussi jeter les photographies qui après coup ne sont pas conformes à l’idée qu’on en avait initialement. En l’espèce, il m’a semblé qu’on demandait au visiteur de faire le tri et c’est un peu pénible.

Quant aux clichés de Petersen, c’est le style VU’ dans toute sa splendeur, dans un accrochage ultra dense, les cadres presque collés les uns  aux autres et recouvrant intégralement deux murs. Un travail où le tri a été fait mais où il restait tout de même quelques scories.

Il m’arrive parfois de pester contre des accrochages rachitiques, étiques ou anorexiques mais un accrochage boulimique, ce n’est pas mieux.

Ce qui m’a le plus intéressé peut-être c’est la série de Petersen intitulée Gröna Lund (c’est le nom d’un parc d’attraction) qui a fait l’objet d’un livre paru en 1973. Les tirages vintages sur Agfa (une pellicule qui n’existe plus aux dires de VU’) datés des années 67 à 73 portent sur des bals et fêtes foraines et il faut voir cela, absolument: pas de tirages géants, pas d’effets là-dedans ni de chiqué, juste de vrais gens au naturel, des années 70’s. Rien que pour cela, allez-donc voir.

Si vous souhaitez casser votre tirelire, ce sera 4 500 euro le tirage (on a rien sans mal) et si vous souhaitez une critique de qualité, lisez Caujolle ici.

Galerie Vu’ – Exposition très collective – derniers week-ends pour voir

La Galerie Vu’ (2 rue Jules Cousin et ici) je l’ai visitée bien souvent et j’en déjà parlé lors du Mois de la photo à Paris, en décembre dernier (ici). Il s’agit là de vous encourager à aller voir l’exposition (très) collective qui s’y déroule jusqu’au 18 avril, ce qui vous laisse encore seulement deux week-ends.

Je ne vais pas raconter ce qu’il y a à y voir vu que ce sont près de 30 auteurs photographes qui y sont présentés. J’ai relevé Engstrom, Botman, Ackerman, Castore, Terré, Broyer, Comment, Forsslund, Schuh, Dumas, Sriwanichpoom, Bizos, Stromholm, Tunbjork, Darzacq, Castro-prieto, Leblanc, Crespi, Bas, Blenkinsop, Silverthorne, Munoz, Zuili, Faucon, Wurstemberger, Pernot et Picard. Il semble que j’en ai oublié au vu de la liste sur le site de VU’ (ici).

Ce n’est pas tous les jours que vous aurez l’occasion de voir un tel nombre de photographes et de photographies dans des styles aussi variés et pour un coût de zéro euro.

Il y a dans le lot un certain nombre de photographes dont j’ai déjà parlé comme Tunbjork ainsi que Comment et Broyer (dans le billet déjà cité),  Darzacq (ici, les chutes, chez Les Filles du Calvaire),  Crespi et Silverthorne (ici – à Arles en 2008).

Courez-y vite.

Mois de la photographie à Paris – 19 – Galerie VU’ – Lars Tunbjork et une surprise pas chère (en bas du billet)

Dans le cadre du Mois de la photographie qui, décidément, dure un très gros mois, la Galerie VU’ (ici) montre jusqu’au 25 janvier 2009 des photographies de Lars Tunbjörk sous le titre Vinter (« hiver » en suédois et en danois, du proto-germanique *wentruz qui a donné « winter » en ancien frison, néerlandais et anglais – ici c’est un blog pour se culturer, je rappelle).

Cette exposition m’a bien plu.

Contrairement à ceux qui s’attendaient à une vision de la Scandinavie stéréotypée, propre, design, écologique et blonde,  je m’attendais pour ma part à une vision underground et désespérée, triste à pleurer, du genre de l’expsotion consacrée à la  Finlande telle que l’avais découverte à Châlon (ici). Contrairement à certains idées reçues, il y a des pauvres en Scandinavie et l’acoolisme y fait des ravages, surtout chez les jeunes (les nuits sont longues).

Ce n’est certes pas la joie qui sourd de ces photographies mais ce n’est pas non plus le désespoir. Certes, on voit de la neige sale, des jeunes gens moches, de vilains intérieurs banaux, de la neige qui tombe, et la nuit aussi.  C’est peut être la rareté des visages qui évite de sombrer. C’est peut-être aussi une sorte d’humour finalement, un léger décalage qui nous montre une réalité certes pas terrible mais si humaine et finalement si proche.

Bref, allez-y, cela vaut le coup. Comme la Galerie VU’ s’obstine à mettre des tag VU’ sur ses photos en ligne, je n’illustrerai pas ce billet (sinon, vous pouvez voir ). Et toc.

Et maintenant la suprise. C’est bientôt Noël (c’est pas la suprise ça, c’est le teaser).

Jeudi dernier, la Galerie a fait une vente de photos et il en reste à acheter (par exemple de Anne-Lise Broyer et Nicolas Comment, déjà vus dans Photos Nouvelles – le site de Nicolas, par ) : cela se trouve dans un coin de la galerie (ce n’est pas très grand) et il y a là tout un tas de photos (pas très grandes) et pas bien chères (les photos ne sont pas très grandes, je sais je radote). Comptez quelques centaines d’euros et, pour votre cadeau, vous aurez mieux qu’une photocopie couleur à 200 exemplaires made in Lumas ou Yellow Corner. Voilà c’est dit.

Lyon – Septembre de la photographie – Partie 19 – Institut Lumière – Richard Dumas

Le septembre de la photographie à Lyon a investi une cinquantaine de sites dont l’Institut Lumière (dont le site est ici). L’exposition est terminée depuis le 1er novembre.

Je l’ai visitée lors de mon passage à Lyon du 9 au 11 octobre 2008.

Le site est le « hangar du 1er film » (tout est montré ici, c’est intéressant) à proximité immédiate de leur château devenu l’Institut Lumière. Pour mémoire, l’exploitation cinématographique a été inventée par les Frères Lumière, industriels à Lyon, qui ont inventé aussi le procédé autochrome qui, le premier, a permis de faire des photographies en couleur. Ils ont inventé plein d’autres choses dans de nombreux domaines.

Pour en revenir à l’exposition, on voyait rien, les reflets étaient atroces et du coup, à de rares exceptions près les visiteurs se demandaient qui étaient les stars de cinéma ainsi photographiées en portraits géants noir et blanc.

Bref, à oublier cette exposition.

Du coup, je conseille le site de l’Agence VU qui le représente et où… on voit mieux (c’est le comble). Le lien direct est .

Galerie Laurent Godin – Gonzalo LEBRIJA

Hier, dans la tournée des galeries, après Baudoin Lebon, ce fut au tour de Laurent Godin. Ce dernier nous montre le travail de Gonzalo Lebrija intitulé « R75/5 TOASTER ».  La R75/5 dite aussi « toaster » est une moto BMW dont les flancs chromés évoquent ceux d’un grille-pain d’où son surnom. Et Gonzalo a l’idée de faire des photos des reflets dans le chrome. Il n’est pas le seul ni, je pense le premier, à avoir eu l’idée. La photo ci-dessous illustre le principe avec une sorte de mise en abime.

Les photos de Gonzalo présentent, en soi, un intérêt limité : des images de paysages désertiques, plus ou moins déformés par la courbure du miroir. Il y a une photo où le photographe est piégé par son reflet. Non, là où Gonzalo fait fort c’est parce qu’il applique une procédure répétitive sans se détourner. Ainsi, au fil de son voyage à moto en Basse-Californie, il fait toujours la photo du reflet puis de photo de la moto, à part, inscrite dans le paysage si bien que l’on voit deux fois la même chose (le paysage) avec deux optiques différentes.  La 1ère est en couleur et la 2ème en noir et blanc, de taille réduite. Ensuite, ces deux photos sont assemblées sur un même cadre, la grande en haut et la petite en bas, séparées par un carré noir où figurent en blanc les coordonnées, température et altitude du lieu. L’exemple ci-dessous est tiré du site paris-art.com et illustre le propos.

L’accrochage resserré, formant une ligne au mur évoque aussi, évidemment, la route.  Ceci dit, une fois passées la compréhension de la procédure et la vision des 1ères œuvres, l’intérêt s’émousse vite et chaque œuvre paraît, individuellement, bien terne, à mon goût. Finalement, Gonzalo est moins un photographe qu’un artiste et son travail me semble plus une installation qu’une suite de photos. Il y aurait du son et une vidéo ou la moto elle-même ou une sculpture en miroirs, cela aurait sûrement été plus convainquant. Peut-être, néanmoins, quelques photos ont de l’intérêt : celles où la déformation de l’image par le miroir du chrome évoque la déformation de l’image par la chaleur, par exemple, mais il n’est pas certain que cela soit fait exprès et, à part une ou deux photos de ce type, décidément, il n’y a pas grand chose à voir. En fait, si l’on voit bien la démarche comme un tout, on ne perçoit pas vraiment ce qui a motivé CETTE photo plutôt que telle autre. Enfin moi je n’ai pas perçu en tout cas.

Si vous voulez vous ennuyer un peu, c’est jusqu’au 4 octobre.

Visite guidée du musée Niepce à Chalon – la suite

Vendredi dernier je suis allé à Chalon sur Saône visiter le musée Niepce, consacré à la photographie. Voici la suite de l’article commencé ici.

Pénétrons donc, à l’étage, dans une belle salle avec, tout autour, des photos de paysans chinois réalisées par Bertrand Meunier (prix Niepce 2007) qui travaille chez Tendance Floue (son travail est ).  En principe, je n’aime pas les photoreportages à prétention « plasticienne » mais là, ce n’était pas mal comme je l’ai écrit déjà ici. Il y avait aussi un film en boucle sur le sort de ces paysans pauvres qui exercent le plus souvent un autre métier pour joindre les deux bouts.

Dans les salles suivantes on revenait  à l’Histoire avec, d’abord, le clou de la visite : le 1er appareil photo du monde. Cette boite en bois trouée, sans objectif, n’impressionne guère derrière sa vitrine.

La vie de Niepce et ses procédés sont mis en lumière, si j’ose dire, avec quelques babioles qui auraient un vague rapport avec sa vie (des lunettes, un bout de bois, etc) et surtout des explications sur l’héliographie (un procédé de reproduction des images avec du bitume de Judée) et le pyréolophore (une sorte de moteur). Hélas pour Niepce, son sens des affaires n’égalait pas son génie des inventions et, avec son frère devenu fou, il ne put rien concrétiser en monnaie sonnante et trébuchante.

Dans cette salle, on peut regarder aussi un excellent film qui à lui seul vaut le déplacement et qui dure 45 minutes, réalisé sous la houlette de Michel Frizot, sommité de la photographie (Directeur de recherche au CNRS et auteur d’ouvrages de référence dont une histoire de la photographie). Ce film est complet, didactique et aussi attrayant : un vrai bon travail de vulgarisation technique et historique. On y voit notamment la « first plate » (en gros, la première photographie), aujourd’hui au musée de l’Université d’Austin au Texas. Comme j’ai fait une modification dans Wikipédia, vous pouvez regarder mon petit ajout ici qui comprend un lien intéressant (en anglais).

A propos de Niepce, un site bien fait se trouve ici.

Ensuite, on voit quelques daguerréotypes et calotypes puis les premiers appareils utilisant des plaques (ou des rouleaux) au gélatino-bromure. La photo en couleur est traitée uniquement avec la revue « réalités ». Bof. La visite de la section historique se clôt avec des appareils de stéréoscopie anciens ce qui est plus original.

Avant de voir la salle consacrée à la photo finlandaise qui nous ramène aurez de chaussée, il y a une salle consacrée au portrait (visages contemporains). On peut ainsi voir une série de portraits de Thomas Ruff, qu’on ne présente plus, mais de petite taille. Je croyais qu’il n’avait fait que de grands formats pour avoir vu un portrait de plus de 2 mètres à Beaubourg (celui-là). On peut voir aussi deux portraits magistraux d’un vieux monsieur par Éric Poitevin (série gens d’Arbois).

Pour le reste, le plateau est moins prestigieux : on trouve Richard Dumas (de l’agence VU dont le travail est visible ),  Dirk Braeckman avec deux surprenants auto-portraits où l’image d’un autre visage est projeté sur le sien, une œuvre de Jean Luc Moulène (visible chez sa galériste : ici) et plusieurs portraits de célébrités par Jerôme Schlomoff (bof). On voit aussi des choses de Dan Peebles (son site est ), de drôles d’indiens par Gilles Saussier (représenté par la Galerie Zürcher à Paris et New York et ici aussi) et, plus intéressant à mon goût, des portraits de galiciens par Virxilio Vieitez. Ces portraits sont montés dans trois panneaux de 9 photos chacun : ce sont des visages sévères de paysans (suppose-t-on) aux habits frustes (il est représenté en France par l’agence VU et certains de ces travaux sont visibles ici).

La dernière partie de l’exposition est consacrée à la photographie finlandaise de l’après-guerre jusqu’aux années 80. J’ai noté les noms comme j’ai pu, n’étant pas très familier des noms finlandais, et j’ai renoncé aux diacritiques aussi (tant qu’à faire).